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LAUSSEROIS, Pierre Philibert (1737-1802)
Portrait
Portrait

Pierre-Philibert Lausserois, dernier organiste de la Sainte-Chapelle de Dijon, portrait (BM Dijon, Ms 1818)

État civil
NOM : LAUSSEROIS     Prénom(s) : Pierre Philibert     Sexe : M
Autre(s) forme(s) du nom : LAUXERROIS
LAUSSERROIS
L'AUXERROIS
L'AUSSEROIS

Date(s) : 1737-11-29   / 1802-1-16 
Notes biographiques

Issu du mariage de deux organistes, Pierre-Philibert LAUSSEROIS – parfois prénommé seulement Pierre – devient à son tour organiste. Il prend la succession de son père à la tribune de la Sainte-Chapelle de Dijon. C'est là qu'il exerce lorsque la Révolution supprime son chapitre employeur. Il suit ensuite son bel orgue RIEPP à Saint-Michel, église dans laquelle il a été transféré en 1793.

• 29 novembre 1737, Beaune : Fils d'Edme LAUSSEROIS et d'Anne CHAPUZOT, tous deux organistes, Pierre-Philibert LAUSSEROIS né le 29, est baptisé le 30 novembre 1737 à l'église paroissiale Saint-Pierre de Beaune en Bourgogne, diocèse d'Autun. Il a pour parrain et marraine messire Pierre-Philibert Blancheton, chevalier seigneur de Chevry et Vaux, Conseiller du roi en ses conseils, maître des requêtes ordinaires de son hôtel demeurant à Paris, et dame Anne-Marie-Pierrette Blancheton, épouse de Pierre-Philibert Gillet, écuyer. Le lien de ces augustes personnages avec les parents de l'enfant n'est pas discernable dans l'acte de baptême.

• 1743, Dijon : La famille Lausserois quitte Beaune pour Dijon où son père, Edme LAUSSEROIS a été nommé à l'orgue de la Sainte-Chapelle. Le jeune garçon a six ans.

• 26 avril 1753, Dijon : Pierre-Philibert LAUSSEROIS est le parrain du 11ème enfant de Claude-Anatoile CHAUVEREICHE, musicien de la Sainte-Chapelle. L'acte ne précise rien sur son statut, si ce n'est qu'il est fils d'Edme LAUSSEROIS lui aussi musicien de la Sainte-Chapelle. Le jeune garçon a alors 15 ans et demi.

•  26 septembre 1758, Dijon : Son père, Edme LAUSSEROIS, meurt subitement, paroisse Saint-Jean à Dijon. Pierre-Philibert a alors presque 21 ans. A-t-il tout de suite pris le relais à l'orgue de la Sainte-Chapelle ? C'est probable, le résumé de son contrat joint à sa requête en 1791 indiquant "ainsi qu'il l'a fait depuis le décès du sieur son père". Toutefois Joseph Dietsch écrit qu'il "avait trente ans" lorsqu’il succéda à son père "aux mêmes conditions", ce qui introduit un élément de doute.

• Le 31 mai 1765, lors d'un bail de location de maison, Pierre-Philibert LAUSSEROIS est dit clairement "organiste de la Sainte-Chapelle du roi".

• 17 février 1767 : Le sieur Pierre-Philibert LAUSSEROIS, "organiste de la Sainte-Chapelle" fait partie des témoins du mariage de Jean-Marie Ponsenard avocat à la cour, avec Claire Lombard fille d'un conseiller du Roi, greffier en chef de la table du Palais à Dijon, décédé. Le mariage est célébré à la cathédrale, par le chanoine Chappelot. Il signe "Lausseroys".

• 14 août 1769, Dijon : Une convention entre le chapitre de la Sainte-Chapelle de Dijon et Pierre LAUSSEROIS, organiste, pour "toucher les grandes orgues de la ditte Sainte Chapelle" est signée pour neuf ans, moyennant 550 livres, versées en quatre quartiers égaux. Il bénéficiera "d'un mois de vacances à prendre à sa volonté entre la Notre-Dame de septembre et la Toussaint".

