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GOUSSE, Jean-Baptiste Louis (1766-1837)
État civil
NOM : GOUSSE     Prénom(s) : Jean-Baptiste Louis      Sexe : M
Autre(s) forme(s) du nom : GOUSSÉ
JOUSSE
GOSSE
POUSSE
Date(s) : 1766-11-12   / 1837-9-24 
Notes biographiques

Formé à la cathédrale d'Auxerre, Louis GOUSSE sort de la maîtrise bien armé pour devenir musicien : il chante la haute contre et joue de la basse et du clavecin. La Révolution l'ayant privé des perspectives de carrière au sein de la musique d'Église qu'il avait peut-être un temps caressées, il se reconvertit brillamment en exerçant durant un quart de siècle à l'Opéra de Paris.

• 12 novembre 1766, Appoigny [Yonne] : Dans cette localité située à environ deux heures et demie de marche au nord de la cathédrale d'Auxerre, dominée par l'édifice puissant de sa collégiale Saint-Pierre, naît Jean-Baptiste Louis GOUSSE. Il est le dernier fils de Martin Gousse, charron, et de sa seconde épouse Marie Debria/Debriat (qui s'étaient mariés en 1753). Son parrain n'est autre que "Illustrissime et Révérendissime Jean-Baptiste Marie Champion de Cicé évêque d'Auxerre", et sa marraine "Dame Louise Catherine de La Madeleine, abbesse de l'abbaye de St-Julien", l'un et l'autre représentés M. et Mme de La Magdeleine. De ses illustres parrain et marraine l'enfant reçoit son triple prénom officiel, mais il semble qu'ensuite son prénom d'usage sera plus souvent "Louis" (en tout cas dans les délibérations capitulaires auxerroises).
• 14 mars 1767, Appoigny : Martin Gousse, charron, âgé d'environ 60 ans, époux de Marie Debria, meurt "muni des sacrements", et est inhumé le lendemain dans le cimetière tenant à l'église. Son acte de sépulture est paraphé de huit signatures, ce qui est exceptionnel et manifeste le statut de notable local du père Gousse, malgré son métier de charron. Le petit Jean-Baptiste Louis a quatre mois.

• 6 mars 1776, Auxerre : À déjà près de dix ans, Jean-Baptiste Louis GOUSSE est reçu enfant de chœur à la cathédrale Saint-Étienne. Aurait-il d'abord commencé sa formation à la collégiale Saint-Pierre d'Appoigny ou ailleurs ? Rien ne le dit. L'enfant avait été proposé le 2 mars par le chanoine Parisot. Celui-ci apporte deux arguments de poids : ce garçon est "le filleul de M. L’évêque et de Mme l’Abbesse de St-Julien" et cette dernière "payera la pension d’ici à Pâques de 1777, tems où le premier [enfant de chœur] sortira de la maîtrise" et où, donc une place sera vacante. Les chanoines répondent qu’ils se décideront après l’avoir entendu chanter.
Quatre jours plus tard, l'enfant vient chanter devant les chanoines réunis qui se déclarent "contents de sa voix". Ils reprécisent les termes de l'accord : l'enfant "sera reçu à la maîtrise pour être admis dans un an au nombre des enfants de chœur et pendant cette année Madame l’abbesse de St-Julien payera sa pension au maître de Musique". Le maître de musique de la cathédrale est alors Edme CHAPOTIN. A-t-il joué un rôle dans le repérage de cette belle voix ?
• 29 octobre 1776 : Le chapitre envoie des députés à l'inhumation de  l’abbesse de St-Julien décédée le 27.

• 13 février 1781, Villeneuve-le-Roi [Val-de-Marne actuel] : La sœur de Louis GOUSSE, Geneviève, épouse un jardinier, fils d'un vigneron, Jean-François Mercier, originaire de Villeneuve mais qui depuis un an s'est installé à Appoigny, paroisse où la mariée est domiciliée "de droit et de fait". Pourquoi le mariage a-t-il lieu à Villeneuve ? Les deux époux ayant déclaré ne savoir signer, il est probable que la petite signature discrète "Gousse" soit celle de Jean-Baptiste Louis, mais il n'est pas cité parmi les témoins (marchand poulailler, marchand épicier, tailleur d'habits, pâtissier traiteur). Il a quinze ans.

