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Yvelines

Musique et musiciens d’Église dans le département des YVELINES autour de 1790

Sommaire

Liste des musiciens des Yvelines

Url pérenne : http://philidor.cmbv.fr/musefrem/yvelines

1 - Seine-et-Oise

Fig. 1 : Les départements de la Seine-et-Oise et de Paris (La République française en LXXXVIII départemens, Paris, an III, coll. part.)

Le département des Yvelines naît en 1968 de la division de la Seine-et-Oise. Il comprend quatre des neufs districts qui composaient la Seine-et-Oise à sa création en 1790 : Mantes, amputé de sa partie nord ; Montfort-l’Amaury ; Saint-Germain-en-Laye et Versailles, sans les cantons de Jouy, Limours, Longjumeau et Palaiseau, joints à l’Essonne, et de Sèvres, rattaché aux Hauts-de-Seine [Fig. 1]. Les archives du directoire départemental de Seine-et-Oise y sont conservées, au dépôt de Montigny-le-Bretonneux, ainsi que celles des districts cités. Celles des districts de Pontoise et de Gonesse ont été transférées au Val-d’Oise, tandis que celles de Dourdan, Corbeil et Étampes ont rejoint l’Essonne. Malheureusement, en Seine-et-Oise, comme dans quelques autres départements, les dossiers relatifs au clergé ne concernent que les ecclésiastiques au sens strict. Les musiciens laïcs attachés aux collégiales et aux abbayes n’apparaissent pas dans les tableaux et états de pensionnaires du clergé conservés, pourtant nombreux. Ici et là, quelques noms ont tout de même été relevés, mais aucun dossier individuel n’a été trouvé. La série G est décevante pour ce qui concerne les collégiales des Yvelines (excepté Mantes, et encore), mais d’une grande richesse pour les paroisses. En série H, quelques belles découvertes ont été faites. En complément, l’examen des nombreux comptes des fabriques paroissiales conservés aux Archives diocésaines de Versailles a permis de mieux comprendre le fonctionnement des églises à la fois paroissiales et collégiales de Mantes, Montfort-l’Amaury et Poissy. Les registres paroissiaux, intégralement numérisés et disponibles en ligne, ont permis de débusquer bien des informations. Enfin, la présence de la Chapelle du roi, à Versailles, impose le détour par les Archives nationales, dont les deux sites de Paris (surtout) et de Pierrefitte conservent une documentation très riche, issue des fonds du Secrétariat d’État de la Maison du roi dont dépendaient les musiciens.

I – Un département récent au territoire cohérent

Le démembrement de 1968 recèle une certaine logique, puisque le département des Yvelines présente des caractères d’unité que son prédécesseur ne pouvait revendiquer. D’un point de vue géologique, le territoire se distingue de la Normandie crayeuse par son substrat alluvionnaire, plus récent que celui de la Beauce, mais plus ancien que celui du Val-d’Oise. La Seine constitue une frontière naturelle au nord, à peine dépassée par quelques communes : c’était déjà la limite de deux provinces romaines et celle des cités gauloises des Carnutes, avec Chartres pour capitale, dont dépendent les actuelles Yvelines, et celle des Véliocasses, au nord du fleuve, autour de Rouen.

• • • Entre Seine et forêts, un territoire marqué du sceau royal

Les paysages sont dominés au sud par la présence de vastes forêts coupées de nombreuses petites vallées qui constituent le « pays d’Yveline », dont le nom proviendrait de l’appellation latine sylva aquilina, « forêt gorgée d’eau ». Ces cours d’eau alimentent la Rémarde et l’Yvette qui se jettent dans l’Orge, puis la Seine, tandis que le petit bassin de la Drouette, à l’ouest, nourrit l’Eure. Les rois y élisent tôt domicile pour s’adonner à la chasse dans les vastes couverts forestiers, installant ou rachetant plusieurs châteaux. Versailles, créé par Louis XIV autour du pavillon de chasse paternel, n’est que le dernier d’une série qui compte Saint-Germain-en-Laye et Rambouillet, voire Poissy où Saint Louis aimait séjourner. Le nord du département constitue le Mantois, marqué en rive droite par des falaises dominant la Seine, franchissable à Mantes par deux ponts, reconstruits à partir de 1764.
Majoritairement rural, le territoire est ponctué de quelques villes, largement dominées par Versailles. Véritable ville champignon, née de la volonté de Louis XIV et de l’installation pérenne de la Cour en 1682, elle compte plus de 50 000 habitants en 1790 et a annexé en 1787 le village de Montreuil, qui accueillait les Versaillais dans ses guinguettes et dont le roi était seigneur depuis 1747. Avec son Grand Parc (clos de murs et bien plus étendu que le parc actuel), la ville est sous l’autorité d’un gouverneur : depuis 1778, c’est le prince de Poix, fils du comte Philippe de Noailles son prédécesseur. Elle abrite en outre un bailliage royal, dont l’autorité, qui s’étend à l’ensemble du Grand Parc et, au-delà, aux paroisses rurales de Louveciennes, Marly ou Sèvres, est souvent en conflit avec celle de la prévôté de l’Hôtel du roi.
Les autres villes des Yvelines sont bien plus modestes. Ville natale de Louis XIV, refuge des jacobites anglais après 1689, Saint-Germain-en-Laye (plus de 12 000 habitants en 1790) a bien perdu de son prestige et de son importance : elle se maintient grâce à la forêt qui la jouxte et aux quelques troupes de la Maison du roi qui y sont en garnison. Hors de son trimestre de service à la Cour, une partie de la 1re compagnie des Gardes du corps du roi y a ses quartiers (le gros de la troupe est à Beauvais), auprès de son capitaine qui est également le gouverneur de la ville, le duc Louis de Noailles, frère du comte Philippe. Mélomane notoire, le duc entretient des musiciens à ses frais et donne des concerts dans son hôtel. Durant l’été 1778, il accueille Mozart, qui y coule dix jours agréables en compagnie de Johann Christian Bach.
En quittant Saint-Germain vers l’ouest par la route de Paris à Évreux, on pénètre dans la forêt avant de retrouver, à Poissy (2 600 habitants), la Seine que l’on franchit sur « le pont le plus long qu’on puisse imaginer » (S. von La Roche). En passant par Meulan, considérée comme une petite ville avec ses trois paroisses et ses quelque 2 100 habitants en 1790, on chemine ensuite une trentaine de kilomètres jusqu’à Mantes, siège d’une élection, d’un bailliage royal et d’un présidial, qualifiée de « petite ville » par Robert de Hesseln qui, en 1771, lui attribue un millier d’habitants, mais elle en compte peut-être le quadruple en 1790 (4 190 habitants selon M. Lachiver qui y inclut probablement les 335 habitants de Gassicourt, petite commune rattachée en 1930). Hurtaut et Magny louent « la salubrité de son air » et Hesseln explique ainsi le qualificatif de « Jolie » donné à la ville. Sophie von La Roche y voit « un grand nombre de beaux hôtels, habités par des grandes familles qui laissent leurs fils occuper leurs places au Parlement, pour se retirer ici, où les denrées sont de bonne qualité et peu onéreuses et où ils trouvent un air et une situation agréables ». Selon Expilly, la promenade du pont « est amusante par la quantité de personnes & d’équipages qu’on y voit passer ». Elle mène à l’île Champion où un cours planté d’ormes constitue une promenade des plus prisées.
Au sud du département, Houdan (1 850 habitants), Chevreuse (1 500 habitants) et surtout Montfort-l’Amaury (2 400 habitants), chef-lieu d’élection, sont longtemps bien plus peuplées que Rambouillet, sis au milieu d’une forêt giboyeuse. Qualifié de bourg par Hesseln en 1771 et de village par Hurtaut et Magny huit ans plus tard, Rambouillet prend une ampleur et des caractères urbains après l’acquisition de son château par Louis XVI en 1783. On y compte plus de 3 000 habitants en 1790.
Le territoire est desservi par un réseau de routes et de chemins bénéficiant de la proximité de Paris, que plusieurs routes relient à Versailles. La plus fréquentée conduit le voyageur jusqu’au château par le pont de Sèvres et l’avenue de Paris, axe majeur de la cité royale. Outre le trafic des particuliers, les deux villes sont connectées par des voitures publiques dont, pour les moins argentés, le coche qui couvre la distance en trois ou quatre heures pour 25 sols. Mais Versailles est également sur la route de Rennes, via Houdan et Dreux, ou d’Angers, via Chartres, par la diligence. Saint-Germain, Poissy et Mantes s’alignent sur la route d’Évreux, qui franchit la Seine en ces trois localités. À condition de n’être pas trop pressé, qui craint les cahots de la route peut s’y rendre par le coche d’eau : les méandres de la Seine lui imposent un notable allongement de parcours.

• • • Une économie rurale au service de Paris et de Versailles

Ce réseau routier convergeant et la proximité de la capitale sont propices à l’économie du territoire. En juin 1785, se rendant de Paris au Havre, Sophie von La Roche croise « à tout moment [entre Poissy et Mantes] des véhicules venant de Normandie chargés de vivres pour Paris », dont, peu après Mantes, « un train de grand chariots remplis de paniers contenant des poules ». Poissy accueille tous les jeudis le principal marché aux bestiaux destinés à Paris. Chaque année, plus de 60 000 bêtes venues de Normandie y sont rassemblées et vendues aux bouchers parisiens. Paris tire une partie de son beurre de Saint-Germain-en-Laye, la part la plus importante venant de Chartres ou d’Isigny. Les productions maraîchères (navets d’Aubergenville, pois de Limay…) et fruitières du val de Seine se retrouvent sur les tables parisiennes et versaillaises, même si l’essentiel des fruits consommés dans la capitale provient plutôt de l’est parisien. Les villages de Bougival, La Celle, Louveciennes et Le Pecq participent au mouvement, sans qu’on sache exactement quels fruits y sont produits. À Montesson, on récolte des cerises et à Houilles, le melon s’était imposé au XVIIIe siècle, mais vers 1779, Hurtaut et Magny en parlent déjà au passé : « on [les] semoit dans les champs comme du bled ; [ils] étoient autrefois en réputation ». À la sortie orientale du village, on « produit des vins blancs et clairets ». La vigne a surtout colonisé depuis longtemps les coteaux de la Seine, et les vins d’Andrésy, de Triel ou du Mantois (clos des Célestins et vignoble de Follainville) se rencontrent dans les caves de certains musiciens versaillais, comme Joseph HÉRAN DUBUISSON, en 1764, dont la cave conserve du « vin rouge cru de pays de la récolte 1762 ». Aux portes de la Beauce, Houdan accueille quant à elle « un marché de bled considérable, & une manufacture de bas de laine » (Hurtaut et Magny, 1779).
L’activité manufacturière demeure néanmoins fort limitée au sein de ce territoire rural, dominé par les châteaux des grandes familles qui fournissent des ministres depuis le règne de Louis XIV. L’impressionnante « machine » de Marly n’a d’autre objet que de pomper l’eau du fleuve pour l’envoyer jusqu’aux jardins du château de Versailles. En revanche, une véritable fabrique d’indiennes s’est développée à Jouy-en-Josas, bénéficiant des eaux de la Bièvre et de la proximité de la riche clientèle de Versailles. Manufacture royale à partir de 1783, l’entreprise d’Oberkampf devient rapidement l’une des plus dynamiques et innovantes d’Europe, et emploie 900 ouvriers (dont des enfants à partir de six ans). La manufacture de velours de coton établie à Mantes, avec trente-cinq métiers, n’appartient pas à la même catégorie… Mantes est surtout fameuse pour les cuirs qui y sont façonnés et pour les cinq foires qui l’animent de juillet à octobre.
Enfin, nombre de petits Parisiens ou Versaillais sont mis en nourrice dans les villes et villages des Yvelines, moyennant des tarifs fixes. Les registres paroissiaux témoignent de ce phénomène au travers des sépultures de ces enfants déracinés.

• • • Une division ecclésiastique entre le diocèse de Paris et celui de Chartres

Aucune cathédrale à l’horizon du département des Yvelines, pas plus que de celui de la Seine-et-Oise, dont le territoire n’abritait pas de siège épiscopal avant la réforme diocésaine de 1790. L’église paroissiale Notre-Dame de Versailles devient alors la première cathédrale du département de Seine-et-Oise, avant de céder sa place à sa jeune sœur Saint-Louis à partir de 1797, par choix du nouvel évêque, confirmé après le concordat de 1801.
C’est précisément un peu à l’ouest de Versailles que court la frontière entre le diocèse de Paris, dont l’archidiaconé du Josas englobe la frange orientale du nouveau département, et celui de Chartres, qui englobe la grande majorité des paroisses du département, dont celles de l’ouest du grand parc de Versailles, comme Saint-Cyr. Quelques enclaves viennent rappeler les complexités communes à l’Ancien Régime : ainsi, Saint-Germain-en-Laye, dépendante de Paris, est entourée de paroisses chartraines. Au nord de la Seine, une trentaine de paroisses ressortissent au diocèse de Rouen – mais Andrésy, Conflans-Sainte-Honorine et Maurecourt sont sous l’autorité de Chartres, tandis que Meulan est partagée entre les deux diocèses – et quatre paroisses dépendant d’Évreux constituent la lisière extrême occidentale du département.

