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Haute-Garonne

Musique et musiciens d’Église dans le département de la HAUTE-GARONNE autour de 1790

Sommaire

Liste des musiciens de la Haute-Garonne

Url pérennehttp://philidor.cmbv.fr/musefrem/haute-garonne

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 « À sept heures, nous retournâmes à Saint-Sernin, vaste église fort ancienne (…) On nous conduisit après dans une galerie, au-dessus du grand autel, voir passer la procession qui faisait en ce moment, le tour de l’église. Une centaine de prêtres y assistaient, la plus part vêtus de riches ornements, les autres en surplis et portant des cierges allumés ; un millier de cierges illuminaient l’église. Les chants admirables accompagnés de l’orgue, la grandeur imposante avec laquelle était ordonné cette cérémonie, tout portait l’âme à la dévotion. »

Journal de madame Cradock, Voyage en France, Toulouse, vendredi 17 mai 1785, p. 177-178.

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Lorsque madame Cradock séjourne à Toulouse, le maître de musique de la collégiale Saint-Sernin est Bernard-Aymable DUPUY, personnage incontournable de la vie musicale toulousaine des Lumières. Au XVIIIe siècle, cette église attire nombre de visiteurs, venus tant par curiosité que pour la vénération de ses reliques. La dentelle de brique des clochers des édifices méridionaux à l’architecture si particulière dessine un élégant contrepoint aux chants qui résonnent sous leurs voutes séculaires.

1-Toulouse gravure

Thoulouse, Topographia Galliæ, gravure de Caspar Merian, d’après la « Vue particulière de Toloze » gravée en 1642 par Collignon, (AmToulouse)

Présentation du territoire

Créé le 4 mars 1790, à partir de territoires du Languedoc et de la Gascogne, le département de la Haute-Garonne s’étire du nord au sud sur quelque 145 km, le long de la Garonne, s’appuyant au sud sur les contreforts des Pyrénées. Sa forme épouse le cours du fleuve qui le traverse. Les principales villes sont installées le long de cet axe depuis Saint-Bertrand-de-Comminges au sud puis, en suivant le cours de la Garonne vers le nord, Saint-Gaudens, Rieux-Volvestre, Muret avant d’arriver finalement à Toulouse. Au-delà, la Garonne s’ouvre hors du département en une large voie navigable vers Bordeaux. Sur les rives de l’Ariège qui rejoint la Garonne au sud de Toulouse, sont établies les villes d’Auterive et de Cintegabelle. D’est en ouest s’étend le Canal du Midi, qui depuis la fin du XVIIe siècle relie Toulouse à la Méditerranée, en passant par Castelnaudary puis, au-delà, Carcassonne, Béziers, Agde et Sète. Enfin à l’ouest, le cours de la Save, qui coule pour partie dans le département du Gers, arrose les communes de l’Isle-en-Dodon et plus au nord Lévignac, avant de rejoindre la Garonne à Grenade. Du nord vers le sud, la Haute-Garonne jouxte à l’est les départements du Tarn, de l’Aude, de l’Ariège. Au sud, il comporte une frontière avec l’Espagne, puis, en remontant vers l’ouest, les Hautes-Pyrénées, le Gers et le Tarn-et-Garonne.

Le territoire de la Haute-Garonne appartenait jusqu’à la Révolution pour l’essentiel au Languedoc. Cette vaste province, héritière de la Narbonnaise romaine, puis du comté de Toulouse comprenais le Haut Languedoc et le Bas Languedoc. Limitrophe du Languedoc, la Gascogne (duché de Guyenne et Gascogne) donne au futur département le Comminges. Un peu plus étendu qu’aujourd’hui, il englobe à sa création l’arrondissement de Castelsarrasin, transféré en 1808, au nouveau département du Tarn-et-Garonne. La Haute-Garonne se divise en trois arrondissements : Toulouse au nord, Muret au centre et Saint-Gaudens au sud. En 1790 y sont tracés huit districts : Castelsarrasin, Grenade, Muret, Revel, Rieux, Saint-Gaudens, Toulouse et Villefranche.

Une économie surtout agricole

Le Comminges, au sud, est une zone montagneuse, rurale et peu peuplée. Son activité principale, l’élevage ovin, a permis le développement de l’industrie lainière qui écoule ses productions tant localement que vers les Amériques et l’Orient. Plus au nord, autour de Toulouse s’étend une région beaucoup plus peuplée, constituée de plaines fertiles propices aux cultures céréalières. Ces deux pôles sont reliés par une voie de communication naturelle : la Garonne, utilisée depuis l’époque romaine entre Lugdunum Convenæ (Saint-Bertrand-de-Comminges) et Tolosa (Toulouse).

2-Département de la Haute-Garonne

Département de la Haute-Garonne, carte tirée de La République française en LXXXVIII départemens, 3e édition, Paris, An III, in-8° (coll. part.)

Au cours du XVIIIe siècle, ce territoire est l’un des principaux greniers de France. En Haut Languedoc le principal moteur de croissance est la culture du blé, à laquelle s’ajoute celle du maïs introduite au siècle précédent et qui se diffuse largement. Les céréales sont exportées vers le Bas Languedoc et vers Paris, via Bordeaux. Le canal du Midi, l’un des plus importants ouvrages d’art de l’époque, conçu par l’ingénieur Paul Riquet, est ouvert à la navigation le 15 mai 1682. Il assure le transport des grains et des farines vers la zone méditerranéenne, Bas Languedoc et Roussillon, palliant ainsi la médiocrité des voies de communication terrestres. 

Le département de la Haute-Garonne couvre trois anciens diocèses : au nord celui de Toulouse, au centre celui de Rieux et au sud celui du Comminges. Une zone au sud-ouest, vers Cintegabelle, est prise sur l’ancien diocèse de Mirepoix (aujourd’hui dans le département de l’Ariège). Les anciens évêchés limitrophes, en partant du nord et en suivant le sens des aiguilles d’une montre, sont ceux de Montauban, d’Albi, de Lavaur, de Saint-Papoul, de Mirepoix, de Pamiers, puis en remontant vers le nord après la frontière espagnole, ceux de Lombez et d’Auch. Durant la seconde moitié du XVIIIe siècle la métropole ecclésiastique de Toulouse, siège d’un archevêché, rassemble les évêchés suffragants de Lavaur (département du Tarn), Lombez (Gers), Montauban (Tarn-et-Garonne), Mirepoix et Pamiers (Ariège), Rieux, Saint-Papoul (Aude). L’évêché du Comminges relève pour sa part de la province métropolitaine d’Auch.

