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Hérault

Musique et musiciens d’Église dans le département de l'HÉRAULT autour de 1790

Sommaire

Liste des musiciens de l'Hérault

Url pérenne : http://philidor.cmbv.fr/musefrem/herault

Le territoire du futur département de l’Hérault concentre à la veille de la Révolution jusqu’à cinq diocèses d’Ancien Régime qui l’émaillent de nombreux lieux de musique ecclésiastique. Pourtant, des grandes villes possédant leur cathédrale aux petites bourgades surgies autour d’une riche abbaye, la vie musicale de ces lieux connaît des intensités et des configurations très diverses.

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Vue générale de Montpellier (1835)

Vue générale de Montpellier, avec au centre l'aqueduc et le château d'eau de la promenade du Peyrou et à gauche les clochers de la cathédrale Saint-Pierre. Dessin d'Hostein, gravure de Couché et Fortier pour Abel Hugo, France pittoresque, t. 2 (1835). Collection particulière.

Le territoire

Un large déploiement d’étangs saumâtres et de plages sablonneuses battues par la tramontane rend le littoral du département de l’Hérault peu propice au développement de grands ports, à l’exception de celui de Sète. C’est donc un peu en retrait du rivage, en remontant les principaux fleuves, que surgissent les grandes villes épiscopales : Béziers surplombant l’Orb, Agde près de l’embouchure de l’Hérault, qui donnera son nom au département, Montpellier s’affaissant doucement vers le Lez. Elles sont reliées en cette fin du XVIIIe siècle par une dense trame de belles routes et de canaux. Le plus important de ceux-ci, le canal du Languedoc (dit aujourd’hui du Midi), borde Béziers et Agde et atteint la mer à Sète. Le département de l’Hérault comprend également un large intérieur montagneux, moins peuplé et peu fertile, que les voyageurs anciens qualifient d’« agreste ». Il est formé à l’ouest par les contreforts plus méridionaux du massif central et au nord par le plateau calcaire du Larzac, creusé de vallées et de profondes gorges.

Par le port de Sète on écoule vers l’Espagne et l’Italie les salaisons issues de la pêche côtière, ainsi que l’importante production d’huile et de vin des plaines fertiles de l’intérieur. Les grandes villes connaissent par ailleurs une activité économique très diversifiée d’où ressortent des spécialités renommées telles les parfums ou le vert-de-gris montpelliérains. La forte présence des métiers du textile et des peaux fait que nombre de musiciens d’Église de 1790 y trouvent leur souche et, pour certains, des professions qu’ils exerceront en parallèle à leurs activités musicales.

Les anciennes circonscriptions religieuses

Les 4 districts du département de l'Hérault en 1790

Les 4 districts du département de l'Hérault en 1790. Bibliothèque ancienne du ministère de l'Agriculture / Maison de la Recherche en Sciences Humaines (Université de Caen Basse-Normandie). En plus grande résolution ici.

Le département de l’Hérault comprend essentiellement cinq diocèses d’Ancien Régime, tous suffragants de l’archevêché de Narbonne. Les pays montagneux de l’ouest et du nord correspondent, respectivement, aux diocèses de Saint-Pons, avec 45 paroisses, et de Lodève, avec 58. Le diocèse de Béziers, bien plus ample, comptant 103 paroisses et 31 annexes, réunit les plaines et les collines de sa région avec la haute vallée de l’Orb, alors que celui d’Agde, un des plus petits du royaume, avec seulement 25 paroisses, se contente du plat pays autour de l’étang de Thau. Le diocèse de Montpellier, de taille semblable à celui de Béziers (plus de 120 paroisses), s’étend sur les étangs côtiers comme sur la grande garrigue montant en pente douce vers ce qui deviendra en 1790 le département voisin du Gard. Le département de l’Hérault tel que créé en 1790 comprend également de petites portions des diocèses de Narbonne (au sud), de Castres (au nord-ouest), d’Alès (au nord-est) et de Nîmes (à l’est), tandis qu’une partie du diocèse de Saint-Pons déborde sur la zone montagneuse du département du Tarn.

Montpellier, ville de près 33 000 habitants au début de la Révolution et cœur battant de la région, est à la fois une cité artisane et marchande en pleine prospérité et un centre administratif de premier ordre – « une des plus belles villes du royaume et la plus considérable du Languedoc après Toulouse » aux dires de l’abbé Expilly (Dictionnaire géographique, historique et politique, 1766, vol. 4, p. 874). Siège des États de Languedoc et du Gouvernement de la province, d’une intendance et d’une cour des aides, fière de son École de médecine, fréquentée par les étrangers, Montpellier allie à ses anciennes ruelles, étroites et « mal percées », les élégants hôtels particuliers et la monumentalité tant vantée de la promenade du Peyrou, décor rêvé des nouvelles sociabilités urbaines du siècle des Lumières. On y dénombre également un séminaire, un collège, un hôpital, trois chapitres collégiaux réunis dans l’église Sainte-Anne, quatre paroisses, cinq couvents et plusieurs confréries de pénitents, au-dessus desquels trône tout-puissant le chapitre cathédral Saint-Pierre, la principale institution religieuse de la ville et le plus riche chapitre de sa province avec 85 000 livres de revenus annuels (Pouillé de 1760), loin devant celui de la ville archiépiscopale (64 000 livres) et celui de Nîmes (72 000 livres). Il aligne dans les processions, après l’évêque, 8 dignitaires et 17 chanoines.

