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GUICHARD, Louis Antoine (1751-1791)
État civil
NOM : GUICHARD     Prénom(s) : Louis Antoine     Sexe : M
Date(s) : 1751-10-22   / 1791-12-8 
Notes biographiques

Louis Antoine GUICHARD a probablement été formé par son père, organiste à Senlis (Oise). En 1769, à l'âge de 17 ans, il est attesté à la tribune de la très importante paroisse parisienne des Saints-Innocents. Il n'est pas inenvisageable de lier son parcours à celui de François GIROUST, qui occupe la même année le poste de maître de musique. Son seul talent, publiquement reconnu, peut-il expliquer sa présence, en 1771, parmi les jeunes organistes choisis pour jouer en public sur le nouvel orgue de Clicquot à la Sainte-Chapelle devant tout ce que la capitale compte d'amateurs ? En 1773, deux des plus éminentes figures de la scène musicale religieuse de la capitale, l'organiste BALBASTRE et le maître de musique de la cathédrale Notre-Dame, GUILLEMINOT-DUGUÉ le choisissent lors d'un concours organisé à l'initiative des chanoines de la cathédrale de Tours. Ce poste aux revenus honnêtes de 800 livres l'année était-il à la hauteur des mérites de GUICHARD ? En 1790, il est toujours en place, semblant s'être bien implanté à Tours, sans toutefois s'y être marié. L'année suivante, il retourne à Senlis pour y mourir. Seul l'ouvrage d'un ancien confrère tourangeau, Michel Boyer, paru près d'un demi-siècle plus tard, se fait encore l'écho des "formes élégantes" et de "la brillante exécution" de son jeu, de sa "science profonde de l'harmonie".

• 22 octobre 1751, Senlis [Oise] : Louis-Antoine GUICHARD naît du mariage de Louis GUICHARD, tapissier, plus tard organiste de la collégiale Saint-Rieul, et de Marie Anne Landot. Il est baptisé le même jour paroisse Saint-Rieul, avec pour parrain son oncle Antoine LANDOT, chantre de la même église. Est-il apparenté à l'organiste de Saint-Josse à Paris, Claude Henry GUICHARD ?

• [1769], Paris : Il est reçu organiste à l'église paroissiale des Saints-Innocents. Il arrive a peu près au même moment que François GIROUST qui y exerce les fonctions de maître de musique depuis le mois de mai. Il était en poste auparavant à la cathédrale d'Orléans. On ne peut donc écarter une formation du jeune homme à la psallette de la cathédrale Sainte-Croix.

• 25 mars 1771, Paris : À l'occasion de la réception du nouvel orgue de la Sainte-Chapelle, qui vient d'être relevé par François Henri CLICQUOT, et en attendant la vérification de l'instrument par Louis Claude DAQUIN et Claude BALBASTRE, plusieurs jeunes organistes se succèdent à la tribune jusqu'aux complies "au milieu de la plus grande affluence". On relève en premier le nom de DUCHESNE, organiste des Jacobins de la Rue Saint-Dominique, puis il a "cédé le Clavier à M. Guichard, Organiste des Innocens, jeune-homme dont les doigts servent bien le génie ; il a touché avec feu & précision". Après eux, le fils GAUTHIER et SÉJAN le cadet, frère de Nicolas touchent l'orgue à leur tour. Le Journal de musique se fait l'écho de ce grand moment musical.