Au sud, le pays montagneux du Comminges commande les accès vers l’Espagne, notamment par des routes reprenant d’anciennes voies romaines. La population vit principalement de l’agriculture, de l’élevage et du passage des pèlerins qui affluent pour vénérer les reliques de Saint-Bertrand. Le pays est dominé par la petite ville de Saint-Gaudens, 4 000 habitants, où est installée une collégiale. Le siège de l’évêché est à Saint-Bertrand-de-Comminges, localité dont la population, en 1793, ne compte que 714 âmes. Ce minuscule évêché est une sorte d’enclave dans le département voisin des Hautes-Pyrénées. À la Révolution l’évêché du Comminges est démembré entre trois diocèses : Toulouse, Bayonne et La Seu d’Urgell (en Espagne). En 1793 Saint-Bertrand change de nom et devient Hauteville pour quelques années.

Entre ces deux zones, région toulousaine et Comminges, débordant sur le département limitrophe de l’Ariège, s’étend le pays du Volvestre, territoire constitué des vallées de l’Arize, du Volp et de la Garonne. Ce territoire constitue un autre minuscule évêché dont la cathédrale est érigée dans la petite ville de Rieux (aujourd’hui Rieux-Volvestre) qui, en 1793, compte 1 689 habitants.

Toulouse, une vraie capitale de province.

La population de Toulouse en 1790 est de 53 000 habitants, ce qui la place loin devant les autres villes du nouveau département (mais nettement derrière Bordeaux qui au même moment dépasse les 100 000 habitants). Depuis la seconde moitié du XIIe siècle, la ville est administrée par des capitouls qui se présentent eux-mêmes : « Nous Capitouls, gouverneurs de la ville de Toulouse, chefs des nobles, juges ès causes civiles et criminelles, de la police et voirie de ladite ville et gardiage d'icelle » (Ordonnance de Messieurs les Capitouls de Toulouse, du 27 avril 1742). Les huit derniers capitouls sont nommés en 1787. La province relève du système administratif des pays d’États. La noblesse (de magistrature et de cloche), qui constitue environ 12% de la population, possède les deux tiers de la fortune globale de la ville. Toulouse possède le plus ancien Parlement (cour de justice) créé en province, sur le modèle de celui de Paris. La ville est organisée en trois grands secteurs : à l’est la cité installée sur le territoire de l’ancienne ville romaine, avec la cathédrale Saint-Étienne et le palais épiscopal, à l’ouest le bourg, quartier médiéval, universitaire, autour de la collégiale Saint-Sernin, et sur la rive gauche de la Garonne le faubourg, plus populaire, de Saint-Cyprien.

3-Plan de Toulouse

Plan de la ville et des faubourgs de Toulouse, par N. Chalmandrier (AmToulouse)

Durant l’Ancien Régime, Toulouse est une ville de magistrature sur laquelle les développements des industries naissantes n’ont que peu de prise. Néanmoins Toulouse possède deux moulins d’importance : celui du Bazacle, et le celui du Château, dont une partie des farines est aussi exportée. Si certains secteurs, tels la tannerie et la mégisserie, sont en régression, d’autres par contre connaissent un véritable essor. En 1780, treize tuileries sont en activité, stimulées par les projets d’urbanisme, nombreux à cette époque. Deux entreprises d’État, créées par Colbert, sont en activité : une manufacture royale des poudres et salpêtres (1667) et une manufacture des tabacs (1674). Mais c’est l’industrie textile qui reste le secteur privilégié : les anciens tissages de drap, souvent grossiers et de médiocre qualité, disparaissent en laissant place à des manufactures de tissus plus fins et plus légers. Six manufactures de cotonnades s’installent au cours du XVIIIe siècle. À Toulouse, les Lyonnais Liotard installent en 1764 une fabrique d’étoffe de soie pour les meubles, qui produit aussi des gazes et des mouchoirs damassés. Elle devient en 1775 manufacture royale, employant en 1788 quelque 260 ouvriers avec 45 métiers à tisser. Malgré cette présence, la proto-industrie toulousaine n’est guère développée : ces manufactures sont peu importantes comparées à celles d’autres villes comme Castres, Carcassonne, Nîmes ou même Lodève. La situation du commerce toulousain, par contre est meilleure. Contrôlé par la Chambre de Commerce créée en 1704, il n’a cependant de dimension internationale qu’avec l’Espagne et ce pour deux domaines seulement : les piastres et les laines. Il était très difficile de se procurer les piastres espagnoles en argent, officiellement interdites à l’exportation, qui servaient à payer les achats effectués en Extrême-Orient,. Une importante contrebande s’est donc développée à travers les Pyrénées (et les petits ports catalans) principalement au profit de deux commerçants toulousains, les frères Joulia, qui achetaient des piastres de contrebande, pour les revendre avec profit à Marseille. Ces mêmes frères Joulia avaient développé, toujours à Toulouse, un florissant commerce en achetant en Espagne une laine destinée à être filée et tissée à Castres, Lodève ou Carcassonne.

