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ARNAULD, Nicolas Joseph (1741-1826)
État civil
NOM : ARNAULD     Prénom(s) : Nicolas Joseph     Sexe : M
Autre(s) forme(s) du nom : ARNAUD
ARNAULT
ARNOUT
ARNOULT
ARNOULD

Date(s) : 1741-8-17   / 1826-12-16 
Notes biographiques

Tout au long de sa vie d'adulte, et jusque dans son grand âge, Nicolas ARNAULD semble avoir exercé simultanément deux métiers, ou peut-être serait-il plus exact de dire qu'il a exercé un métier (imprimeur) tout en remplissant une fonction musicale à l'Église. À la veille de la Révolution, et depuis près d'un quart de siècle, il joue du violoncelle à  la cathédrale de Dijon. En cas de nécessité, il est aussi capable d'y chanter la haute-contre.
Si son patronyme est de ceux dont l'orthographe varie à plaisir, sa signature s'est stabilisée sur la graphie "ARNAULD". En revanche, c'est à son prénom qu'il fait subir des fluctuations : initialement baptisé sous le seul prénom de "Nicolas", il semble se faire appeler Nicolas-Joseph à partir de son mariage. Ses fantaisies lui seront reprochées par l'administration en 1814.

• 17 août 1741, Tarsul : Dans ce village situé à 27 km en droite ligne au nord de Dijon naît Nicolas ARNAULD, fils de Jean Arnauld, "maitre tisserand", et de Marie Gauvain. Les métiers de son parrain ("forgeron marteleur à la forge du dit Tarsul") et du mari de sa marraine ("forgeron chauffeur en la dite forge") correspondent à l'activité métallurgique du village. Aucun des présents ne sait signer.

• [1748], Dijon : Nicolas ARNAULD devient enfant de chœur à la cathédrale Saint-Étienne de Dijon dont les maîtres de musique successifs sont mal connus pour cette période-là. En 1814, intégrant son temps d'enfant de chœur, le musicien dira avoir été "attaché à la Cathédrale de Dijon depuis 1748 jusqu’en 1790 inclus". Cela paraît sans ambiguïté. Toutefois, sa reconstitution de carrière par le District en janvier 1792 dit qu'il a été "enfant de chœur pendant dix ans à la Ste-Chapelle" : confusion entre les deux principales églises dijonnaises ?

• [1758] : Ses dossiers de 1790-1791 sont unanimes sur le fait qu'il a été enfant de chœur pendant dix ans. Il serait donc sorti de la maîtrise vers 1758, après y avoir été formé à la musique essentiellement par un maître nommé FOUQUET (si son éducation a bien eu lieu à la cathédrale).

• À sa sortie de la maîtrise (ou plus tard ?), le jeune homme entre en apprentissage chez l'imprimeur Causse. Les pièces comptables du chapitre Saint-Étienne conservent pour l'année 1768 une quittance "au sieur Causse imprimeur 18 livres pour l’apprentissage de ARNAULT enfant de chœur". La faiblesse de la somme laisse penser qu'il s'agit peut-être d'un reliquat très postérieur.

• 28 novembre 1766, Dijon : Telle est la date à partir de laquelle Nicolas ARNAULD est employé à la cathédrale de Dijon comme joueur de basse ou joueur de violoncelle. Il y déclarera ultérieurement 24 ans de service.

