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VIENNE, Pierre (1711-1783)
État civil
NOM : VIENNE     Prénom(s) : Pierre     Sexe : M
Autre(s) forme(s) du nom : DEVIENNE
Date(s) : 1711-8-26   / 1783-11-22 
Notes biographiques

Enfant de chœur à Dijon, puis organiste à la collégiale Saint-Pierre de Tonnerre [Yonne], Pierre VIENNE épouse en 1742 une organiste, Catherine LECLERC. Pour faire vivre sa famille, il adopte une seconde activité en devenant marchand épicier, comme l'étaient son beau-père et son beau-frère, tous deux à la fois marchands épiciers et organistes. Il s'installe ensuite à Dijon, où il continue à toucher des orgues, celles de la paroisse Saint-Pierre – jusqu'à la fin de sa vie –, et celles du couvent des Cordeliers – au moins pendant quelques années.
La reconstitution de sa biographie se heurte à plusieurs difficultés issues de diverses incohérences entre les documents disponibles. Ainsi, s'il a été reçu enfant de chœur à l'âge le plus couramment observé (autour de sept ans), Pierre VIENNE serait né en ou vers 1713. Son âge, sans doute arrondi, indiqué à son deuxième mariage, le ferait naître vers 1710. Et l'âge indiqué à son décès positionnerait sa naissance en 1719 ! Celle-ci a finalement été découverte en 1711… et n'est pas sans poser elle aussi un certain problème…

• 26 août 1711, Dijon : Sur la paroisse Saint-Jean, Catherine Boromée, épouse du maître taillandier Pierre Vienne, donne le jour à deux garçons, baptisés Claude et Pierre. L'année précédente déjà, le 13 avril 1710, elle avait donné naissance à des jumeaux, et elle en aura à nouveau une paire en juin 1717. L'un des deux bébés de 1711, officiellement Pierre, meurt le lendemain, 27 août. C'est le premier problème posé par la biographie de Pierre VIENNE. L'autre jumeau semble survivre : il a vraisemblablement été appelé Pierre ultérieurement.

• Les naissances se poursuivent chez le couple Vienne - Boromée. On note en particulier celle d'un petit Antoine le 5 mars 1713.

• 18 avril 1719, Dijon : Pierre Vienne, maitre taillandier, meurt "âgé environ de 60 ans", muni des sacrements. Sa femme, Catherine Boromée, est enceinte de quatre mois.
• 18 septembre 1719 : Catherine Boromée donne naissance à un fils posthume, baptisé le même jour du prénom de son père défunt, Pierre. Le parrain est le fils du sieur Adrien Maret, maitre chirurgien, qui avait sans doute assisté à l'accouchement, dont on redoutait forcément qu'il soit à nouveau gémellaire.

• 20 novembre 1720, Dijon : Sous le prénom d'Antoine, un petit VIENNE est choisi pour devenir enfant de chœur de l'église collégiale et paroissiale Saint-Jean. Il succède à Louis HUCHEROT. Les années de maîtrise de ces garçons sont financées par une fondation de 300 livres / an établie en 1700 par une paroissienne de Saint-Jean nommée Jeanne Joly. De ce fait, ils ont été choisis par les héritiers de la fondatrice et en conséquence se trouvent un peu mieux documentés que les deux autres enfants par ailleurs entretenus par le chapitre au même moment. Contrairement à la plupart des autres nominations similaires les années encadrantes, celle du jeune VIENNE ou DEVIENNE ne comporte aucun autre détail : le nom avait été laissé en blanc par l’héritier de la fondatrice et a été rempli d’une autre main. C'est clairement une nomination hâtive et négligente, ce qui pourrait expliquer l'erreur de prénom.
Toutefois on peut aussi – avec vraisemblance – proposer l'interprétation suivante : les chanoines de Saint-Jean, émus par la situation difficile de la veuve Vienne, ont décidé de donner la première place vacante à l'un de ses fils, afin de la soulager. Ils choisissent, logiquement, celui qui a l'âge adéquat, c'est-à-dire Antoine, qui en effet a alors sept ans et huit mois. Puis, après quelque temps de test, ils constatent que le petit Antoine n'a pas les dispositions espérées, ou bien que son frère Pierre en a de bien supérieures. Et ils substituent l'un à l'autre, sans que cela ait été précisé aux héritiers de la fondation Joly, lesquels ne regardent pas de très près à ce genre de 'détail'.