Versailles, dépendant de l’archevêque de Paris, bénéficie toutefois d’une forme d’autonomie pour la Chapelle du château, placée sous l’autorité du grand aumônier, parfois présenté comme « l’évêque de la Cour ». Depuis 1786, l’évêque de Metz, Louis Joseph de Montmorency-Laval, « prélat fier et fastueux » (Hézecques), occupe cette place enviée. Il est vrai que son clergé, qui accompagne la Cour dans ses voyages, peut alors exercer dans d’autres diocèses comme Sens (au château de Fontainebleau) ou Soissons (au château de Compiègne). Officiellement, toutefois, le château de Versailles et ses dépendances sont sous l’autorité spirituelle du curé de Notre-Dame, unique paroisse de la ville avant la création de celle de Saint-Louis en 1730, pour le quartier du Parc-aux-Cerfs. Le clergé paroissial versaillais est composé de prêtres de la congrégation de la Mission, également appelés Lazaristes, qui desservent aussi la Chapelle pour l’ordinaire, y compris lorsque la Cour est absente – ainsi, après le 6 octobre 1789, le plain-chant continue à retentir dans la chapelle du château : le Russe Karamzine, la visitant en juin 1790, n’y voit « personne que les moines ». En 1787, le rattachement du village de Montreuil ajoute une troisième paroisse à Versailles, sous le vocable de Saint-Symphorien. Seules les deux paroisses historiques disposent d’un orgue. À Notre-Dame, l’instrument de Julien TRIBUOT, achevé en 1691, est transformé par François Henri CLICQUOT, qui refait entièrement les jeux d’anches en 1766. Cinq ans plus tôt, le même facteur achevait le grand orgue de la nouvelle église Saint-Louis, commencé en 1754 (date d’achèvement de l’édifice de Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne, dont la première pierre avait été posée en 1743) par son père Louis Alexandre CLICQUOT. Le couvent des Récollets, à l’ombre du Grand Commun qui accueille plusieurs services de la Maison du roi (et aujourd’hui, l’administration de l’Etablissement public du château, du musée et du domaine national de Versailles), possède aussi un instrument.
Les arts d’agrément fleurissent grâce à la présence de la Cour. L’Almanach de Versailles de 1789 met en lumière deux maîtres de danse offrant leurs services au public, Jacques Clair Julliet, par ailleurs maître à danser des pages de la Chambre du roi, du comte de Provence et de la comtesse d’Artois, et Étienne Nicolas Papillon, mais ils sont en réalité plus nombreux, probablement près d’une dizaine. « Mad. le Blanc, Maîtresse de Clavecin & de Harpe », résidant « aux Écuries d’Orléans », rue d’Orléans, n’est autre que Marie Marguerite CHAILLOU, épouse d’Hubert Leblanc, une organiste bourguignonne qui a travaillé à Montfort-l’Amaury. Son fils Bernard Louis Éléonor LEBLANC, organiste de formation lui aussi, enseigne le clavecin et le violon au n° 26, rue Saint-Louis. Le principal magasin de musique de la ville est tenu par le luthier Joseph Bazelaire, de Mirecourt (Vosges), qui « fait & raccommode toutes sortes d’instrumens de musique, vend de véritables cordes de Naples assorties, & autres en soie ». Cet artisan, fournisseur officiel de la maison royale d’éducation de Saint-Cyr, a au moins un concurrent, dont l’almanach ne dit rien : Pierre Charles Gand, lui aussi natif de Mirecourt, capitale de la lutherie française.

Trois collégiales, qui accueillent aussi une activité paroissiale, dressent leurs clochers au-dessus des petites villes précédemment évoquées.

2 - Mantes

Fig. 2 : La façade occidentale de la collégiale Notre-Dame de Mantes (carte postale, coll. part.)

Le paysage de Mantes-la-Jolie est dominé par la silhouette majestueuse de sa collégiale Notre-Dame, marquée par ses deux tours qui lui donnent un air de Notre-Dame de Paris en réduction [Fig. 2]. Elle abrite les tombeaux des anciens rois de Navarre et, dans un caveau, le cœur et les entrailles de Philippe Auguste, décédé à Mantes en 1223. La paroisse Sainte-Croix y cohabite avec le chapitre Notre-Dame, composé d’un doyen, qui est aussi curé de la principale paroisse de la ville, Saint-Maclou, de sept chanoines et de huit vicaires perpétuels (qui, précise la Description de la Généralité de Paris, en 1759, doivent être prêtres et savoir la musique), un diacre, un sous-diacre, un maître des cérémonies et plusieurs chapelains, tous nommés par le roi. Seuls le maître de musique et les huit enfants de chœur relèvent des chanoines. L’organiste, le serpent et les chantres sont placés sous l’autorité du conseil de fabrique. L’orgue, construit de 1583 à 1588 par le facteur Nicolas Barbier, de Laon, a été restauré à plusieurs reprises. En juin 1774, le marguillier est chargé de payer 30 livres pour moitié des réparations faites au jeu de l’orgue, déclaré « fort ancien ». Dix ans plus tard, l’instrument semble quasi injouable, perpétuellement en réparation. En 1790, Charles HARASSE, natif de Mantes et probablement ancien enfant de chœur, est chanoine-curé de Sainte-Croix depuis 1761. Auparavant, il avait été vicaire et maître de musique de la collégiale.
La collégiale Saint-Pierre de Montfort-l’Amaury est aussi paroissiale sous l’invocation des saints Pierre et Paul. On ignore tout, faute d’archives, du maître des enfants de chœur, qui pourrait être un vicaire ou un chanoine. Un orgue y est signalé dès le XVIe siècle, reconstruit à partir de 1667 par le maître facteur d’orgues Jacques Carouge. L’organiste et les chantres sont nommés par le conseil de fabrique. À vrai dire, le statut de cette église est ambigu : la France ecclésiastique de 1788 évoque bien une collégiale à Montfort dont le doyen-curé est le sieur Jean, mais le Mémoire sur l’état de la généralité de Paris, de 1697 affirme qu’« il n’y a aucun chapitre dans l’élection [de Montfort] ; il y a seulement, dans l’église paroissiale de Saint-Pierre de Montfort, sept prébendes, dont quatre ont été fondées par un ancien comte de Montfort, et trois par des particuliers. Elles valent chacune 100 l. de revenu ». Force est de constater qu’aucun registre de délibération capitulaire ne subsiste et qu’on ne trouve aucune allusion à la collégiale dans les registres paroissiaux.

3 - Houdan orgue de Clicquot

Fig. 3 : L’orgue Clicquot de l’église de Houdan (cl. Ville de Houdan, 2016 — Wikimedia, Travail personnel, CC BY-SA 4.0)

Collégiale et paroissiale comme les deux précédentes, l’église Notre-Dame de Poissy est desservie par sept chanoines, ayant chacun leur vicaire perpétuel. On vient s’y recueillir devant les fonts sur lesquels Saint Louis a été baptisé. La maîtrise dépend du chapitre, l’organiste de la fabrique. L’orgue, offert en 1623 par le trésorier de France d’Amiens Adam Chevrier, est remanié en 1735, mais, trop délabré pour pouvoir être réparé, il est adjugé par morceaux en 1782. Le 15 septembre 1782, Guillaume LASCEUX, organiste de Saint-Étienne-du-Mont, à Paris, et Louis François LIEDÉ, organiste de la collégiale de Poissy, reçoivent le nouvel orgue de 21 jeux, acheté pour 6 000 livres à Claude BALBASTRE, organiste de Saint-Roch à Paris, également présent ce jour-là. François Henri CLICQUOT s’est chargé du montage et de l’accord, moyennant 550 livres. Cet instrument est finalement vendu en 1792.

Les paroisses accueillent un ou plusieurs chantres et quelques enfants de chœur, plus rarement renforcés par un serpent. Rares sont celles qui disposent d’un organiste, en dehors des trois collégiales et des deux principales paroisses de Versailles.
Ailleurs pourtant, quelques instruments fameux sont sortis des ateliers de la famille CLICQUOT. Deux instruments frères embellissent les offices de deux petites villes de la moitié sud du département, pourtant éloignées de 35 km l’une de l’autre. En 1732, comme l’atteste une inscription sur un tuyau de montre, Louis Alexandre CLICQUOT installe l’orgue de l’église Saint-Martin de Chevreuse sur une tribune au-dessus du portail occidental et en profite pour l’augmenter de plusieurs jeux. On n’en sait pas plus sur l’emplacement de l’orgue avant cette date, mais on a probablement profité de l’occasion pour lui donner un nouveau buffet. En 1739, l’église paroissiale d’Houdan inaugure officiellement l’instrument commandé au même facteur par le curé, cinq ans plus tôt, en précisant un buffet « conforme au dessein de Chevreuse » [fig. 3]. Si la similitude est encore visible aujourd’hui, seul l’orgue d’Houdan peut encore témoigner de la beauté de ses jeux, grâce à une restauration respectueuse au début des années 1970. À Chevreuse, la partie instrumentale a été totalement dénaturée peu avant 1900.
L’orgue construit en 1698 par Alexandre Thierry dans l’église paroissiale de Saint-Germain-en-Laye sert sans discontinuer dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, malgré la campagne de travaux de reconstruction de l’édifice lancée en 1766, qui a pu perturber le service divin, bien que tout ait été prévu pour permettre son maintien. La présence d’un orgue en l’église Saint-Maclou de Mantes est attestée par les comptes de fabrique, entre 1766 et 1788. Il en existe un, dont on ne sait rien, à Gargenville en 1790, et un autre à Saint-Lubin de Rambouillet dès 1771, dont l’architecte Petit nous apprend en 1795, qu’il pouvait être estimé, avec sa tribune, à plus de 6 500 livres, mais qu’il « avait été cassé et brisé par différentes personnes dans le courant de novembre 1793 ». Enfin, CLICQUOT serait intervenu en 1732 à Chambourcy, mais on n’en sait pas plus. Il s’était sans doute rendu à l’abbaye de Joyenval.

Parmi les établissements religieux des Yvelines, trois abbayes masculines peuvent s’enorgueillir d’un orgue, dont pourtant on ignore presque tout : Joyenval, au sud de Chambourcy, et Abbecourt, au sud d’Orgeval, dépendent de l’ordre de Prémontré, tandis que les Cisterciens ont élu domicile dans le vallon humide et solitaire des Vaux-de-Cernay. Le monastère royal Saint-Louis des Dominicaines de Poissy, dont le réfectoire avait accueilli en 1561 le colloque qui échoua à rapprocher protestants et catholiques, semble être le seul établissement de la ville à abriter un orgue en 1790 : rien à l’hôpital de la Charité (alors qu’un instrument est attesté à l’Hôtel-Dieu de Mantes), ni au monastère des Ursulines, vis-à-vis de l’abbaye. Un buffet d’orgue est signalé chez les bénédictines de Mantes. Le couvent des Cordeliers de Saint-Bonaventure-lès-Mantes, situé à Mantes-la-Ville au bout de l’avenue des Cordeliers qui vient de Mantes-la-Jolie, abrite un « petit buffet d’orgue » en 1790.
Enfin, il faut placer à part la Maison royale Saint-Louis de Saint-Cyr, fondée par Madame de Maintenon pour l’éducation des jeunes filles nobles, qui n’est pas à proprement parler un établissement religieux, malgré la communauté d’Augustines qui y est érigée dès 1692, son architecture qui tient du monastère autant que du collège, et les règles strictes qui la régissent. Dans la chapelle (aujourd’hui amputée et dénudée), les pensionnaires peuvent profiter des sonorités d’un orgue.
Rien ne subsiste aujourd’hui de tous ces instruments, pas plus du reste que de la plupart des bâtiments.

Le département des Yvelines compte donc quelques églises susceptibles d’accueillir des musiciens, d’où émerge un lieu de musique hors du commun, à la fois par son architecture ou ses usages, et par l’effectif musical important qu’il abrite. Il s’agit de la chapelle royale, au château de Versailles.

II- La Chapelle du roi à Versailles : un monde à part dans le paysage musical ecclésiastique français

Un dernier élément justifie le traitement particulier qui lui est ici réservé : l’essentiel de l’activité musicale a déserté les lieux à partir du mois d’octobre 1789, lorsque le roi et la Cour ont dû s’installer au palais des Tuileries, à Paris, où la Musique du roi exerce dans des conditions qui demeurent mal connues. On peut déduire de quelques indices épars et de la taille réduite de la tribune aménagée à la hâte que l’effectif qui officie lors de la messe du roi y est réduit. La plupart des musiciens demeurent en effet dans la ville royale déchue jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, comme l’atteste le recensement de 1792.
Le choix a donc été fait de présenter l’ensemble de la Musique du roi dans le cadre du département des Yvelines et dans la configuration optimale qui précède le déménagement de l’automne 1789. C’est du reste la dernière qui soit à peu près bien connue. En effet, contrairement aux autres musiciens d’église du royaume, les musiciens du roi n’ont pas dressé d’états de services, ni réclamé de pensions consécutives à la perte de leur emploi… puisque celui-ci leur était resté garanti, du moins tant que durerait la monarchie. De fait, on conserve un état de paiement qui calcule les appointements restant dus jusqu’au 10 août 1792.