• 6 décembre 1767, Dijon : Dans la maison et en présence de Jean Fabarel, Grand Chantre de l’église cathédrale, est établi le contrat de mariage entre Nicolas-Joseph ARNAULD, imprimeur et musicien, et Marguerite Renaud, fille d'un cordonnier. Sont également présents à la signature de ce contrat de mariage un autre chanoine, Claude Boison, et Jacques Causse, imprimeur libraire à Dijon, qui est le second employeur de Nicolas-Joseph Arnauld. Les futurs déclarent qu'ils seront en communauté de biens meubles et acquets suivant la coutume générale de Bourgogne "en quelques lieux qu’ils puissent résider", ce qui laisse envisager une possible mobilité dans l'avenir. Le futur se constitue en dot la somme de 600 livres, consistant en nippes et effets, provenant de son pécule particulier. La future apporte "de son chef la somme de 700 livres consistant en argent et effets provenant de ses gains et épargnes", à laquelle elle pourra ajouter les 100 livres que lui donne en propre le jeune marié. Seules 100 livres sont mises en communauté de part et d'autre.
• 12 janvier 1768 : Le mariage est célébré dans l'église Notre-Dame. Si l'imprimeur libraire Jacques Causse est à nouveau présent, les chanoines en revanche n'apparaissent plus. Mais le monde capitulaire est dignement représenté par Urbain MABILLE alors maitre de musique de la cathédrale de Dijon !

• 1770 : Un "état des gages dûs pour les mois d’octobre, novembre et décembre 1770" dans les comptes de la cathédrale Saint-Étienne mentionne "Au sieur RENAULT jouant du violoncelle 30#". Or il signe ARNAULD. Et la mention du violoncelle confirme qu'il s'agit bien de lui. La confusion Arnauld / Renaud, peut-être liée au patronyme de son épouse, se reproduit fréquemment, avec diverses nuances orthographiques. On remarque que, alors que les autres musiciens sont payés au mois, lui et l'organiste François LECLERC sont payés par quartier, tous les trois mois. Ses appointements sont de 120 livres par an, ce qui est faible et ne correspond évidemment pas à une activité musicale à temps plein.

• De 1770 à 1777, Dijon : Cinq naissances au moins se succèdent chez les Arnauld - Renaud. La double activité de Nicolas Joseph ARNAULD se trouve confirmée : lors des baptêmes de ses enfants, célébrés dans la cathédrale Saint-Étienne, il est dit deux fois "musicien" tout court ou "musicien de l'église cathédrale" (les 27 mars 1770 et  20 janvier 1776), une fois "imprimeur" seulement (le 17 juillet 1777) et deux fois "imprimeur, et musicien de l'église cathédrale" (les 29 décembre 1771 et 1er septembre 1774). On observe que les parrains et marraines ne sont pas recrutés dans le milieu musical, mais soit dans la famille de l'imprimeur Causse, soit dans les milieux diversifiés de l'artisanat urbain (maitre perruquier, bouquetière, fille de maitre vitrier…) ou de la petite administration ("huissier au consul", "teinturier et commis au vingtième").

• Printemps 1779 : La musique de Saint-Étienne change de maître. Jean-Baptiste CÉZARD parti à Langres est remplacé par Jean-François LESUEUR.
•  24 août 1779 : Le premier fils Arnauld, arrivé après trois filles, meurt à l'âge de trois ans et demi. Nicolas-Joseph ARNAULD est à nouveau dit "musicien et imprimeur".

• 26 novembre 1780 : Alors qu'il est régulièrement rémunéré pour avoir joué du violoncelle à la cathédrale, ce jour-là c'est "pour avoir chanté la partie de la haute contre pendant la maladie du sr MIELLE", lequel est mort le 1er novembre 1780, que le sieur ARNAULD reçoit 18 livres de gratification de la part du chapitre de Saint-Étienne. On découvre donc là qu'il était aussi capable de chanter dans cette tessiture. Le sieur MANDRAY est ensuite engagé sur le poste de haute contre.

• 5 septembre 1786, Dijon : "Le sieur Nicolas ARNAULD, musicien en l'église cathédrale" est le second témoin de Charles PETIT, "maitre vannier et tambour major de la ville de Dijon", qui en l'église Saint-Nicolas se marie avec Jeanne Chaussenot. Cela indique qu'il était lié à tout le milieu musical de la ville, y compris tout à fait en dehors de la musique des églises.

