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LABIE, Pierre (ca 1739-1797 ap.)
État civil
NOM : LABIE     Prénom(s) : Pierre     Sexe : M
Autre(s) forme(s) du nom : LABBI
LABBIE
LABI
Date(s) : 1739 ca  / 1797 ap.
Notes biographiques

Pierre LABIE est un bon exemple de ces musiciens de province qui ont circulé d'une région à l'autre à la recherche, certainement, d'un poste plus lucratif. Né en 1739 à Cahors dans le Quercy où il a du se former – mais le lieu n'est pas encore connu avec certitude – il obtient un poste d'organiste à l'abbaye de Chancelade en plein cœur du Périgord, à quelques kilomètres de Périgueux mais à plus de 100 km de Cahors. Il y reste environ 17 ans (1760-1777) et il passe ensuite à l'orgue de l'abbaye de Brantôme à une vingtaine de kilomètres plus au nord. Il restera 13 ans (1777-1790) à toucher l'orgue de l'abbaye des Bénédictins et c'est là qu'il perd son emploi, comme beaucoup d'autres, en 1790. Pierre LABIE, de plus, a une particularité professionnelle originale : il était aussi procureur fiscal dans la justice seigneuriale de l'abbaye. Suivent alors des années, où  il doit beaucoup "pétitionner" pour obtenir ce qui peut lui être dû. En 1797, il est à Saint-Yrieix (Haute-Vienne) avec femme et enfants dans une maison qui appartient à cette dernière. Marguerite Valette épousée en 1789 est en effet la fille d'un ancien maire de la ville.
Les années 1792-1797 ne sont pas documentées pour le moment ni la période qui suit 1797.

• [1739], Cahors : Pierre LABIE nait à Cahors (Lot) où son père est marchand. Cette date est calculée d'après l'âge qu'il se donne-52 ans-dans son mémoire envoyé au Comité ecclésiastique de l'Assemblée nationale en juin 1791.
 
• Avant 1760 : Pierre, dans le même mémoire, dit avoir "consacré sa jeunesse au culte divin, exerçant son état jour et nuit". Renseignement intéressant mais qui ne dit rien de sa formation ni de son passage de Cahors en Quercy à Chancelade en Périgord à environ 20 ans.
 
• [1760-1790] : Il exerce environ 30 années comme organiste dans divers lieux du Périgord:

• [1760-1777], abbaye de Chancelade  : Pierre LABIE est d'abord actif à l'abbaye bénédictine de Chancelade (Dordogne).

• 4 août 1772, Beauronne, paroisse de Chancelade : Pierre épouse Bertrande Rey veuve du sieur Dujarrey procureur du sénéchal de Périgueux. Un beau mariage mais Bertrande meurt à 50 ans le 7 février 1784 à Brantôme où Pierre touche l'orgue depuis 7 ans .

• 1er juin 1777, Brantôme : Un traité est passé entre LABIE et le prieur de l'abbaye bénédictine de Brantôme (Dordogne). Un double est fourni avec son mémoire du printemps 1790 et il est précisé qu'il "paroît que led Sr Labie s'étoit engagé à toucher l'orgue des ci-devant Bénédictins les jours de dimanche et fêtes moyennant la somme de 250 livres en argent et six boisseaux de froment annuellement payables, savoir l'argent le 1er juin de chaque année et le froment à la St-Michel". Ces informations sont précieuses car les archives de l'abbaye n'ont fourni aucun renseignement sur Pierre LABIE.

De plus, il exerce l'office de procureur fiscal de l'abbaye de Brantôme, ce qui lui rapporte une pension médiocre mais qui lui permet de toucher de nombreuses gratifications qui augmentent sa pension de base. Le procureur fiscal est le magistrat chargé du ministère public dans la justice seigneuriale de l'abbaye.

• [1777-1790], Brantôme : Pierre LABIE est organiste de l'abbaye de Brantôme pendant près de 14 ans aux gages de 350 livres.

• 20 janvier 1789, Périgueux : Il épouse Marguerite Valette dont le père est maire de Saint-Yrieix-la-Perche [Haute-Vienne]. Il est dit "procureur d'offices à l'ordinaire". L'un et l'autre signent l'acte. C'est pour Pierre un second mariage.

• 7 novembre 1789, Brantôme : Lors du baptême de sa fille Marie, LABIE est dit "procureur de la juridiction de Brantôme". Tous ces qualificatifs sont équivalents. Le parrain qui signe est maître chirurgien de la ville.

• 1er juin 1790, Périgueux : Le district examine le mémoire présenté par le Sieur LABIE organiste de la ci-devant abbaye de Brantôme, par lequel il réclame le paiement de ses gages. Le document est accompagné d'une copie du traité passé entre lui et l'abbaye en 1777 et d'un certificat du frère Richard, cellérier syndic de la "ci-devante abbaye" par lequel il certifie que LABIE a été " fort exact à toucher leur orgue pendant l'espace de quatorze années et jusqu'au premier juin dernier, et qu'il n'a été payé que jusqu'à lad époque, d'où il résulte qu'il lui est à revenir ses appointements de sept mois, qui, à raison de 250 livres par an, montent à la somme de 145 livres 16 sols 8 deniers, et considérant que le blé n'est payable qu'à la St-Michel, qu'il est à présumer qu'il ne l'a pas reçu". Le district décide alors que le trésorier doit lui payer la somme de 145 livres 16 sols 8 deniers pour les sept mois de la somme de ses appointements annuels fixés en argent et celle de 33 livres pour les 4 boisseaux de blé, revenant au total à celle de 178 livres 16 sols 8 deniers.