Les monuments et hôtels particuliers de la « ville rose » racontent la richesse venue du commerce du pastel durant la Renaissance et lui confèrent une originalité et un caractère fort qui frappent ses visiteurs. Jusqu’au milieu du siècle Toulouse offre encore un aspect médiéval avec ses rues étroites et tortueuses, ses remparts mal entretenus qui freinent tant les déplacements que l’extension de la ville. Les crues de la Garonne ravagent fréquemment les habitations des quartiers bas et de Saint-Cyprien. Les constructions sont encore le plus souvent en bois et sujettes aux incendies. Dans le but d’améliorer cette situation, sont élaborés d’ambitieux projets d’urbanisme qui inspireront d’importants travaux réalisés durant la seconde moitié du XVIIIe siècle. La place Royale (aujourd’hui place du Capitole) est dégagée, et l’Hôtel de ville des capitouls embelli d’une nouvelle façade dessinée par Guillaume Cammas. Ce même architecte avait doté sa ville d’une salle de spectacle (théâtre du Capitole) ouverte en 1737. Une promenade est aménagée : le Boulingrin d’où rayonnent six allées, complétée par le Jardin royal. Des quais monumentaux, et deux ports, la Daurade et le Bidou, sont construits, ce dernier avec une écluse donnant accès au canal de Brienne. Le cours Dillon (du nom de l’archevêque Arthur Richard Dillon en poste à Toulouse de 1758 à 1762) remplace par une imposante digue l’ancien quai des Ormes et doit protéger le faubourg Saint-Cyprien des inondations. De nouvelles rues sont percées, des monuments érigés : la ville se transforme profondément. Des hôtels particuliers sont rénovés comme l’hôtel de Pennautier, d’autres voient le jour : hôtel de Nupces, de Puivert ou de Bonfontan. Les chantiers d’édifices religieux, entamés avant même le milieu du siècle, concernent principalement les aménagements intérieurs : Marc Arcis dote la collégiale Saint-Sernin d’un nouveau maître-autel, d’un retable de marbre et d’un immense baldaquin (de 1718 à 1759) ; le même Marc Arcis réalise de remarquables bas-reliefs de stuc pour la chapelle des Pénitents bleus (1735) ; le peintre Jean-Baptiste Despax décore entièrement la voûte de l’église des Carmélites…

4-St-Etienne façade

Toulouse, façade de la cathédrale St-Étienne (cl. Jacques Taboni)

« Il n’y a pas en France une autre ville qui contienne autant d’églises et de couvents que celle-ci » écrit le peintre espagnol Antoni Ponz en 1783. À l’instar de madame Cradock, les voyageurs de passage à Toulouse sous l’Ancien Régime ne manquent pas de souligner le nombre important d’églises et de couvents, signe de l’intensité de la vie religieuse qui vaut à la ville le surnom de « Toulouse la Sainte ». Durant l’Ancien Régime la ville compte 90 églises et chapelles, plusieurs confréries, 43 couvents et abbayes, soit une population ecclésiastique de quelque 200 prêtres, 400 religieux et 600 religieuses. En 1790, le patrimoine immobilier de l’Église, comprenant des maisons urbaines et des domaines ruraux, est estimé à plus de huit millions de livres. Une centaine de clercs (chanoines, hebdomadiers, prébendiers et prêtres de chœur) officient à la cathédrale Saint-Étienne, une cinquantaine à Saint-Sernin. La ville reste profondément catholique, malgré un léger déclin de la ferveur constaté par l’archevêque de Brienne qui s’inquiète en 1782 de « la rareté des prêtres, inconvénient qui devient tous les jours plus sensible ». Les confréries dont les processions sont toujours aussi massivement suivies, se plaignent toutefois, à la fin du siècle, de l’absentéisme de leurs membres et du relâchement de la discipline.

L’enseignement est organisé autour de deux principaux collèges : celui des Jésuites, qui devient en 1763, après leur expulsion, le Collège royal, tenu par des prêtres séculiers (avec 1 500 élèves à la fin du siècle) et celui des Doctrinaires à l’Esquile (environ 1 100 élèves à la même période). Trois grands séminaires assurent la formation de plus de 500 étudiants, et en 1784 est ouvert un petit séminaire. Les disciplines universitaires sont aussi bien représentées avec des facultés de droit, de théologie et un collège royal de chirurgie ; la ville compte d’ailleurs un millier d’étudiants, dont près de la moitié en droit. Toulouse est enfin une capitale judiciaire avec une exceptionnelle accumulation de juridictions : tribunal des capitouls, justice du canal des Deux-Mers, parlement, officialités diocésaine et métropolitaine, bourse des marchands, sénéchal… Les hommes de lois, au nombre de plusieurs centaines, représentent (avec leur famille et domesticité) près de 20% de la population, formant ainsi le groupe le plus influent de la société toulousaine.

Deux bibliothèques ouvrent leurs portes au public, notamment la Bibliothèque du Clergé fondée par l’abbé Benoît d’Héliot qui, en 1772, fait don au clergé toulousain de sa propre bibliothèque. Installée dans une vaste galerie construite à cet effet, entre la cathédrale et l’archevêché, elle accueille un public exclusivement clérical trois fois par semaine. Elle devient propriété de l’État en 1789. En 1786, Étienne Charles de Loménie de Brienne (archevêque de Toulouse de 1763 à 1787) bibliophile avertis, organise la bibliothèque de la ville. Il rassemble dans l’enceinte du Collège royal, des ouvrages provenant de la bibliothèque des jésuites et de divers fonds particuliers. Ces deux bibliothèques, augmentées entre autres, des livres confisqués aux communautés religieuses et aux émigrés de 1792, sont réunies en 1808.

Ville de l’esprit, Toulouse l’est aussi, avec ses brillantes académies scientifiques et artistiques, son Salon de peinture, ses Jeux Floraux et son théâtre (opéra, salle du Concert, Comédie). Ces dernières structures offriront, à partir de la période révolutionnaire, de possibles emplois de reconversion aux musiciens d’église. L’Académie royale de musique fondée à Toulouse en 1687 avait obtenu des héritiers de Lully le privilège de jouer des opéras. Initialement établie dans la salle d’un jeu de paume, rue du Pré-Montardy, elle est développée et réorganisée pour devenir le théâtre du Capitole. L’académie des Jeux Floraux, héritière de l’ancienne compagnie du même nom et de l’académie des Lanternistes, révèle au-delà du goût pour la poésie, un lien fort entre le milieu littéraire et le milieu musical. Elle est fréquentée tant par les hommes d’Église (nombreux sont les chanoines lauréats des concours qu’elle organise) que par des personnalités politiques, des poètes issus de divers milieux. Les idées des “Lumières” pénètrent l’Académie et font leur chemin comme l’écrit Voltaire à d’Alembert en 1768 : « Il s’est fait un prodigieux changement […] dans le parlement de Toulouse : la moitié est devenue philosophe et les vieilles têtes rongées de la teigne de la barbarie mourront bientôt ». Comme l’a parfaitement montré Benoît Michel, les textes produits, et récompensés, constituent une importante source de livrets pour les musiciens, qui par ailleurs participent activement aux remises de fleurs à l’issue des jeux par des concerts. L’académie elle-même organise des cérémonies extraordinaires, comme celle des obsèques de Louis XV (21 juin 1774) au cours de laquelle le Requiem de Gilles fut interprété dans l’église des Grands Carmes. Malgré le dynamisme de Toulouse et l’importance de sa vie culturelle, Bordeaux exerce un fort pouvoir d’attraction, notamment auprès des musiciens. Ils seront en effet plusieurs, tels Charles LEVENS ou Antoine BARDIÉ à aller s’y établir.

