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Val d'Oise

Musique et musiciens d’Église dans le département du VAL D'OISE autour de 1790

Sommaire

Url pérenne : http://philidor.cmbv.fr/musefrem/val-d-oise

 

1- Profil de la ville de Pontoise

Profil de la ville de Pontoise, détail d’un dessin d’Israël Silvestre, 1650 (BnF, Cartes et plans, GE BB 565)

Le Val-d’Oise est un département de création récente : c’est la loi portant réorganisation de la région parisienne du 10 juillet 1964 qui lui a donné naissance, en procédant à l’éclatement des anciens départements de Seine et de Seine-et-Oise pour des motifs d’aménagement du territoire, mais la réforme n’est entrée en vigueur qu’en 1968. Avec le Val-d’Oise, deux autres départements apparaissent à la suite du démembrement de la Seine-et-Oise, dont le chef-lieu, autrefois, était Versailles : l’Essonne et les Yvelines. Créée en mars 1790, la Seine-et-Oise avait été divisée en neuf districts dont ceux de Pontoise et de Gonesse dans la partie septentrionale, qui forment aujourd’hui le Val-d’Oise avec la partie nord du district de Mantes. Encore faut-il préciser qu’en 1968, l’arrondissement de Pontoise regroupant ces territoires fut amputé des 16 communes du canton de Livry, qui intégrèrent la Seine-Saint-Denis. Ce redécoupage ne simplifie pas la tâche de l’historien, car les sources relatives à l’actuel Val-d’Oise se retrouvent dispersées entre trois dépôts : les Archives départementales des Yvelines à Montigny-le-Bretonneux, qui conservent les papiers de l’administration départementale de l’ancienne Seine-et-Oise (arrêtés du directoire siégeant à Versailles, notamment), celles du Val-d’Oise à Cergy-Pontoise, qui ont recueilli non seulement les archives des districts de Pontoise et de Gonesse, mais encore celles des établissements ecclésiastiques et des communautés religieuses situés dans le ressort de ces districts (séries G et H), et les Archives diocésaines de Pontoise, dépositaires d’un remarquable fonds de délibérations et de comptes paroissiaux des XVIIe et XVIIIe siècles. Un quatrième dépôt a été fort utile à l’élaboration des biographies : les Archives municipales de Pontoise, dont les collections sont en grande partie numérisées et accessibles en ligne.

Présentation du département

Un département, deux « pays »

2-Partie nord de la Seine-et-Oise

Partie nord de la Seine-et-Oise en 1790, correspondant à l’actuel Val-d’Oise. Détail de la Carte particulière du département de la Seine et l’Oise dans lequel se trouve enclavé le département de Paris, 1790 (BnF, Cartes et plans, GED-6442)

Le Val-d’Oise est partagé entre deux régions naturelles, le Vexin français à l’ouest et le « Pays de France » ou « Isle de France » (l’expression qui s’est imposée de nos jours est « Plaine de France ») à l’est, qui englobe aussi le département voisin de Seine-Saint-Denis. Sur le plan administratif, ce territoire relevait autrefois de l’immense généralité de Paris (élections de Pontoise, de Paris dans sa partie nord et nord-est et de Senlis pour la petite ville de Beaumont-sur-Oise), à l’exception de la partie occidentale du Vexin français (élection de Chaumont-Magny), intégrée à la généralité de Rouen.

Le Vexin français consiste en un vaste plateau limoneux dont l’altitude varie de 90 à 130 mètres, surmonté de buttes boisées, délimité à l’ouest par l’Epte, au sud par la Seine, à l’est par l’Oise et se prolongeant au nord dans le département de l’Oise. Même si quelques paroisses sont tournées vers la viticulture, il s’agit d’un pays de grande culture céréalière : au XVIIIe siècle, la région est couverte aux trois quarts de labours. L’assolement triennal, basé sur l’alternance blé ou seigle / orge ou avoine (les « mars ») / jachère, est presque partout de règle. Le rendement du blé atteint et par endroits dépasse les 14 quintaux à l’hectare. L’élevage ovin et bovin tient une place non négligeable dans l’économie locale, même si les prairies naturelles occupent moins de 5 % de la superficie : l’élection de Pontoise exporte de la laine et des veaux de boucherie (les meilleurs d’Europe, d’après le subdélégué Pihan de la Forest). La société rurale est bipolaire : d’un côté « une poignée de gros fermiers qui exploitent les terres des privilégiés ; de l’autre une masse de manouvriers généralement propriétaires de leur maison, de leur jardin et de quelques parcelles, mais dépourvus de train de culture, […] contraints de se procurer des ressources d’appoint par toutes sortes de moyens » (Jacques Dupâquier).

Avec 5 118 habitants en 1790, Pontoise est la ville la plus peuplée de la partie nord de la Seine-et-Oise. Siège d’une élection, d’un bailliage et d’un grenier à sel, cette « ancienne ville » (Bérenger), très disputée entre Anglais et Français au Moyen Âge puis entre partisans du roi et ligueurs en 1589-1590, a le statut de capitale officieuse du Vexin français. Le commerce des grains, des farines et du bétail y est prospère ; de fait, les meuniers et les marchands de produits agricoles tiennent le haut du pavé après le clergé et les gens de robe. Le dénombrement de 1781 révèle aussi qu’une proto-industrie de la chaussure s’y est développée, en réponse aux besoins de l’armée (83 cordonniers, dont plusieurs sont aussi… musiciens d’Église). Petit pôle intellectuel, la ville possède son collège, trois pensionnats et une demi-douzaine de petites écoles. En 1789-1790, les autorités locales demandent, en vain, le statut de chef-lieu de département. À l’échelon inférieur, la petite ville de Magny-en-Vexin (1 886 habitants en 1791), dans le district de Mantes, accueille un bailliage, une brigade de maréchaussée, un petit collège, un hôpital, un prieuré et deux couvents. Si l’industrie y est presque inexistante, son rôle de place commerciale s’affirme dans la seconde moitié du siècle : son marché du samedi éclipse celui des Andelys et ses deux grandes foires annuelles (1er mai et 29 septembre) ont acquis une réputation flatteuse. Il n’existe pas, dans la partie valdoisienne du Vexin français, d’autre ville digne de ce nom ; même La Roche-Guyon (un millier d’habitants) n’est qu’un bourg viticole.