• 1787, Dijon : ARNAULT, musicien de la cathédrale, habite rue Devant le Palais. Les rôles fiscaux le recensent à cette adresse mais en tant que musicien de la cathédrale, il est exempté de taille. On peut penser que, même si cet emploi à la cathédrale n'était qu'à temps partiel et ne lui rapportait pas énormément, par cette exemption fiscale il devenait plus intéressant.
• Décembre 1787, Dijon : Dans les pièces comptables du chapitre de Saint-Étienne est conservé un "état des gages et gratifications dues aux musiciens de la cathédrale". En ordre alphabétique il donne la liste suivante de musiciens : BAILLY, BORGET, BRICARD, MAGNY, MALLOGÉMANDRAY, SAGOT, et VERPAULT, auxquels s'ajoutent ARNAULD, violoncelle, LECLERC, organiste, et LEFRANC, serpent.

1790, Dijon : ARNOULT ou ARNAULT, musicien, est taillé à 30 sols "retour de la rue devant le Palais", paroisse Saint-Médard. Musicien d'Église, il est classé parmi les "ci-devant privilégiés".
En effet, Nicolas ARNOULD se fait toujours entendre au chœur de Saint-Étienne en tant que joueur de basse ou de violoncelle, sous la direction de François COUET, en compagnie de quatre basse-contre (André BAILLY, Jean-Baptiste BRICARD, UTINET, Henri VERPAULT), une basse-taille (Joseph BORGET), une haute-taille (Sébastien MALLOGÉ), une haute-contre (MANDRAY) deux serpents (Jacques LEFRANC et Claude MAGNY), un basson (Louis-François SAGOT), et bien sûr l'organiste, François LECLERC. Ses appointements de 1790 s'élèvent à "168 livres, 2 pintes de sel et 15 livres de casuel".

• [1790-1791] : Nicolas ARNAULD effectue les démarches classiques des musiciens des églises capitulaires dont le poste est supprimé pour obtenir une pension, tant auprès des instances locales qu'auprès du Comité ecclésiastique à Paris. Il est marié et père de trois enfants (deux sont donc morts en bas âge), et il déclare 24 ans de service. Des décisions contradictoires se succèdent à son sujet. Le 15 février 1791, le directoire du district de Dijon propose de lui accorder une pension de 168 livres, équivalente à ses appointements antérieurs. Mais après avoir perçu 126 livres d'avance, il voit sa demande rejetée et il n'obtient ni pension, ni gratification.

• 8 mai 1791, Dijon : Le plan de réorganisation de sa musique présenté par Volfius, Évêque de la Côte-d'Or, sans aucun doute inspiré par François COUET, fait appel aux meilleurs talents issus des musiques de la cathédrale et de la Sainte-Chapelle. Le nom d'ARNAULD ne figure pas dans la liste de l'évêque, qui prévoit de confier la charge de la basse ou du violoncelle à un certain "MICHAUD". Il y a peut-être une dissension au sujet de ce musicien entre le maître de musique et son évêque, puisqu'une annotation a été ajoutée : "M. Couet assure que M. Michaud est hors d'état". Or on ne sait rien sur ce musicien, qui jusqu'alors n'est réapparu dans aucune autre source : pourrait-il s’agir d’une nouvelle confusion patronymique concernant le violoncelliste ARNAULD?

• 1er mars 1792, Dijon : La femme du sieur Arnault adresse une nouvelle demande de pension pour son mari, ex-musicien de la cathédrale de Dijon. Le musicien semble absent de la ville. Sans doute est-il parti à la recherche d'une ville accueillante pour exercer ses doubles compétences. Il la trouvera à Bourg-en-Bresse.
• 12 octobre 1792 : Un arrêté lui attribue une pension de 86 livres 2 sols par an.
 