Dès 1735 la franc-maçonnerie s’implante à Toulouse et compte en 1789 une douzaine de loges réunissant environ 600 frères maçons issus de la noblesse, de la bourgeoisie, du clergé ou encore des maîtres artisans. La loge Saint-André des Arts est fréquentée par de nombreux musiciens d’Église, comme par exemple Bernard Aymable DUPUY, Cosme BARAILHÉ, Dominique VENTRÉ.

Toulouse est l’une des premières villes du royaume à posséder son journal. Des Almanachs paraissent à partir de 1731, mais la presse locale ne naît qu’en 1759 avec la création des Affiches de Toulouse. Cette publication est cependant éphémère, et s’arrête en 1764. Elle est ensuite reprise par l’imprimeur Jean Florent Baour en 1775 sous le titre Affiches et Annonces de Toulouse. Cette parution est à nouveau interrompue en 1778 puis revient de manière pérenne en 1781. Les rubriques consacrées aux séances des académies, les comptes rendus de spectacles, tout comme les nouvelles littéraires propagent les idées “philosophiques” dans une société toulousaine de plus en plus lettrée.

Les lieux de la musique d’église

Les trois cathédrales

5-St-Étienne le chœur et l’orgue

Toulouse, cathédrale St-Étienne : le chœur et l’orgue (cl. Prades Tournefeuille)

6-St-Bertrand-de-Comminges

St-Bertrand-de-Comminges (site datuopinion.com)

La cathédrale Saint-Étienne est un édifice déconcertant qui présente deux parties bien distinctes : une nef, bâtie au début du XIIIe siècle, et un chœur deux fois plus large édifié vers 1275. L’enclos canonial qui l’abrite est jusqu’au XVIIIe siècle isolé du reste de la ville. « Le chapitre possède de toute ancienneté des maisons canoniales qui sont près et autour de l’eyglise. Mes [elles] sont renfermées dans une ancinte qui les sépare du reste de la ville, il n’y a de communication que par trois portes. Ce lieu a conservé le nom de cloitre de St Étienne » (Ad31/ 4G 113). La maison de la maîtrise est située dans une galerie de ce cloître dont les exceptionnels chapiteaux historiés sont désormais conservés au musée des Augustins.

Le chapitre de la cathédrale Saint-Étienne est bien fourni : 24 chanoines, 24 prébendiers (dont 4 prébendes cantorales) 26 prêtres de chœur (nommés par le chapitre) et 4 hebdomadiers. Ses revenus s’élèvent à 218 000 livres. Il entretient une chapelle de musique conséquente dirigée en 1790 par Nicolas Vincent LEVENS, né à Vannes, qui a succédé à son père parti pour Bordeaux. L’organiste est SALVADOR, un prêtre vraisemblablement d’origine espagnole, le sous-maître François CARRATIER. Parmi les instrumentistes se trouvent Guillaume Marie BOUFFARD (violoncelle), Nicolas DESPRES (basson) Gabriel ROQUEFEUIL (serpent) ; les chanteurs principaux sont Bernard DELCLOS et Paul TARBOURIECH (haute-contre) Cosme BARRAILHÉ et Jean Pierre MANSAS (haute-taille) Claude SOUQUET et l’abbé GUY (basse-taille). Cet ensemble est soutenu par le groupe des chantres et 8 enfants de chœur. Pour les grandes fêtes, tant à Saint-Étienne qu’à Saint-Sernin, les deux chapelles de musique unissent leurs forces pour donner plus d’éclat aux cérémonies.

7-St-Bertrand-de-Comminges, chœur et orgue

St-Bertrand-de-Comminges, chœur et orgue (site richesheures.net)

La cathédrale Notre-Dame et Saint-Bertrand de Saint-Bertrand-de-Comminges est érigée au sommet d’une butte, aux pieds des Pyrénées. À l’intérieur, au magnifique buffet Renaissance entièrement sculpté (par Nicolas Bachelier, sculpteur toulousain) de l’orgue construit en angle, répondent les riches boiseries du chœur et des stalles. Le chapitre cathédral compte 13 chanoines, 4 hebdomadiers et 37 prébendiers. La chapelle de musique est dirigée en 1790 par Gabriel MONTAGNE, maître de musique natif du Quercy, qui a acquis de l’expérience dans deux postes antérieurs (à Notre-Dame de Garaison et au collège d’Auch), après avoir été formé à la maîtrise de Moissac. L’organiste Jean François GAYE, issu d’une famille de Saint-Bertrand, joue aussi de la basse et assure les fonctions de bedeau et de sacristain. Le joueur de serpent Bernard ROQUES poursuivra sa carrière pédagogique à Bayonne en 1809. Trois autres musiciens sont aussi en poste : Bertrand GAYE qui après 1790 deviendra instituteur, Jean SOLLE, ainsi qu’une haute-contre Raymond SOLLE, et des enfants de chœur. Parmi ces derniers le fils du serpentiste Alexandre ROQUES sera cordonnier et serpent. Un autre enfant de chœur, Joseph Marie FOURCAT LATOUR, issu d’une grande famille (fils d’un médecin), deviendra chirurgien militaire ; un autre, Jean Bertrand DESPOUY, poursuivra une belle carrière de musicien et professeur de musique à Toulouse. Ce dernier arrive à Saint-Sernin de Toulouse comme sous-maître de musique, puis après un passage au théâtre, il prend la direction, en 1807 de la nouvelle maîtrise de la cathédrale.

Entre Saint-Bertrand et Toulouse, la cathédrale Notre-Dame de Rieux est lovée dans un méandre de l’Arize. De moindre importance que celui de la cathédrale précédente, son chapitre se compose à la veille de la Révolution de 12 chanoines, 4 hebdomadiers, 20 prébendés, 4 diacres ou sous diacres. Sa maîtrise est des plus réduite : le maître de musique Jacques GOMBERT, venu du Rouergue, passé par Saint-Bertrand-de-Comminges, joue du serpent, aux côtés d’un organiste, Jean Antoine Félicité CASTEYDE, qui émigre en 1792 en compagnie du chantre Louis BRUYÈRE.