Le voyageur qui franchit l’Oise au départ de Pontoise pénètre en « Isle de France », un pays de grande culture céréalière caractérisé par des rendements record. En ce territoire où se succèdent les grands corps de ferme, la société est dominée par moins d’un demi-millier de fermiers-laboureurs qui prennent à bail les domaines du clergé et de la noblesse et dirigent des exploitations dont la superficie excède parfois les cent hectares. Les plus puissants d’entre eux exercent une pluriactivité : meunerie, commerce des farines, levée de la dîme et des droits seigneuriaux (ici particulièrement lourds). Appartiennent pareillement à l’élite les gens de justice des bourgs du plat-pays, souvent détenteurs d’offices seigneuriaux. Deux de nos musiciens relèvent de cette catégorie : Louis BOUCHER, organiste de la collégiale de Luzarches et en même temps lieutenant général du bailliage et marquisat de Fontenay et bailli de Viarmes (mort début 1789), et Louis Pascal LETELLIER, procureur fiscal de Villiers-le-Bel, probable organiste de l’église locale et ex-titulaire de l’orgue de Fontenay-en-Parisis. Le terroir d’Argenteuil (800 hectares) et la vallée de Montmorency s’étendent aux confins nord de la capitale. La vigne et les cultures maraîchères (dont l’asperge, produit de luxe) s’épanouissent autour du bourg d’Argenteuil, riche en terres sablonneuses. La vallée de Montmorency, entre les buttes forestières de Montmorency et de Sannois, produit des fruits variés, dont les fameuses cerises. Elle est l’un des lieux de villégiature favoris des grands nobles de Paris et de la Cour, qui y possèdent des résidences d’agrément ornées de magnifiques parcs et jardins, tel le « village suisse » du comte d’Albon à Franconville, avec fosse à ours, temple et pyramide. Le réseau urbain du pays de France est peu hiérarchisé, au contraire de ce qui s’observe dans le Vexin français. Les ouvrages anciens ne distinguent que deux villes, qui ne sont pourtant pas les localités les plus peuplées. Le polygraphe suisse Bérenger présente Luzarches comme une « petite ville qui a un chapitre de chanoines, & où l’on fait beaucoup de dentelles ». En 1793, on n’y dénombre que 1 600 habitants. Montmorency (1 870 habitants) est, selon le même auteur, une petite et « ancienne ville », siège du duché-pairie d’Enghien, dotée d’un chapitre, d’un monastère de mathurins et dans laquelle on peut contempler « la belle maison du peintre Le Brun » (en fait un véritable château). Le regard porté sur Beaumont-sur-Oise semble avoir évolué avec le temps : si Dumoulin évoque « un des plus beaux bourgs de France, avec un magnifique vignoble » (1764), Bérenger décrit de son côté une petite ville, siège d’un comté et ayant son propre gouverneur. Gonesse, le chef-lieu de district, n’est qu’un gros bourg aux yeux des observateurs, même s’il possède une justice royale, un marché dynamique, un hôtel-Dieu et si 2 400 personnes y ont élu domicile au début de la République. Le lieu est surtout renommé pour son rôle dans l’approvisionnement en pain des « ventres de Paris » (Steven L. Kaplan) : « On y fait un pain blanc qui a un goût excellent que lui donnent les eaux de la Crou [Croult] : cette rivière fait mouvoir 16 moulins », écrit Bérenger. De façon plus étonnante, il en va de même pour Argenteuil, pourtant peuplé de 5 000 habitants à la fin de l’Ancien Régime, entouré d’une enceinte percée de plusieurs portes et équipé d’un prieuré, de trois couvents et d’un bureau de papier timbré. Le terme « bourg » est également employé par Dumoulin pour désigner l’Isle-Adam, Villiers-le-Bel, Écouen et Taverny ; par contre, pour l’auteur de la Description historique de la ville de Paris et de ses environs, Fontenay-en-Parisis n’est qu’un village et Sarcelles (ou « Cercelles ») une simple « paroisse ».

Un territoire partagé entre trois diocèses

Sous l’Ancien Régime, il n’existait pas de cathédrale dans les limites de l’actuel Val-d’Oise. Le département était partagé entre trois diocèses. La plus grande partie des paroisses situées à l’ouest de l’Oise relevait de l’archidiaconé du Vexin français, dans le diocèse de Rouen. Pontoise, où résidait un grand vicaire, était le siège d’un petit doyenné. Plus à l’ouest, les doyennés de Meulan et de Magny-en-Vexin, rattachés au même diocèse, se trouvent eux aussi partiellement intégrés à l’espace valdoisien. Au nord-est de cet ensemble, le petit doyenné de Beaumont formait une sorte de triangle renversé au sud de l’archidiaconé de Beauvais, dans le diocèse du même nom. La plupart des paroisses de la rive gauche de l’Oise dépendaient du doyenné de Montmorency, intégré à l’archidiaconé de Paris ou Grand Archidiaconé, c’est-à-dire sous l’autorité de l’archevêque de Paris. Très vaste, cet archidiaconé comprenait plus d’une centaine de paroisses rurales. Au sud-ouest, il était délimité par la Seine (mais incluait toute la ville de Paris), au sud-est par la Marne. Pour le Val-d’Oise, en faisaient partie Argenteuil, Montmorency, Villiers-le-Bel, Écouen, Sarcelles, Gonesse ou encore Luzarches.

