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MORISSET, Jean Nicolas (1752-1842)
État civil
NOM : MORISSET     Prénom(s) : Jean Nicolas     Sexe : M
Autre(s) forme(s) du nom : MORISET
MORIZET
MAURICET
MAURISSET
Date(s) : 1752-1   / 1842-12-1 
Notes biographiques

Jean-Nicolas MORISSET, dont le nom est parfois orthographié MORIZET ou MORISET, est l'organiste en poste à la collégiale Notre-Dame de Beaune lorsque commence la Révolution. Il avait auparavant exercé dans d'autres églises, à Paris sans doute et, un temps, à Rouen. À son décès, il habite toujours à Beaune, et, malgré son grand âge, il est toujours dit organiste.

• [Fin janvier 1752], Paris : Selon l'âge précis indiqué à son décès, Jean-Nicolas MORISSET est né sur la fin de janvier 1752, à Paris. Il est fils de Mathieu Morisset et de Catherine Oyat.

• [1759-1766], Paris ? : Jean-Nicolas MORISSET a-t-il été enfant de chœur dans l'une des maîtrises parisiennes ?
 
• [1766 ou 1767] : Selon ses déclarations ultérieures, c'est vers 1766 ou 1767 que Jean-Nicolas MORISSET aurait débuté son service à l'Église comme organiste. Il n'aurait alors que 14 ans, ce qui est possible mais correspond peut-être seulement à l'époque où, toujours enfant de chœur, il a été tonsuré, ou bien à l'année où il a commencé à apprendre à toucher l'orgue. Toutefois le district de Beaune en 1791 étaye sa proposition de pension sur le fait que MORISSET a servi "en ladite qualité d'organiste dans différentes églises depuis l'age de quinze ans", soit, si cette assertion est prise au pied de la lettre, depuis le tout début de 1767.

• [De 1766 à 1782] : Jean-Nicolas MORISSET aurait été employé dans plusieurs églises successivement, on ignore lesquelles, sans doute parisiennes, à l'exception d'un temps passé à Rouen.

•  14 septembre 1773, Paris : À Saint-Nicolas-du-Chardonnet, Jean-Nicolas MORISSET, organiste, épouse Marie-Victoire Landry. Par son acte de décès, on sait que celle-ci est née à Paris, le 25 février 1752, et qu'elle était fille de Jean-Baptiste Landry et de Marie-Catherine Noël. Ce mariage n'étant actuellement connu que par une fiche sommaire (fonds Andriveau), on ignore dans quelle(s) église(s) exerçait alors le jeune homme. La découverte d'un contrat de mariage pourrait éventuellement venir éclairer la situation à cette date.
• 13 février 1775, Paris : C'est à cette date que, selon son acte de mariage en 1803, leur fille Angélique-Amélie serait née. Toutefois la publication de bans à Vosne indique pour sa naissance l'année 1776.

• 19 janvier - 4 avril 1780, Rouen : BROCHE et MORISSET, tous deux organistes (sans précision de poste), sont chargés par la fabrique paroissiale de Saint-Godard d'expertiser l'orgue sur lequel a travaillé le facteur MICOT. Ils y constatent de nombreux défauts. Le facteur, devenu paralysé, ne peut plus perfectionner son ouvrage et passe un accord avec GODEFROY "pour se substituer en son lieu et place vu son état d'infirmité absolue". Après une nouvelle visite, les deux experts déclarent que "tous les défauts par eux remarqués lors de leur visite faite le 19 janvier dernier sont entièrement réparés". En conséquence, l'orgue est reçu le 4 avril.
• Fin février et début mars 1780, Rouen : À l'issue de ces travaux sur l'orgue, la fabrique paroissiale de Saint-Godard souhaite remplacer son organiste (vieillissant), le sieur ARMAND. Après avoir envisagé d'ouvrir un concours, elle y renonce car il pourrait en "résulter plusieurs inconvéniens" et elle démarche directement Jean-Nicolas MORISSET, "organiste" – dont le ou les poste(s) ne sont toujours pas davantage précisés. Celui-ci commence par refuser hautement et annonce que ses confrères feront de même, "ne trouvant pas juste qu’on dépouille un homme qui pendant vingt ans a desservi un orgue sans doute à la satisfaction de la paroisse". On a là une trace très intéressante de solidarité avec l'organiste licencié, et de l'esprit de corps qui, aux dires de MORISSET, unirait les autres organistes rouennais.
Comme la fabrique menace de recruter un organiste hors la ville, MORISSET accepte un compromis : il est nommé organiste de Saint-Godard, mais ne touchera que la moitié des gages dévolus à la fonction, ARMAND recevant l'autre moitié (150 livres) en guise de pension. On croit comprendre qu'il s'agit d'un processus de cessation progressive d'activité pour ARMAND, qui reste chargé de l'orgue en dehors des jours de grande fête. Les obligations de MORISSET se réduisent à toucher "lui mesme l’orgue les jours de Saint Godard et Saint Romain en entier et que tous les autres jours où il y aura orgue, il touchera au moins un office". Il est explicitement convenu que "pour le surplus [il] se fera remplacer par personnes capables". Hypothèse : son épouse en était-elle capable ?