• • • La chapelle royale conçue par Jules Hardouin-Mansart

4 - Versailles chapelle nef

Fig. 4 : La nef de la chapelle royale du château de Versailles (cl. C. Millet)

Achevée par Robert de Cotte, entée sur l’aile nord du château de Versailles, elle constitue un écrin pour la musique d’église que chacun peut encore apprécier aujourd’hui grâce aux nombreux concerts qui s’y déroulent [fig.4]. Le duc de Luynes raconte dans ses Mémoires comment Louis XIV avait fait tester l’acoustique de sa nouvelle chapelle avant de signer la réception officielle du bâtiment, en demandant à deux reprises l’exécution d’un motet par sa Musique. Les musiciens y occupent au demeurant une place éminente : juchés, autour du grand orgue, au-dessus du maître-autel sur une tribune qui occupe tout l’espace du chevet, ils font face à la tribune royale, directement sous le regard du souverain et à portée de son oreille – il est vrai que celle de Louis XVI n’est pas aussi exercée que celle de son grand aïeul mélomane. Un ensemble de gradins en menuiserie est spécialement aménagé en 1762 pour offrir les meilleures conditions de travail qui soient ; le froid, parfois mordant dans ce vaste vaisseau vitré, constitue sans doute le seul inconvénient – partagé par les autres musiciens d’église – à être musicien ordinaire du roi en sa chapelle.
Cet édifice qui, jusqu’au mois d’octobre 1789, accueillait quotidiennement les activités religieuses de la Musique du roi ne résonne plus en 1790 que des offices en plain-chant des Lazaristes, soutenus tant bien que mal par un serpent et le chant des « grille-boudins », surnom moqueur qui dit toute la médiocrité des voix des enfants de chœur attachés aux offices n’impliquant pas la famille royale. L’orgue s’y fait toutefois entendre, alternant avec les voix des lazaristes et des enfants.
L’instrument a été construit par Robert CLICQUOT et Julien TRIBUOT en 1709-1710. François Henri CLICQUOT effectue en 1762 un relevage important, qui comprend en particulier un nouveau jeu de trompette au récit et la réfection des sommiers, l’orgue ayant souffert d’infiltrations trois ans auparavant. Profitant du déménagement de la Cour aux Tuileries, une nouvelle campagne, accomplie en avril 1790, évoque des peaux moisies par les eaux tombées dans le sommier de pédale, des jeux d’anches « pleins de vert de gris à cause de l’eau » et la nécessité de redresser les claviers et le pédalier « ayant beaucoup souffert par l’humidité qui a régné dans la chapelle ». Les visites effectuées par Jean Louis BÊCHE en 1794-1795 fournissent la composition de cet instrument de 29 jeux, répartis en quatre claviers (Grand Orgue, Positif, Récit, Écho) et un pédalier.
Encadrant l’orgue, les musiciens exécutent quotidiennement des motets à grand chœur pendant la messe du roi [fig. 5].

5 - Tribune 1773

Fig. 5 : Plan de la tribune des musiciens à la chapelle royale de Versailles, par Jean-Baptiste Jacques Métoyen, 1773 (Bibliothèque municipale de Versailles, Ms F 87, cl. Y. Carbonnier, 2008)

• • • La réforme de la Musique du roi en 1761 : la clarification d’une situation complexe

Jusqu’en 1761, la Chapelle-Musique regroupait les musiciens, clercs et laïcs, qui exerçaient leurs talents durant la messe quotidienne, tandis que ceux qui jouaient aux spectacles profanes étaient rattachés à la Musique de la Chambre du roi. Dans les deux ensembles, certains occupaient des charges en titre d’office (qui ne correspondaient pas toujours à leur fonction réelle) et recevaient une rémunération sous forme de gages. Des « musiciens ordinaires », recevant des appointements annuels parfois renforcés par une gratification, complétaient les effectifs. Bon nombre de musiciens étaient officiers à la Chapelle comme à la Chambre, ou bien ordinaires dans l’une et officiers dans l’autre. Afin de simplifier cette situation embrouillée, et pour économiser sur la dépense, un édit d’août 1761 a réuni les deux ensembles en un seul, appelé Musique du roi, dont tous les membres sont désormais « musiciens ordinaires du roi » ou « ordinaires de la Musique du roi » et rémunérés par des appointements annuels, parfois complétés par une gratification.
L’ensemble est placé sous la direction de deux surintendants, de deux maîtres de musique de la Chapelle (pour la musique religieuse) et de deux maîtres de musique de la Chambre (pour les musiques profanes), tous officiers et servant par semestre. Seules les deux charges de maîtres de la Chapelle ne sont pas vénales.
En 1782, un second édit, complété par un règlement détaillé, fixe les émoluments (appointements + gratification) des musiciens selon un système précisément hiérarchisé. Personne n’est toutefois lésé, puisque ceux dont le salaire est réduit obtiennent une compensation sous forme de pension annuelle. Les économies escomptées consistent donc surtout en une redistribution des dépenses. Du moins, les musiciens n’y perdent-ils rien.
La situation particulière des musiciens du roi est renforcée par des conditions d’exercice et de salaire hors norme. Le budget total de la Musique du roi, tel qu’il est annoncé par l’édit de mai 1782, atteint plus de 200 000 livres, une fois soustraits les frais du corps de ballet et des spectacles. Il est vrai que le texte rappelle l’importance donnée à la « majesté du Service Divin auquel ce corps de Musique est particulièrement destiné ».
Ce montant sans commune mesure avec n’importe quel corps de musique, fût-il attaché à la plus riche cathédrale de France, s’explique à la fois par l’effectif et par le montant relativement élevé des appointements, souvent renforcés par des gratifications. Ces rémunérations élevées sont justifiées par le travail quotidien, alors qu’ailleurs la « musique » sert surtout à parer les offices extraordinaires. Il est très difficile à un musicien du roi d’exercer un autre métier en parallèle. Les cumuls ne sont certes pas rares, mais il s’agit le plus souvent d’offices domestiques de la Maison du roi ou de celles des princes, qui n’impliquent donc qu’une présence épisodique. Le seul cas surprenant est celui de Philémon Pierre DUMETZ, vétéran à partir de 1760, qui, tout en chantant la taille à la chapelle, fut aussi commis du Secrétariat d’État de la Marine et chargé du recouvrement de la capitation de Versailles pendant trois décennies. Son jeune collègue Louis Augustin DUCROC, qui fut commis aux Affaires étrangères de 1768 à 1771, abandonna cette charge lorsqu’il fut définitivement reçu pour jouer de l’alto à la Musique du roi.
Enfin, l’article VIII de l’édit prévoit une retraite assortie d’une pension égale au montant des appointements pour « les sujets des classes vocales et des Instrumens à cordes pourront solliciter leur vétérance après vingt ans de bons et assidus services, et les sujets de la classe des Instrumens à vent, au bout de quinze ans seulement, pourvu toutefois que lesdits sujets soient jugés par les premiers gentilshommes de la Chambre hors d’état de les continuer plus longtemps ». S’ils servent cinq années de plus, ils obtiennent en sus la moitié de leur gratification annuelle, la totalité n’étant versée qu’à ceux qui servent dix années supplémentaires. Le système en vigueur avant 1782 donnait d’office droit à la totalité du traitement, à condition que la durée de service ne fût pas trop courte. L’effet de l’édit n’étant pas rétroactif, la plupart des musiciens qui obtiennent leur retraite à la fin de l’Ancien Régime conservent leur revenu complet. C’est du reste ce que réclament les musiciens actifs en 1792 : comme les autres serviteurs de l’État, ils obtiennent gain de cause… théoriquement du moins, puisque les rigueurs financières des guerres révolutionnaires empêchent le versement des pensions complètes.

• • • Le plus important corps de musique du royaume

6 - Musiciens mariage du dauphin 1770

Fig. 6 : Cérémonie de mariage de Louis Auguste, Dauphin de France, avec l'archiduchesse Marie-Antoinette d'Autriche […] le 16 may 1770, estampe anonyme d’après Claude-Louis Desrais, détail des musiciens (BnF, Estampes et photographie, Inv. RESERVE QB-370 (1)-FT 4)

Sous la direction de deux maîtres de musique de la Chapelle qui servent chacun un semestre par an, ce sont environ 80 musiciens – officiellement, 37 chanteurs et 43 instrumentistes, mais la réalité est un peu plus complexe en 1789 – qui accompagnent quotidiennement par un motet à grand chœur la messe du roi (parfois complété par un petit motet pour l’élévation et toujours par le Domine salvum fac regem à la fin) et chantent également lors des messes solennelles des grandes fêtes de l’année liturgique – ce qu’était la musique d’un dimanche ordinaire demeure encore méconnu. En termes d’effectifs, seule la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg est en mesure de rivaliser avec la Chapelle royale. Précisons que la quasi-totalité de ces musiciens participent en sus aux spectacles d’opéra. Si l’immense salle de Gabriel inaugurée en 1770 est rarement utilisée, une salle plus fonctionnelle conçue par Hubert Robert accueille les spectacles à partir de 1786. Seuls les rares ecclésiastiques – normalement exclus depuis la réunion, en 1761, précisément pour la raison qu’ils ne peuvent décemment se produire sur scène – et les « dessus » – enfants et castrats, remplacés sur scène par des chanteuses, appelées « Demoiselles du concert de la reine » – limitent leurs activités à la chapelle. [fig. 6]

• Maîtres de musique de la Chapelle et organistes

Depuis 1775, le maître qui dirige le semestre de janvier est François GIROUST. Ayant précédemment brillé à Paris, déjà comme enfant de chœur à la cathédrale Notre-Dame, puis au Concert spirituel et à la tête de la musique des Saints-Innocents (1769-1774), ainsi qu’à la cathédrale d’Orléans (1756-1769), il s’est emparé en 1785 d’une des deux charges de surintendant de la Musique du roi, acquise fort cher (10 000 livres) de Bernard DE BURY. Son collègue pour le second semestre, Julien Amable MATHIEU, a discrètement poli son art comme violon de la Musique du roi, avant d’être choisi par Antoine BLANCHARD en 1765 pour lui succéder. C’est chose faite en 1770.
Deux organistes se partagent la charge d’« organiste de la Musique du roi », dont le rôle exact n’est pas clair : les jeux de parties séparées de certains motets de François GIROUST contiennent une partie « pour l’orgue », ce qui témoigne d’un emploi de l’instrument pour la basse continue. Il est par ailleurs vraisemblable que les messes solennelles ou dominicales qui font appel au chant de l’ordinaire laissent l’orgue sonner en alternance ou à l’occasion de l’offertoire. Le règlement de 1782 distingue un premier organiste, rémunéré 2 400 livres, d’un second organiste qui ne touche que 2 000 livres. Cette distribution semble cacher un service en réalité semestriel. Pierre Louis COUPERIN, qui a brièvement succédé à son père Armand Louis COUPERIN au poste de premier organiste, meurt à son tour et est remplacé en décembre 1789 par Nicolas SÉJAN (45 ans). Déjà titulaire des tribunes de la cathédrale Notre-Dame et de plusieurs autres églises parisiennes, SÉJAN exerce donc en réalité aux Tuileries, où un orgue modeste a été installé à la hâte, mais ne touche que 2 000 livres. En effet, Jean Jacques LE BOURGEOIS (49 ans), second organiste depuis 1785, a été promu premier organiste, sans pour autant changer son service semestriel.
Un troisième homme touche les claviers lors des cérémonies assurées par les Lazaristes. En 1790, André LEVÉ (43 ans) assume cette charge depuis près de deux décennies, d’abord en survivance de Luc MARCHAND (81 ans), puis, à partir de 1784, comme titulaire… tandis que MARCHAND conserve les appointements de 800 livres ! Contrairement à SÉJAN et LE BOURGEOIS, ce musicien est désigné comme organiste de la Chapelle royale et non de la Musique du roi, avec laquelle il ne joue jamais, subtilité qui n’est pas toujours précisée et qui a trompé bien des érudits. Le Livre d’orgue pour la chapelle de Versailles, où l’on trouvera tous les Plainchants nécessaires pour la grande Messe, vespres, complies et salut pendant l’année. Mis en ordre par L** Marchand, […] organiste ordinaire de la chapelle de Sa Majesté, conservé à la Bibliothèque municipale de Versailles (Ms mus. 60) atteste que la tâche consiste avant tout à improviser à partir des mélodies en plain-chant.

• Un chœur et un orchestre fournis et de qualité

Les édits, états et règlements divisent le corps de musique en deux catégories : « la vocale » qui regroupe 37 chanteurs (dont six enfants, traités à part) et « la symphonie » qui comprend 43 instrumentistes (organistes compris), du moins d’après ce que prévoit l’édit de 1782.
Tous sont choisis avec soin, soumis à un concours dont la réalité est mal connue : il semble consister en une période probatoire, au sein de l’ensemble. Ainsi, en 1780, Louis Antoine CLOCHER et Barthélemy NAUDIN sont signalés « au concours », avant d’être reçus respectivement le 1er avril et le 1er juin 1781. En 1785, BAUWENS et NÉRAT obtiennent le remboursement des frais de leur voyage, effectué « pour concourir », bien qu’ils n’aient pas été retenus (AN, O1 3069, n° 214). En contrepartie de cette sélection, les lauréats bénéficient de salaires particulièrement élevés, composés d’appointements pour les trois quarts et d’une gratification pour le dernier quart : au minimum 2 000 livres par an, jusqu’à 3 000 pour les plus virtuoses. Une pension de retraite leur est garantie : s’ils servent suffisamment longtemps, elle sera égale à leurs appointements, voire à la totalité du salaire. Les successions de père en fils ou les rassemblements familiaux ne sont pas rares, comme on le verra ci-dessous, bien que les homonymies ne rendent pas compte de toutes les parentèles. Ainsi, les quatre basses-contre Pierre Médard BOSQUILLION (vétéran depuis 1776), Pierre CACHELIÈVRE, François Marcel DOUVILLÉ et Louis François LE ROY sont des cousins originaires du village picard de Bouchoir [Somme].