La vie musicale dans le Val-d’Oise à la fin de l’Ancien Régime

Pontoise, seule ville offrant la possibilité à des musiciens de vivre de leur art

En l’absence de cathédrale et de collégiale importante, le Val-d’Oise ne saurait être considéré comme une terre de musique sacrée. Par ailleurs, les sources ne signalent ni salles publiques de spectacle, ni concerts d’amateurs, du moins avant la Révolution. L’intérêt des élites urbaines pour la musique n’en est pas moins avéré. Les notables de Pontoise, où l’on recense à la fin de l’Ancien Régime une cinquantaine d’officiers et d’auxiliaires de justice, apprécient de pouvoir initier leurs enfants à cet art, comme le prouve une délibération du conseil de fabrique de Saint-Maclou du 2 avril 1780 octroyant à l’organiste, Marie Marguerite Geneviève DUBACQ, une augmentation de 100 livres en considération de ses problèmes de santé qui ne lui permettent plus de « donner des leçons en ville » et l’obligent à se contenter de son service d’organiste de la paroisse. L’enseignement rapportait donc sans doute plus d’une centaine de livres par an à cette musicienne estimée, qui s’était rendue à Paris quelques années plus tôt pour recevoir les conseils du célèbre BALBASTRE, organiste de Notre-Dame et grand pédagogue. Au début de la République, se constitue à Pontoise un orchestre de la garde nationale chargé d’animer les fêtes civiques, dont la direction est confiée au Versaillais Théodore Lemaigre.

Fêtes musicales dans les châteaux du pays de France

Jusqu’en 1789, c’est seulement dans le cadre privé que les mélomanes exigeants ont la possibilité d’assouvir leur passion. Les plus chanceux assistent peut-être de temps à autre aux divertissements organisés dans les demeures aristocratiques de la région. L’une des contrées les plus prisées des élites parisiennes, à la belle saison, était la vallée de Montmorency, renommée pour la fertilité de son sol, la pureté de son air et le charme de ses sites. Entre 1755 et 1757, Rousseau, lié d’amitié à la marquise d’Épinay, épouse d’un fermier général, séjourne à plusieurs reprises au château de la Chevrette que possède le couple à Deuil-la-Barre. À l’époque, Rousseau est davantage reconnu comme compositeur que comme philosophe. Après le succès, en 1752, de l’opéra Le Devin du village, il s’est persuadé qu’il était en mesure de rivaliser avec Rameau, mais sa Lettre sur la musique française publiée l’année suivante, dans laquelle il prétendait démontrer la supériorité de la musique italienne sur celle de France, lui a valu de nombreux ennemis. En avril 1756, sa bienfaitrice l’installe dans la confortable maison de l’Ermitage, à Montmorency, où il demeure près de deux ans. L’année suivante, il accepte d’écrire la musique d’une fête donnée à la Chevrette. Il s’agissait à la fois, rapporte-t-il dans les Confessions, de démontrer à ses détracteurs qu’il «  savoit la musique » et d’impressionner la comtesse d’Houdetot, belle-sœur de la marquise, dont il était épris. Il met au point une « espèce de pièce, moitié drame, moitié pantomime », dont madame d’Épinay est chargée d’écrire les paroles. Toujours en 1757, il compose « un motet pour la dédicace de la chapelle de la Chevrette » sur des paroles de Linant, gouverneur du fils de ses hôtes. « Huit jours après qu’elles m’eurent été données le motet fut achevé, rapporte-t-il […]. Jamais musique plus étoffée ne sortit de mes mains. Les paroles commencent par ces mots : Ecce sedes hic Tonantis. La pompe du début répond aux paroles, et toute la suite du motet est d’une beauté de chant qui frappa tout le monde. J’avois travaillé en grand orchestre. D’Épinay rassembla les meilleurs symphonistes. Madame Bruna, chanteuse italienne, chanta le motet, et fut bien accompagnée. Le motet eut un si grand succès qu’on l’a donné dans la suite au Concert spirituel, où, malgré les sourdes cabales et l’indigne exécution, il a eu deux fois les mêmes applaudissemens ». L’intérêt de Rousseau pour la musique liturgique n’a rien de surprenant lorsque l’on sait qu’en 1729 il fut employé pendant six mois en qualité de chantre par le chapitre cathédral d’Annecy, sous la direction de Louis Nicolas LE MAÎTRE. La musique résonne également dans d’autres gentilhommières et « maisons de campagne » de la vallée. Le 22 avril 1781, la comtesse d’Houdetot, l’ex-amie de Rousseau, invite Benjamin Franklin en sa résidence de Sannois. Les uns après les autres, les convives entonnent des quatrains en l’honneur du « Bonhomme Richard », avec accompagnement en musique. Le premier rend ainsi hommage à l’ambassadeur officieux des États-Unis :

De Benjamin célébrons la mémoire,
Chantons le bien qu’il a fait aux mortels !
En Amérique il aura des autels,
Et dans Sannois nous buvons à sa gloire !