• 3 décembre 1728, Dijon : Le petit Denis CHAMPION est à son tour reçu à la maîtrise de Saint-Jean "pour remplir la place de Pierre DEVIENNE". Ici le prénom Pierre est clairement donné à l'enfant sortant. Pierre VIENNE /DEVIENNE aurait finalement passé huit ans à la maîtrise de la collégiale Saint-Jean, au lieu des sept ici prévues. Cela peut laisser supposer qu'il avait quelques capacités pour la fonction... (ou alors qu'il aurait été substitué à son frère Antoine au bout d'un an, donc vers la fin de l'année 1721). À sa sortie de la maîtrise de Saint-Jean, il a 17 ans passés.

• 28 janvier 1730, Dijon : Sa mère, Catherine Boromée, veuve de Pierre Vienne "maître ferreur", meurt à son tour, à l'âge de 52 ans.

• 6 juin 1735, Dijon : Le sieur Pierre VIENNE, organiste, est choisi comme parrain de son premier-né par Nicolas PIGALLE, lui aussi qualifié d'organiste. Où exerce-t-il ses talents ? Il a 24 ans, deux ans et demi de moins que le père de l'enfant : ils appartiennent donc en gros à la même génération.

• [À une date qui reste à découvrir], Tonnerre [Yonne] : Pierre VIENNE devient organiste du chapitre Saint-Pierre de Tonnerre, dans le diocèse de Langres, à 110 km au nord-ouest de sa ville natale.

• 23 juillet 1742, Tonnerre : En l'église Saint-Pierre est célébré le mariage entre deux organistes, Pierre VIENNE et Catherine LECLERC. Chacun d'eux est clairement qualifié d'organiste, ce qui est rare, les métiers féminins étant peu souvent spécifiés dans les registres paroissiaux.
Le marié est dit "de la paroisse de St-Jean de Dijon", ce qui autorise à l'identifier à l'ancien enfant de chœur de Saint-Jean de Dijon. Ses parents sont les défunts "Jean-Pierre" Vienne, marchand, et Catherine Boromée. Quant à la mariée, elle est fille de François LECLERC (I) et sœur de François LECLERC (II) tous deux marchands épiciers et organistes. Les deux époux signent en ajoutant le mot "organiste" à leur nom (Catherine LeClerc organiste / Pierre Vienne Organiste).

• 1744 à 1754, Tonnerre : De cette union naissent au moins cinq enfants, baptisés paroisse Saint-Pierre de Tonnerre les 4 juin 1744 (Catherine), 17 mars 1746 (Jean et Pierre, jumeaux, décédés le lendemain), [20] octobre 1747 (Pierre), 24 juillet 1754 (Jean-Joseph)... et sans doute quelques autres (qui restent à retrouver).
Les actes de baptême ne mentionnent plus aucun métier pour la mère des enfants (ce qui ne signifie pas nécessairement qu'elle a cessé de toucher l'orgue). Le père, quant à lui, est dit systématiquement "organiste de cette église", donc organiste de la collégiale Saint-Pierre, parfois avec une nuance complémentaire : "marchand et organiste". Il obéit donc aux mêmes logiques que son beau-père et son beau-frère qui sont clairement organistes, bien identifiés comme tels, et en même temps marchands épiciers.

• 15 août 1760, Dijon : Le sieur Pierre VIENNE est clairement dit "organiste et facteur à Tonnerre" lorsqu'il remet aux fabriciens de Saint-Jean de Dijon un rapport d'expertise sur les travaux que Bénigne BOILLOT a effectué sur l'orgue de Saint-Jean. Il reçoit la somme de 60 livres "tant pour ses vacations que pour avoir dressé ledit rapport". Ce rapport semble positif pour le facteur, auquel la fabrique décide de délivrer un certificat "de la satisfaction de ses ouvrages pour la dite orgue, signé de tous Messieurs du Bureau".

• [À une date qui reste à préciser, postérieure à août 1760 et antérieure à 1766], la famille VIENNE-LECLERC quitte Tonnerre et s'installe à Dijon, sur la paroisse Saint-Philibert. Le neveu de Catherine LECLERC, François LECLERC (III), est organiste de la cathédrale Saint-Étienne depuis 1754.

• 17 février 1766, Dijon : Son épouse Catherine LECLERC décède paroisse Saint-Philibert. Elle est inhumée le lendemain, dans l'église même, ce qui suggère qu'elle en tenait peut-être l'orgue. Pierre VIENNE est dit marchand épicier.