• Mai-Juin 1782, Auxerre : Le cas de Louis GOUSSE, second enfant de chœur, agite le chapitre de Saint-Étienne durant près de deux mois. Le 10 mai, il est décidé de le conserver à la maîtrise, "même après Pâques prochain", et de lui faire donner des leçons de clavecin "pendant quelque temps".
Le 17 juin, un accord est passé avec l'organiste Joseph PALLAIS qui donnera trois leçons par semaine à l’enfant de chœur "sur le pied de 10 sols par chacune".
Mais le 21 juin, des voix s'élèvent au sein de la Compagnie pour qu'on examine "s’il ne seroit pas plus convenable de lui faire continuer le latin ou de lui donner un maître d’écriture". Et le 25 juin, le chapitre "considérant que l’étude du latin seroit beaucoup plus utile au second enfant de chœur que les leçons de clavecin" tranche : il doit s’appliquer uniquement au latin, "attendu qu’il se propose d’entrer dans l’état ecclésiastique".

• 18 juillet 1783 : Les chanoines décident que "le 1er enfant de chœur ne sortira de la maîtrise que de pâques prochain [1784] en un an [donc Pâques 1785], et qu’il luy sera permis de prendre à ses frais soit un maître de clavecin, soit un maître de latin". Le nom de ce premier enfant de chœur n'est pas donné, mais l'alternative entre leçon de clavecin et leçons de latin indique qu'il s'agit de Louis GOUSSE, ce que confirment des délibérations postérieures.
• 27 décembre 1783 : Le chapitre accorde 12 livres aux deux premiers enfants de chœur "pour le soin qu’ils ont pris de copier toutes les partitions du Te Deum qui a été chanté à l’occasion de la paix".

• 28 juin 1784, Auxerre : Le chapitre prend la décision de permettre à GOUSSE premier enfant de chœur de rester à la maîtrise jusqu’au mois de septembre 1785, et cette décision est confirmée le 23 juillet 1784. C'est le jeune homme qui en a fait la demande "pour ne point interrompre ses études de latin". À compter de Pâques 1785, toutefois, date initialement prévue pour sa sortie, il ne sera compté que comme l'un des quatre derniers dans les gratifications exceptionnellement distribuées aux enfants de chœur, afin de ne pas défavoriser les deux qui le suivent. Ces diverses décisions successives montrent chez les chanoines un souci de planification de leurs effectifs à relativement long terme.
• Août 1784 : Le chanteur haute-contre René PRUNELLE ayant obtenu l'autorisation "de s’absenter après la fête de l’Assomption environ un mois pour vacquer à ses affaires", le chapitre permet à GOUSSE, premier enfant de chœur, de chanter avec MERY, l'autre haute-contre, "les répons de matines aux doubles majeurs pendant l’absence de PRUNELLE". Le jeune homme a ainsi l'occasion de travailler sa voix de haute-contre.
• 8 octobre 1784 : Les chanoines accordent au 1er enfant de chœur la permission "d’aller dimanche prochain à Appoigny pour y voir ses parents". Par cette formule, il faut comprendre 'sa famille' au sens plus large que ses père et mère, lesquels sont tous deux décédés depuis longtemps.

• Dès le milieu du mois d'août 1785, le chapitre se préoccupe du sort de son grand enfant de chœur qui doit quitter la maîtrise au 1er septembre. Il l'autorise à y rester encore hébergé "moyennant qu’il défrayera le Maître de Musique de sa pension alimentaire". En échange il devra donner des leçons d’écriture aux quatre derniers enfants de chœur, assister aux offices de la cathédrale les jours de dimanche et fête et "y jouer de la basse toutes les fois qu’il y aura musique". À la place vacante est recruté un nouvel enfant de chœur, le jeune Michel-François WATHÉRY, dit LIÉGEOIS.
• 12 septembre 1785, Auxerre : GOUSSE "ayant fini son temps en qualité d’enfant de chœur", deux chanoines lui délivrent l’argent qui lui revient sur "sa portion de la bourse". Le montant de la somme n'est pas indiqué dans la délibération capitulaire.
• Septembre 1785, Auxerre : À sa sortie de la psallette, Louis GOUSSE est reçu clerc de chœur à la cathédrale Saint-Étienne. Il reçoit dans un premier temps les "gages ordinaires de 50 livres par an". Il y est également musicien "pour dimanches et fêtes".
• 17 novembre 1785, Gy-l'Évêque : Dans ce village situé à 10 km au sud d'Auxerre, Jean-Baptiste Louis Gousse est parrain d'une fille de Jean Buté, jardinier à Gy. Il est dit "d'Appoigny, clerc tonsuré, étudiant à Auxerre". Dans son ensemble, le territoire paroissial de Gy est la propriété des évêques d'Auxerre. La présence du jeune homme en ces lieux est un indice de ses liens avec son illustre parrain.
• 16 décembre 1785, Auxerre : Le chapitre rappelle au clerc de chœur ses obligations et lui enjoint notamment de ne pas sortir de la maîtrise sans l’agrément du Maître de Musique.

