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VIENNE, Jean Joseph (1754-1790)
État civil
NOM : VIENNE     Prénom(s) : Jean Joseph     Sexe : M
Date(s) : 1754-7-24  / 1790-7-15 
Notes biographiques

Fils de deux organistes, petit-fils, arrière petit-fils et cousin germain d'organistes… Jean-Joseph VIENNE pouvait difficilement échapper à un destin lié à l'orgue. En effet, il n'a pas vingt ans qu'il est attesté au bel orgue de l'abbaye de Citeaux.
Et pourtant, il ne semble pas y être resté longtemps, et il reste bien des zones d'ombre dans la suite de sa courte vie. C'est qualifié de "marchand" qu'il meurt, en juillet 1790, à l'âge de 36 ans. Il était aussi, jusqu'à cette date, l'organiste de la paroisse Saint-Pierre de Dijon, où il avait succédé à son père au tout début des années 1780.

• 24 juillet 1754, Tonnerre [Yonne] : Dans l'église Saint-Pierre est baptisé Jean-Joseph VIENNE, né le jour même, fils de Pierre VIENNE "marchand organiste de cette église" (la collégiale Saint-Pierre) et de Catherine LECLERC – qui était elle aussi organiste, du moins avant son mariage en 1742. Ses parrain et marraine savent tous deux signer.

• [À une date qui reste à préciser, située entre mi 1760 et 1766], la famille VIENNE-LECLERC quitte Tonnerre et s'installe à Dijon, sur la paroisse Saint-Philibert. Le cousin germain de Jean-Joseph, François LECLERC (III), est organiste de la cathédrale Saint-Étienne depuis 1754.

• 17 février 1766, Dijon : Sa mère Catherine LECLERC décède paroisse Saint-Philibert. Elle est inhumée le lendemain, dans l'église même, ce qui suggère qu'elle pourrait peut-être en avoir touché l'orgue. Son père, Pierre VIENNE, est dit marchand épicier. Jean-Joseph a onze ans et demi. Quelle formation musicale a-t-il suivie ? On peut hasarder l'hypothèse qu'il ait pu être formé à l'orgue par son cousin François LECLERC, éventuellement après une première initiation dispensée par ses parents.

• 5 mars 1767, Dijon : Les fabriciens de la paroisse Saint-Pierre font marché pour l'orgue avec son père, qui succède ainsi à Thomas CHAIGNAY. Cet accord est signé pour une durée de six ans, soit théoriquement jusqu'en 1773.

• 4 décembre 1768, Saint-Nicolas-lès-Citeaux [Côte-d'Or] : Joseph "DEVIENNE", sans qualificatif, fait partie des "témoins requis" pour une sépulture dans le cimetière de l'abbaye, située à environ cinq heures de marche au sud de Dijon. On reconnaît sa signature "Vienne", avec un petit paraphe.

• 10 janvier 1769, Dijon : Sa sœur aînée, Catherine, se marie avec un jeune veuf de 28 ans, Pierre Rebillard, marchand chapelier. Il est présent et signe "joseph Vienne" au bas de l'acte de mariage, aux côtés de leur cousin germain, l'organiste de la cathédrale, François LECLERC, qui signe "Le Clerc".
• 31 janvier 1769, Citeaux : Le jeune garçon est revenu à l'abbaye. Un mariage est célébré en présence d'Antoine Oreillard, recteur d'école à St-Nicolas, Simon FRUICKER, Joseph VIENNE, François Pisser... Le statut de ces trois derniers n'est pas précisé par le célébrant. Jean-Joseph VIENNE a alors 14 ans et demi et est peut-être apprenti organiste (ou suppléant ?) aux côtés de Simon FRUICKER. On peut aussi faire l'hypothèse que le jeune garçon a tenu l'orgue fin 1768 / début 1769, entre deux titulaires, après le départ de l'organiste précédent (peut-être Bernard VIANNY ?) et avant l'arrivée de FRUICKER, qui, peu après, est clairement attesté comme organiste à Citeaux. Ils signent côte à côte "Simon fruicker" et "joseph Vienne".

• 26 juin 1770, Saint-Julien [Côte-d'Or] : Dans ce village situé à 12 km au nord-est de Dijon, son père convole en secondes noces avec une fille majeure, Marie-Henriette Forquet, âgée d'environ 40 ans. Une signature "Le Clerc" indique à nouveau la présence du cousin François LECLERC.

•  13 avril 1771, Dijon : Un fils, unique, naît de cette seconde union de son père, toujours marchand épicier paroisse Saint-Philibert. Prénommé Henri, l'enfant a pour parrain le curé de Blaizy, village situé à presque 30 km à l'ouest de Dijon. Jean-Joseph VIENNE représente ce parrain qui habite trop loin pour être physiquement présent. Il signe "Jean Joseph Vienne". Cette présence à ce baptême semble indiquer qu'il n'est plus à Citeaux mais qu'il demeure à Dijon, sans doute chez son père. Il a presque 17 ans. 