Les trois collégiales

8-Toulouse, chevet de St-Sernin

Toulouse, chevet de St-Sernin, Lithographie de Charles Mercereau 1860, (Musée du Vieux Toulouse)

La collégiale Saint-Sernin de Toulouse est de loin la plus riche et la plus importante du nouveau département. En concurrence ouverte avec la cathédrale Saint-Étienne, elle se prévaut d’être exempte de l’autorité de l’évêque de Toulouse et de dépendre directement du pape. Son revenu, estimé à 103 000 livres, provient largement des dons des nombreux pèlerins attirés par ses reliques, sur lesquelles veille la puissante confrérie des Corps-Saints. Ce chapitre majeur compte 24 chanoines ; 10 prébendes correspondant à des places dévolues à des prêtres au service de la collégiale (obtenues par concours) se répartissent en 4 prébendes cantorales et 6 prébendes musicales ; à ce nombre s’ajoutent encore 10 prêtres de chœur nommés par le chapitre (chantres pour le plain-chant). À la fin du XVIIIe siècle la chapelle de musique est dirigée par un maître de musique âgé, en “fin de carrière ”, Bernard-Aymable DUPUY, qui laisse une belle œuvre musicale, un organiste originaire de Perpignan, Jean François Ange SAGAU, des instrumentistes : Jacques Pascal COURGEON (basson) Thomas GUYOT (basse d’archet et aussi sous-maître) LE SACHET (serpent), 3 chanteurs, et des enfants de chœur.

La localité de Saint-Félix-Lauragais, 2 400 habitants en 1793, possède une collégiale dont le chapitre est constitué de 12 chanoines, 3 hebdomadiers, 22 prébendiers (dits prébendiers de dix-huit), 4 prébendiers (dits prébendiers de quinze), 6 prébendiers (dits prébendiers de douze), 2 chantres, 4 à 6 enfants de chœur. En 1779 le chapitre constatant « la manière peu décente avec laquelle se font les offices principalement les jours de dimanche et de fête, [ainsi] que de l'insuffisance des chantres gagés pour suppléer à l'absence des bénéficiers et à l'âge ou défaut de voix qui se trouve dans le plus grand nombre » (Ad31/ 6G 4), décide la construction d’un orgue. L’instrument est commandé à Joseph Rabigny le 2 octobre 1779 et livré au printemps 1781. Le chapitre décide de supprimer deux prébendes de dix-huit pour les affecter aux gages d’un organiste et à l’entretien de deux enfants de chœur supplémentaires. Isidore SERVIÈS, le nouvel organiste, venu du chapitre de Montréal, entre bientôt en fonction aux cotés de deux chantres : Michel DALENQ et François SALANDRY. À la suppression du chapitre, ce dernier retournera avec sa famille dans la région de Carcassonne et s’y établira comme “instituteur primaire”. Michel DALENQ, ayant fondé une famille, devient cultivateur.

Un peu plus importante, la collégiale Saint-Pierre et Saint-Gaudens, dans la localité du même nom, dispose de quatre musiciens : Jean Pierre COMTOIS TAMBURIN, organiste originaire de Narbonne, avec qui le chapitre a passé un contrat à vie, Jean Marie Bertrand BURRET, musicien dont on ne connaît pas la qualification exacte, peut-être un autre musicien du nom de Jean François SAMBAT et deux enfants de chœur, Pierre SUBERVILLE et Antoine TAJAN.

Les abbayes et couvents

10-Toulouse couvent des Grands Augustins

Toulouse, couvent des Grands Augustins (site thousandwonders.net)

9-Toulouse Daurade

Toulouse, abbaye Notre-Dame de la Daurade (Toulouse, musée Paul Dupuy)

L’activité musicale dans les abbayes et couvents de Toulouse se déroule souvent autour de l’orgue, avec la participation de chantres. Lors des grandes cérémonies organisées dans ces établissements, ce sont les musiciens des chapelles de la cathédrale et de Saint-Sernin qui interviennent, aucune de ces institutions n’ayant son propre corps de musique. À Toulouse le facteur Jean Micot dresse en 1796 un inventaire des orgues, avec leur estimation. Grâce à ce document on dispose d’une liste de onze instruments toulousains en état de fonctionnement à l’époque de notre enquête.

Naguère florissants, les couvents d’hommes, au contraire de ceux de femmes dont l’effectif se maintient, perdent globalement le tiers de leurs membres au cours du XVIIIe siècle. À Notre-Dame de La Daurade l’organiste est Jean MONTELS qui cesse son service en 1793, remplacé par son frère Jean MONTELS, tandis qu’aux Cordeliers (une trentaine de religieux) c’est DOURANJOU qui officie. L’orgue du couvent des Jacobins (une trentaine de dominicains), qui est pour Jean Micot le plus bel orgue de la ville, est transféré en 1792 à l’église Saint-Pierre des Chartreux, où il a semble-t-il le même organiste. La tribune de l’église du couvent des Grands Augustins (environ trente religieux) est confiée à Jean Pierre SAVÈNE, celle des Grands Carmes (une trentaine de religieux) à Jean ESCOUBÉ qui occupe ce poste durant 17 ans avant d’aller à la cathédrale constitutionnelle en 1792-93. L’instrument de la Trinité (10 religieux) est entre les mains de Mathieu CRAUSTE qui partira enseigner à Bayonne vers 1800. L’ancien couvent des Carmes déchaux (20 religieux), qui devient en 1807 la paroisse Saint-Exupère, compte quatre chantres nommés en 1792. Deux « choristes » dont on ne connaît pas les noms sont en activité en 1789 au prieuré Saint-Jean de l’ordre de Malte. Plusieurs abbayes ou couvents toulousains possèdent un orgue, sans que l’on sache qui en est titulaire en 1790. C’est ainsi le cas des augustines de Saint-Pantaléon (30 chanoinesses y vivent au moment de sa fermeture en 1790) et celui des ursulines de Sainte-Catherine (50 religieuses). Ce monastère, qui devient maison de réclusion pour les prêtres insermentés, possède un petit orgue, mais aucun organiste avéré. Inversement, un organiste du nom de Dominique CAYRE a été repéré, sans qu’il soit possible de lui attribuer de tribune, en l’état actuel des dépouillements.