• 18 avril 1781, Rouen : Le même jour, MORISSET établit une quittance en son nom propre pour attester qu'il a reçu du trésorier de la fabrique un quartier de ses gages (37 livres 10 sols), et une autre au nom du facteur d'orgue Louis GODEFROY qui a, lui, été payé de la somme de 100 livres correspondant à l'entretien de l'orgue pendant un an. Il ajoute : "fait [en] présence du Sieur Morisset organiste qui a certifier que l’orgue a été bien accordé pandant la presente année et que le Sieur Godefroy a satisfait a quoi il etoit obligé".

• 10 mars 1782, Rouen : À cette date, MORISSET établit sa dernière quittance pour la somme de 37 livres 10 sols reçue de la fabrique paroissiale de Saint-Godard. Cette somme correspond à "un quartier de mes honoraires qui echoura a pâque prochain". Sans doute sait-il déjà qu'il va très prochainement quitter la ville, peut-être même avant l'échéance de son quartier...
De Rouen à Beaune, par les chemins les plus directs, il y a environ 430 km, soit de longs jours de marche...
• 26 avril 1782, Beaune [Côte-d'Or] : Sur la recommandation de Nicolas ROZE qui, à Paris, le dit "très habil et marié", le sieur MORIZET est reçu organiste par le chapitre de la collégiale Notre-Dame, à 500 livres de gages annuels en argent et quelques rétributions diverses en nature (trois bichets de froment, un poinçon de vin gamay). Les chanoines "luy accordent aussy le petit jardin dont jouissoit cy devant le Sieur Guillermier, ainsy que sa maison". Il remplace en effet Pierre GUILLERMIER, décédé au tout début de l'année 1782, et évince mademoiselle Guillermier qui avait pris le relais de son père durant sa dernière maladie et après son décès. Le contrat du nouveau venu prévoit qu'il devra "enseigner à toucher de l’épinette ou du clavecin à un enfant de chœur".
Selon Charles Bigarne ("La Musique à Notre-Dame de Beaune", Mémoires de la SHALA de Beaune, 1878), les Morisset habitent une petite maison de la rue des Prêtres (qui, en 1878, portait le n°13), mais sans doute cette adresse concerne-t-elle plutôt la période postérieure à 1790.

• 6 octobre 1785, Beaune : Le chapitre de la collégiale avance 48 livres à son organiste, qui se trouve "dans un grand besoin occasionné par une longue maladie qu’il avoit essuyée".

• 17 juillet 1786 : Le chapitre lui accorde un congé "pour aller reconnoitre un orgue dans la Comté".

• Mars 1787, Beaune : Le chapitre charge son organiste d'examiner les travaux sur l'orgue de la collégiale effectués par François CALLINET et par RABINY fils. Pour le récompenser, la compagnie lui fait donner un bichet de froment.
• 10 août 1787 : L'organiste demande à nouveau un congé "étant appelé à Dole pour y reconnoitre une orgue". Le chapitre souhaite qu'il attende l’octave de l’Assomption pour partir.

• 8 août 1788, Beaune : Le chapitre de Notre-Dame accorde congé à MORISSET "pour aller à Dijon reconnoitre l’orgue de St-Bénigne". Peu après, le 9 octobre 1788, l'organiste demande à nouveau l'autorisation de s’absenter, et cette fois "deux dimanches consécutifs", pour aller "reconnoitre l’orgue de Dôle". Les chanoines lui demandent de faire son possible pour être revenu avant le second dimanche, indice de la place de l'orgue dans la liturgie dominicale.

• Printemps 1789, Beaune : Jean-Nicolas MORISSET reçoit durant quelque temps l'organiste d'Auxonne, Pierre TERRIER, venu se perfectionner auprès de lui durant les travaux importants menés sur l'orgue d'Auxonne par François CALLINET.