• 5 mars 1767, Dijon : Les fabriciens de la paroisse Saint-Pierre font marché pour l'orgue avec Pierre VIENNE, moyennant 120 livres par an. Le nouvel organiste succède à Thomas CHAIGNAY. Cet accord est signé pour une durée de six ans, soit théoriquement jusqu'en 1773.
• 3 juillet 1767 : Les comptes de la fabrique mentionnent le versement de 60 livres "au Sr VIENNE organiste pour 6 mois d’appointements". Il a donc commencé son service au 1er janvier 1767. Le même 3 juillet le sieur Mathieu, notaire, reçoit 5 livres "pour frais du bail de l’organiste".

• 10 janvier 1769, Dijon : Lorsque leur fille aînée, Catherine, épouse un jeune veuf de 28 ans, Pierre Rebillard, marchand chapelier, Pierre VIENNE, marchand, est "cy présent et consentant". Il demeure toujours paroisse de Saint-Philibert où est célébré le mariage. Une signature "Le Clerc" indique la présence de l'organiste de la cathédrale, François LECLERC, cousin germain de la mariée.

• 26 juin 1770, Saint-Julien [Côte-d'Or] : Dans ce village situé à 12 km au nord-est de Dijon, le sieur Pierre VIENNE, marchand épicier à Dijon, âgé d'environ 60 ans, convole en secondes noces avec Delle Marie-Henriette Forquet, âgée d'environ 40 ans, dont le père était marchand à Mâcon. Une signature "Le Clerc" indique à nouveau la présence de l'organiste de la cathédrale de Dijon, François LECLERC, neveu par alliance du marié.

•  13 avril 1771, Dijon : Un fils, unique, naît de cette seconde union de Pierre VIENNE, toujours marchand épicier paroisse Saint-Philibert. Prénommé Henri, l'enfant a pour parrain le curé de Blaizy, village situé à presque 30 km à l'ouest de Dijon. Absent, ce parrain est représenté par l'un des demi-frères du nouveau-né, Jean-Joseph, qui semble donc demeurer encore à Dijon. Peu après, Jean-Joseph part pour Citeaux, à 23 km au sud de Dijon en itinéraire pédestre.

• [1772-1773] : Son fils Jean-Joseph est organiste à l'abbaye de Citeaux. Il y avait déjà été aperçu, sans précision sur son emploi, fin 1768 et début 1769.
Il semble se déplacer ensuite en divers lieux non identifiés, mobilité qui, lors de son mariage en 1781, nécessitera l'obtention d'une "permission spéciale" pour "défaut de domicile".
Pendant ce temps, à Dijon, Pierre VIENNE, tout en étant toujours épicier, continue à toucher l'orgue de la paroisse Saint-Pierre. Tous les six mois, début janvier et début juillet, il reçoit 60 livres de la fabrique "pour six mois de rétribution".

• 1775 et 1776, Dijon  : Les comptes du couvent des Cordeliers attestent le paiement de 150 livres par an pour les "honoraires" de "Mr VIENNE organiste". Les paiements s'interrompent après le terme versé le 31 octobre 1776, parce que le facteur Bénigne BOILLOT effectue alors des travaux sur l'orgue.
Le chantier se termine début août 1777 : le 7 août, 24 livres sont versées "à Mr BOILEAU pour ses ouvriers" L'organiste reprend son service dès le 9 août. Mais on ne sait pas si c'est encore Pierre VIENNE : lorsque le premier terme arrive à échéance le 9 février 1778, le registre de compte indique seulement "payé à l’organiste ses honoraires de six mois", sans donner son nom, et il en va de même jusqu'en février 1779. Par ailleurs, le montant du salaire annuel a été ramené de 150 à 135 livres. Ces deux éléments (anonymat de la mention et baisse du salaire) incitent à penser qu'il ne s'agit plus de Pierre VIENNE. À partir de La Toussaint 1779, l'orgue des Cordeliers est touché par Louis CAMUS.

• 27 novembre 1776 : Pierre VIENNE, "organiste à Dijon", s'engage envers le maire, le curé et les fabriciens de Vitteaux, petite ville située en Auxois, à moins de 50 km à l'ouest de Dijon, à rembourser jusqu'à 300 livres les travaux nécessaires pour réparer de mystérieux "dégâts" faits à l'orgue le 13 septembre précédent par son fils Joseph – dont on peut penser qu'il en était alors l'organiste. Le dossier traîne ensuite en longueur car Pierre VIENNE, le plus souvent qualifié de "marchand", cherche à esquiver son engagement et fait attendre le facteur choisi par les gens de Vitteaux, Bénigne BOILLOT. Lors de l'une des assignations il fait même répondre crûment "que sa dernière volonté était de ne rien païer". Le 12 juin 1777 il produit un mémoire dans lequel il explique qu'il ne payera pas avant d’avoir vérifié "de quelle valeur sont les réparations dont il s’agit". Sans doute redoute-t-il que les fabriciens ne lui fassent payer des réparations sans lien avec les "dégâts" occasionnés par son fils.