Peu de temps après, le jeune homme quitte la maison paternelle pour s'engager comme organiste à l'abbaye de Citeaux. Il y touchera l'orgue "très beau et très ancien", restauré par les frères RIEPP entre 1736 et 1739 (P.M. Guéritey).

• 9 juin 1772, Saint-Nicolas-lès-Citeaux [Côte-d'Or] : Jean-Joseph VIENNE, "organiste de l'abbaye", est témoin à un mariage célébré à l'église paroissiale, en compagnie d'Antoine Patron, marguillier, et de François Guiot fils du portier. Il signe "Jean joseph Vienne", avec son petit paraphe habituel.

• 7 mai 1773, Abbaye de Citeaux : La sépulture d'un jeune homme de 30 ans – sans doute un domestique de l'abbaye –,  est faite "en présence de la vénérable communauté, de M. Joseph VIENNE demeurant audit Citeaux et de Joseph Manier domestique de l'infirmerie de Citeaux". L'organiste signe "Joseph Vienne".
Sa signature ne réapparaît pas une seule fois ultérieurement dans le registre des sépultures de l'abbaye. Soit il n'a été requis que deux fois pour servir de témoin, soit il a quitté l'abbaye peu après.

Sa trace se retrouve quelques années plus tard à Vitteaux, puis à Dijon, où son père continue de toucher l'orgue de Saint-Pierre.

• 13 septembre 1776, Vitteaux : Dans cette petite ville située en Auxois, à environ 47 km (en itinéraire pédestre) à l'ouest de Dijon, l'église paroissiale Saint-Germain comportait des orgues datant du milieu du XVIIe siècle. Ce jour-là, le sieur Joseph VIENNE fils et un mystérieux "sieur Ruverud" font aux orgues des dégâts dont la nature ni la cause ne sont précisés. On peut penser que Joseph VIENNE en était alors l'organiste.
• 27 novembre 1776 : Son père, Pierre VIENNE, "organiste à Dijon", s'engage envers le maire, le curé et les fabriciens de Vitteaux à rembourser jusqu'à 300 livres les travaux de réfection nécessaires. Ces travaux sont effectués par le facteur Bénigne BOILLOT. Le certificat délivré au facteur en mai 1777 par l'organiste de la Sainte-Chapelle Pierre LAUSSEROIS donne une idée des dégâts subis par l'orgue : il énumère en effet "un prestant en montre, un bourdon de quatre pieds bouchés, un nazard, une tierce, une doublette, une fourniture de cinq tuyaux par touches, un cornet, aussi de cinq tuyaux par touches" et certifie "que les dits jeux sont réparés, les tuyaux perdus remplacés et qu’ils sont tous prêts à être placés sur le sommier". Que s'était-il donc passé ?
La famille Vienne fait traîner le paiement de son dû et une longue procédure judiciaire s'en suit. On remarque que dans l'une des pièces de l'affaire, datée du 27 mai 1777, alors que son père est dit "marchand à Dijon", lui, Joseph, est dit "organiste en la même ville".

• 27 novembre 1781, Dijon : Jean-Joseph VIENNE, qui est ici seulement qualifié de "fils majeur de sieur Pierre VIENNE, bourgeois à Dijon, et de défunte Catherine LECLERC", épouse une jeune fille de la paroisse Notre-Dame, Anne Darentière, dont le père est dit "bourgeois à Busserotte", village situé à environ 47 km au nord de Dijon. L'un des quatre témoins est "sieur François LECLERC organiste de la cathédrale", les trois autres sont des marchands.
Les bans ont été publiés dans la paroisse du père de la mariée (Montenaille), à Notre-Dame paroisse de résidence de la mariée, et à Saint-Philibert paroisse du père du marié. Le mariage est célébré "avec la permission spéciale" du vicaire général du diocèse, permission "donnée malgré le défaut de domicile de l'époux". Cette phrase, par la mobilité et même l'instabilité qu'elle suggère, renforce le mystère autour de ce qu'a bien pu faire Jean-Joseph VIENNE entre temps : tout est ouvert, il a pu vicarier en touchant des orgues ici ou là, comme il a pu s'être engagé dans l'armée… En tout état de cause, il est certain qu'il n'est plus alors l'organiste de Citeaux, ni bien sûr de la ville de Vitteaux, sinon des bans y auraient été obligatoirement publiés.