11-Cintegabelle

Cintegabelle, orgue de l’église Ste-Marie (Cl. Bastien Milanese, site Flickr.com)

En dehors de l’agglomération toulousaine, seuls deux établissements ont une activité musicale suffisamment importante pour avoir laissé une trace dans les archives. L’abbaye de Boulbonne, qui dépend du diocèse de Mirepoix (aujourd’hui en Ariège) possédait sous l’Ancien Régime un orgue magnifique (Christophe Moucherel) au somptueux buffet. L’abbaye est détruite à la Révolution et son orgue est racheté en 1798 par le beau-père de l’organiste François NOLÉ, Jacques Fageadet, qui agit au nom de six ou sept propriétaires désireux de conserver l’orgue à Cintegabelle distante de moins de 3 km de Boulbonne. En 1806 le transfert de l’instrument est demandé au facteur Louis Compardon qui, peu scrupuleux, attendra treize années avant d'achever la tâche ! Après 28 ans de silence, l’ancien titulaire de Boulbonne retrouve son instrument dans l'église paroissiale de Cintegabelle. La famille NOLÉ est originaire de Pamiers, aujourd’hui en Ariège ; l’organiste précédent, François BOULANGER pour sa part s’établit à Lezat (Lézat-sur-Lèze, aussi en Ariège). Le second établissement repéré est le prieuré bénédictin des Fontevristes de Longages, dont l’orgue démantelé après la Révolution a été en partie racheté par la paroisse de La Daurade de Toulouse. Si le nom de l’organiste de 1790 est encore inconnu, une chantre, religieuse, Roze de LAMOTHE, a été identifiée.

Les paroisses

12-Toulouse, intérieur de l’église St-Jérôme

Toulouse, intérieur de l’église St-Jérôme des Pénitents bleus (site wikipédia)

Dans les paroisses toulousaines pourvues d’un orgue, il est encore plus délicat de connaître le titulaire de l’instrument en 1790. Pour Toulouse, seuls les Almanachs nous renseignent à ce sujet, et si l’année 1780 est bien documentée, la décennie suivante l’est beaucoup moins. L’organiste de Notre-Dame-du-Taur est Bernard Joseph GAUBERT, au moins jusqu’en 1785, celui de La Dalbade est Jean Jacques Bernard DUMAS jusqu’en 1787 ; REY, dont le prénom pourrait-être Augustin, joue à Saint-Nicolas en 1780. Au début de XIXe siècle, Joseph Jacques Marie SAVÈNE, fils de Jean Pierre SAVÈNE, accède à la tribune de l’église Saint-Jérôme, ancienne église de la confrérie des pénitents bleus, devenu paroisse. L’église Saint-Michel étant dépourvue d’orgue au XVIIIe siècle, les marguilliers, en 1772, passent un contrat le 22 juillet avec François Laburthe, facteur de clavecins, originaire de Grenade. Ce dernier installe dans l’église un orgue de 4 pieds, qu’il propose à la vente. Le 11 novembre 1778 noble Jean Niel de Paucheville Duclos, écuyer, l’achète pour 3000 livres. Le sieur de Paucheville revend ensuite l’instrument au sieur Lacroix, dit Blaignagou, mais n’en paye pas le prix à Laburthe. Après une ordonnance du sénéchal, datée du 7 juin 1779, Lacroix se désiste en faveur de la veuve Laburthe, Marie Angélique Levens, qui n’est autre que la fille du maître de musique de la cathédrale de Toulouse, Nicolas Vincent LEVENS. Le 19 juillet 1780 elle fait démonter l’orgue pour le reprendre chez elle, en payant les 24 livres convenues.

13-Muret

Muret, orgue de l’église St-Jacques (Inventaire des orgues de Hte-Garonne)

Les traces de pratique musicale sont encore plus ténues dans les paroisses extérieures à Toulouse : hormis Cintegabelle, seules les petites villes d’Auterive (1 975 habitants en 1793), de Muret (3 000 habitant en 1793) et de Cazères (1 773 habitants) sont dotées d’un orgue : Bernard Louis PIQUIÉ est aux claviers de l’église Saint-Paul de la première tout en étant instituteur, Antoine MILHAS à la paroisse Saint-Jacques de la seconde a lui aussi un autre métier : il est armurier. À Cazères le dernier organiste connu, Pierre DARGEIN, quitte son poste en 1785 sans que son remplaçant soit connu. Enfin à Saint-Adrien de L’Isle-en-Dodon (1 054 habitants en 1793) seul le nom d’un chantre, Jean COL qui est aussi cordonnier, a été conservé.

Autres lieux

Toulouse compte une cinquantaine de confréries, principalement de dévotion, regroupées en trois catégories : les confréries en l’honneur du patron de la paroisse, celles du Saint-Sacrement, celles en l’honneur de la Vierge. Si les confréries de pénitents, au nombre de quatre à Toulouse (pénitents noirs, gris, blancs et bleus), n’ont pas de corps de musiciens à proprement parler, elles font largement appel, tant pour des cérémonies importantes que lors de processions, aux musiciens de Saint-Étienne et de Saint-Sernin, ce qui leur procure des revenus complémentaires non négligeables. D’autres institutions font de même, qu’il s’agisse de l’ordre des avocats (en particulier pour la fête de saint-Yves, célébrée dans l’église Notre-Dame de Nazareth) du Parlement, de la Bourse ou encore des négociants. Ces cérémonies se tiennent dans les différentes églises de la ville. Pour ce qui concerne la musique, comme l’a montré Benoît Michel, la confrérie la plus active est de loin celle des Pénitents bleus qui par ailleurs compte parmi ses membres le maître de musique de Saint-Sernin, Bernard Aymable DUPUY.

À l’ouest de Toulouse, dans le petit bourg de Lévignac, la maison d’éducation fondée par l’archevêque Étienne Charles Loménie de Brienne en 1776 est confiée aux Dames Noires, sœurs de Saint-Maur. Réservée aux demoiselles nobles, l’institution surnommée “le petit Saint-Cyr” a connu une grande prospérité dès 1779. Moyennant le paiement d’une pension de 360 livres (et un trousseau), les jeunes filles recevaient une éducation complète, avec musique, dessin et danse. En 1790, l’enseignement musical était dirigé par Jean-Baptiste CAZETE, maître de musique et organiste, assisté d’un maître de clavecin, Pierre Paul GILODES. Ce dernier avait succédé à Mademoiselle Marie Agnès CROS qui avait cessé ses fonctions quand elle s’était mariée en 1788.

