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RAYMOND, Joseph Honoré (1730-1801)
Date(s) : 1730-5-18 / 1801-5-25
En 1790, Joseph Honoré RAYMOND est l'un des six chapelains royaux et perpétuels de la Sainte-Chapelle du Palais, sur l'île de la Cité, à Paris. Toutefois, ce fils de marchand provençal n'entend utiliser ce bénéfice obtenu vers 1780 que comme une fonction lucrative de plus. En effet, depuis 1767, l'abbé RAYMOND possède à Versailles une charge curiale d'aumônier des pages de la reine. Son service le dispense de fréquenter sa stalle mais il ne peut se soustraire à ses obligations lorsqu'il retrouve de la disponibilité. Comme ses homologues, bien que de façon moins engagée, il récuse l'exigence capitulaire de lui faire chanter la musique au lutrin, voire le plain-chant. Cette coalition des chapelains perpétuels va gravement perturber l'ordre intérieur de la Sainte-Chapelle dans les dernières années de son existence.
• 18 mai 1730, Fayence [Var] : Joseph Honoré RAYMOND voit le jour et se fait baptiser le lendemain. Il est fils de Jean, marchand à Toulon, et d’Anne Madeleine Artigues.
• 19 mai 1742, Toulon [Var] : Il reçoit des lettres de tonsure signes de l'évêque.
• 10 juin 1754, Toulon : Il reçoit ses lettres de prêtrise signées du même prélat. Il s'agit de Mgr Louis Albert de Choin.
• 1767, Versailles [Yvelines] : Il obtient la survivance de l'abbé Mercier comme aumônier des pages de la reine, qui est alors Marie Leczinska, épouse de Louis XV. Deux ans plus tard, il est toujours en survivance, "faisant le service attendu le grand âge et les infirmités du sieur abbé Mercier" et perçoit 1 500 livres de gages plus 2 200 livres pour son logement.
• 2 mai 1781 : Les chanoines de la Sainte-Chapelle décident de sursoir à l'installation du nouveau chapelain perpétuel, le sieur RAYMOND, gouverneur des pages de la reine, et présente de respectueuses remontrances au roi sur le tort qu'elle subit par l'introduction d'étrangers dans des places réservées par les règlements de Sa Majesté même à des enfants de l'Église.
• 28 juin 1781, Versailles : Son nom figure parmi les chapelains perpétuels sur un "Etat des noms, des Trésorier, Chantre, Prébendiers, des chapelains perpétuels et autres officiers de la Sainte Chapelle Royale du Palais à Paris que le Roy veut et entend jouir des privilèges des commensaux de la Maison de Sa Majesté pendant la présente année 1781". À qui a-t-il succédé ?
• 10 novembre 1781, Paris : L'abbé RAYMOND est installé dans le chœur de la Sainte-Chapelle comme chapelain perpétuel [chantre ecclésiastique]. Il dépose sur le buffet capitulaire le brevet de nomination à sa chapelle signé par le roi le 22 avril précédent. L'abbé RAYMOND demeure aumônier des pages de la reine, désormais Marie-Antoinette. Ce bénéfice est en théorie réservé d'après les chartes de fondation à ceux qui savent la musique et chantent le plain-chant. Le 24 novembre, RAYMOND prête néanmoins serment "selon le désir" de la compagnie.
• 28 décembre 1782, Paris : "Ce jour, le sr Raymond, l'un des chapelains perpétuels, est entré à l'assemblée en habit court doublé de poil sans rabas ni manteau, aiant à peine ôté son chapeau et remis sur le champ, a dit qu'il prenoit ses vacances ce présent mois de décembre", indique le registre de la Sainte-Chapelle. Surpris, le chanoine qui préside lui demande s'il a le consentement du trésorier. Il rétorque que "dès l'année dernière Monsieur le Trésorier avoit répondu qu'il ne se mêloit plus d'aucune affaires de la sainte Chapelle". La compagnie refuse d'en entendre davantage et suspend sa délibération tant qu'elle ne sera pas informée du consentement ou du refus du trésorier.
• 1783, Versailles : On relève le nom de RAYMOND dans l'Almanach de Versailles. Il est nommé après le premier écuyer de l'Écurie de la reine, le comte de Tessé, le premier écuyer en survivance, le duc de Polignac, l'écuyer commandant, le comte de Genouilly, l'écuyer cavalcadour, M. de Salvert, le gouverneur des Pages, M. de Perdroville et leur précepteur, l'abbé Lucotte. L'abbé RAYMOND a alors sous sa direction spirituelle onze pages ("De Laubespin, De Roncherolles, De Chaffoy, [le] Chev. de Voisines, De Viart, De Chevardière, De la Motte, [le] Chev. de Beaumont, D'Anstrude, De Senneville, De Clinchamps").