3-Louis Élisabeth de La Vergne

Louis Élisabeth de La Vergne, comte de Tressan, par Pujol de Mortry, Recueil de portraits gravés au trait, 1788, vue 136 (BnF, Estampes et photographie, 4-NE-50)

L’un des invités n’est autre que le comte de Tressan, venu en voisin de Franconville (il habite l’ancien château des Becquet, où le savant Cadet de Vaux fera ultérieurement aménager un magnifique parc paysager), auteur probable de ces vers. Ancien grand maréchal du roi Stanislas à la cour de Lunéville, familier du salon de madame de Tencin, Tressan avait écrit une multitude de romances conçues pour être chantées devant un public distingué, dont certaines seront mises en musique après sa mort par le harpiste François Joseph Naderman.

Dans la petite maison de Montlouis qu’il occupe de 1758 à 1762, Rousseau reçoit à deux reprises la visite de Louis François de Bourbon, prince de Conti, un grand aristocrate connu pour son goût des arts. Il s’intéresse au ballet Les Muses galantes, créé par Rousseau en 1743 : après l’avoir fait donner à l’hôtel du Temple en 1761, il envisage de le monter en son château de l’Isle-Adam, où il dispose d’une salle de spectacle. La demeure champêtre des Conti est alors l’un des principaux lieux de musique d’Île-de-France, tous genres confondus. Au cours du siècle, des fêtes somptueuses s’y déroulent, auxquelles des artistes plus ou moins célèbres apportent leur contribution. Le divertissement La Feste de l’Isle-Adam d’André Campra, représenté en 1722, met en scène la déesse Diane, qui cherche à s’approprier l’endroit parce qu’elle le trouve idéal pour la chasse, mais Vénus le lui dispute, bien décidée à en faire un nid d’amour. En 1764, Pierre de Lagarde fait imprimer Les Soirées de l’Isle Adam. Première suite de différens morceaux de chant à une et deux voix avec accompagnement de violon, basse, basson, cor et hautbois. Le maître de danse Denis compose encore la contredanse Les Plaisirs de l’Isle Adam vers 1770. Le prince avait réuni peu avant 1760 la plus importante formation musicale privée de l’époque, comprenant 18 instrumentistes, presque tous d’origine italienne ou allemande, à l’image du claveciniste Schobert. Beaucoup, avant cela, étaient membres de l’orchestre du financier La Pouplinière. Jean-Claude Trial, le maître de musique, obtint en 1767 le poste de directeur de l’Opéra grâce à son influent patron. Celui-ci fait fréquemment appel à des cantatrices et chanteurs de premier plan tels Marie Fel ou Pierre Jelyotte. Lorsque les beaux jours reviennent, les musiciens font le déplacement à l’Isle-Adam pour accompagner de leur instrument ou de leur voix les spectacles montés sur place. Par exemple, le peintre et compositeur Carmontelle, de passage chez le prince en 1769, assiste aux répétitions d’un ballet de Monsigny. Louis François Joseph de Bourbon, qui a repris le titre de prince de Conti à la mort de son père en 1776, se passionne plus pour la chasse que pour la musique. Néanmoins, dans les années qui précèdent la Révolution, les soirées estivales, au château, se prolongent volontiers dans la salle de billard où le maître des lieux a fait placer un beau clavecin peint en vert, et souvent l’un des invités se met au clavier pour accompagner une chanteuse ou un chanteur.

Musiciens et musique d’Église à Pontoise et dans le Vexin français

4-Collégiale Saint-Mellon

Collégiale Saint-Mellon (premier plan) et église paroissiale Saint-Pierre de Pontoise, détruites fin XVIIIe siècle, reproduction non datée d’après un dessin du XVIe siècle (AM Pontoise, 6FI59)

Les musiciens d’Église ne manquent pas dans cette petite région, qui jouxte la Normandie et la Picardie, deux provinces où chantres et organistes abondent. Dans la partie du futur département relevant du diocèse de Rouen, on en recense un grand nombre à Pontoise, qui compte six paroisses, une dizaine de communautés religieuses et plusieurs hôpitaux. La collégiale Saint-Mellon est la « première & la principale » église de la ville. Une abbaye de ce nom existait déjà au IXe siècle, époque à laquelle y furent mises en sûreté les reliques du premier archevêque de Rouen. Selon la tradition, elle est sécularisée par le roi Philippe IV en 1286. Le chapitre est constitué de neuf chanoines, y compris le doyen. Située dans l’avant-cour du château, l’église tient aussi lieu de paroisse pour les quelques dizaines de personnes vivant dans le périmètre de la forteresse. L’un des chanoines en est le curé. Le projet d’installer un orgue à Saint-Mellon remonte à 1682. Un menuisier de la ville en réalise le buffet pour la somme de 300 livres en 1685-1686, mais l’instrument n’est livré qu’en 1715 par le facteur Julien Tribuot, qui reçoit en paiement 2 075 livres. Acquis en 1793 par le maire d’Ermont moyennant 384 livres, il est démonté et installé en l’église paroissiale de ce village. En 1790, l’organiste de la collégiale, le jeune Marie Pierre VAILLANT (16 ans), touche 252 livres de gages par an. Le chapitre emploie aussi deux chantres ayant largement dépassé la cinquantaine, Jean-Baptiste GALLOT et Sixte MAINGOT, qui perçoivent chacun 360 livres d’émoluments. Ils résident dans un logement de fonction, le premier au château, le second dans une tour de l’église. Le maître des enfants de chœur, Pierre Félix LEFEBVRE, est un prêtre dans l’attente d’une cure : un profil tout à fait classique, y compris dans les paroisses de la ville. Ses revenus s’élèvent à 815 livres dont 672 livres de salaire fixe, mais une partie de la somme est sans doute consacrée à la nourriture de ses quatre jeunes protégés.