• 21 juin 1793 : Le directoire du district de Dijon enregistre le fait qu'Arnauld a l'intention de toucher sa pension au district de Bourg dans l'Ain à compter de juillet 1793. Il arrête donc que son traitement s'arrêtera le 1er juillet en Côte-d'Or et qu'il pourra y toucher son prochain quartier le 31 septembre 1793 dans l'Ain. Sa pension annuelle reste fixée à 86 livres 2 sols.

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Nous ignorons (actuellement) combien de temps Nicolas ARNAULD a vécu à Bourg-en-Bresse et quelle activité il y a exercé.

• Octobre-novembre 1814, Dijon : Se présentant comme "un vieillard dans la 74ème année de son âge, sans occupation et sans fortune", Nicolas ARNAULD effectue des démarches pour toucher à nouveau sa petite pension de 86 livres. Il explique qu'elle "lui fut payée tant à Bourg-en-Bresse qu’à Dijon" jusqu'en l'an X (1802). Lorsqu’elle cessa d’être payée, vers l'an XI, il fit une réclamation, sans succès. Il poursuit : "désespérant alors d’obtenir justice sous un gouvernement tyrannique, il attendit un nouvel ordre de choses heureusement arrivé". Cette prose est-elle de lui ? Ou bien de l'écrivain public qui lui a prêté sa plume ? Il signe "N.J. Arnault.", en tremblant légèrement, ce qui contraste avec l’aisance de la graphie de celui qui a rédigé la missive.

L'administration lui prête une oreille compatissante. Le Préfet va jusqu'à lui donner des conseils pour mettre ses pièces en règle : "Il faut que votre nom soit écrit de la même manière dans tous les actes produits pour obtenir le rétablissement de votre pension, et que vos prénoms y soient aussi les mêmes"… On lui demande de fournir "un nouveau certificat de vie & d’identité attendu que celui fait en l’an XI est aujourd’hui suranné" et surtout de fournir un  acte de notoriété constatant "que le Sr ARNAULT n’avait pas d’autre état que celui de musicien attaché à la Cathédrale de Dijon et que depuis la suppression de cet emploi il n’a obtenu ni refusé aucune autre place ou emploi public". Ce que nous savons notoirement faux est pourtant attesté sur l'honneur par le nombre nécessaire de témoins, et en décembre 1814, un nouvel arrêté décide que Nicolas ARNAULD doit être à nouveau inscrit sur le tableau des pensions pour la somme de 86 livres 2 sols.

• 16 décembre 1826, Dijon : À cinq heures du soir, en son domicile situé au n°18 de la rue Buffon, s'éteint Nicolas-Joseph ARNAULD, âgé de 85 ans. Les deux voisins qui le lendemain déclarent son décès le disent toujours "musicien et imprimeur" : sa double spécialisation professionnelle semble avoir perduré jusque dans son grand âge. Il était toujours marié à Marguerite Renaud.

Mise à jour : 5 juillet 2018

Sources
F-Ad01/ 4 L 100 ; F-Ad21/ 1V 102 ; F-Ad21/ 4E 7/442 ; F-Ad21/ BMS Notre-Dame de Dijon en ligne ; F-Ad21/ BMS St-Médard de Dijon en ligne ; F-Ad21/ BMS St-Nicolas de Dijon ; F-Ad21/ BMS Tarsul en ligne ; F-Ad21/ G 192 ; F-Ad21/ G 720 ; F-Ad21/ G 721 ; F-Ad21/ G 723 ; F-Ad21/ G 724 et 725 ; F-Ad21/ G 726 ; F-Ad21/ G 728 ; F-Ad21/ G 729 ; F-Ad21/ G 732 ; F-Ad21/ L 1522 ; F-Ad21/ L 1797 ; F-Ad21/ L 1798 ; F-Ad21/ L 85 ; F-Ad21/ NMD Dijon en ligne ; F-Am Dijon/ L 329 bis ; F-An/ DXIX/093/820-2/10 ; F-An/ F19/1128 ; J.-E. Doussot, Musique et Société à Dijon..., 1999

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