En 1790, « la Vocale » ne compte que 27 chanteurs adultes, du fait qu’on ne recrute plus de castrats : les départs à la retraite sont remplacés par des enfants.
- Quatre dessus : deux « Italiens » (castrats) JOSEPHINI et Dominique Marie ROSSETTI ; deux faussets : Pierre Nicolas PUSSENEAU et François Gilbert MURGEON.
- Six hautes-contre : Jean TOURETTE, Étienne BELLEVILLE, Henri Barthélemy BOUILLEROT, Jean-Baptiste LE ROUX, Pierre DESPREZ et François CARDON.
- Six tailles : Pierre MARCOU, Jean Claude COUSSY, Antoine DUCORNET, Jean François BOËLY, Georges FILLIOL et Charles Marie RICHER.
- Trois basses-tailles, qui chantent également les récits pour voix grave : Charles Eustache PLATEL, Étienne Louis Laurent DURAIS et Nicolas BOREL
- Huit basses-contre : Pierre CACHELIÈVRE, Louis et Claude Léonard PUTHEAUX, François Marcel DOUVILLÉ, Louis Antoine CLOCHER, Barthélemy NAUDIN, Pierre LHOSTE et Louis François LE ROY.

7 - Etat de la musique 1785

Fig. 7 : État de la musique du Roi […] pour l’année 1785, détail des instrumentistes (Bibliothèque municipale de Versailles, Ms P 153, cl. Y. Carbonnier, 2014)

[fig. 7]
L’orchestre compte 16 violons : Louis Étienne HARAND, Jacques Eustache Antoine DELCAMBRE, rejoint en 1789 par son fils Alexandre René, Jean François ROUSSEL, Louis Jean Marie DESCLAUX, Étienne Marie GOURGAUD, Jean-Baptiste DUCLOS dit LENOIR DUCLOS, Paul Étienne SUDREAU dit LA ROCHE, Philippe Antoine EIGENSCHENCK, Jean Charles ERTAULT, André Alexandre ROUGEON DE BEAUCLAIR, Antoine Thaddée STAMITZ, Jacques Ange BRINISHOLTZ, Antoine Philippe BORG, Rodolphe KREUTZER, ainsi que Louis MARCOU et Jean Pierre BELLOCQ qui partagent une place.
Quatre altos (Georges Salomon BAURENHUBER, Louis Augustin DUCROC, Michel Joseph GEBAUER et Simon Jude RAVIDA), six violoncelles (Pierre HUET, Joseph REY, Jean-Baptiste PIQUOT, Joseph LE BRETON, Gilles Louis CHRÉTIEN et Guy Joseph MÉTOYEN) et deux contrebasses (Jean Maximilien LUDWIG et Georges Joseph GELINEK) complètent l’ensemble des cordes.
Les pupitres de bois vont officiellement par deux. En réalité, on compte trois hautbois, menés par Gaëtan BESOZZI, dont le salaire de 3 000 livres est doublé par une pension, afin de respecter le pont d’or qui l’avait attiré en France en 1765. Son fils Louis Antoine Pascal et Ignace Charles GARNIER, payé par gratification, l’accompagnent. Les flûtes sont jouées par Louis Jean-Baptiste SALLANTIN dit DESPRÉAUX et Jean Joseph ÉVELARD, auxquels s’ajoute un surnuméraire : Denis Pierre Jean BESOZZI. Un schéma similaire est reproduit pour les pupitres de clarinettes et de cors, un surnuméraire venant renforcer les deux titulaires. Les cornistes Léopold KOHL et Jacques Louis ZIWNY, qui a remplacé son père en 1788, sont ainsi aidés par Mathieu LA MOTTE ; les clarinettistes Léopold Martin WACHTER et Étienne SOLERE par Henri Joseph EIGENSCHENCK, fils d’un précédent titulaire. Quatre bassons complètent l’harmonie : Jean Augustin LEJEUNE, Jean-Baptiste Jacques MÉTOYEN, Jean AUDOYER et Étienne OZI.
Lorsqu’une trompette est nécessaire, elle est embouchée par le violoniste ERTAULT, tandis que les timbales sont battues par le violoncelliste LE BRETON.
En 1790, l’ensemble comprend donc 45 instrumentistes et 27 chanteurs, auxquels s’ajoutent 12 enfants de chœur.

• • • Les enfants de chœur et leurs maîtres

Au sein de la Musique du roi, les enfants de chœur sont appelés « pages ». Portant la livrée royale, « sans bas de soie ni boucles d’argent », selon le comte d’Hézecques, alors que les musiciens adultes exercent en tenue de ville, ces six garçons reçoivent une véritable formation musicale, grâce à la présence de quatre maîtres spécialisés : Jean Louis BÊCHE leur enseigne le chant, Jacques Eustache DELCAMBRE le violon, Pierre HUET le violoncelle et Jean Jacques LE BOURGEOIS le clavecin. S’y ajoutent un maître de grammaire, un maître d’écriture et un garçon des pages, sans doute chargé de l’entretien et peut-être aussi de la discipline.
Un recueil des exercices élaborés pour « l’avancement des Pages de la Musique du Roi » est publié en 1772 sous le titre de Solfèges d’Italie, par les soins de BÊCHE et du gouverneur des pages, Pierre LÉVESQUE, longtemps basse-taille à la Musique. Exercice courant dans les psallettes, la copie de musique est attestée par les graphies différentes, parfois malhabiles, de plusieurs parties de dessus conservées pour des motets de GIROUST. Souvent attribuées, parfois fièrement signées – on trouve ainsi « copié par FÉLIX » –, certaines de ces feuilles portent des corrections au crayon rouge qui témoignent de l’attention d’un des maîtres pour cet exercice formateur.
Les pages sont logés ensemble dans la grande maison de leur gouverneur, rue des Bourdonnais, au quartier Saint-Louis. Longtemps, ils ne semblent pas indispensables à la bonne marche du chœur : le plan de la tribune dressé par Jean-Baptiste Jacques MÉTOYEN en 1773 ne leur donne que deux places, non nominatives – est-ce parce qu’ils sont de plus petite taille ou bien parce que seuls deux pages participent à la messe en musique ? Toutefois, leur effectif augmente, d’abord par l’ajout de deux surnuméraires, de 1780 à 1785, avant de doubler l’année suivante pour compenser les départs en retraite de castrats non remplacés. Certains pages se voient alors confier des parties solistes. Le 31 janvier 1791, en la chapelle des Tuileries, c’est par exemple le jeune SOTON qui chante la nouvelle version du récit n° 3 du Jubilate Deo de GIROUST.
Jusqu’en 1785, les pages demeurent anonymes, mais quelques noms apparaissent à l’occasion du paiement de leur pécule (600 livres !) pour « hors de page », d’autres dans des listes de dépenses pour maladie ou sur les copies de musique déjà évoquées. Une première liste les nomme en 1785, puis les états de la Musique le font systématiquement à partir de 1788, ajoutant des appointements de 1 200 livres par tête... de quoi rendre envieux bien des musiciens adultes dans le royaume !
En 1790, on compte douze pages en exercice, qui n’ont pas tous pu être pleinement identifiés : ANDRIEUX, AUGUSTIN, Antoine Auguste BELLEVILLE, BOYER, BRUNET, Jean-Baptiste Marie DURAIS, Amable Louis Antoine FÉLIX, GAILLOT, HESSE, Louis Charles et Alexandre Marie PLATEL, et SOTON. Un nommé ROBE apparaît sur des listes de pages malades en 1789 et 1790. MARIE et Pierre Philippe GAILLARD ont terminé leur service en 1789 et Michel Augustin QUINEBAUX est sorti en janvier de cette même année.
Ceux dont les origines sont connues sont souvent enfants de musiciens du roi ou de domestiques de la Maison du souverain, parfois pris dans une maîtrise de cathédrale où leur voix a été remarquée. Comme dans n’importe quelle psallette, tous ces enfants ne font pas ensuite carrière dans la musique, loin s’en faut.

III – Collégiales et paroisses en Yvelines : quelques organistes, de nombreux chantres

En dehors de la chapelle royale de Versailles, le monde des musiciens d’église est peu développé en Yvelines. Pas de « musique » constituée dans les collégiales de Mantes, Poissy et Montfort, encore moins dans les paroisses, même les plus importantes. Le plain-chant domine largement ce qu’il est possible d’entendre dans ces églises, parfois soutenu par le serpent dans les plus importantes. Les orgues, qui alternent avec le plain-chant plutôt qu’ils ne l’accompagnent, demeurent assez peu nombreux au sein d’un milieu rural, dans lequel les finances paroissiales demeurent insuffisantes pour l’achat d’un instrument et l’entretien d’un organiste.

• • • Trois collégiales modestes

• L’église collégiale Notre-Dame de Mantes-la-Jolie (également paroissiale Sainte-Croix)
Les comptes du chapitre Notre-Dame de Mantes, conservés pour les années 1757-1785 et 1790, sont bien peu loquaces sur le personnel musical, même s’ils font mention du maître de musique et des enfants de chœur (sans les nommer). Heureusement, le dernier maître de musique de l’Ancien Régime s’est signalé auprès des autorités. Le 11 janvier 1791, Martin MASCHNER, « professeur de musique du ci-devant chapitre de Mantes », rédige un mémoire envoyé au district, afin d’être payé de 72 livres 13 sols 4 deniers pour les deux derniers mois de 1790. Il obtient gain de cause le 25. Originaire de Bohême, marié à Marie-Françoise Lavergne, il est entré en fonction en 1789.
Les renseignements les plus récents sur les enfants de chœur remontent à 1780. Ils sont quatre à être nommés le 19 avril de cette année-là : Pierre Eustache MUIDEBLED (peut-être apparenté à l’un des chanoines), Charles Joseph GENESTRE, Claude Étienne LEDOUX et Charles Denis ROLAND. Le 23 août est reçu Louis Auguste HURDELET, 9 ans, fils de Guillaume ; il servira pendant huit ans et touchera 100 livres à la fin de son temps de service « outre les récompenses ordinaires ». On connaît également un certain PROVOST, reçu le 10 novembre 1773 pour une durée de quatre ans, passe-droit critiqué par l’abbé Delamarre, chanoine. Enfin, on peut imaginer que Nicolas BERNIER, qui naquit à Mantes en 1665, y reçut les premiers rudiments de son art. En revanche, les jeunes choristes de 1790 sont restés anonymes.
Les chantres le sont également et leur nombre est inconnu, mais l’organiste et le serpent de 1790, tous deux payés par la fabrique paroissiale, ont laissé des traces dans les archives, en particulier les registres de délibérations du conseil de fabrique. Le serpent nommé PÉGIE « qui a joué assidument du serpent aux offices de cette paroisse depuis la suppression du chapitre » est récompensé de 96 livres en juillet 1791. L’orgue est tenu, de façon originale, par un couple marié : Pierre RABEAUX et sa femme Suzanne LAHAULLE, ont été nommés le 21 décembre 1783, en remplacement de Marie DUVRAC, née LETOURNEUR, trop âgée pour continuer à toucher l’orgue « après plus de 60 ans de service » et qui s’absentait de plus en plus souvent. Dans les années 1760-1780, Mme DUVRAC touchait 215 livres par an, dont 15 pour rémunérer le souffleur ; elle obtient désormais 150 livres annuelles jusqu’à sa mort, qui intervient le 13 août 1785. Fille du précédent organiste, Pierre LETOURNEUR, Marie LETOURNEUR s’inscrit dans une famille d’organistes actifs surtout en Bourgogne. Son frère aîné, Charles François LETOURNEUR, lui-même organiste à Paris dans sa jeunesse, s’est surtout illustré comme maître de clavecin des Enfants de France, mais il est venu finir ses jours à Mantes. Bien que n’ayant officiellement commencé à toucher les orgues de la collégiale qu’après la mort de son père, en 1746, Marie LETOURNEUR a certainement suppléé celui-ci dès le milieu des années 1720. En novembre 1752, elle a épousé le médecin Louis Duvrac.
Les époux RABEAUX reçoivent 200 livres à partir du 1er janvier 1784 et tous les matériaux nécessaires à la réparation et à l’entretien de l’orgue, dont un état sera dressé. Après plusieurs rappels à l’ordre, ils sont destitués le 11 juin 1791, n’ayant jamais tenu leur promesse d’entretenir l’instrument qui est injouable dès avant Noël 1784 et n’est toujours pas en état en novembre 1785, voire jusqu’en 1790 ! C’est à se demander si les époux RABEAUX ont réellement joué à la collégiale… On les retrouve au décès de leur fille en 1803 : il est alors professeur de musique et elle, marchande de tabac.