L’église paroissiale la plus ancienne (avec celle de Saint-André) et la plus fréquentée de la cité des bords de l’Oise est Saint-Maclou. La musique et le chant liturgique y tiennent une place centrale : les délibérations de la fabrique portent souvent sur ce sujet. Le son de l’orgue s’y fait déjà entendre au XVIe siècle. Julien Tribuot conçoit un nouvel instrument au début du règne de Louis XV, qui fait l’objet d’une rénovation de 1782 à 1784 par le célèbre facteur parisien Clicquot. La fabrique lui verse 7 200 livres, signe de l’importance qu’elle accorde à la majesté du culte. L’orgue est confié de 1683 à 1717 à Guy ALLOU puis à ses filles Marie Catherine et Charlotte Nicole ALLOU. En 1768, Marie Marguerite Geneviève DUBACQ prend le relais. Au début de l’année 1790, avec 600 livres de gages annuels, elle est la mieux rémunérée des organistes de la ville. Le personnel compte encore dans ses rangs quatre chantres et un serpent. Les administrateurs de la fabrique veillent à recruter des musiciens de qualité : Pierre CŒURÉ, chantre de 1741 à 1784, doté d’une belle voix de basse-contre, est approché par le chapitre de la cathédrale de Beauvais qui souhaite se l’attacher en 1742, mais le conseil parvient à le retenir en l’augmentant sensiblement. Il part en retraite nanti d’une pension de 560 livres. L’individu qui le remplace en la double fonction de premier chantre et de clerc, Jean François BRICOT, n’est pas sans expérience : ancien chantre et maître d’école d’un village picard, il possède une « basse taille mâle, bien remplie ». On l’estime par conséquent capable, « par la force de sa voix et la propreté de son chant, [de] faire un excellent chantre pour cette paroisse ». La direction de la maîtrise échoit à des clercs qui restent rarement plus de deux ou trois ans en poste. Quoique nimbée d’un réel prestige, la fonction n’est qu’un marchepied pour de jeunes ecclésiastiques qui attendent d’être nommés à une cure. Celui qui est en fonction en 1790, Roland LESAGE, fait toutefois figure d’exception car il a été reçu en 1784. À l’instar de ses prédécesseurs, il semble avoir été un maître compétent (seul l’abbé LEFEBVRE, entre 1780 et 1782, s’est attiré des critiques).

5-Portrait de Madeleine Thérèse Nicole Bonsergent

Portrait de Madeleine Thérèse Nicole Bonsergent, organiste, par Bonnard, vers 1841 (cl. Maria Angela Salas, Société historique et archéologique de Pontoise, avec l’aimable autorisation de la Société)

Les enfants de chœur, au nombre de six, passent normalement dix ans à la maîtrise. Au cours du XVIIIe siècle, quelques-uns ont pu gagner leur vie grâce à la qualité de l’enseignement qui leur a été dispensé en cette psallette, l’exemple le plus remarquable étant celui de Nicolas François ROUGET, engagé comme taille à la cathédrale Notre-Dame de Paris en 1783.

Les paroisses Saint-André, Saint-Pierre et Notre-Dame, quoique moins bien dotées, sont toutes équipées d’un orgue et soutiennent chacune une petite maîtrise. En 1790, l’orgue de l’église Saint-Pierre est touché par la toute jeune Madeleine Thérèse Nicole BONSERGENT (15 ans), fille du clerc et chantre de la paroisse Pierre BONSERGENT, qui fut aussi, à deux reprises, maître des enfants de chœur de Saint-André. Probablement formée elle aussi en partie par la demoiselle DUBACQ, elle a succédé à l’âge de 13 ans à François Marie MIROIR, frère de l’organiste de Saint-Germain-des-Prés Éloi Nicolas Marie MIROIR, bien connu des amateurs de musique parisiens. Ces fabriques emploient en outre deux chantres et un serpent. Si le premier chantre semble généralement attaché à plein temps à la paroisse (Jean Claude Guillaume DARCHE, à Notre-Dame, est à la fois clerc, chantre et maître des enfants de chœur), le second et le serpent exercent toujours parallèlement un métier dans l’artisanat voire l’agriculture (c’est aussi le cas à Saint-Maclou) : Charles GOSSUIN, chantre à Saint-Pierre, représente la communauté des cordonniers à l’assemblée du Tiers-État de la ville en 1789 et Jean-Baptiste BESLAY, serpent à Notre-Dame, gagne sa vie comme vigneron.

Selon Jacques Dupâquier, les communautés religieuses de Pontoise, au nombre de six à la fin de l’Ancien Régime, sont plongées dans la décadence, symbolisée par le clocher abattu de l’abbaye de Saint-Martin à la suite du terrible orage du 13 juillet 1788 et non reconstruit par la suite. La crise des vocations n’a effectivement pas épargné Pontoise, où la querelle janséniste fut vive dans la première moitié du siècle. En 1786, la Commission des réguliers fait fermer le couvent des bénédictines anglaises, qui employait encore un organiste en 1752. À la fin du XVIIIe siècle, quatre communautés pontoisiennes utilisent l’orgue dans leur cérémonial liturgique : les carmélites, les cordeliers, les bénédictins de Saint-Martin (jusqu’en 1788, date à laquelle ils s’en séparent) et les religieuses de l’hôtel-Dieu. Si les premières ont sans doute toujours fait appel à l’une des leurs pour toucher l’instrument (vendu en 1793), les cordeliers et les religieux de Saint-Martin rétribuaient un laïc dont le service devait être irrégulier. Malheureusement, les sources livrent peu de noms. En 1790, l’organiste de l’hôtel-Dieu pourrait être une femme associée ou agrégée à la communauté (mais non religieuse), Anne Jeanne Françoise DÉJANY.