• 10 mars 1775, Dijon : Sa mère, Anne CHAPUZOT, s'éteint paroisse Saint-Jean, âgée de 75 ans. Il assiste et signe à sa sépulture le lendemain en présence de "Messieurs les Chanoines qui ont assisté processionnellement à son convoy".

• 16 mai 1777, Dijon : Pierre LAUSSEROIS rend visite au facteur Bénigne BOILLOT dans son atelier et examine les jeux de l’orgue de Vitteaux, abîmés le 13 septembre précédent par Joseph VIENNE, fils de l'organiste Pierre VIENNE. Il certifie "que les dits jeux sont réparés, les tuyaux perdus remplacés et qu’ils sont tous prêts à être placés sur le sommier".

• 20 janvier 1778, Dijon : En l'église Saint-Philibert, paroisse où demeure la mariée, Pierre LAUSSEROIS épouse Claudine Mugnié (ainsi signe-t-elle, son patronyme étant parfois orthographié Mugnier, Meugnié, Munier ou Meunier), dont le père est marchand à Couchey. Pierre-Philibert LAUSSERROIS, appelé "monsieur", est dit "organiste du Roy en sa sainte chapelle de Dijon". Il demeure paroisse Saint-Jean. Parmi les présents on remarque la présence du facteur d'orgue Bénigne BOILLOT, ce qui confirme les liens qui existent entre les deux hommes.
Un contrat de mariage avait été établi une semaine plus tôt, le 13 janvier 1778 chez Maître Guillaume, notaire à Dijon (ce minutier comporte actuellement une lacune 1771-1782).
• 27 novembre 1778, Dijon : Dans l'église de Saint-Jean, est baptisé Pierre-Charles-Michel, né la veille, "fils de M. Pierre Philibert LAUSSEROIS, organiste de la Sainte Chapelle du Roy, et de demoiselle Claudine Mugnié". Son parrain est un peintre, Charles-Michel Coquelet Souville. Il demeure à Beaune, ce qui indique que l'organiste avait conservé des liens avec sa ville de naissance.

• 21 juillet 1781, Dijon : Pierre-Philibert LAUSSEROIS est choisi par le facteur d'orgue Bénigne BOILLOT pour expertiser les travaux qu'il a menés sur l'orgue de l'église collégiale et paroissiale Saint-Jean. Ceux-ci ayant été examinés "par messieurs Jean RICHARD facteur d’orgue de la ville de Troyes, Joseph PARIN organiste de l’église St-Jean, nommés experts de la part de la fabrique, et le sieur Pierre Philibert LAUSSEROIS de la part du sr BOILLOT facteur d’orgues à Dijon", l'orgue est reçu.

• En juillet 1782, selon le témoignage de Jean-André Silbermann, LAUSSEROIS porte un jugement sans concession sur le facteur d'orgue Joseph RABINY : "M. Lausserois, un bon organiste et amateur d’orgues est venu chez moi. Il est de Dijon, et il m’a parlé de Rabbini : “Il sait bien faire les tuyaux, mais il ne connaît rien au travail du bois, et aussi, il n’est pas capable de faire un bon tempérament”…"

• 25 février 1783, Couchey : Dans ce village viticole situé à 9 km au sud-ouest de Dijon, berceau de la famille Mugnié, "Monsieur Pierre Philibert LAUSSEROIS organiste de la Sainte Chapelle du Roy à Dijon" est cité en premier parmi les témoins au mariage d'une sœur de son épouse avec un veuf, procureur au parlement de Bourgogne.

• 20 mars 1786, Dijon : Le bail de Pierre LAUSSEROIS pour l'orgue de la Sainte-Chapelle est renouvelé pour neuf ans, à compter du 5 avril 1786. Plus tard, lors de ses démarches de fin 1790 / début 1791, il argumentera sur ce bail qui "a encore 5 ans et 3 mois à courir". Ce contrat précise sa charge de travail : "Il touchera les grandes orgues [...] à toutes les fêtes et dimanches, aux fêtes de notre Seigneur Jesus Christ, de la très Sainte Vierge, des Saints apôtres et autres qui se trouveront de seconde classe, encore qu'elles ne soient chaumées par le peuple ; aux premières vespres, matines, laudes, messe, secondes vespres, Gaude ou Saluts des jours décanaux, à tous les offices de l'octave du très Saint-Sacrement et enfin aux cérémonies extraordinaires…". Il est précisé qu'en cas d'absence, il devra fournir un organiste en son lieu et place "sauf et excepté néanmoins le tems de ses vacances qui seront depuis la Notre-Dame de Septembre jusqu'à la Toussaint chaque année".