On peut penser que c'est à compter de ce retour que Jean-Joseph a commencé à prendre le relais de son père à l'orgue de Saint-Pierre. Le passage de l'un à l'autre n'est pas perceptible dans les comptes de la fabrique, si ce n'est – peut-être – le remplacement de la tournure "Mr Vienne" par la formulation "le sieur Vienne" à partir du paiement du 1er juillet 1781 et durant quelques années.
 Le facteur qui entretient l'instrument est Bénigne BOILLOT, pour 48 livres par an. En avril 1783, il reçoit 144 livres "pour avoir remonté et regarni les soufflets de l’orgue qui avaient été mangés par les rats". Afin d'empêcher le renouvellement de pareils dégâts, on paye au sieur Vallée, épicier, 1 livre 6 sols pour "13 paquets de mort aux rats"

• 23 septembre 1782, Dijon : Comme son père, Jean-Joseph VIENNE est devenu "marchand". Tel est l'état social qui lui est attribué lors du baptême de la fille née la veille de son épouse Anne Darentière, sur la paroisse Notre-Dame. Son père, le sieur Pierre VIENNE, "bourgeois, son ayeul paternel", est choisi comme parrain. La marraine est Jeanne Darentière, femme du sieur Barbier, greffier à la justice de l'évêché. La petite fille portera le prénom de Catherine, qui avait été celui de sa grand-mère, l'ancienne organiste de Tonnerre.

• 23 novembre 1783, Dijon : Jean-Joseph VIENNE n'est pas mentionné, ni signataire, lors de la sépulture de son père, décédé la veille sur la paroisse Saint-Philibert, toujours qualifié de "marchand épicier". Les témoins sont son jeune demi-frère Henri et son beau-frère, mari de sa sœur Catherine, Pierre Rebillard, marchand chapelier. Peut-être était-il en voyage hors de Dijon lorsque le décès est survenu.

• Tous les six mois, début janvier et début juillet, le sieur VIENNE reçoit 60 livres de la fabrique de Saint-Pierre "pour six mois de rétribution". À compter de juillet 1785, ses gages sont augmentés et passent à 135 livres par an, qui lui sont désormais versés en début d'année, à terme échu. Ainsi, le 12 janvier 1789, les comptes indiquent-ils : "135# à M. VIENNE organiste pour une année de rétribution de l’orgue".

• Son jeune demi-frère, Henri, après des études au collège de l'Oratoire de Beaune, devient professeur de la congrégation, et est quelque temps en poste au collège de Juilly à la veille de la Révolution.

• 1790, Dijon : Jean-Joseph VIENNE est toujours attesté comme organiste de la paroisse Saint-Pierre au début de l'année 1790. Le  1er février 1790, la fabrique verse 135 livres "à M. VIENNE organiste pour une année de rétribution pour avoir touché l’orgue suivant sa quittance". Cela correspond à ses gages de 1789.
• 16 juillet 1790, Dijon : Décédé la veille à l'âge de 36 ans, le sieur Jean-Joseph VIENNE, "marchand en cette ville", est inhumé au grand cimetière de la paroisse Notre-Dame. Les témoins sont son jeune demi-frère, Henri Vienne, qualifié de "bourgeois" et Me Jean-Baptiste-Nicolas Barbier, procureur à la cour, mari de la marraine de 1782. L'acte de sépulture immédiatement précédent, daté du 13 juillet, concerne le chantre de Saint-Jean, Étienne GRAVIGNARD, décédé jeune lui aussi (38 ans).
• 2 août 1790 : La veuve Vienne – donc Anne Darentière – reçoit de la fabrique de Saint-Pierre le restant dû après son décès ("67# 10 s à la veuve VIENNE pour l’orgue suivant sa quittance", soit un semestre entier, ce qui indique qu'il avait touché l'orgue jusqu'à la fin du mois de juin sans doute).
Durant le second semestre de 1790, c'est Bernarde BOILLOT, la fille du facteur chargé de l'entretien de l'orgue depuis au moins 1782, qui touche l'orgue de Saint-Pierre de Dijon. Elle a obtenu d'être rémunérée 200 livres par an, au lieu des 135 livres que touchait précédemment Jean-Joseph VIENNE.

Son jeune demi-frère, Henri, a joui d'une petite notoriété par diverses publications historiques et littéraires. Ses manuscrits forment aujourd'hui le fonds Henri Vienne à la bibliothèque municipale de Dijon (ms 1757-1784).

Mise à jour : 28 août 2018

Sources
F-Ad21/ 1J 3664-2 ; F-Ad21/ 37J 710/712 ; F-Ad21/ BMS Dijon en ligne ; F-Ad21/ BMS Notre-Dame de Dijon en ligne ; F-Ad21/ BMS St-Nicolas de Citeaux en ligne ; F-Ad21/ BMS St-Philibert de Dijon en ligne ; F-Ad21/ S Citeaux en ligne ; F-Ad89/ BMS St-Pierre de Tonnerre ; F-AmDijon/ fonds Henri Vienne, Ms 1757-1784

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