• L’église collégiale Saint-Pierre de Montfort-l’Amaury (également église paroissiale Saint-Pierre et Saint-Paul)
En 1790, Jean-Baptiste MANIGLIER, natif de Méréville [Essonne], tient les claviers de l’orgue, avec des gages annuels de 450 livres. Il est en poste depuis 1783, ayant semble-t-il succédé à l’organiste Marie Marguerite CHAILLOU, épouse Leblanc, appointée 400 livres par an, qui avait elle-même remplacé la demoiselle VIARD en avril 1778. Celle-ci, « héritière » de Jean Cécil IGOU (entré avant mai 1735), n’a probablement pas fait l’affaire car elle n’est restée en service que trois mois. Au moins depuis 1778, l’organiste peut compter sur le travail de la veuve PLÉ, souffleuse d’orgues, rémunérée 30 livres par an en 1790.
En 1789, MANIGLIER est l’un des rédacteurs du cahier de doléances de Montfort-l’Amaury. Toujours en service en 1793, il y reste sans doute pendant toute la période révolutionnaire et s’y éteint le 19 février 1812, encore qualifié d’« organiste de la paroisse de cette ville ». Une liste de dépenses pour 1795-1796, qui livre les noms de GAUTIER (chantre et serpent) et de LECOQ (chantre), ne fait en revanche aucune allusion à l’organiste.
Pierre GAUTIER, serpent, est déjà en fonction en 1786. Il paraît avoir succédé au sieur MUIDEBLED, présent sur le compte de 1780-1781, avec une rémunération inchangée de 120 livres par an. LECOCQ fait son apparition comme chantre et porte-chape en 1791, avec le même salaire de 120 livres. Il n’est pas impossible qu’il soit en fonction depuis 1790. Au début des années 1780, il y avait pourtant deux chantres en cette paroisse : le sieur DAMESME (encore mentionné dans le compte de 1780-1781, à 50 livres/an, mais plus dans le compte de 1786-1787) et l’abbé COURTOIS, chantre depuis 1780, qui exerce aussi la fonction de sacristain, la seule qui soit mentionnée en 1790. Il apparaît également comme maître d’école des pauvres en 1783-1784.
Faute d’archives, l’existence d’enfants de chœur demeure hypothétique.

• L’église collégiale et paroissiale Notre-Dame de Poissy
Comme dans les deux précédentes églises, le chapitre finance six enfants de chœur (c’est le nombre de robes payées en 1787), tandis que l’orgue et les chantres sont à la charge de la fabrique paroissiale.
En 1790, le prêtre limousin Jean-Baptiste COUTISSON DESSAIGNES, vicaire perpétuel du chapitre, est chargé de l’instruction des enfants de chœur, tâche pour laquelle il reçoit 100 livres par an, qui s’ajoutent aux 800 livres de sa vicairie. En 1790, les cinq garçons sont Pierre Charles MICHEL (9 ans), JULIEN, Martin BÉNARD, LEPRINCE et Pierre SORET (16 ans), fils du sacristain et maître d’école de la paroisse, Pierre SORET, qui succède à COUTISSON en 1791. Ils reçoivent chaque année 29 livres 8 sols pour leur assistance aux services, saluts et obits. En 1792, Martin BÉNARD et Pierre Charles MICHEL sont respectivement premier et second enfants de chœur de la paroisse Notre-Dame.
La présence de chantres est incertaine avant 1790 : la commune décide alors que la messe paroissiale sera désormais célébrée dans le chœur libéré par le chapitre et recrute « deux personnes sachant chanter décemment l’office pour y porter chape à la messe du dimanche et autres jours de fête, auxquels la fabrique s’engage à donner 10 sols chacun par messe, à condition qu’ils soient présents ». Louis Marie et Thomas FOURNEAU acceptent ces conditions et sont engagés.
En 1790, l’organiste est Pierre Désiré Sainte-Croix DAMBRIN, âgé de 28 ans, qui a succédé à Louis François LIEDÉ, décédé le 1er septembre 1788, après avoir tenu les claviers pendant 45 ans. En raison de la hausse du coût de la vie, DAMBRIN obtient une augmentation substantielle dès 1789, ses honoraires passent de 400 à 500 livres, sans compter près de 25 livres que lui verse le chapitre et les « honoraires manuels des baptêmes et confrairies » dont le montant, variable, est inconnu. En 1792, la fabrique lui verse 1 532 livres pour l’acquisition d’un buffet d’orgue, ce qui ne manque pas d’étonner, puisqu’un instrument avait été installé dix ans plus tôt, régulièrement entretenu par le facteur FERRANT. DAMBRIN se marie à Poissy en 1793, puis, devenu veuf en 1803, convole dès l’année suivante. Il est toujours organiste de l’église, désormais uniquement paroissiale.

• • • À Versailles : deux lieux de musique importants et une modeste paroisse secondaire

Les églises paroissiales Notre-Dame et Saint-Louis résonnent surtout du plain-chant et du son des orgues. Lorsqu’on y joue « en musique », c’est le plus souvent la Musique du roi qui est à l’œuvre. Ainsi, en 1776, pour la cérémonie de réception des chevaliers de l’ordre de Saint-Lazare, dont Monsieur est le grand maître, les instruments de la Musique du roi sont portés à Saint-Louis, témoignant de la participation des musiciens ordinaires, comme lors des années précédentes à la chapelle royale. La même église accueille la messe d’ouverture des États généraux, le 4 mai 1789 : François GIROUST y dirige sa messe Gaudete in Domino semper (version remaniée de la messe du sacre de Louis XVI). L’église Notre-Dame accueille quant à elle les événements organisés par les musiciens du roi. Le 21 septembre 1751, par exemple, BLANCHARD dirige son propre Te Deum à la tête de la Musique de la Chapelle.

8 - Versailles ND

Fig. 8 : L’église Notre-Dame de Versailles (cl. Y. Carbonnier, 2014)

• L’église paroissiale et royale Notre-Dame [fig. 8]

9 - Maison paroissiale 1726

Fig. 9 : Façade de la maison de la paroisse Notre-Dame (F-Ad78/ 3E 43 182, devis et marché 1er juin 1726, cl. Y. Carbonnier, 2021)

En 1790, Jean Jacques LE BOURGEOIS (49 ans), également organiste de la Musique du roi, est titulaire de l’orgue de Notre-Dame, aux appointements de 800 livres. Après avoir tenu la fonction en survivance, il a succédé à son beau-père Nicolas Hubert PAULIN en 1785, comme le prévoyait, en juillet 1771, un accord entre les deux hommes : « Il a été arrêté que le sieur Bourgeois succéderait à M. Paulin pour toucher l’orgue dans ladite paroisse, après son décès toutefois, et à condition qu’il épouserait la fille dudit Paulin ». Ce mariage, célébré le 28 novembre 1772, s’inscrit dans la tradition du maintien de la tribune dans la même famille depuis l’origine. PAULIN avait lui-même épousé en 1742 la veuve du précédent titulaire, Guillaume MARCHAND, fils de Jean Noël MARCHAND, premier organiste de la nouvelle paroisse royale. Le salaire du souffleur d’orgue (72 livres) atteste également la richesse et l’importance de la paroisse. En 1791, la place est tenue par François Charles GAUTTARD, « garçon de cette église » depuis 1781, après avoir été enfant de chœur.
Outre l’organiste, le personnel musical se compose de deux serpents, de quatre chantres et de 18 enfants de chœur (chiffre de 1791, en une période où l’église est devenue cathédrale de la Seine-et-Oise), qui, certainement, ne sont pas tous affectés au chant, mais cantonnés aux diverses tâches de service de l’autel. En 1790, Pierre DURU (54 ans) occupe la fonction de serpent depuis 1762, après avoir accompagné les chants de la paroisse de Saint-Germain-en-Laye durant cinq ans. Il reçoit 600 livres par an, logement compris. Son collègue Pierre Charles MARCHENAY (38 ans), qui l’a rejoint en 1786, doit se contenter de 400 livres, auxquelles s’ajoutent 100 livres pour le soin des enfants de chœur, charge qui lui revient logiquement puisqu’il avait été précédemment maître d’école au village de Montreuil qui l’avait vu naître.
Une attestation de MARCHENAY, du 1er septembre 1792, donne les noms de quelques enfants de chœur. Joseph Michel PIAT dit Laviolette, 16 ans, et Louis Mathurin BARDOU, 15 ans, sont sortis le 1er juillet, avec chacun de 100 livres de gratification, après respectivement 9 et 7 ans de service. Les autres, qui servent parfois de témoins pour les sépultures, se nomment BESSON, Jean Louis BOURDON, Jacques CHAMBRUN, GIRARD, LESIEUR, MARCHENAY, POMMIER et RIBEIN.
Jean-Claude GAUCHÉ est premier chantre, avec 800 livres par an (comprenant les frais de logement), accompagné par l’Alsacien Jean Georges FASCHINGER dit l’Allemand (49 ans) et le Picard Jean-Baptiste MESNARD (55 ans), arrivé en 1765 après avoir été clerc de matines à Notre-Dame de Paris, tous deux à 700 livres (550 livres d’appointements et 150 livres pour le loyer), tandis que Pierre MÉGRET (47 ans), chantre depuis 21 ans, qui meurt en charge le 20 octobre 1792, est payé 650 livres. Les recensements de Versailles indiquent, en 1790 comme en 1792, que les trois derniers habitent la maison de la fabrique, rue de la Paroisse, dont une partie a été rebâtie à neuf en 1726. [fig. 9]

10 - Versailles St-Louis

Fig. 10 : L’église Saint-Louis de Versailles (cl. F. Caillou, 2020)

• L’église Saint-Louis, un édifice récent pour la seconde paroisse de Versailles [fig. 10]
Les effectifs sont comparables à ceux de Notre-Dame. Le Parisien Jean Nicolas MARRIGUES a succédé en 1785 à Nicolas Hubert PAULIN aux claviers de l’orgue, après avoir servi deux ans comme survivancier.
Le serpent Jean DUCLOS est le « plus ancien serviteur de l’église » en 1790 : il est présent au moins depuis 1764. Son collègue Simon Pierre AUBERSON, victime d’une attaque qui le laisse paralysé, est remplacé sur concours le 17 octobre 1790 par Pierre Philippe BOURGEOIS, précédemment serpent à Meudon.
Quatre chantres, tous rémunérés 600 livres par an, sont connus en 1792 : MURY, CAILLOT, SAMSON et Jacques Clément MÉZARD. Ce dernier est arrivé en 1784. A l’occasion de la réorganisation de la maîtrise qui, en 1791, réduit le nombre des enfants de chœur de 24 à 12, on apprend que MÉZARD était chargé de leur éducation déjà du temps où les Lazaristes desservaient la paroisse. La fabrique lui accorde désormais 300 livres supplémentaires pour cette tâche. Logé au presbytère, place Saint-Louis, il y accueille en 1792 quatre pensionnaires, sans doute enfants de chœur de la paroisse Saint-Louis : Jean François PÉRI, 14 ans, Étienne Jean OLIN, 12 ans, Pascal Martin DAVID, 11 ans, et Louis Auguste PETIT, 8 ans. Il est probable que seuls ces quatre garçons sont requis pour le chant, tandis que les autres se partagent les diverses tâches du service liturgique. On peut raisonnablement penser que les trois premiers, au moins, chantaient déjà en 1790.

• Saint-Symphorien de Montreuil : une église de village tardivement rattachée à Versailles
Colonisé par la noblesse de cour en quête d’espaces bucoliques, le village de Montreuil, s’étendant de part et d’autre de l’avenue de Paris à l’est de Versailles, est annexé à cette ville à partir du 1er janvier 1787, tout en gardant son autonomie paroissiale. Point d’orgue dans l’église Saint-Symphorien, construction néo-classique édifiée par Trouard à la fin du règne de Louis XV. Il faut scruter des pièces comptables pour avoir une idée de la présence cantorale en ces lieux. Un inventaire des effets de la sacristie du 9 mai 1789 évoque quatre aubes d’enfants de chœur et trois petits bancs pour les chantres, peut-être occasionnellement renforcés par le maître d’école (nous avons vu que MARCHENAY avait occupé cette place avant de devenir serpent à Notre-Dame).

• • • Orgues et organistes de paroisses

Hormis les trois collégiales et les deux principales paroisses de Versailles, les orgues sont bien rares dans les paroisses des Yvelines : un instrument mal connu à Saint-Germain-en-Laye, deux presque jumeaux à Chevreuse et à Houdan, un instrument sans titulaire à Saint-Maclou de Mantes, un autre presque neuf à Gargenville et une situation mystérieuse à Rambouillet. Partout, des chantres, rarement plus de deux, et, parfois, des enfants de chœur complètent le dispositif destiné à embellir la liturgie.

• La paroisse Saint-Germain-de-Paris, à Saint-Germain-en-Laye, est dans une situation particulière du fait de l’absence de comptes de fabrique et de la reconstruction en cours de l’église, menée toutefois de manière à préserver une partie de l’ancienne église où se déroule le service divin qui bénéficie des sons puissants de l’orgue. En 1790, il est servi par les doigts de Philippe LECOURT, un compositeur actif, dont le statut d’organiste est réaffirmé dans les actes de baptême de ses enfants. Il a remplacé Antoinette Catherine Élisabeth LAFONT, organiste de la paroisse à la suite de son père Pierre Nicolas LAFONT, décédée le 17 novembre 1783, à l’âge de 31 ans. Dans l’ouvrage qu’il consacre, en 1927, à la paroisse, l’abbé Pierre Torry présente la réorganisation de la maîtrise au début de la Révolution (sans indication de date ni de source) : conservation des quatre chantres actuellement en service à 400 livres chacun, du serpent à 500 livres, et attribution d’une somme de 900 livres à l’entretien et à l’éducation des six enfants de chœur. L’évocation d’un souffleur payé 30 livres et d’un organiste demeure soumise aux doutes évoqués plus haut. Arrivé à Saint-Germain-en-Laye en 1763, Jean Germain CORÉ émerge des registres paroissiaux à l’occasion de son mariage en 1766, d’abord qualifié de « choriste », puis de serpent au moins jusqu’en 1792. Il côtoie notamment le menuisier Jean-Baptiste BLONDY, le tailleur Pierre Gaspard HOUÉBERT et l’ouvrier en bas Pierre LAISSEMENT, qualifiés de choristes ou de chantres selon les actes. En 1794, HOUÉBERT est par ailleurs désigné « comme instituteur des cy devant enfans de cœur ».