• 3 juillet 1786, Auxerre : Les chanoines reconnaissent que le sieur GOUSSE "l’un des clercs de chœur de leur église leur rend habituellement des services, soit en assistant aux matines à neuf leçons les jours non fêtés, soit en faisant la partie de haute contre dans la musique". Aussi décident-ils de lui verser une gratification de 6 livres par trimestre.
• 9 octobre 1786 : Les chanoines, "ayant considéré que GOUSSE l’un de leurs clercs de chœur n’étoit pas assez rétribué pour les services qu’il leur rend en faisant la partie de haute-contre dans la musique", doublent sa gratification trimestrielle, qui passe à 12 livres à commencer du 1er octobre. Ils précisent toutefois "que cette gratification n’auroit lieu que jusqu’à ce qu’on admette un musicien haute contre".
• 16 octobre 1786 : En soutane et surplis, le jeune homme se présente en chapitre et explique aux chanoines que "M. L’évêque étant dans l’intention de le placer dans la ville chez un Mtre de pension il venoit remercier la Cie de la grâce spéciale qu’elle lui avoit accordée en consentant qu’il demeure à la maîtrise depuis qu’il n’étoit plus 1er enfant de chœur". Son parrain a donc continué à veiller sur lui.
Toutefois, si Louis GOUSSE quitte (enfin !) la maison de la maîtrise pour une pension de famille, il ne quitte ni la cathédrale ni la ville, puisque régulièrement durant les années qui suivent il sera rémunéré par le chapitre pour avoir chanté la haute contre au chœur, et ce jusqu'à la Révolution.
Le chapitre tente bien, à plusieurs reprises, de recruter un chanteur haute-contre. Successivement postulent et viennent chanter durant une période d'essai les sieurs CHAPERON, de Troyes, THÉRON ou TÉRON, BERTRAND de Metz... Aucune de leurs voix ne trouve grâce aux oreilles des chanoines, qui en revanche savourent celle de Louis GOUSSE. Au lendemain de la saint-Étienne 1788, ils votent une gratification de 6 livres à GOUSSE, clerc de chœur, et à GERVAIS, 1er enfant de chœur, et se déclarent noir sur blanc "plus contents d’eux que des étrangers qui ont chanté".

1790 : Louis GOUSSE occupe toujours le même poste de musicien et clerc de chœur à la cathédrale Saint-Étienne d'Auxerre. Ses appointements ne sont que de 100 livres / an. Il reçoit en plus chaque trimestre une gratification de 12 livres "pour les services qu’il rend dans la musique au défaut d’un musicien haute contre".
• Février 1791 : GOUSSE figure comme musicien et clerc de chœur sur la liste dressée par le directoire du District d'Auxerre. Le directoire du département propose de lui accorder une gratification de 150 livres.

Après quoi, on le perd momentanément de vue : il ne figure plus dans la liste des chantres de la cathédrale d'Auxerre dressée après août 1792. Il est parti pour Paris, où il se marie au début de l'année 1793.

• 21 février 1793, Paris, section de la Municipalité : Le mariage de Jean-Baptiste Louis GOUSSE, fils de Martin Gousse et Marie Debriet [sic], avec Marie-Françoise Roussel, fille de Jean-André Roussel et Marie-Jeanne Coqueret, est enregistré. On le connaît aujourd'hui seulement par le fichier Andriveau, qui ne donne que des indications d'état civil minimales. On ignore donc de quelle activité vit alors le jeune couple. On peut faire l'hypothèse de leçons de chant et de musique.

On retrouve la trace de Jean-Baptiste Louis GOUSSE quelque temps plus tard… dans un cadre radicalement différent de la musique d'Église qui avait bercé son enfance et sa jeunesse.

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• 23 septembre 1800, Paris : Cette date est celle de l’entrée au service de l'Opéra de Jean-Baptiste Louis GOUSSE, né le 12 novembre 1766. Son triple prénom et sa date de naissance assurent qu'il s'agit bien de l'ancien enfant de chœur auxerrois. Il est engagé comme haute-contre des chœurs.