En dehors de Pontoise, le seul autre lieu de musique notable dans le ressort de l’archevêché de Rouen est l’église paroissiale Notre-Dame de Magny-en-Vexin, où un orgue fonctionne dès le milieu du XVIe siècle. Cependant, l’instrument utilisé en 1790 n’a été livré qu’en 1663. Là encore, l’organiste (depuis 1764) est une femme, Catherine POLLON-DUFOUR, fille d’un organiste normand, mariée à l’avocat Jean-Baptiste Lachey. Les comptes de fabrique de 1789-1792 placent en tête des employés le serpent Henri Luc RAYER, frère de Charles André RAYER, serpent de la collégiale de Gournay-en-Bray à 40 km au nord. C’est en quelque sorte l’homme à tout faire de l’église puisqu’il remplit aussi les fonctions de maître des enfants de chœur et de sacristain. Viennent ensuite cinq chantres dont deux ne touchent que de petites sommes et n’ont donc dû intervenir que de façon épisodique.

Les archives des paroisses et les registres de catholicité permettent de repérer une dizaine d’églises rurales où exercent des chantres, souvent des vignerons ou des manouvriers percevant des gages modiques. Le conseil de fabrique de Cormeilles-en-Vexin, par exemple, accorde beaucoup d’importance au plain-chant : trois chantres font entendre leur voix lors des offices, dont l’un, Jean Louis COUTURIER, signe une quittance d’un montant de 40 livres, ses deux collègues probablement moins sollicités se contentant de 24 livres chacun.

L’activité musicale dans les églises relevant du diocèse de Paris…

7-Arrêté du directoire du Département de Seine-et-Oise

Arrêté du directoire du Département de Seine-et-Oise sur la pétition de l’organiste Claude Dreux, 6 mars 1792 (cl. F. Caillou, Ad 78/ 3Q2, dossier bénédictins d’Argenteuil)

6-Ruines de la collégiale de Luzarches

Ruines de la collégiale de Luzarches, cl. L. Lasnier, vers 1874 (BnF, Estampes et photographie, 4-VE-2750)

Dans le diocèse de Paris, la petite collégiale Saint-Côme et Saint-Damien de Luzarches (10 028 livres de revenus en 1790), qu’il faut distinguer de l’église paroissiale du même nom, utilise les services d’un organiste et de deux chantres. Après le décès de Louis BOUCHER en 1789, le chapitre n’a pas engagé de remplaçant et laisse le soin à l’un des chanoines, Nicolas LEULLIER, de toucher l’orgue bien qu’il ne soit pas musicien de métier. Le premier chantre et maître d’école François FOUCROY occupe le poste de maître des cinq (six théoriquement ?) enfants de chœur. Après la suppression du chapitre, il emménage dans la capitale pour y poursuivre sa carrière d’enseignant. Jean Claude TROUSSU, le second chantre, vannier de profession, ne touche que 30 livres par an. Plus au sud, l’église Saint-Martin de Montmorency reste « collégiale  » en 1790, mais seulement à titre honorifique car son chapitre, réuni à la congrégation de l’Oratoire, n’existe plus. Demeure tout de même une maîtrise, qui dépend de la fabrique paroissiale. En ce qui concerne les communautés religieuses, différentes archives comptables prouvent le maintien d’une activité musicale jusqu’à la Révolution à l’abbaye d’Hérivaux, près de Luzarches (emploi, encore en 1788, d’un chantre non identifié, à 40 livres par an) et, peut-être, au couvent des augustins d’Argenteuil et chez les dominicains de Gonesse (mention d’enfants de chœur, mais le terme pourrait ici être utilisé dans un sens contemporain, sans lien avec une maîtrise). Les renseignements sont plus précis pour le prieuré mauriste d’Argenteuil, qui fait encore appel en 1790, pour certains offices, à l’organiste et maître de clavecin Claude DREUX et au serpent Pierre ROCHEUX, un maître tonnelier. On connaît également le nom de la dernière organiste de l’abbaye féminine de Maubuisson (ordre de Cîteaux), fondée au XIIIe siècle à l’initiative de la reine Blanche de Castille à Saint-Ouen-l’Aumône, un faubourg de Pontoise situé sur la rive gauche de l’Oise : Marie Geneviève THOMELIN, issue d’une illustre famille de musiciens d’Île-de-France. Comme en Vexin français, les paroisses rurales ayant recours à des chantres ne manquent pas. Les églises paroissiales des bourgs d’une certaine importance ont même la plupart du temps leur orgue. C’est le cas à Argenteuil (en l’église Saint-Denis), à Fontenay-en-Parisis, à Gonesse (église Saint-Pierre et Saint-Paul), à Sarcelles et à Villiers-le-Bel. La principale fabrique de Gonesse, par exemple, salarie en 1789-1790 un organiste, Jean François MOUCHY (200 livres par an), un serpent répondant au nom de DEGROUX (60 livres), un carillonneur, le sieur DUBOIS (72 livres), un maître d’école-maître des enfants de chœur, Pierre Philippe PLÉ (431 livres), et un chantre, Charles Nicolas SOURDET (175 livres).