• L’église Saint-Martin de Chevreuse compte au moins deux chantres et quelques enfants de chœur, selon un état du mobilier de septembre 1788, mais l’orgue y occupe une place importante, encore que la fonction d’organiste ne suffise pas à faire vivre son titulaire. Elle est en effet occupée pendant au moins quatre générations, de père en fils, par les membres de la famille MAUGE qui sont aussi marchands épiciers. Sur un tuyau de l’orgue est gravé le nom de l’avant-dernier d’entre eux, Toussaint MAUGE, titulaire lors du transfert et de l’agrandissement de l’orgue, en 1732. Soixante ans plus tard, son fils Louis Toussaint MAUGE, dernier représentant de la lignée depuis 1762 ou avant, tient les claviers de l’instrument, au moins jusqu’en 1793. Le principal chantre du lieu est le maître d’école Claude Étienne Augustin LION, horloger de son métier, qui perçoit 300 livres de gages. Un second chantre l’épaule ou le remplace selon les cas, Joseph Gabriel FOSSÉ. La fabrique salarie aussi un bedeau qui sonne le carillon, Charles René IVRY.

• A Houdan, l’église Saint-Jacques Saint-Christophe abrite un orgue très similaire à celui de Chevreuse. Le titulaire, François Simon de SAINT-CLAIR, en poste au moins depuis 1768, exerce en parallèle la profession de marchand mercier, bien qu’il reçoive 400 livres par an pour toucher l’orgue. Il reprend du service après la Révolution et fait chanter l’instrument jusqu’à son dernier souffle, en 1818. Si les comptes font émerger une souffleuse d’orgue, payée 12 livres, on n’y rencontre ni chantres percevant des gages, ni enfants de chœur.

• En la paroisse Saint-Maclou de Mantes-la-Jolie, un organiste nommé Nicolas HUGOT est présent de 1766 à 1787, touchant autour de 60 livres par an. En mai 1784, il est appelé pour dresser, avec le nouvel organiste du chapitre Pierre RABEAUX, un état des réparations à faire à l’orgue de la collégiale Notre-Dame. Une quittance de 1788 atteste que 4 livres ont été versées « à la femme du sr Reffet pour avoir touché l’orgue le jour de saint Maclou, et pour le souffleur », ce qui suggère une utilisation ponctuelle de cet instrument. Hors de la fête patronale, les chantres GRAINDORGE, également maître d’école, et THIBERVILLE donnent de la voix au lutrin, pour la rémunération modique de 40 livres 9 sols.

• L’église Saint-Martin du bourg de Gargenville, à huit kilomètres de Mantes, sur la rive opposée, abrite depuis 1776 un orgue neuf. Marie Madeleine Louise GIRANDIER, filleule et sans doute élève de Marie LETOURNEUR-DUVRAC, en est la titulaire de 1777 à 1790, avec des émoluments qui vont de 100 (en 1777) à 130 livres (en 1790). Ayant épousé en 1784 un maître relieur manceau installé à Mantes, Toussaint Refay, elle est paroissienne de Saint-Maclou, où, nous l’avons vu, elle touche l’orgue pour la fête patronale en 1788. Les chantres de Gargenville ne reçoivent semble-t-il aucune rémunération.

• La modeste paroisse Saint-Lubin de Rambouillet prévoit en 1791 de débourser 300 livres pour rétribuer un religieux qui se propose pour toucher l’orgue, et pas plus de 200 livres pour remettre l’instrument en état. Un passage des Mémoires secrets évoque la prestation au Concert spirituel, le 25 mars 1777, de la très jeune claveciniste Caroline Elléart, âgée de 8 ans, « fille de M. Clément, organiste à Rambouillet, près St Hubert ». Le rédacteur de l’article a écorché le nom de cette enfant prodige : Caroline Pétronille Wuiet (1768-1834), fille de Clément WUIET, un organiste rémois en poste à Rambouillet dans les années soixante-dix, composera quelques années plus tard des pièces de théâtre et deux opéras. On n’en sait guère plus sur la vie musicale de cette bourgade, qui paraît limitée.

• • • Une multitude de chantres paroissiaux

Les chantres de paroisse sont partout présents dans les bourgs et villages du département. La plupart des inventaires de meubles réalisés en 1790 font mention de sièges à leur usage (« banc des chantres » avec son marchepied à Rennemoulin, escabeaux au Port-Marly…) et de vêtements dont ils se servent à l’église (surplis et bonnets carrés). Dans les comptes des marguilliers, le « repas des chantres », le jour de la procession des rogations, occasionne des dépenses plus ou moins importantes selon l’endroit et le nombre de participants. Au Chesnay en 1788, elles s’élèvent à 32 livres 15 sols, à Boissy-sans-Avoir à 17 livres en 1790. En 1780, le comptable de Mareil-sur-Mauldre a déboursé « aux rogations » 1 livre 10 sols en pain, 4 livres pour huit pintes de vin et 11 sols pour « raves et sel ». Sept chantres et six ou sept clercs étaient présents au repas. Cette fête génère également des frais à Achères, Beynes, Béhoust, Vicq, Saint-Germain-de-la-Grange, Galluis, Saulx-Marchais et Saint-Rémy-l’Honoré. À Senlisse, l’usage de la collation offerte aux chantres est tombé en désuétude ; à la place, ils touchent une gratification. Ils peuvent encore percevoir des petites sommes ici et là pour avoir donné de la voix lors des principales fêtes de l’année liturgique (Chatou en 1791 par exemple : Chandeleur, Pâques, Saint-Marc, Pentecôte, Assomption, Nativité de la Vierge, Toussaint, Noël), participé à des messes de fondation (La Falaise) et à des services à la mémoire de généreux donateurs (Villepreux, Mantes-la-Ville, Guerville). Dans les documents comptables, les chantres ne sont nommés que lorsqu’ils perçoivent des gages. Pour repérer des noms, les registres paroissiaux n’offrent guère d’intérêt car les curés omettent presque systématiquement d’indiquer les fonctions des individus signant les actes de sépulture. Or, des chantres peuvent participer aux convois funéraires, en particulier lorsque le défunt est un enfant mort en bas âge.

• Une introduction tardive du serpent ?
L’utilisation du serpent ne concerne que quelques paroisses, en règle générale les plus riches, même s’il existe des exceptions. À Saint-Vigor de Marly-le-Roi, la recette est de 4 671 livres en 1788. La fabrique salarie un « maître d’école et des enfants de chœur » confortablement rémunéré (426 livres dont 150 pour l’instruction spécifique des enfants de chœur), Robert DENELLE, deux premiers chantres qui se partagent 325 livres, Pierre LECOINTE et Jean YVERT, deux seconds chantres à 50 livres chacun, Jean BÉCHEREL et Nicolas Philibert MARCHAND, et un serpent à 100 livres, Pierre THURET. L’effectif rappelle celui d’une collégiale moyenne, en dépit de l’absence d’orgue. Le plain-chant cède la place à la musique dans certaines circonstances : à la Fête-Dieu, le marguillier recrute des fifres et des tambours.
La paroisse voisine du Port-Marly, nouvellement érigée (1785), a du mal à rivaliser : le maître d’école assure la fonction de premier chantre et touche 30 livres pour cette tâche spécifique, le salaire du second chantre n’est pas connu mais forcément inférieur, peut-être identique à celui du serpent, qui reçoit 24 livres. Autre paroisse de la vallée de la Seine dotée d’une structure comparable : Saint-Maclou de Conflans-Sainte-Honorine, où la recette annuelle s’élève à 3 528 livres lors de l’exercice 1789-1790. Les employés paroissiaux sont le maître d’école et premier chantre Louis CARBONNIER, dont les appointements culminent à 200 livres par an, les seconds chantres Martin Marie JOLLIVET et Simon Claude LEROUX, tous deux à 30 livres, et le serpent BOUVIER à 12 livres seulement. On relève avec surprise la présence d’un carillonneur au sein du personnel, Pierre CALLÉ, auquel la fabrique verse 48 livres à l’année, ce qui prouve qu’il est fréquemment sollicité. Ce type de musicien est peu répandu dans la région : le seul autre cas connu est Beynes (salaire : 12 livres).
Un serpent figure parmi les employés dans deux localités de moindre importance situées elles aussi en bord de Seine, à Sartrouville (recette en 1789 : 1 795 livres), où il côtoie un maître d’école faisant office de premier chantre et un second chantre, et à Triel (2 291 livres de revenus, exercice 1788-1789), où il est appelé « toucheur de serpent ». Ce musicien, Jean Louis DUPUIS, perçoit 40 livres. Il semble être le seul serviteur salarié chargé de donner de l’éclat au culte : il faut en déduire qu’en ce village, les chantres étaient de simples bénévoles. En certains lieux, l’usage du serpent paraît nouveau. C’est assurément le cas à Triel : DUPUIS s’est fait livrer l’instrument en 1783, ce qui lui a coûté 30 sols que la fabrique doit lui rembourser. Même situation à Viroflay : l’achat d’un serpent a occasionné une dépense de 30 livres en 1786, mais le nom de celui qui en joue est inconnu. La dernière paroisse où l’instrument est utilisé selon les sources à notre disposition est Montigny-le-Bretonneux, mais l’introduction du serpent remonte sûrement à une époque plus ancienne, car en 1789 il vient d’être réparé. Chantres et serpents, en tous ces lieux, ont un métier qui assure leur subsistance et celle de leur famille. Ce sont, pour la plupart, de modestes paysans – journaliers ou vignerons.

• Dans les petites paroisses : des équipes de deux chantres
La situation la plus commune, dans les églises où ne résonne ni le son de l’orgue, ni celui du serpent, est la suivante : jamais plus de deux chantres, percevant des gages modiques, toujours inférieurs à 50 livres sauf lorsque le chantre est aussi le maître d’école. Le premier chantre peut en effet exercer cette fonction, comme à Achères, Ablis, Porcheville et Flexanville. On devine qu’il s’agit de lui, car les comptes n’évoquent que le second chantre. Souvent, deux chantres sont mentionnés en plus du maître d’école, ce qui incite à penser que celui-ci ne chante pas ou du moins que cette activité est pour lui secondaire : les tâches éducatives l’emportent sur le service de l’Église. Leur rémunération peut être identique (Saint-Jacques de Meulan, Feucherolles, Chanteloup-les-Vignes, Saint-Rémy-lès-Chevreuse, Boissy-sans-Avoir, Mareil-sur-Mauldre, Béhoust, Neauphle-le-Château), mais les sources opèrent parfois une distinction entre un premier et un second chantre (Notre-Dame de Meulan, Cernay-la-Ville). Lorsque les comptes ne signalent qu’un chantre sans indication de rang, l’ambiguïté règne : est-il le seul employé en charge du plain-chant (accompagné de bénévoles dont les noms nous échappent, peut-être ?), ou faut-il comprendre qu’il s’agit en réalité d’un second chantre, le premier étant le maître d’école ? Cette situation concerne au moins quatre paroisses : Flins-sur-Seine, Saint-Mesme, Condé-sur-Vesgre et Maurepas. Par prudence, le principe adopté a été de ne pas systématiquement considérer les maîtres d’école comme des chantres : lorsqu’un enseignant a sa propre notice biographique, c’est qu’il existe une preuve solide qu’il exerce la fonction de chantre ou de maître des enfants de chœur, à l’instar d’un Charles François LÉONARD, maître d’école et premier chantre de la paroisse Saint-Martin d’Achères en 1790.

IV – Une discrète présence musicale au sein des communautés religieuses

Territoire peu fourni en communautés religieuses, le département des Yvelines compte encore moins d’établissements qui puissent être considérés comme des lieux de musique en 1790. Parfois, il s’agit peut-être du résultat d’une lacune dans les sources. On peine à dégager une dizaine de lieux, autant masculins que féminins, d’où émerge toutefois la maison royale Saint-Louis de Saint-Cyr.

• • • Trois abbayes masculines et deux couvents de la famille franciscaine

Deux abbayes prémontrées, installées un peu à l’écart de la vallée de la Seine, et l’abbaye cistercienne des Vaux-de-Cernay entretiennent quelques musiciens, en particulier un organiste, personnage que l’on retrouve au couvent des récollets de Versailles et dans celui des cordeliers de Mantes-la-Ville.

• L’abbaye prémontrée de Joyenval, à Chambourcy, emploie un organiste laïc. En 1791, le Provençal Jean Pierre BARESTE déclare être le titulaire depuis 28 ans. Se prétendant âgé (il n’a en réalité pas 50 ans) et infirme, il réclame la pension de 150 livres qui lui revient.