• 27 novembre 1781, Dijon : Pierre VIENNE est dit "bourgeois à Dijon" lors du mariage de son fils Jean-Joseph avec une jeune fille de la paroisse Notre-Dame, Anne Darentière, dont le père est dit "bourgeois à Busserotte", village situé à environ 47 km au nord de Dijon. Pierre VIENNE est présent à la cérémonie et signe "Vienne père". Le retour de son fils à Dijon est tout récent puisque le mariage est célébré "avec la permission spéciale" du vicaire général du diocèse, permission "donnée malgré le défaut de domicile de l'époux".
On peut penser que c'est à compter de ce retour que Jean-Joseph a commencé à prendre le relais de son père à l'orgue de Saint-Pierre. Le passage de l'un à l'autre n'est pas perceptible dans les comptes de la fabrique, si ce n'est – peut-être – le remplacement de "Mr Vienne" par la formulation "le sieur Vienne" à partir du paiement du 1er juillet 1781.

• 23 septembre 1782 : Le sieur Pierre VIENNE, "bourgeois, son ayeul paternel", est parrain de sa petite-fille Catherine, née de la veille, fille de son fils Jean-Joseph, lui aussi devenu marchand, et d'Anne Darentière.

• 23 novembre 1783, Dijon : Décédé la veille sur la paroisse Saint-Philibert, toujours qualifié de "marchand épicier", Pierre VIENNE est inhumé "au cimetière hors de la ville", en présence de son fils Henri et de son gendre, le mari de Catherine, Pierre Rebillard, marchand chapelier. Jusque là, l'acte de décès est cohérent avec les indications antérieurement accumulées. Mais il donne le défunt comme étant "âgé de 64 ans". Cet âge, très clairement indiqué sur l'un des deux registres conservés, pose problème. Il est tout à fait contradictoire avec l'âge de 60 ans donné lors de son remariage en 1770, treize ans plus tôt ! Et en situant la naissance du défunt en 1719, il rend impossible une éducation comme enfant de chœur durant les années 1720.
En réalité, cet âge correspond au Pierre Vienne né le 16 septembre 1719, fils posthume de Pierre Vienne le maître taillandier. Il suggère une confusion commise par les deux déclarants, l'un très jeune (le fils de 12 ans et demi), l'autre extérieur au noyau familial (gendre), qui disposaient peut-être des divers extraits de baptêmes de la génération précédente conservés pêle-mêle par leur père et beau-père dans un tiroir et entre lesquels ils n'ont pas su voir clair. Il est toutefois étonnant que le clergé paroissial ne se soit pas aperçu d'une telle erreur. Le défunt avait en réalité 72 ans.

• Son autre fils, Jean-Joseph, est attesté par les comptes de fabrique comme organiste de la paroisse Saint-Pierre jusqu'à son décès en 1790.

• Sa veuve, Marie-Henriette Forquet décèdera le 18 avril 1820 à Dijon, à l’âge de 88 ans (ce qui la ferait naître vers 1732).

• Son dernier fils, Henri, après des études au collège de l'Oratoire de Beaune, était devenu professeur de la congrégation, et fut quelque temps en poste au collège de Juilly. À la Révolution il se marie, puis entre dans l'administration fiscale tout en exploitant un domaine viticole. Il devient ensuite archiviste de la ville de Toulon (où vit son fils) avant de revenir en Bourgogne vivre ses dernières années. Il meurt à Gevrey-Chambertin en 1862. Il laisse de nombreuses œuvres, manuscrites ou publiées, qui forment à la Bibliothèque municipale de Dijon le fonds Henri Vienne (Ms 1757-1784).

Mise à jour : 25 août 2018

Sources
F-Ad21/ 1J 3664-2 ; F-Ad21/ 37J 710/712 ; F-Ad21/ 49 HR 920 ; F-Ad21/ BMS Dijon en ligne ; F-Ad21/ BMS Notre-Dame de Dijon en ligne ; F-Ad21/ BMS St-Jean de Dijon en ligne ; F-Ad21/ BMS St-Julien en ligne ; F-Ad21/ BMS St-Philibert de Dijon en ligne ; F-Ad21/ C 8745 ; F-Ad21/ G 2131 ; F-Ad21/ G 2138 ; F-Ad89/ BMS St-Pierre de Tonnerre ; F-AmDijon/ fonds Henri Vienne, Ms 1757-1784

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