• 22 septembre 1773, Paris : Louis Antoine Guichard remporte le concours organisé par le chapitre cathédrale de Tours suite au décès de son organiste Étienne BRETHEAU. Ce concours a été spécifiquement voulu par la compagnie qui l'a annoncé dans diverses affiches publiques par l'intermédiaire de son agent d'affaires dans la capitale, le chanoine Peigné. Le 23 septembre, ce dernier est chargé d"écrire "a mr DAVAU et le prier d'indiquer au plustot de concert avec mr BALBASTRE un concours pour la place d'organiste de leur Eglise, de choisir pour juger avec eux tels autres examinateurs qu'ils jugeroient a propos, d'avertir que les appointements seroient de 800 livres, avec l'esperance de les avoir en titre dans quelques temps si l'on est content du sujet, l'organiste est tenu de donner des leçons de clavecin a ceux des enfants de chœur en qui l'on trouve des dispositions".
• 10 décembre 1773, Paris : Le chapitre fait envoyer 96 livres à BALBASTRE, sans doute après la tenue du concours. On sait que le maître de musique de la cathédrale Notre-Dame de Paris, Jean-Baptiste François GUILLEMINOT-DUGUÉ, a été l'un des trois arbitres du concours. On ne connait pas la date précise à laquelle s'est tenu ce concours mais le 2 novembre, Edme Philibert SÉJAN a succédé à GUICHARD à la tribune des Saint-Innocents.
• 11 décembre 1773 : Les Affiches de Tours publient une annonce dans laquelle Guichard propose de donner des leçons de clavecin et de piano forte. "On se croit donc obligé de donner avis au public que le Sieur Guichard, organiste de l’Église Métropolitaine de Tours, ci-devant organiste a Paris, au SS. Innocens, qui a mérité cette place à un célèbre concours, offre aux Amateurs les talens. L'envie qu'il a de mériter l'approbation du Public, fait qu'il ne négligera rien pour avancer dans l'art du Clavecin & du Piano-fortè les personnes qui lui seront confiées. Il aura à cœur de leur donner les meilleurs principes & d'applanir les plus grandes difficultés de ces instrumens. Il croit donc nécessaire de donner au moins une heure entière à ses leçons. Il ne prendra que vingt sols par heure complette, & promet au Public que le tems ni la qualité de ses écoliers ne pourront l'emporter sur l'engagement qu'il prend. Ceux qui ne voudront qu'une demie heure de leçon, ne payeront que 10 sols. Le Sieur Guichard prie les Amateurs de vouloir bien venir l'entendre sur l'Orgue de la Cathédrale, la veille & le jour de S. Gatien, 18 de ce mois. Il prévient que comme il ne connoît pas encore toute l'étendue de l'instrument qui lui est confié, il remettra à un autre tems à jouer ses plus grands morceaux".
• 16 décembre 1773 : Arrivée de Guichard à Tours pour prendre ses fonctions d'organiste, la veille de la Saint-Gatien.
• 25 décembre 1773, Tours : "[...] Aujourd'hui la voix publique nous apprend que le Sieur Guichard désavoue cet avis [Feuille N°50] & qu'il nous scait mauvais gré de l'avoir affiché. [...] Nous avons annoncé cet avis, parce que la note nous en a été apporté à notre Bureau, parce qu'il intéresserait le Public, parce qu'il ne contenoit rien de contraire à l'honnêteté & à la décence, enfin parce qu'il étoit analogue au concours que nous avons annoncé dans notre Feuille N°37, de l'ordre d'un des membres de MM. du Chapitre de l'Eglise de Tours, Amateur distingué de la Musique [est-ce le chanoine Peigné?]. Il se peut que cet avis ne soit point l'ouvrage du Sieur G.... nous voulons même le croire : Mais à qui doit-il le jour ? Tout nous porte à penser que c'est au protecteur du Sieur G.... Pourquoi ne [pliure] l'avoit-on pas envoyé de la part du Sieur G.... ? On a bien eu la hardiesse de nous adresser une Lettre signée L'Organiste de Saint Gatien, datée de Tours le 1[3] Décembre 1773 ; quoi qu'il doit bien constant que le Sieur G.... n'est arrivé en cette ville que le 16, veille de la Saint-Gatien".

• 1er janvier 1774, Tours : "Sur proposition de Mr le Chantre, Messieurs, vu l'attestation donnée au sr GUICHARD par le sieurs BALBASTRE, DUGUÉ, DAVEAU comme ayant été choisi par eux dans le concours que le chapitre a fait faire à Paris, l'ont reçu pour organiste de cette Eglise aux conditions enoncées dans ledit concours". Le 26 janvier suivant, le chapitre décide que sa rémunération débutera à partir du jour de sa réception au concours, sans doute la veille de la saint Gatien, le 17 décembre. Les intendants de la psallette sont chargés d'acheter un clavecin qui servira à donner des leçons aux enfants de chœur.

• Juillet 1776, Tours : Louis-Antoine GUICHARD "organiste de St Gatien de cette ville, y demeurant cloitre St-Gatien", et âgé de 23 ans, dépose comme témoin dans une affaire de rivalité entre perruquiers. On apprend qu'il se fait régulièrement "accommoder" par un garçon perruquier qui lui "fait les cheveux".

• 26 janvier 1779, Tours : Louis-Antoine GUICHARD signe comme témoin au mariage, paroisse Saint-Vincent, de Jean-Baptiste BROQUERIE, musicien à la cathédrale, avec la fille d'un marchand horloger.
• 23 avril 1779, Tours : Le chapitre lui fait signifier "qu'une des conditions de sa réception est qu'il instruira ceux des enfants de chœur en qui on trouvera des dispositions". Peu de jours auparavant, les chanoines avaient désigné le jeune NORMANVILLE pour apprendre le clavecin à la psallette".

• 22 mars 1782, Tours : Les enfants de chœur Étienne FAY et Louis MINIÈRE ont des dispositions pour apprendre à toucher l’orgue ; le chapitre décide que l’organiste aura à donner des leçons pour au moins un des deux trois fois par semaine, et il sera muleté s’il ne le fait pas.