1790, Beaune : Jean-Nicolas MORISSET est toujours organiste de la collégiale Notre-Dame de Beaune. Les autres musiciens alors en poste à Notre-Dame de Beaune, sont Léonard BALONCHARD, Jean-Baptiste FOURCHOTTE, Philibert JOROTJean-Louis LEVESQUE, MÉRANDON (ou peut-être MÉRAUDON) et Gaspard SAUSSET, placés sous la direction du maître de musique ÉVRARD. Le précédent maître de musique, Lazare GOOSSENS, joue de la basse. Le chœur est renforcé vocalement par des "habitués", prêtres ou clercs et chapelains, comme GAUTHEY, Pierre DESFORGES, Jacques DROUHIN et François DURAND, par quelques anciens enfants de chœur ayant le statut de "chorial" qui viennent chanter les dimanches et fêtes tout en suivant leurs études au collège comme Jacques-François CHAMPEAUX et Claude TRUCHEUR, et enfin par six enfants de chœur dont l'aîné est Charles FOURTIER.
• 24 novembre 1790 : Parmi les toutes dernières décisions inscrites sur le registre capitulaire, figure l'autorisation accordée par le chapitre au sieur MORISSET, "organiste de cette église", de s'absenter durant dix jours "pour aller reconnoitre l’orgue de l’église d’Auxonne". Il s’agit du fameux orgue CALLINET d’Auxonne. Cette autorisation ultime illustre bien l'intense activité d'expert ès-orgues que déployait Jean-Nicolas MORISSET à l'échelle de la région environnante.
 
• [1790-1791]  : Après examen de son dossier de carrière, le district de Beaune estime que Jean-Nicolas MORISSET doit recevoir une pension de 400 livres par an.

• Classiquement, la bibliographie ancienne rapporte que l'organiste aurait sauvé l'orgue de Notre-Dame pendant la Terreur en jouant, "à grand renfort de trompette, l'air de la Marseillaise" (dixit le poète et écrivain local Simon Gauthey).

• Selon Ch. Bigarne, Jean-Nicolas MORISSET continue à toucher l'orgue de Notre-Dame après la Révolution, tout en enseignant la musique. C'est ainsi qu'il aurait commencé la formation musicale de GROGNEY qui partit ensuite au Conservatoire puis fut professeur à Dijon, organiste de Saint-Michel et compositeur. Il raconte également que "ce musicien avait une grande prédilection pour les noëls".
Durant les premières années du XIXe siècle, MORISSET habite une maison de la place St-Pierre, à Beaune.

• 20 vendémiaire an XII (13 octobre 1803), Vosne [aujourd'hui : Vosne-Romanée] : Sa fille Angélique-Amélie est installée dans ce village viticole situé à 18 km de Beaune (itinéraire pédestre en droite ligne). Elle a alors 27 ou 28 ans et exerce sans doute un métier. Lequel ? Ce jour-là, elle se marie avec un Beaunois, Jean-Henri Gélicot, "avoué au tribunal civil de Beaune", dont le père est "ancien homme de loi" (précisions apportées par la publication de bans). Les parents de la mariée sont présents et signent l'acte de mariage, Jean-Nicolas MORISSET y étant dit "organiste demeurant à Beaune".

• 2 thermidor an XII (21 juillet 1804), Beaune : Deux voisins déclarent le décès, survenu la veille, de Marie-Victoire Landry, "épouse de Jean-Nicolas MORISSET organiste, demeurant à Beaune rue Unité".

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• 1er décembre 1842, Beaune : À  cinq heures du matin, Jean-Nicolas MORISSET s'éteint "en son domicile". Cinq heures plus tard, le décès est déclaré en mairie par un jeune organiste de 29 ans, Marie Jean Claude César HURVILLE, qui demeure à Beaune et dont on peut supposer qu'il avait relayé Morisset antérieurement, avant de lui succéder. Le défunt est toujours dit "organiste", il était veuf de Marie-Victoire Landry, et les déclarants précisent, peut-être avec une copie d'acte de baptême sous les yeux, qu'il était "natif de Paris, âgé de 90 ans et dix mois, fils de feu Mathieu Moriset, rentier, et de feue Catherine Oyat". Il serait donc né vers la fin de janvier 1752.
Selon Ch. Bigarne, M. HUREVILLE fut en effet le successeur de MORISSET à l'orgue de Notre-Dame.

Mise à jour : 5 avril 2019

Sources
Ad21/ G 2554/2 ; Ch. Bigarne, La Musique à Notre-Dame de Beaune..., 1878 ; F-Ad21/ BMS Nuits-St-Georges ; F-Ad21/ G 2553 ; F-Ad21/ G 2554 ; F-Ad21/ L 1381 ; F-Ad21/ NMD Beaune en ligne ; F-Ad21/ NMD Vosne-Romanée en ligne ; F-Ad76/ G 6643 ; F-Ad76/ G 6649 ; F-An/ DXIX/091/773/21 ; Filaé/Fonds Andriveau ; J.-M. Baffert et P.-M. Guéritey, L'Orgue "François Callinet 1789" à Auxonne..., 1999 ; R. Adelson et alii, The History of the Erard Piano…, 2015 ; S. Gauthey, Caprice, 1851

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