• L’abbaye prémontrée d’Abbecourt, à Orgeval, fait édifier par le facteur parisien LEDUC un orgue neuf pour plus de 2 000 livres en 1788-1790. Claude JONOT, aveugle depuis l’enfance, ayant appris à jouer de l’orgue grâce à son frère, vicaire à Orgeval, en est le premier (et dernier) titulaire. Après avoir pendant six ans tenu les claviers d’une autre abbaye prémontrée, à Ressons, dans l’Oise, il envisageait d’occuper à vie cette nouvelle place pour laquelle il était rémunéré 350 livres, mais la Révolution anéantit ses espérances. Par l’intermédiaire du prieur d’Abbecourt, il rédige une pétition pour obtenir une pension. Il n’a plus de famille, ayant perdu son frère et sa tante, seuls parents qui lui restaient. Il demande aux administrateurs du District de ne pas abandonner à son sort « un jeune homme à qui sa triste position donne des droits si bien fondés aux bienfaits de la Nation, car il est maintenant sans fortune, sans talent, puisque celui qu’il a devient inutile, sans parens et sans azile quelconque »… et obtient 250 livres de pension, une somme insuffisante. Il n’aura de cesse de demander une place à l’hospice des Quinze-Vingts, finalement obtenue, semble-t-il, en 1809.
Outre cet organiste, l’abbaye rétribue un serpent anonyme en 1783 et, à l’été 1790, un chantre nommé BLOUIN et trois enfants de chœur, DEBRAI, MALITIER et OLIVON, sont renvoyés avec chacun un modeste pécule de 6 livres (9 pour le dernier).

• À l’abbaye cistercienne des Vaux-de-Cernay, à Cernay-la-Ville, un autre organiste aveugle, le Versaillais Claude RENAULT, tient les claviers depuis 1788, en remplacement d’un nommé KNECHT. Il est bien difficile de connaître avec exactitude les émoluments qu’il perçoit. Selon la supplique qu’il adresse au directoire du département de Seine-et-Oise en 1791, le jeune organiste (19 ans en 1790), logé, nourri et entretenu par les moines, touche 100 livres par an pour ses dépenses particulières et est servi par un domestique qui lui sert aussi de guide. En 1790, l’abbaye dépense 98 livres pour réparation à l’orgue et six mois de gages de l’organiste. L’un des organistes précédents surgit du registre des sépultures de l’abbaye, le 26 janvier 1771 : François Toussaint ALISSE, âgé de 64 ans et 3 mois, est inhumé dans le cimetière.
Le registre des comptes de 1790 laisse apparaître, parmi les domestiques de l’abbaye, un choriste qui reçoit 28 livres 12 sols d’acompte sur son gage, et un serpent nommé Nicolas MERCIER. Ce Lorrain, entré au service de l’abbaye vers l’âge de 20 ans, y soutient le chant pendant 17 ans, avec 60 livres d’honoraires par an. Dans sa supplique, il affirme « s’y être entièrement Ruiné la poitrine au point qu’il ne cesse de cracher le Sang ». L’abbaye était un lieu de musique au sens plein du terme : deux clavecins étaient disposés dans les appartements des religieux afin que ceux-ci « s’en amusent », quand ils ne préféraient pas s’adonner… au billard !

• Le couvent des Récollets de Versailles rémunère un organiste au moins à partir de 1787. L’Almanach de Versailles de cette année, ainsi que le suivant, signalent la présence du jeune Louis Emmanuel JADIN aux claviers de cette église.

• Le couvent des Cordeliers de Saint-Bonaventure-lès-Mantes, à Mantes-la-Ville, possède un petit orgue, probablement tenu par un des frères, dont le nom n’a pas émergé des sources. Celles-ci ont en revanche livré celui de Pierre RABEAUX, qui déclare lors de son mariage, le 27 février 1781, être « musicien organiste chez les RRPP cordeliers de Saint-Bonaventure les Mantes depuis 18 mois ». L’inventaire de 1790 signale que l’église possède aussi « deux escabeaux pour asseoir les chantres ».

• • • Deux ou trois communautés féminines employant une organiste

En pays d’Yveline, la musique n’est guère plus présente dans les communautés féminines.

• A l’Hôtel-Dieu de Mantes, la comptabilité indique que Marie Suzanne LAHAULLE, épouse RABEAUX, vient jouer de l’orgue entre octobre 1790 et juin 1791, aux appointements de 50 livres 8 sols.

• Au prieuré Sainte-Marie-Madeleine de Mantes, l’inventaire de 1790 signale bien « un petit buffet d’orgue » dans le chœur, mais les charges ignorent les frais d’organiste et cette fonction semble n’être attribuée à aucune religieuse.

• Au monastère royal des Dominicaines de Poissy, une demoiselle PASCAL touche l’orgue, placé en tribune « dans le chœur des sœurs », depuis 1784, moyennant 200 livres de traitement. Bien qu’elle mette en avant ses infirmités, elle n’obtient aucune pension après la fermeture de l’établissement.

• Au « couvent de la reine », à Versailles, la magnifique chapelle d’inspiration palladienne construite par Richard Mique à la demande de la reine Marie Leszczyńska n’a jamais accueilli d’orgue. En revanche, les jeunes filles qui y reçoivent l’enseignement des chanoinesses régulières de la congrégation de Notre-Dame bénéficient des services d’un maître de clavecin qui n’est autre qu’un organiste de la Musique du roi : Nicolas Hubert PAULIN, puis Jean Jacques LE BOURGEOIS. Un chantre est évoqué en 1790.

12 - Chants d'église

Fig. 12 : Guillaume Gabriel Nivers, Chants d'église de la maison royale des dames de St Louïs a St Cir n° 2, p. 3 (BnF, Musique, Rés. 1562)

• • • La Maison royale de Saint-Louis à Saint-Cyr [aujourd’hui Saint-Cyr-l’École] constitue un lieu d’exception, du fait de sa fondation en 1686 par Madame de Maintenon, alors épouse morganatique du roi. Voué à l’éducation de 250 jeunes filles nobles, orphelines ou nièces de militaires pauvres, l’établissement, érigé en monastère d’Augustines dès 1692 (après les controverses autour des représentations théâtrales d’Esther de Racine, données devant la cour et soupçonnées de rendre les filles orgueilleuses), intègre la musique dès ses origines. Néanmoins, il s’agit avant tout de former les futures épouses et mères d’une aristocratie vivifiée par la religion et il convient de « ne pas perdre à la musique le tems qui leur est donné pour des emplois plus salutaires ». Aussi, les constitutions défendent-elles explicitement « la multiplication des chants et l’on veut les rendre stables par l’impression que l’on en fera », ce dont témoignent les nombreux livres de musique conservés dans la bibliothèque du lieu, aujourd’hui répartis entre la Bibliothèque nationale (Département de la Musique, fonds du Conservatoire) et celle de Versailles. En 1702, l’autorité diocésaine, l’évêque de Chartres Paul Godet des Marais, approuve officiellement le recueil de chants et de motets rassemblés par Guillaume Gabriel NIVERS qui fixe l’usage de la Maison de Saint-Cyr [fig. 12 : 1re page ms Nivers].

13 - Motets

Fig. 13 : Louis Nicolas Clérambault, Motets à une et deux voix pour tout le choeur avec la basse continüe pour l'orgue Dédiez à mesdames les supérieure et religieuses de la Maison Royale de St Louis à St Cir [1735], frontispice (BnF, Musique, D 2391)

« Ce qu’il est permis de chanter, il le faut faire avec la plus grande justesse qu’il est possible, non seulement par respect pour Dieu que l’on loue, mais pour édifier le prochain qui assistera à l’office. » Les règlements prévoient en effet des pénitences pour les jeunes filles qui auront « fait du discord » dans le chant aux offices. Les témoignages abondent sur la qualité du chant des demoiselles et le plaisir qu’en tiraient les auditeurs, en particulier à l’occasion des fêtes ou des visites du roi Louis XIV (ses successeurs s’en abstiennent), parfois accompagné de sa Musique qui chante les vêpres en alternance avec le chœur des pensionnaires. Le 11 décembre 1693, à la profession solennelle de six Dames, le chœur chante « des motets avec l’orgue ». Quelques semaines plus tard, pour la nomination de la supérieure, l’orgue alterne le Te Deum avec le chœur. Pour le sacre de l’évêque de Chartres, dont dépend la maison, Paul Godet des Marais, en 1690, les Demoiselles chantent en polyphonie des compositions de NIVERS, organiste de la Chapelle du roi et de la Maison de Saint-Cyr. Son successeur Louis Nicolas CLÉRAMBAULT compose à son tour des motets à deux voix, forts simples, que l’orgue peut accompagner en doublant les voix (ou seul, « pour laisser reposer les voix »), ajoutant plus rarement deux instruments pour quelques occasions solennelles [fig. 13 : frontispice Clérambault].
Le contrat que signe Louis Nicolas CLÉRAMBAULT, le 6 janvier 1721, nous éclaire sur le rôle de l’organiste, qui a sans doute peu varié par la suite. Il doit « avoir soin de leurs chants d’église, faire en sorte qu’ils ne soient point corrompus », faire répéter les Dames et les Demoiselles « pour garder l’uniformité des voix et du chant dans les offices divins », en particulier avant les jours de fêtes. Il doit également faire sonner l’orgue « aux grandes festes de Notre-Seigneur, de la Sainte-Vierge, à celle de Toussaint, Saint-Louis, Saint-Augustin, à commencer dès la veille aux premières vespres quand il sera nécessaire, à Matines au Te Deum seulement, le lendemain à la grand messe, à vespres et au salut, comme aussy de toucher l’orgue aux cérémonies de prise d’habit, de profession et autres jours de festes et cérémonies soit ordinaires ou extraordinaires qu’il plaira à mesdites Dames me marquer », se faisant remplacer en cas de maladie. Les Dames s’engagent à le loger et le nourrir les jours où il viendra accomplir son devoir. Enfin, il doit entretenir l’orgue, le tout pour 600 livres par an. Cette somme est inchangée lorsque Jean-Baptiste Louis THOMELIN est nommé en 1775 et jusqu’en 1790. Néanmoins, le facteur d’orgue SOMER émarge désormais pour 60 livres annuelles, en paiement de l’accord de l’instrument.
Hors des offices qui jouent un rôle prépondérant dans le quotidien de Saint-Cyr, la musique apparaît aussi dans l’enseignement, malgré les réticences marquées des religieuses. Les achats réguliers d’ouvrages théoriques ou de compositions émaillent les comptes des années 1780 : en avril 1786, achat de 21 Principes de musique, en août 1788, 63 livres à Le Duc pour une emplette de musique, 99 livres à Cousineau pour six solfèges et 66 livres à THOMELIN « pour de la musique ». Le 5 septembre 1789, 1 200 livres sont versées à l’abbé GUILLEMINOT-DUGUÉ, pour avoir fait la musique de motets et autres chants d’église, en partie énumérés dans un mémoire des copies effectuées par Fagnard, pensionnaire de l’Académie royale de musique : deux Miserere à voix seule et orgue ou à 4 voix et basse continue, un Salve Regina à grand chœur et accompagnement, et un Te Deum à grand chœur, qu’on imagine mal chanté par les pensionnaires.
Enfin, si les témoignages d’usage ponctuel du clavecin pour accompagner les représentations théâtrales ou pour la formation de quelques Demoiselles privilégiées et particulièrement douées pour la musique ne se rencontrent plus guère dans les dernières années de la Maison Saint-Louis, les violes semblent avoir perduré. En janvier 1732, on achète des cordes de viole et de basse de viole ; en décembre 1773, 108 livres 16 sols sont employées « pour l’achapt d’un pardessus de viole et l’entretien des autres pendant le cours de l’année ». Les 6 septembre et 28 novembre 1790, Pierre Gand signe encore deux quittances de 32 livres pour fourniture de cordes de violes.

• • •

Au terme de cette traversée des Yvelines, le contraste apparaît frappant entre les musiciens ordinaires du roi et les modestes chantres ruraux. D’un côté de véritables professionnels, recrutés sur concours, royalement payés et jouissant d’une retraite garantie (du moins jusqu’à ce que la chute de la monarchie ne remette en question la pérennité de cette mesure), qui jouent et chantent face au souverain dans un vaisseau à l’acoustique idéale. De l’autres, des artisans, des marchands, des vignerons ou des paysans qui donnent de la voix sous les voûtes d’humbles églises de campagne. Les vicaires musiciens de la collégiale de Mantes sortent certes du lot (mais ils sont encore mal connus) et quelques organistes semblent vivre de leur art, tandis que d’autres exercent leurs talents de façon ponctuelle, comme les MAUGE de Chevreuse qui, d’une génération à l’autre, se transmettent les claviers de l’orgue paroissial aussi bien que le commerce d’épicerie familial.
Au total ce sont plus de 370 nouvelles notices biographiques qui viennent abonder la base. Les musiciens – dont une demi-douzaine de musiciennes – actifs en 1790 sont plus de 180 dont 93 pour la seule Musique du roi.
Certes, les musiciens du roi occupent, au sein de ce corpus, une place particulière. Ils ne sont pas réellement actifs dans les Yvelines en 1790, puisqu’ils exercent leur art à la chapelle des Tuileries, à Paris, depuis octobre 1789. En revanche, tous sont encore domiciliés à Versailles. Certains y sont nés, d’autres y ont fait souche, venus de Paris, de province, voire de l’étranger. Ailleurs dans le département, les origines des musiciens d’église et des chantres sont moins éloignées, moins exotiques, sauf exceptions, comme l’organiste provençal des Prémontrés de Joyenval, Jean Pierre BARESTE. Sans doute est-ce là un résultat de l’absence de cathédrale ou de lieux de musique important, mais aussi de la proximité de Paris qui draine les ambitieux et ceux qui n’ont pas été reçus à la Chapelle du roi. Du reste, les musiciens ordinaires du roi prolongent leur service jusqu’au 10 août 1792 et plusieurs trouvent à s’employer dans l’un des nombreux théâtres de la capitale.