… Et du doyenné de Beaumont (diocèse de Beauvais)

8-Vue de l’église et du palais abbatial de Royaumont

Vue de l’église et du palais abbatial de Royaumont, estampe de Louis Jean Allais, 1790 (cl. © archives de la Fondation Royaumont)

Dans les limites du petit doyenné de Beaumont se trouve un autre établissement religieux étroitement lié à la dynastie capétienne, l’abbaye cistercienne de Royaumont, à Asnières-sur-Oise. Saint Louis l’avait comblée de bienfaits et aimait y faire des séjours prolongés. Au siècle des Lumières, la splendeur des lieux attire quantité de visiteurs, du simple voyageur effectuant un « grand tour » au prince étranger, à l’image du roi de Suède Gustave III qui y fait halte en 1783. Les savants, tels les bénédictins Martène et Durand, s’y rendent régulièrement pour consulter les manuscrits précieux conservés dans l’immense et très réputée bibliothèque. Le dernier abbé commendataire avant la Révolution, Henri Éléonor François Le Cornut de Ballivières, aumônier de Louis XVI, fait édifier à partir de 1784 un magnifique palais abbatial inspiré du petit Trianon et des villas de l’architecte Palladio en Vénétie. C’est vers 1777, sous son prédécesseur Bernardin de Rosset de Fleury qui fut archevêque de Tours puis de Cambrai, que l’organiste Jean Denis QUENOBLE, originaire de Villers-Cotterêts, a été recruté. Après avoir vainement tenté d’obtenir une pension en 1791, il regagne la Picardie et achève sa carrière à Soissons. Aujourd’hui, l’abbaye, privée de son église démolie en 1792, a retrouvé sa vocation de lieu d’étude et de musique grâce à la fondation Royaumont. Le site a aussi servi à maintes reprises pour des tournages de films « de cape et d’épée ». Toujours dans le diocèse de Beauvais, signalons encore l’église paroissiale Saint-Laurent de Beaumont-sur-Oise, où exercent en 1790 l’organiste Charles DESTRÉES, le premier chantre et maître d’école Nicolas DEMONCEAUX, le chantre Jacques RÉMOND et le serpent Louis Antoine LACOUR.

Bilan

L’enquête MUSÉFREM révèle l’existence d’au moins 48 lieux de musique en Val-d’Oise, auxquels se rattachent 91 musiciens en place en 1790. Nul doute que la liste des lieux de musique pourra encore être étoffée. Bien des employés d’églises et d’établissements religieux échappent aux investigations, faute de sources ou à cause de l’imprécision de celles-ci. De plus, il est plus que probable que des membres du clergé régulier, hommes ou femmes, ont dû exercer une activité musicale régulière au sein de leur couvent ou de leur abbaye (on pense en particulier à la fonction d’organiste) ; cependant, les comptes ou documents administratifs de l’époque révolutionnaire n’en font pas mention. Les résultats de la collecte peuvent tout de même être qualifiés de spectaculaires dans un département de si petite superficie (1 246 km²). Il faudra additionner ces chiffres avec ceux de l’Essonne et des Yvelines pour mesurer toute l’importance de la Seine-et-Oise par rapport aux 82 autres départements créés au début de la Révolution.

Parmi les spécificités du corpus, on remarque l’enracinement régional des musiciens. Les trois quarts des individus actifs en 1790 dont on connaît le lieu de naissance ont vu le jour dans le futur Val-d’Oise. Un sur six vient de la province voisine de Picardie. Un seul est né hors du le Bassin parisien : l’organiste Jean Louis CHÉZEAU, de Chalon-sur-Saône en Bourgogne. Il faut aussi souligner la représentation étonnamment élevée, par rapport aux départements déjà étudiés, des femmes chez les organistes : 13, soit le tiers de l’échantillon. Cela se vérifie surtout à Pontoise, où les musiciennes de talent avaient de réelles opportunités de carrière et n’étaient pas systématiquement moins bien rétribuées que les hommes, comme en attestent les cas de Marie Marguerite Geneviève DUBACQ et, plus tard, de Madeleine Thérèse Nicole BONSERGENT.

Nos musiciens, pour la plupart des personnages de modeste envergure, ont traversé la Révolution sans être inquiétés. Ceux qui en avaient la possibilité ont entrepris des démarches pour obtenir une pension ou une gratification, qui n’ont pas toujours été couronnées de succès, notamment en ce qui concerne les ex-employés des communautés religieuses, dont le service n’était pas quotidien (le second chantre de la collégiale de Luzarches Jean Claude TROUSSU a aussi connu ce genre de déboire). La perte de leur emploi, en 1790 pour les serviteurs des chapitres, en 1793 pour les individus rémunérés par les fabriques, n’a pas eu de répercussions dramatiques, car tous ou presque exerçaient parallèlement un métier leur garantissant un revenu minimal. On note cependant – c’est également le cas dans d’autres départements – que les organistes qui enseignaient la musique « en ville » ont eu du mal à retrouver des élèves, ce qui a poussé certains d’entre eux à quitter la région, à l’image de QUENOBLE et de CHÉZEAU. Si Marie Madeleine FOURNIER, ancienne organiste de l’abbaye Saint-Martin de Pontoise, ne subsiste que grâce à des « charités » en 1793, la dégradation de ses conditions d’existence remonte à la mort, en 1787, de son mari François Marie MIROIR, lui aussi organiste, et à l’abandon de l’orgue par les religieux l’année suivante. Sous le régime concordataire, l’activité musicale reprend timidement dans les églises disposant de ressources suffisantes. À Pontoise, elle se concentre à Saint-Maclou, où la demoiselle DUBACQ et Jean François BRICOT reprennent leurs fonctions. Par contre, les maîtrises ne rouvrent pas leurs portes.

Si des lectrices ou lecteurs disposent de renseignements inédits sur des musiciens d’Église du département actifs à la fin de l’Ancien Régime et au début de la Révolution, leur contribution sera très appréciée.