• 30 juin 1784, Paris : Le jour de la Saint Pierre, aucun des chapelains perpétuels ne s'étant présenté pour remplir les fonctions de diacre (DORIOT remplissant celles de sous-diacre), la compagnie, pour ne pas retarder l'office divin, a prié M. Legros, chanoine, de faire diacre. On dépose sur le buffet capitulaire une lettre de Breteuil datée du 22 juin, portant que "le sieur abbé Raymond, aumônier des pages de la reine et chapelain perpétuel de la ste chapelle du palais, demande en qualité de commensal de la maison du roy à jouir des privilèges qui y sont attachés, du gros de son bénéfice que vous refusez de luy payer". Le 26 juin, le chanoine secrétaire de la Sainte-Chapelle envoie au ministre un rapport alarmant sur l'attitude des chapelains perpétuels, au nombre de six. Ils "prétendent faire de leur place des bénéfices et se refusent constamment de remplir les fonctions auxquelles les assujetissent les réglements de nos rois et les divers arrêts qui en ordonnent l'exécution. Cette innovation de leur part a introduit le désordre et l'anarchie dans cette Eglise, les chapelains et les clercs prétendant avoir autant de droits et de raisons que les chapelains perpétuels pour se soustraire à leur devoir". Le chapitre réclame en outre le droit d'élire son grand chantre alors que la place n'est plus pourvue depuis plusieurs mois.
• 1er juillet 1784, Paris : Le sieur RAYMOND, écrit le chapitre à Breteuil, "vous a tenu un langage contraire à la vérité en vous assurant que nous refusions de luy donner le gros de son bénéfice ; il en a toujours été payé jusqu'en 1783, et si depuis cette époque il ne l'a pas été, la seule raison est qu'il ne s'est pas présenté pour recevoir ce qui lui est dû. Nos registres prouvent qu'il est intabulé ainsy que messieurs ses confrères sur la feuille des gros pour 1783. C'est une verité qu'il est facile de constater". Le chapitre justifie sa position en citant des articles d'arrêts du Conseil de 1725 et 1730 relatifs à une affaire impliquant un chapelain du jeune Louis XV, l'abbé More. Le secrétaire en extrait l'essentiel : "Le sieur More, chanoine de ladite Ste Chapelle, tant qu'il sera officier de la chapelle de sa majesté, sera réputé présent à ladite ste Chapelle pendant le temps de son service auprès de sa majesté, à l'effet de percevoir en qualité de chanoine de la Ste Chapelle tous les fruits, revenus, émoluments généralement quelconques appartenant à son canonicat à l'exception néanmoins des distributions manuelles et quotidiennes qui se payent en la manière accoutumée en ladite ste Chapelle à ceux seulement desdits chanoines qui ont assisté aux heures et service divin, et pour raison desquelles lesdits trésorier et chanoines sont pointés pendant les offices". L'abbé RAYMOND, précisent les chanoines, est parfaitement au courant de ces articles. Comment "ose-t-il recourir à votre authorité pour anéantir une loy faite par sa majesté étant en son conseil et revêtue de toutes les formalités qui doivent en assurer la pleine et entière exécution perdant de vue les idées de justice qui dirigent en tout votre administration" ! Enfin, le chapitre rappelle au baron que l'abbé RAYMOND s'est lancé dans une procédure judiciaire.
• 3 octobre 1784, Paris : Une nouvelle lettre des chanoines au baron de Breteuil montre que ce dernier a donné des ordres au Trésorier pour qu'il rappelle à l'ordre les chapelains perpétuels. C'est un échec car "cinq d'entre eux [dont RAYMOND] n'ont pas paru au chœur depuis depuis le 13 juillet dernier. Il y a tout lieu de croire qu'ils ont formé de concert la résolution de l'abandonner pour toujours. Quel scandale, Monseigneur, de voir ainsi notre Eglise presque déserte. Le service divin qui ne peut plus s'y faire avec la régularité et la majesté ordinaire que vous aviés prescrite le 18 juin dernier d'une manière si édifiante pour nous, si consolante". L'avocat de la Sainte-Chapelle pousse le chapitre à engager une action.
• 28 décembre 1785, Paris : La compagnie décide de "retenir" le gros des chapelains perpétuels qui n’ont paru à aucun office pendant l’année. DORIOT et RAYMOND ne semblent pas concernés par cette mesure.
• 11 octobre 1786, Paris : Pourtant inscrit sur la table du chœur, L'abbé RAYMOND n'est pas présent lors de la fête solennelle de Saint Denis. Un scandale éclate car aucun chapelain perpétuel ne se présente, même ceux qui se trouvent dans la sacristie, pour faire l'office de diacre et de sous-diacre, comme c'est l'usage pour cette solennité. La compagnie décide de sanctionner les chapelains qui ont refusé de venir au chœur mais "quant au sr Raimond, elle n'a pas jugé à propos de de rien statuer contre lui parce que son service le retient habituellement à Versailles".