Youri CARBONNIER
Univ. Artois, Arras, UR 4027, Centre de Recherche et d’Études Histoire et Sociétés (CREHS)
François CAILLOU
Chercheur associé au laboratoire Temos (TEmps, MOnde, Société) UMR 9016 CNRS
(octobre 2021)

Le travail sur les musiciens de ce département a bénéficié des apports de : Bernard Dompnier, Sylvie Granger, Jean-Marc Baffert (†), Isabelle Langlois, Christophe Maillard, Pierre Mesplé, les étudiants de 3e année de licence d’histoire de l’université d’Artois (année 2020-2021).

Mise en page et en ligne : Caroline Toublanc (CMBV)

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L’amélioration permanente de cette base de données bénéficiera à tous.

Les lieux de musique en 1790 dans les Yvelines

Diocèse de Chartres

Diocèse de Paris

Diocèse de Rouen

Pour aller plus loin : indications bibliographiques

Sources imprimées

  • Almanach de Versailles…, Versailles, Chez Blaizot, libraire ordinaire du roi & de la reine…, 1773-1789.
  • Édit du Roi concernant les deux différens Corps de Musique de la Chapelle et de la Chambre du Roi, Paris, Imprimerie royale, 1762.
  • Édit du roi concernant le Corps de la Musique du Roi. Donné à Versailles au mois de Mai 1782, Paris, Imprimerie royale, 1782.
  • « États de la France (1644-1789). La Musique », présentés et publiés par Yolande de BROSSARD et Eric KOCEVAR, Recherches sur la musique française classique, XXX, 2003.
  • Règlement concernant la musique de la chapelle du roi, 9 décembre 1761, s.l.n.d.
  • Norbert DUFOURCQ (éd.), La musique à la cour de Louis XIV et Louis XV d’après les mémoires de Sourches et Luynes. 1681-1758, Paris, Picard, 1970.
  • Henri Gabriel DUCHESNE, La France ecclésiastique, pour l’année 1788…, Paris, Chez l’Auteur, 1787.
  • Jean Joseph EXPILLY (abbé), Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules et de la France, Paris/Amsterdam, Desaint & Saillant, 6 vol., 1762-1770.
  • abbé GAUTHIER, Pouillé du diocèse de Versailles, 1876.
  • Robert de HESSELN, Dictionnaire universel de la France, Paris, Desaint, 6 vol., 1771.
  • Félix de France D’HÉZECQUES, Souvenirs d’un page à la cour de Louis XVI, publiés par le comte d’Hézecques, Paris, Didier, 1873.
  • Pierre-Thomas-Nicolas HURTAUT et Pierre MAGNY, Dictionnaire historique de la ville de Paris et de ses environs, Paris, 1779, 4 volumes.
  • Jean-Benjamin de LA BORDE, Essai sur la musique ancienne et moderne, Paris, Pierres, t. III, 1780.
  • Sophie von LA ROCHE, Journal d’un voyage à travers la France 1785, Saint-Quentin-de-Baron, Les Éditions de l’Entre-deux-Mers, 2012, 412 p.
  • Marcel LACHIVER, Histoire de Mantes et du Mantois à travers chroniques et mémoires des origines à 1792, Meulan, l’auteur, 1971, 511 p.
  • Richard LANGELLIER-BELLEVUE et Roberte MACHARD, « La musique à Paris et à Versailles d’après les actes du Secrétariat de la Maison du Roi de 1765 à la Révolution », Recherches sur la musique française classique, XIX, 1979, p. 211-302.

Bibliographie

  • Les Demoiselles de Saint-Cyr, Catalogue d’exposition, Paris / Versailles, Somogy, 1999,
  • Le patrimoine des communes des Yvelines, Paris, Flohic, 2000, 2 vol.
  • « Les trois États du bailliage royal de Montfort-l’Amaury aux États généraux, 1789. Cahiers et députés des villes, bourgs, paroisses et communautés », in Mémoires de la Société archéologique de Rambouillet, t. 16, 1902, p. 3-296.
  • Reynald ABAD, Le grand marché. L’approvisionnement alimentaire de Paris sous l’Ancien Régime, Paris, Fayard, 2002.
  • Pierre Dumoulin, Orgues de l’Ile-de-France, tome I. Inventaire des orgues des Yvelines et du Val d’Oise, Paris, Aux Amateurs de Livres, 1988, 441 p.
  • Jean-Marc BAFFERT, Les anciens orgues de Mantes (XVe-XIXe siècles), Mantes, Publications du CREDOP, 1994, 117 p.
  • Olivier BAUMONT, La musique à Versailles, Arles / Versailles, Actes Sud / Château de Versailles / Centre de musique baroque de Versailles, 2007, 429 p.
  • Marie BERT, « La musique à la maison royale Saint-Louis de Saint-Cyr », Recherches sur la musique française classique, III, 1963, p. 55-71 ; IV, 1964, p. 127-131 ; V, 1965, p. 91-127.
  • Odette-Paul BOUCHER, « À travers les registres de la fabrique Saint-Jacques et Saint-Christophe de Houdan, 1690-1887 », Bulletin de la Commission des Antiquités et des Arts de Seine-et-Oise, 1965-1967, p. 13-22.
  • Youri CARBONNIER, « Philippe Joseph Hinner, maître de harpe de Marie-Antoinette, 1755-1784 », Recherches sur la musique française classique, XXIX, 1996-1998, 1998, p. 223-237.
  • Youri CARBONNIER, « Les Musiciens du roi face à la Révolution », Revue de l’histoire de Versailles et des Yvelines, t. 90, 2008, p. 5-28.
  • Youri CARBONNIER, « Entre Paris et Versailles : musiciens du roi spéculateurs au temps des Lumières », Bulletin de la Société de l’histoire de Paris et de l’Île-de-France, 138e année (2011), 2012, p. 55-81.
  • Youri CARBONNIER, « La voix et la plume : la double carrière de Philémon Pierre Dumetz, aux racines d’une dynastie au service de la Marine », dans Jörg Ulbert et Sylviane Llinares (dir.), La liasse et la plume. Les bureaux du secrétariat d’Etat à la Marine sous l’Ancien Régime (1669-1792), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2017, p. 129-142.
  • Youri CARBONNIER, « Non-French music and foreign musicians at the Musique du roi, Versailles, c. 1760-1792 », dans Pierre-Yves Beaurepaire, Philippe Bourdin et Charlotta Wolff (ed.), Moving scenes: the circulation of music and theatre in Europe, 1700-1815, Oxford University Studies in the Enlightenment, Oxford, Voltaire Foundation, 2018, p. 23-38.
  • Youri CARBONNIER, « Les voix de dessus à la Chapelle royale au XVIIIe siècle : castrats, pages et faussets (1715-1792) », Revue de musicologie, t. 105, n° 2, 2019, p. 245-284.
  • Youri CARBONNIER, « Musiciens dans la ville royale à la fin de l’Ancien Régime », Bulletin de la Société de l’histoire de Paris et de l’Île-de-France, 147e année (2020), 2020, p. 71-90.
  • Benoît DRATWICKI, Antoine Dauvergne (1713-1797). Une carrière tourmentée dans la France musicale des Lumières, Wavre, Mardaga, 2011, 480 p.
  • Norbert DUFOURCQ, « Notes sur la situation artistique, sociale, financière, de quelques musiciens pensionnés de la Maison du roi, au crépuscule de la monarchie », Revue belge de musicologie, vol. 18, 1964, p. 70-96.
  • Norbert DUFOURCQ, « Autour des Boëly », Recherches sur la musique française classique, V, 1965, p. 51-69.
  • Norbert DUFOURCQ, « Autour des orgues versaillaises », Recherches sur la musique française classique, VI, 1966, p. 177-188.
  • Pierre DUMOULIN, Orgues de l’Île-de-France, tome I, Inventaire des orgues des Yvelines et du Val d’Oise, Paris, ARIAM Île-de-France, Aux Amateurs de Livres, 1988, 443 p.
  • Jacques DUPÂQUIER et al., Paroisses et communes de France. Région parisienne, Paris, CNRS, 1974, p. 629-906.
  • Jean DURON (dir.), Regards sur la musique… au temps de Louis XVI, Wavre, Mardaga, 2007, XI-176 p.
  • Alphonse DUTILLEUX, « L’abbaye de Joyenval au diocèse de Chartres », Archives de la Société historique et archéologique de Pontoise, du Val d’Oise et du Vexin, t. 13, 1890, p. 41-114.
  • Jack EBY, François Giroust (1737-1799): Composer for Church, King and Commune. Life and Thematic Catalogue, Hildesheim, Georg Olms Verlag, 2018, 778 p.
  • Michèle ESPINACH, L’éducation musicale des Demoiselles de Saint-Cyr de 1686 à 1793, doctorat de 3e cycle, Université de Paris IV, 1979.
  • Fernand ÉVRARD, Versailles, ville du Roi (1770-1789), étude d’économie urbaine, Paris, Librairie Ernest Leroux, 1935, 637 p.
  • Brigitte FRANÇOIS-SAPPEY, « Le personnel de la musique royale de l’avènement de Louis XVI à la chute de la monarchie (1774-1792) », Recherches sur la musique française classique, XXVI (1988-1990), 1990, p. 133-172.
  • Paul FROMAGEOT, « Les voitures publiques à Versailles sous l’Ancien Régime », Versailles illustré, 1900, n°47, p. 121-125 ; n°48, p. 136-140 ; n°49, p. 7-11 ; n°50, p. 21-24 ; n°51, p. 27-31.
  • Paul FROMAGEOT, « Les compositeurs de musique versaillais », Versailles illustré, vol. 9, 1904-1905, p. 111-113 et 138.
  • Michael D. GREENBERG, « Le personnel et les effectifs de la Musique du Roi (1732-1792) », Musique. Images. Instruments. Revue française d’organologie musicale, n° 12, 2010, p. 9-37.
  • Joseph HARDY, Rodolphe Kreutzer. Sa jeunesse à Versailles, 1766-1789. Revue de l’Histoire de Versailles, Paris, Fischbacher, 1910, 70 p.
  • David HENNEBELLE, De Lully à Mozart. Aristocratie, musique et musiciens à Paris (XVIIe-XVIIIe siècles), Seyssel, Champ Vallon, 2009, 447 p.
  • David HENNEBELLE, « Le rendez-vous manqué entre Mozart et l’aristocratie parisienne (1778) », Annales historiques de la Révolution française, 379, 2015, p. 35-45.
  • Émile HOUTH, Les orgues et les organistes de Notre-Dame de Versailles, Versailles, J.-M. Mercier, 1929, 15 p.
  • Bernadette LESPINARD, La vie et l’œuvre d’Antoine Blanchard, thèse de musicologie, université de Paris IV, 1977, 309 p.
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  • Alexandre MARAL, La chapelle royale de Versailles sous Louis XIV, Sprimont, Mardaga, 2002, 478 p.
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  • Raphaël PINAULT, Rambouillet, un millénaire de vie paroissiale, Paris, François-Xavier de Guibert, 1999, 206 p.
  • Pascale PROUTEAU-MOREIRA, Les Thomelin : une dynastie d’organistes parisiens aux XVIIe et XVIIIe siècles, Thèse de doctorat (musicologie), Université de Paris-IV, dir. Édith Weber, 4 vol. dact., 1996, 1238 p.
  • Arnaud RAMIÈRE de FORTANIER (dir.), Guide des archives des Yvelines et de l’ancien département de Seine-et-Oise, t. I : Séries anciennes (Séries A à H), Versailles, Conseil général des Yvelines, 2002, 1091 p.
  • Félix RAUGEL, « Les anciens buffets d’orgues du département de Seine-et-Oise », Revue de l’Histoire de Versailles et de Seine-et-Oise, 1924, p. 189-210 et 306-328.
  • Marina TCHEBOURKINA, 2007, « L’orgue de la chapelle royale de Versailles : à la recherche d’une composition perdue », L’Orgue, n° 280, p. 3-112.
  • Pascaline TODESCHINI, Marie-Françoise ROSE, Benoît DRATWICKI et al., Versailles et la musique de cour, Versailles/Paris, Bibliothèque municipale de Versailles/Magellan & Cie, 2007.
  • Pierre TORRY (abbé), Une paroisse royale, Saint-Germain-en-Laye. Origine et histoire, Mayenne, Floch, 1927, XVI-331 p.
  • Lucien TRINQUAND, « Un document inédit sur Rodolphe Kreutzer (1778-1779) », Revue de l’histoire de Versailles et de Seine-et-Oise, 1910, p. 153-160.

Bibliographie élaborée par François Caillou et Youri Carbonnier
(octobre 2021)

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