14-Dupuy Idylle

Bernard-Aymable DUPUY, Idyle, (BnF)

Le département de la Haute-Garonne compte en 1790 quelque 90 musiciens d’Église, dont les deux tiers, exercent leur activité à Toulouse. Les deux corps de musique de la ville rassemblent à eux seuls quelque 54 musiciens, effectif dans lequel sont inclus les six enfants de chœur de la cathédrale et les sept de Saint-Sernin. Dans les établissements conventuels de la ville n’ont été trouvés que des organistes ; l’activité des musiciens dans les paroisses, parfois avérée, notamment par la présence d’un orgue en état de fonctionnement, reste très difficile à appréhender. Les effectifs des chapelles de musique sont encore bien pourvus de chantres et chanteurs, mais le nombre des instrumentistes est sans doute inférieur à ce qu’il a été au siècle précédent. Dans les deux établissements concernés seuls les instruments du registre grave sont en usage, au nombre de quatre à Saint-Étienne (deux serpents, un basson et un violoncelle) et de trois à Saint-Sernin (basson, serpent et basse d’archet). L’effectif vocal de la cathédrale est bien équilibré avec six chanteurs : trois hautes-contre, deux hautes-tailles, deux basses-tailles. Celui de la collégiale mieux fourni avec douze chantres ne compte en revanche qu’une haute-taille et deux basses. Si les noms de “grands” musiciens des générations antérieures sont toujours connus et reconnus, comme André CAMPRA, Jean GILLES voire Joseph VALETTE de MONTIGNY (dont la notice, l’une des premières de la base Musefrem, a été réalisée par le regretté Benoît Michel), la génération active au moment de la Révolution compte aussi d’importants compositeurs. L’Almanach de 1780 dénombre dix compositeurs actifs à Toulouse. Parmi eux, Bernard Aymable DUPUY comme Charles LEVENS et son fils Nicolas Vincent ont légué à la postérité de superbes pages de musique. Les maîtres de musique de Saint-Étienne et de Saint-Sernin ont en effet composé nombre d’œuvres pour les différentes institutions de la ville, qu’elles soient religieuses ou profanes (Concert, musée, opéra…).

À la fin de l’Ancien Régime nombre de musiciens d’église améliorent leur rémunération par des leçons privées : d’après l’Almanach de 1780, 16 des 20 professeurs de musique recensés exercent également dans une église. L’un d’eux, François CARRETIER, sous-maître de musique de Saint-Étienne, est « maître de pension » comme Jean Pierre MANSAS. FAURE le cadet, ancien enfant de chœur de Saint-Sernin, un temps maître de musique à la maison d’éducation de Lévignac, tient une classe de musique « théorique et pratique ». Cette activité perdura et s’amplifiera au début du XIXe siècle. En dehors de l’enseignement, le plus important débouché pour les musiciens d’église reste le théâtre : sept musiciens, dont François CARRATIER, Thomas GUYOT, LAMBRIGOT… sur la trentaine que compte la troupe en 1793, sont issus des chapelles de Saint-Étienne ou de Saint-Sernin ; sur les 17 musiciens de l’orchestre municipal deux viennent de “l’Église”. Enfin, le conservatoire qui ouvre après la Révolution et la nouvelle maîtrise de la cathédrale offrent également des postes aux musiciens qui exerçaient dans les églises : c’est le cas pour Jean Pierre SAVÈNE ou la demoiselle DUPUY. D’anciens enfants de chœur formés dans les maîtrises toulousaines font une carrière “nationale” plus ou moins brillante de chanteur, qui les conduit à Bordeaux ou Paris, comme Pierre de JÉLYOTTE, les frères Jean-Baptiste et Louis Charles REY, avant de revenir parfois enseigner au pays, comme François Noël DESPERAMONS ou Jean François LASSAVE.

Les cathédrales de Saint-Bertrand-de-Comminges et de Rieux possèdent des corps de musique d’inégale importance, celle de Rieux ayant un effectif réduit : un organiste, un maître qui joue aussi du serpent, un chantre et trois enfants de chœur. Dans le chœur de la cathédrale du Comminges on trouve autour du maître de musique et du sous-maître un organiste, un serpent, deux autres musiciens dont les instruments ne sont pas connus, un chanteur à la voix de haute-contre et huit enfants de chœur. La collégiale de Saint-Gaudens ne possède pas de véritable maîtrise mais un organiste, un ou deux musiciens et deux enfants de chœur. Dans les autres établissements du département n’ont été trouvés que des organistes (à Auterive, Cintegabelle, Muret) ou des chantres (L’Isle-en-Dodon, Saint-Félix et Longages). Dans les paroisses, les couvents et maisons religieuses, la musique pouvait exister sans que les musiciens la pratiquant aient laissé de trace significative dans les archives. Ces derniers assurent souvent plusieurs fonctions, comme le chantre cordonnier de l’Isle-en-Dodon ou encore l’organiste armurier de Saint-Jacques de Muret.

Des documents de nature à compléter le parcours de ces hommes, voire à révéler l’existence d’autres musiciens d’Église, ont pu échapper à cette étude. Merci d’avance à tous ceux qui voudront nous faire part de leurs découvertes dans les archives.

Françoise TALVARD
(octobre 2018)
Le travail sur les musiciens de ce département a bénéficié des apports de, notamment :
Bernard DOMPNIER, Mathieu GAILLARD, Sylvie GRANGER, Isabelle LANGLOIS,
Jean-Christophe MAILLARD (†), Benoît MICHEL (†)

MERCI à eux tous.

Mise en page et en ligne : Sylvie Lonchampt et Agnès Delalondre (CMBV)

 >>> Si vous disposez de documents ou d’informations permettant de compléter la connaissance des musiciens anciens de ce département, vous pouvez signaler tout élément intéressant ICI. Nous vous en remercions à l’avance.

L’amélioration permanente de cette base de données bénéficiera à tous.

Les lieux de musique en 1790 en Haute-Garonne

Les lieux de musique documentés pour 1790 dans le département sont présentés par diocèse et par catégorie d’établissements : cathédrale, collégiales, abbayes, monastères et couvents, paroisses (ces dernières selon l’ordre alphabétique de la localité au sein de chaque diocèse).