Le détail de cette situation de juin 1790 met bien en valeur la capacité d'action d'un homme, certes organiste mais aussi frotté de droit dans son travail de procureur fiscal et qui sait argumenter et avancer des preuves fiables pour soutenir ses dires. On le reverra en action dans les années qui vont suivre. 

• 3 décembre 1790, Brantôme : Lors du baptême de son fils Jean, il est dit "organiste". Le parrain est huissier royal ; il signe ainsi que la marraine. Lors de ces trois actes en moins de deux ans (son mariage et deux baptêmes), on peut remarquer que LABIE fréquente des milieux alphabétisés et de moyenne aisance, en particulier les hommes de loi.
 
• [1790-1791] : Pierre LABIE fait une demande de pension et explique sa situation. Il est "chargé d'une nombreuse famille".  Il envoie deux requêtes accompagnées d'un certificat de pauvreté de la municipalité de Brantôme (janvier et juin 1791). Elles sont restées en dépôt au district du département de la Dordogne et il n'a donc pas eu de réponse. Il rédige alors un mémoire.

•14 janvier 1791 : Le directoire du district de Périgueux enregistre le mémoire du Sieur Labie qui demande ses appointements échus et son traitement pour l'avenir et propose de lui accorder une pension de 300 livres. On pourra remarquer qu'en six mois Pierre LABIE s'est battu pied à pied pour obtenir ce qu'il estime lui être dû. Mais il va continuer.

• 16 février 1791 : Dans le tableau envoyé au Comité ecclésiastique de l'Assemblée nationale, le directoire du département de la Dordogne propose une pension de 250 livres pour Pierre LABIE, musicien, "sans ressources, la Révolution lui a fait perdre ses deux états, celui de procureur et celui d'organiste"

• 4 juin 1791 : LABIE envoie un mémoire (2 pages), ainsi qu'une lettre d'accompagnement (6 pages), directement aux membres du Comité ecclésiastique de l'Assemblée nationale à Paris, afin que soit fixé le montant de son traitement, qu'il ne connait toujours pas. Il explique qu'il a par ailleurs envoyé deux certificats de ses supérieurs, joints à celui de la municipalité de Brantôme et à un extrait d'acte de baptême qui confirme son âge (52 ans). Il précise qu'il est marié et père de famille. Il se dit presque aveugle, ne pouvant ni lire ni écrire à la lumière.
Il explique que depuis le 1er janvier 1791 il a touché en acompte de son traitement à venir la somme de 120 livres, en deux fois, par un trésorier du directoire du district.
Enfin, Pierre LABIE explique qu'il loue une maison au sieur Luginaud qui lui coûte 90 livres, et que le contrat de cette location a été passé devant un notaire royal de Brantôme. De par la perte de son traitement il ne peut payer son loyer, son propriétaire le menace donc de l'expulser à la prochaine fête de la Saint-Jean-Baptiste, c'est-à-dire le 24 juin. Il demande donc à ce que son cas soit rapidement examiné, du fait de la grande détresse dans laquelle est plongée sa famille, ses parents ne lui ayant laissé aucune fortune.
Par conséquent, il explique qu'il désire aller dans la ville de Saint-Yrieix (Haute-Vienne), où sa femme a une maison, mais qu'il ne peut partir avant que son traitement ne soit fixé au département de la Dordogne. Ayant le montant de sa pension il pourra s'arranger avec son propriétaire.

• entre avril 1791 et juillet 1792 : LABIE reçoit 200 livres de gratification en plusieurs acomptes. À partir de 1792, les versements deviennent plus réguliers ; il est payé par quartiers (1er janvier, 1er avril, 1er juillet, 1er octobre).
 
• 18 juillet 1792 : Le directoire de la Dordogne délivre un certificat au sieur "Laborie" [erreur de nom pour "LABIE"] pour qu'il touche désormais sa pension à Saint-Yrieix et un certificat atteste le montant de la pension qui lui a été accordée en tant qu'organiste de la communauté des bénédictins de Brantôme, suite à une délibération du 3 janvier 1792 : 175 livres par an. Pierre LABIE a donc rejoint Saint-Yrieix, certainement avec femme et enfants.

• été 1792-été 1797 : Aucune information n'a été retrouvée (pour le moment) sur cette période de cinq ans.

• 8 thermidor an V (26 juillet 1797), Saint-Yrieix : Dans une lettre adressée aux administrateurs du département de la Haute-Vienne, à Limoges, il dit avoir reçu une pension de 400 francs, le 1er juillet 1792, mais que depuis cette date il n'a rien touché. Il semble avoir un problème avec Ganit, payeur général du département de la Haute-Vienne Il dit ne pas comprendre les arrérages de l'an IV et demande à ce qu'il lui soit payé les retards de sa pension, et qu'il en va de même pour les autres pensionnaires ecclésiastiques de la commune de Saint-Yrieix,  Bernard et Pierre PAGNON ainsi que Jean BERGERAS dont il semble se faire porte-parole dans une autre lettre du 17 juillet. Il se dit âgé de 59 ans, sans ressources, obligé de manger du pain et de boire de l'eau pour vivre.

Sa trace se perd alors... La recherche est à poursuivre.

                                                                                                                                    Mise à jour : janvier 2019

Sources
An-D XIX 090/738/7 ; F-Ad24/ 1 L 661 ; F-Ad24/ 5MI21746_003, vue 14/454 ; F-Ad24/ 8 L 10 ; F-Ad24/ 8 L 40 ; F-Ad24/ Beauronne paroisse de Chancelade 1739-1792 ; F-Ad87/ L 363 (1791) ; F-Ad87/ L 364 ; F-An/ DXIX/090/738/03 ; F-An/ DXIX/102/638/13

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