• 26 janvier 1801, Paris : Les chefs du chant de l'Opéra l'auditionnent car ils cherchent un remplaçant au chanteur soliste Châteauneuf. Ils lui trouvent "une très jolie voix", le jugent "bon musicien", mais ne le voient pas jouer les premiers rôles. Ils pensent cependant qu'on pourrait "l'utiliser dans les coryphées et accessoires" et, s'il donne satisfaction, "peut-être ira-t-il plus loin".

 GOUSSE est haute-contre lors de la cérémonie en actions de grâces pour l'anniversaire du sacre de Napoléon donnée à la cathédrale Notre-Dame sous la direction de DESVIGNES. Il reçoit pour cela la somme de 18 francs.
• 25 décembre 1808 : GOUSSE reçoit la même somme, mais est cette fois mentionné dans la liste des voix de taille lors du Te Deum pour les victoires impériales en Espagne et la prise de Madrid.

• 31 octobre  1812, Paris : "Musicien" demeurant au 4, rue de la Corderie [sans doute la vieille rue de la Corderie qui longeait le côté sud de l'enclos du Temple], il déclare à la mairie du deuxième arrondissement le décès de son ami Jean Chrysostome LEROY.

• [début 1815], Paris : Dans une seconde requête (la première, du 29 décembre 1814, n'ayant pas été transmise ou n'ayant suscité aucune réaction) au duc de La Ferté, intendant des Menus Plaisirs du roi Louis XVIII, GOUSSE rappelle qu'il "fait le service de la Chapelle" depuis "plusieurs années [...] en qualité de surnuméraire actif, sans appointemens". Il espérait ainsi être titularisé en priorité "aussitôt qu'il y aurait eu des fonds pour augmenter le nombre des titulaires". Il pensait que l'attente ne serait pas trop longue, compte tenu de la nécessité de la "partie des haute contre". Or, il a appris qu'il ne serait pas conservé. Il demande à l'intendant de reconsidérer cette décision et de le "faire porter à la première place qui pourait vaquer dans les hautes contres, ou dans les tailles". Il indique que le surintendant de la Musique MARTINI y serait favorable. Malheureusement pour GOUSSE, cette nomination n'interviendra jamais.

• [entre le 23 et 30] avril 1825, Paris : Artiste musicien, demeurant toujours rue de la Corderie, il vient signer un acte de notoriété dans l'étude de maître Dulon, en compagnie d'un marchand épicier, Pierre Martin Naudin, attestant qu'il n'y avait pas eu d'inventaire après le décès de Jean Chrisostome LEROY. 

• 1er juillet 1826, Paris : Après avoir effectué 25 ans 9 mois 8 jours de service au sein de l'Opéra, Jean-Baptiste Louis GOUSSE fait valoir ses droits à la retraite. On peut penser que c'est alors, ou peu après, qu'il revient à Auxerre.

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• 24 septembre 1837, Auxerre : À huit heures du matin, Jean-Baptiste Louis GOUSSE décède à son domicile, place St-Eusèbe, Il est dit "pensionné, âgé de 71 ans, natif d'Appoigny, époux de Marie Françoise Roussel".

• 28 avril 1853, Sermizelles : Sa veuve Marie-Françoise Roussel, âgée de 81 ans, s'éteint dans ce village situé à 40 km au sud-est d'Auxerre, où elle était domiciliée. Elle est dite "veuve de Jean-Baptiste GOUSSE, décédé à Auxerre", sans autre précision.

Mise à jour : 19 août 2018

Sources
F-Ad89/ BMS Appoigny ; F-Ad89/ BMS Gy-l'Évêque ; F-Ad89/ G 1807 ; F-Ad89/ G 1808 ; F-Ad89/ G 1809 ; F-Ad89/ G 1810 ; F-Ad89/ G 1813 ; F-Ad89/ L 28 ; F-Ad89/ NMD Auxerre ; F-Ad89/ NMD Sermizelles ; F-An/ AJ/13/176 ; F-An/ AJ/13/46 ; F-An/ AJ/13/84 ; F-An/ DXIX/090/738/09 ; F-An/ DXIX/092/790/04,05,27-29,37 ; F-An/ ET-XIX-971 ; F-An/ F19 7048 ; F-An/ F19 7049 ; F-An/ O/3/1879 ; Filaé/Fonds Andriveau

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