À l'occasion de cette affaire, le Trésorier de la Sainte-Chapelle rappelle que selon les arrêts du Conseil de 1683, "conformément aux fondations desdittes chapelles, à leur serment, status, réglemens et usage de la dite Eglise, [les chapelains perpétuels] seront tenus de faire continuelle résidence dans leur maison, célébrer les messes portées par leurs fondations, d'assister à [...] l'office qui se fait et célébrer jour et nuit dans la Ste Chapelle, d'y servir de diacre et sous diacre quand les chanoines officieront, d'y porter la chappe et tenir chœur, descendre à l'aigle pour y chanter le plein chant, les antiennes, leçons et répons ainsi qu'il leur sera marqué par le chantre dans la table du chœur qui sera faite par chacune semaine et de faire toutes les fonctions et services auxquelles sont obligés les chapelains des trésorier et chanoines, à l'exception des grandes messes du chœur, à peine de privation de leur gros et distribution. Seront aussi tenus les dits chapelains perpétuels de chanter la musique avec les chapelains et clercs du trésorier et chanoines, s'ils n'en sont spécialement dispensés par le Roi".
• 6 janvier 1790, Versailles : RAYMOND a demandé et obtenu sa retraite. Le premier janvier lui est accordé le brevet d'une pension de 1 200 livres "sur le trésor royal à titre de retraite en qualité d'aumônier des pages de la reine suivant le don de ce jour". Il expose avoir servi 23 ans. Au ministre, il écrit : "Je vous laisse le maître de m'imposer un service quelconque pour les 1200 livres de retraite que vous m'accordé ; je ne demanderai rien pour desservir la chapelle du château de Madame Elisabeth [sœur du roi]. J'habite un jardin qui est presque contigu. J'ai eu l'honneur de vous demander par ma précédente que si vous ne me laissez pas les meubles de la chapelle des pages de la reine, comme émolument de la place d'aumônier, il serait peut-être à propos de les faire porter à la chapelle de Madame Elisabeth, ce qui économiserait au Roi la dépense de cet ameublement. Demandez à Madame Elisabeth si la facilité de mon service en son château lui serait agréable. La saison exige bien toute sorte d'économie".
• 27 novembre 1790, Paris : Au moment de la fermeture de la Sainte-Chapelle, 17 musiciens et chantres étaient au service de cet établissement, sous la direction du maître de musique Jean Nicolas FRÉCHON, l'un des chapelains ordinaires. Il s'agit des six chapelains perpétuels, qui ont théoriquement des fonctions cantorales (François Robert DORIOT, Joseph Honoré RAYMOND, Antoine Étienne Nicolas FANTIN DES ODOARDS, Claude ASSELIN, Armand Henri DE LA BACHELERIE et Pierre TISSET) ; cinq autres chapelains ordinaires (Guy Antoine BRALLE, Anne François DUPREY, Jean François VAVASSEUR, Sébastien François Marie Élisabeth TORCY et Antoine CHAVIALE) et six clercs (Nicolas Charles BIDAULT DE GARDINVILLE, Adrien CACHELIÈVRE, Jacques CHAUVET, Léger DOUVILLÉ, Benoît Furcy DE SACHY et Pierre POIRIER). En outre, Gervais François COUPERIN touche l'orgue de la Sainte-Chapelle et Jean-Baptiste DESSÉ vient jouer du violoncelle aux grandes occasions. La déclaration de revenus de RAYMOND n'a pas été retrouvée.
• 1798, Versailles : Un rapport retrouvé dans les archives de la police des cultes permet de connaître l'opinion que l'on se faisait à cette période de l'abbé RAYMOND ; "âgé de 68 ans, [il] habite Versailles et célèbre le culte à l'hospice civil ; il n'a pas prêté serment à la constitution civile mais il a prêté celui de Liberté Egalité et fait la déclaration du 19 Fructidor [de haine de l'anarchie et de fidélité à la République]. Il était aumônier des pages de la ci-devant reine. Il a déclaré à l'administration avoir été incarcéré 13 mois pour avoir refusé de dire la messe en 1798 [1793 ?]. Si cela est, son empressement à la dire depuis la réouverture des églises doit donner la juste mesure de son civisme".
• 26 mai 1801, Versailles : Deux commissaires de l'hospice de la ville déclarent le décès survenu la veille dans leur établissement à dix heures de relevée du citoyen Joseph Honoré RAYMOND, ministre du culte catholique. L'acte de décès le prétend de façon erronée âgé de 73 ans et natif de Toulon [Var].
Mise à jour : 15 juin 2025