Carte des lieux de la Haute-Garonne

Les lieux de musique d'Église documentés en 1790 dans le département de la Haute-Garonne

Diocèse de Toulouse

Diocèse de Comminges

Diocèse de Rieux

Diocèse de Mirepoix

Pour en savoir plus : indications bibliographiques

 

  • François LESURE, Dictionnaire musical des villes de province, Paris, Klincksieck, 1999, 367 p. (Toulouse : p. 290-298).
  • Jean ADHER, « Le petit Saint-Cyr, Histoire de la maison d’éducation de Lévignac (1776-1793) », Revue des Pyrénées, 1907, vol. 19, p. 1-22.
  • Exupère BACALERIE (abbé), « Le chapitre cathédral de Rieux », Revue du Comminges, tome XVIII, année 1903, p. 149-163.
  • Guy BOURLIGEUX, « Un musicien vannetais oublié : Nicolas-Vincent Levens », Bulletin mensuel de la Société polymathique du Morbihan, 105 (juillet 1978) p. 65-71.
  • Antonin BRUSSON, « Sous l’Ancien Régime : l’orgue de l’abbaye de Boulbonne, sa composition, ses organistes… », Pour commémorer l’inauguration de l’orgue de Cintegabelle, 20 octobre 1928, Toulouse, Les frères Douladoure, 1928, 22 p.
  • Christian CAU, Toulouse 2000 ans d’art et d’histoire, éd. Daniel Briand, 1993, 213 p.
  • Quitterie CAZES, Le quartier canonial de la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse, Archéologie du Midi Médiéval, supplément 2, Carcassonne, 1998, 194 p. 
  • Luc CHARLES-DOMINIQUE, 800 ans de musique populaire à Toulouse, Toulouse, 1984, 112 p.
  • Luc CHARLES-DOMINIQUE, Les Ménétriers français sous l'Ancien Régime, Paris, Klincksieck, 1994, 335 p.
  • J. DECAP, « Quelques notes sur l’instruction primaire dans les communes du canton de Cazères, avant 1789 », Revue du Comminges, année 1916, tome XXXI, p. 26-46.
  • P. DUPONT, «  Les « maisons » des Dames-Noires à Toulouse et Lévignac », Revue des Pyrénées, 1907, vol. 19, p. 411-414
  • Mathieu GAILLARD, « Le mariage discret de Charles Levens, maître de musique et compositeur du XVIIIe siècle : deux documents inédits », Annales du Midi, n°301, 2018, p. 59-70.
  • Pascal JULIEN, D’ors et de prières. Art et dévotions à Saint-Sernin de Toulouse XVIe-XVIIIe siècle, Publication de l’Université de Provence, 2004, 424 p.
  • Émile LAFFONT, Deux générations d'organistes toulousains, [Cannes] : Tournier, [s.d.] 20 p.
  • Louis LATOUR, « Auterive (Haute-Garonne). Une communauté et son orgue : trois siècles d’histoire », Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France, Toulouse, tome XLVI, 1985-1986, p. 101-134.
  • Philippe LESCAT, « Les musiciens et la maîtrise de Saint-Bertrand de Comminges aux XVIIe et XVIIIe siècles », Cahiers des arts et de la musique : le festival du Comminges, 7 (automne 1989), p. 6-8.
  • Jean LESTRADE, « Le clergé de Comminges au moment de la Révolution », Revue du Comminges, tome 48, 1934, p. 173-182, tome 49 1935, p. 37-57, p. 82-98, tome 50, 1936 p. 169-178.
  • Roberte MACHARD, « Les musiciens de la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse (1682-1790) », Annales du midi, tome 86, n° 118, 1974, p. 297-320.
  • Robert MESURET, Toulouse métropole artistique de l’Occitanie, éd. Saber, 1986, 318 p.
  • Benoît MICHEL, Le noël à grand chœur : Une pratique musicale à Toulouse et en terres méridionales (XVIIe-XIXe siècles), Thèse EPHE, 2012.
  • Benoît MICHEL, « La musique des cérémonies extraordinaires toulousaines, d’après les relations de fêtes éditées dans cette ville aux XVIIe et XVIIIe siècles » dans B. DOMPNIER (dir.) Les Cérémonies extraordinaires du catholicisme baroque, Clermont-Ferrand, PUBP, 2009, p. 133-151.
  • Benoît MICHEL, « Les maîtrises et chapelles toulousaines de la Révolution au Concordat », Revue de Musicologie, tome 94, 2008, n°2, p. 531-557.
  • Paul PISTRE, Les Francs-maçons à Toulouse, Portet-sur-Garonne, Loubatières, 2002, 238 p.
  • Pierre SALIES, « Du nouveau sur l’orgue des Jacobins, aujourd’hui à l’église Saint-Pierre », L’Auta, mai 1960, p. 67-74.
  • Pierre et Jeanine SALIES, « Musiciens “toulousains” du XVIIIe siècle », Archistra, 1977, p. 73-88. 
  • Pierre et Jeanine SALIES, « Les orgues de Toulouse du XVe au XVIIIe siècle », Recherches sur la musique française classique, XII, 1972 numéro spécial, p. 66-116.
  • Michel TAILLEFER (dir.) Nouvelle histoire de Toulouse, Toulouse Privat, 2002, 374 p.
  • Michel TAILLEFER, Vivre à Toulouse sous l’Ancien Régime, Perrin, 2000, 424 p.
  • Jean-Baptiste MICOT, Inventaire et estimation des orgues de Toulouse, 26 prairial an IV [14 juin 1796] F-AmToulouse/ 1P 1
  • Philippe WOLFF (dir.) Histoire de Toulouse, Toulouse, Privat, 1974, 550 p.
  • « Dictionnaire des localités de la Haute-Garonne », Archives Départementales de Haute-Garonne, sd, 54 p.
  • Le théâtre du Capitole 1736-2004, Archives municipales de Toulouse, 2004, 186 p.
  • Saint-Sernin de Toulouse ; IXe centenaire, Toulouse, 1996, 327 p.
  • https://rosalis.bibliotheque.toulouse.fr/ Bibliothèque numérique de Toulouse en particulier la base Agatange qui rassemble les collections musicales Rosalis, et la presse régionale.

Bibliographie élaborée par Françoise Talvard
(octobre 2018)

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