1790, Dijon : Pierre-Philibert LAUSSEROIS est toujours en poste comme organiste de la Sainte-Chapelle de Dijon.
Sous la direction de Farnçois COLIN, les musiciens de la Sainte-Chapelle sont alors Antoine BERTHOT, Nicolas BORNE, André CAILLOT, François DELAURIÈRE, Jean FAIVRE, Pierre-Alexandre FEUVRIER, Pierre JARLOT, Jean-Baptiste MILLOT, François PARISOT. On trouve aussi mention de SIRJEAN et de REGNAUD... sur lesquels on est moins bien renseignés. Quatre chapelains étoffent le chant, MICHELIN, Pierre BOUCHÉ, Pierre-François GIGAUD et le "sous-chantre" LEBRUN. Longtemps musicien en titre à la Sainte-Chapelle, Jacques PAILLOT semble en 1790 n'y intervenir que ponctuellement en renfort, de même que le violoniste François BARY.
Les honoraires de LAUSSEROIS sont de 800 livres "sans compter une somme de 48 livres pour le salaire du souffleur qui étoit son domestique". Il mentionne aussi "les exemptions de taille et de capitation, objet que l'on peut apprécier à environ soixante livres" ainsi qu'un casuel d'environ 15 livres par an. Ses revenus totaux atteignaient ainsi 923 livres par an. Classé parmi les "privilégiés" dans le rôle fiscal, il est taillé à 20 livres 16 sols – ce qui est nettement plus que ses voisins musiciens résidant sur la même paroisse Saint-Jean comme MAGNY et MALLOGÉ, qui payent respectivement 1 livre 17 et 1 livre 5 de taille la même année. LAUSSEROIS est domicilié "retour de la rue des Champs".

• Janvier 1791 : LAUSSEROIS fait une demande de pension au Comité ecclésiastique et effectue diverses autres demandes, comme la plupart des musiciens au même moment. Dans l'une de ses requêtes, il affirme qu'il aurait été sollicité pour aller jouer ailleurs ("un plus grand théâtre"). Dans une autre, il dit qu'il a "refusé des établissements avantageux dans la capitale". Il affirme avoir "consacré sa jeunesse et ses talents" au service de la Sainte-Chapelle "depuis trente deux ans", ce qui confirme une entrée en fonction dès le décès de son père. Il estime avoir servi "à la satisfaction du chapitre et avec quelque distinction". Il ajoute pour faire bonne mesure qu'il a 53 ans et "une santé faible et languissante".
• 30 mars 1791, Dijon : Le district de Dijon estime qu'il mérite un traitement annuel de 800 livres.
• 11 avril 1791 : Le directoire du département lui accorde une pension viagère de 700 livres.

• Mai 1793, Dijon : L'orgue RIEPP de la Sainte-Chapelle ayant été acheté en janvier par la fabrique de Saint-Michel est installé dans cette église par les soins du facteur François CALLINET. Pierre LAUSSEROIS le suit et recommence à le toucher. Une inscription sur l'un des tuyaux de l'orgue l'atteste. En novembre de l'année précédente, l'ancien organiste de Saint-Michel, Louis CAMUS, avait été mis à la retraite.
L'inauguration du nouvel orgue a lieu le 20 septembre 1793.

• 1794, Dijon : En compagnie de nombreux ci-devant musiciens d'Église tels BORNE, DELAURIÈRE, FREYHAMER, LEFRANC, MILLOT ou SAGOT, le citoyen LAUSSEROIS est engagé comme instituteur de musique à l'Institut de Musique nouvellement créé par la Municipalité. Comme son confrère organiste Joseph PARIN, comme l'ex-serpent Jacques LEFRANC, et comme deux musiciennes, Bernarde BOILLOT et la citoyenne LABOREY, il est chargé d'y enseigner le clavecin.
En même temps, LAUSSEROIS poursuit son service d'organiste à l'église Saint-Michel devenu Temple de la Raison depuis Pluviôse an II (janvier 1794), la Municipalité lui nomme un adjoint, le citoyen PARIN "pour toucher l’orgue au temple de la Raison".