François CAILLOU
Chercheur associé au laboratoire Temps, Mondes, Sociétés, TEMOS-CNRS FRE 2015
(mars 2018)
Le travail sur les musiciens de ce département a bénéficié des apports de, notamment :
Jean-Marc Baffert (†), Bernard Dompnier, Sylvie Granger, Séverine Lemire, Christophe Maillard et Pierre Mesplé. Qu’ils en soient ici remerciés.

>>> Si vous disposez de documents ou d’informations permettant de compléter la connaissance des musiciens anciens de ce département, vous pouvez signaler tout élément intéressant ICI.
Nous vous en remercions à l’avance.
L’amélioration permanente de cette base de données bénéficiera à tous.

Les lieux de musique en 1790 dans le Val d'Oise

Les lieux de musique documentés pour 1790 dans le département sont présentés par catégories d’établissements : cathédrale, collégiales, abbayes, monastères et couvents, autres établissements (par exemple d’enseignement, de charité…), paroisses (ces dernières selon l’ordre alphabétique de la localité au sein de chaque diocèse).

Carte des lieux de musique dans le Val d'Oise

Carte des lieux de musique dans le Val d'Oise en 1790

Diocèse de Beauvais

Diocèse de Paris

Carte des lieux de musique de Pontoise

Carte des lieux de musique de Pontoise en 1790

Diocèse de Rouen

Pour en savoir plus : indications bibliographiques

SOURCES IMPRIMÉES
  • Jean-Pierre BÉRENGER, Géographie de Busching abrégée dans les objets les moins intéressans, & augmentée dans ceux qui ont paru l’être…, t. 5, Lausanne, Société typographique, 1779.
  • DUMOULIN, La Géographie, ou Description générale du royaume de France divisé en ses généralités…, t. 1, Paris, Chez Leclerc, 1764.
  • Jean Joseph EXPILLY (abbé), Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules et de la France, Paris, Desaint et Saillant, 1762-1770, 6 vol.
  • Pierre Thomas Nicolas HURTAUT, Dictionnaire historique de la ville de Paris et de ses environs…, Paris, chez Moutard, 1779, 2 vol.
  • Charles OUDIETTE, Dictionnaire topographique des environs de Paris…, Paris, J. G. Dentu, 1812.
  • La République française en LXXXIV départemens, par une Société de géographes, Paris, 1793.
  • Félix ROCQUAIN, Inventaire des archives de l’hôtel-Dieu de Pontoise, dressé en 1858, Pontoise, Bureau de la Société historique, 1924.
  • Jean-Jacques ROUSSEAU, Les Confessions, dans Œuvres complètes, t. I, Paris, Bibliothèque de la Pléiade, 1959.
BIBLIOGRAPHIE

Contexte culturel, social et économique 

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  • Florent MÉROT, La vallée de Montmorency aux XVIIe et XVIIIe siècles. Paysage, économie et société aux portes de Paris, Paris, Les Indes Savantes, 2015.
  • Robert MUCHEMBLED, Hervé BENNEZON et Marie-José MICHEL, Histoire du Grand Paris, de la Renaissance à la Révolution, Paris, Perrin, 2009.
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Révolution française

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  • Émile COÜARD et F. LORIN, « Les élections à l’Assemblée législative de 1791 dans le Département de Seine-et-Oise », Mémoires de la Société archéologique de Rambouillet, t. XX, 1908, p. 1-276.
  • Jean-Marie Odon DELARC, L’église de Paris pendant la Révolution française, 1789-1801, Paris, Desclée, De Brouwer et Cie, 1895-1898, 3 vol.
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Orgues, lieux de musique et musiciens

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  • Jean-Marc BAFFERT, « L’orgue de Notre-Dame de Magny-en-Vexin », Connoissance de l’Orgue, n° 83-84, décembre 1992, p. 72-97.
  • Jean-Marc BAFFERT, « Orgues anciens à l’ouest de Paris, 4. Abbaye de Royaumont », Connoissance de l’Orgue, n° 87-88, 1993, p. 114-115.
  • Jean-Marc BAFFERT, « Les orgues de Sarcelles : éléments pour une histoire », Bulletin de la Société d’Histoire de Gonesse et du Pays de France, n° 13, 2001, p. 39-53.
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  • Jean-Marc BAFFERT, « Les orgues de La Roche-Guyon », Mémoires de la Société historique et archéologique de Pontoise, du Val-d’Oise et du Vexin, t. XCIV, 2012, p. 3-16.
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  • Hippolyte BUFFENOIR, La comtesse d’Houdetot, une amie de J.-J. Rousseau, Paris, Calmann Lévy, 1907.
  • G. CAPON et R. YVE-PLESSIS, Vie privée du prince de Conty Louis-François de Bourbon (1717-1776), racontée d’après les documents des archives, les notes de la police des mœurs et les Mémoires, manuscrits ou imprimés, de ses contemporains, Paris, Jean Schemit, 1907.
  • Adolphe DUTILLEUX et Joseph DEPOIN, L’abbaye de Maubuisson (Notre-Dame-la-Royale). Première partie. Histoire de l’abbaye et des abbesses (1236-1789), Pontoise, Typographie Amédée Paris, 1882.
  • Élizabeth GIULIANI, « Jean-Jacques Rousseau, musicien et mélomane », Études. Revue de culture contemporaine, 2012, t. 416, p. 793-801.
  • Jacques GRIMBERT, « Histoire du clos des Anglaises à Pontoise », Mémoires de la Société historique et archéologique de Pontoise, du Val-d’Oise et du Vexin, t. LXXXI, 1998, p. 267-387.
  • Orgues de l’Île-de-France, tome 1. Inventaire des orgues des Yvelines et du Val-d’Oise, Paris, Aux Amateurs de livres, 1988.

Bibliographie élaborée par François Caillou

(mars 2018)

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