• 15 décembre 1788, Tours : On lit dans le registre capitulaire qu' "a été représenté qu’a raison de la rigueur extraordinaire de la saison, il seroit bon de faire retrancher au me de musique qq chose de la musique en symphonie qu’il doit donner le jour de la S.Gatien, de ne point donner de motet et de recommander à l’organiste d’etre plus court qu’il ne l’est ordinairement".

• 9 décembre 1790, Tours : Au moment de la cessation du culte canonial, Louis Antoine GUICHARD est toujours en fonction comme organiste de la cathédrale Saint-Gatien aux revenus annuels de 800 livres. Dans le chœur, c'est Sulpice Philippe LEJAY qui dirige la musique dans laquelle jouent et chantent une quinzaine de musiciens et dix enfants de chœur. Il a également connu les maîtres Charles Joseph TORLEZ et Antoine MERLE.
Longtemps après la Révolution, Michel BOYER, organiste au Mans d'origine tourangelle, se souviendra du talent de Louis-Antoine GUICHARD, qu'il allait souvent écouter jouer : "Dans les cas embarrassants, j'ai vu le père COLARDEAU [minime et facteur d'orgues] venir à leur secours [des organistes tourangeaux], surtout à Saint-Gatien, dont l'organiste, qui avait apporté de Paris un beau talent, n'avait jamais eu besoin, dans une ville où de bons facteurs ne manquaient pas, d'acquérir la connaissance d'un instrument si compliqué, et qui exige, pour l'accord et les petites réparations si fréquentes et si délicates, autant d'expérience que d'adresse et surtout de patience. Je dis que cet organiste de Saint-Gatien avait un talent très remarquable. Nourri à la savante école des Couperin, des Charpentier, il y joignait les charmes plus modernes d'une mélodie élégante, gracieuse, qui me ravissait. Les vêpres de ma paroisse finissant à l'heure où commençaient celles de la cathédrale, j'y courais, empressé de recueillir les motifs que l'habile artiste traitait avec un art admirable ; je suivais avec délices l'enchaînement des modulations, l'abondance intarissable des périodes harmonieuses qui ramenaient le thème principal, reproduit avec un nouvel éclat et offrant toujours cette belle unité que l'on se plaît à retrouver dans toutes les compositions des arts".

• 1er février 1791, Tours : Le directoire du district propose d'accorder 500 livres de pension à Louis-Antoine GUICHARD.
• 16 juillet 1791, Tours : Il signe la pétition collective des musiciens tourangeaux. "J'ai l'honneur de vous exposer qu'ayant passé vingt deux ans au service de l'église, je croyais mon état indestructible, mais les circonstances impérieuses ont fait regarder comme nécessaire l'abolition des chapitres: j'ai l'honneur de vous observer que c'était du seul état d'organiste que j'accordais mon existence: j'ai tout sacrifié dans ma jeunesse pour acquérir les connaissances nécessaires pour posséder cet art avec succès; je suis à l'instant de voir tous mes travaux inutiles par la suppression de ma place".
• 8 décembre 1791, Senlis : Louis Antoine GUICHARD, organiste, est inhumé paroisse Notre-Dame, celle de la cathédrale.

• 27 janvier 1792, Tours : Après son décès, un concours est organisé par les fabriciers de la nouvelle paroisse Saint-Gatien pour lui succéder à la tribune de la cathédrale. Il est présidé par Jean-Baptiste ALLAIN-DUPRÉ, ancien organiste de la collégiale Saint-Martin. Sulpice Philippe LEJAY se présente ainsi que Joseph JOUBERT, mais c'est Étienne BOYER qui l'emporte.

Mise à jour : 26 avril 2018

Sources
F-Ad37/ 16NUM6/ 261/ 593 ; F-Ad37/ 2B 468 ; F-Ad37/ L 624 ; F-Ad60/ 1MI/ ECA612R13 ; F-Ad60/ 1MI/ECA612R16 ; F-AdioTours/ 3D1/ 1382 ; F-AdioTours/ 3D1/ 1383 ; F-AdioTours/ 3D1/ 1385 ; F-AdioTours/ 3D1/ 1388 ; F-AdioTours/ 3D1/ 1389 ; F-AdioTours/ 3D1/ 1390 ; F-AdioTours/ 3D1/ 1391 ; F-AdioTours/ 3D1/ 1392 ; F-AdioTours/ 3D1/ 1393 ; F-AdioTours/ 3D1/ 1394 ; F-AdioTours/ 3D1/ 1395 ; F-AdioTours/ 3D1/ 1396 ; F-AdioTours/ 3D1/ 1397 ; F-AdioTours/ 3D1/ 1398 ; F-An/ DXIX/090/756/13 ; F-Le Mans Méd/ Hist 7261 4° ; Journal de musique, mars 1771 ; M. Boyer, "Notice historique sur les orgues […] Tours avant 1789", 1848

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