• Fin 1795 / début 1796, Dijon : Pierre LAUSSEROIS, organiste, est recensé "rue Philibert à droite ", Section de la Liberté. Il vit avec Claudine "Meunier" son épouse et leur fils, "Pierre Michel Lauxerois fils", 17 ans, élève en chirurgie.

• [date ?] : Jusqu'en août 1800, l'orgue de Saint-Michel est utilisé pour les cérémonies décadaires. Jusqu'à quelle date Pierre LAUSSEROIS a-t-il continué à en être l'organiste ? Dans son manuscrit de 1888, Joseph Dietsch écrit qu'en l'an IV LAUSSEROIS "abandonna Dijon et alla se fixer à Couchey-la-Côte", ce qui entre en contradiction avec le recensement précédemment relevé où la famille Lausserois est toujours à Dijon. Dietsch ajoute, toujours sans préciser de date : "Quelque temps après il fut remplacé à l’orgue de St-Michel par François LECLERC"...

• 27 nivôse an X [17 janvier 1802], Dijon : Le décès de Pierre-Philibert LAUSSEROIS, survenu la veille à 6 heures du soir rue Maison-Rouge, est déclaré par un voisin "propriétaire" de 58 ans et un "ami", jeune tondeur de draps de 35 ans. Le défunt est dit "musicien organiste" et l'acte rappelle sa filiation avec "Edme LAUSSEROIS aussi organiste et Anne CHAPUZOT son épouse". Il était toujours marié à Claudine Mugnié.

• • •

• 16 février 1804, Marsannay-la-Côte : Le fils aîné de l'organiste et de son épouse Claudine Mugnié, Pierre-Charles-Michel – qui est dit "propriétaire à Couchey" – se marie avec Marie-Anne-Claudine Lenoir. À l'acte de mariage est annexé un acte passé chez le notaire Latour de Puligny par lequel la mère du marié réitère son opposition à ce mariage ("attendu qu'elle connoit que ce mariage est absolument contraire aux intérêt de son fils"). Rien dans l'acte ne permet de saisir la cause réelle de cette opposition : la jeune femme est née à Dijon le 1er janvier 1781, son âge est donc tout à fait en harmonie avec celui du marié, elle est fille d'un "propriétaire" de Marsannay, ce qui – sous réserve de la polysémie du mot – semble également fort convenable. Néanmoins, Claudine Mugnié dispense son fils de la démarche des sommations respectueuses et donne son consentement du bout des lèvres, "entendant que ce mariage fut aussi valablement contracté que si elle y eut acquiescé et que son consentement lui ait été demandé par acte respectueux".

Mise à jour : 28 mai 2018

Sources
F-Ad 21/ L 514 ; F-Ad21/ 37J 710/712 ; F-Ad21/ BMS Couchey en ligne ; F-Ad21/ BMS St-Jean ; F-Ad21/ BMS St-Médard de Dijon en ligne ; F-Ad21/ BMS St-Philibert de Dijon en ligne ; F-Ad21/ BMS St-Pierre de Beaune ; F-Ad21/ G 2066 ; F-Ad21/ G 2138 ; F-Ad21/ G sup 27-1 ; F-Ad21/ L 1797 ; F-Ad21/ L 1798 ; F-Ad21/ NMD Dijon an X ; F-Ad21/ NMD Marsannay-la-Côte en ligne ; F-Am Dijon/ L 329 bis ; F-AmDijon/ 2 R1/1 ; F-An/ DXIX/093/820-2/20 ; F-BmDijon/ Ms 1818 ; J.-E. Doussot, Musique et Société à Dijon..., 1999 ; J.-P. Roze, courriel juillet 2017 ; J.Gardien, L'orgue et les organistes en Bourgogne…, 1943  ; P.-M. Guéritey, "Joseph Rabiny et l'orgue de St-Géraud à Aurillac"…, 2014.

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