À la tête d’un diocèse tout aussi vaste que celui de Montpellier, Béziers possède néanmoins un chapitre cathédral bien plus modeste (47 000 livres de revenus selon le Pouillé de 1760), avec seulement 6 dignitaires et 6 chanoines. La ville, qui a bénéficié de l’ouverture du Canal du Languedoc en 1681, atteint à la Révolution une population de 12 500 habitants. Bien que centre administratif de seconde classe, elle rassemble encore plus d’établissements religieux que Montpellier : une collégiale, un prieuré de chanoines réguliers, un séminaire, deux hôpitaux et jusqu’à douze couvents tant masculins que féminins. Le chapitre cathédral d’Agde, quant à lui, étend sa juridiction sur un territoire restreint mais fertile et actif qui lui rapporte 40 000 livres de revenus annuels (Pouillé de 1760), à partager entre 4 dignitaires et 7 chanoines. La ville, d’environ 7 000 habitants, proche de la mer et liée au petit commerce fluvial et maritime, est concurrencée par Pézenas, qui est le siège d’une importante foire annuelle et a réussi à attirer une partie de l’administration du diocèse. L’évêque lui-même y loge souvent.

Orgue Micot de la cathédrale de Saint-Pons-de-Thomières. Photo Fagairolles 34 (Wikipédia), sous GNU Free Documentation License.

Orgue Micot de la cathédrale Saint-Pons de Saint-Pons-de-Thomières. Photo Fagairolles 34 (Wikipédia), sous GNU Free Documentation License.

Comme ceux d’Alet et de Saint-Papoul, dans le voisin département de l’AUDE, le diocèse de Saint-Pons a été érigé au XIVe siècle sur une abbaye bénédictine – plus tard sécularisée. Ses revenus n’atteignent que 28 000 livres (Pouillé de 1760), insuffisantes sans doute pour entretenir ses 3 dignitaires et 15 chanoines, puisqu’en 1790 on n’y dénombre en réalité que 10 chanoines en plus des dignitaires. L’isolement de cette petite ville d’à peine 4 500 habitants dans la vallée accidentée et pluvieuse du Jaur a par ailleurs amené les évêques à multiplier leurs séjours dans la localité de Saint-Chinian, plus petite que Saint-Pons mais sise plus avantageusement du côté des plaines de la frange côtière et près des grandes routes de communication. Moins en retrait que Saint-Pons vers les montagnes, Lodève, troisième ville du département après Montpellier et Béziers (8 000 habitants), connaît une certaine prospérité grâce au produit de ses manufactures de draps et de chapeaux. Cependant, son chapitre cathédral n’en ressent guère les effets, à en juger par les 24 000 livres (Pouillé de 1760) que doivent se partager ses 3 dignitaires et 9 chanoines.

Montpellier

Le chapitre cathédral de Montpellier entretient un bas chœur plutôt réduit, avec seulement 12 prêtres dits « amovibles », mais gage en même temps un des plus grands corps de musique du royaume, que l’Almanach historique du Languedoc de 1784 qualifie avec justice de « chapelle de musique ». Il est formé pour le service quotidien du chœur par une vingtaine de musiciens permanents de tous âges, comme on pouvait en trouver dans d’autres riches cathédrales, comprenant, outre les 6 enfants de chœur, un maître de musique, 5 à 6 chanteurs adultes, un basson, un joueur de basse et un organiste, ainsi que 4 chantres pour le plain-chant. Mais sa principale particularité reste la présence fixe dans les rôles mensuels du chapitre d’une autre dizaine de « symphonistes » pour les dimanches et fêtes, dont 6 violons, un hautbois, un basson jouant aussi de la flûte et 2 chanteurs. Ces postes à temps partiel, peu rémunérés, ne sont souvent qu’une étape dans la carrière du musicien qui, reçu par le chapitre au terme d’un long postulat sans salaire, espère obtenir la première place vacante dans les rangs des musiciens permanents et, par là, une augmentation considérable de ses revenus. Plus encore que leur salaire, cependant, ce qui décidait les musiciens à venir (ou revenir) se fixer à Montpellier c’était la délibération du chapitre cathédral du 16 septembre 1776 par laquelle il garantissait une retraite aux musiciens infirmes ou ayant perdu leur voix après un minimum de 10 années de service. L’interprétant comme une convention à vie, les musiciens citeront systématiquement cet acte capitulaire dans leurs suppliques à la nouvelle administration.

De telles dispositions favorisent la consolidation d’un corps de musique de qualité, stable et nombreux. Anna Francesca Cradock, une dame anglaise en visite à Montpellier en avril 1785, remarque à l’occasion d’un Te Deum à la cathédrale que « l'orchestre se composait d'un grand nombre de musiciens » et que l’on distinguait « quelques belles voix parmi les chanteurs » (Journal, version française de 1896, p. 156). Les dimanches et fêtes, cet imposant ensemble dépassant la trentaine de musiciens est, en outre, rejoint par des vétérans partiellement à la retraite, tel Pierre François JOUVENT, ou, au contraire, par de jeunes postulants. Certains des chantres journaliers peuvent aussi prendre un instrument pour renforcer l’orchestre. C’est le cas de Pierre BARRIÈRE, violon à l’occasion, ou de Trophime BARDON, qui joue de la basse.

Supplique de Pierre Michel ROSÉ

Supplique de Pierre Michel ROSÉ, musicien de la cathédrale de Montpellier, ca. 1790. F-Ad34 / L 2748. Photo M. Meunier.

Bien que certains membres du chapitre, tel le chanoine Pierre Morel, exercent de vraies actions de mécénat au sein de la chapelle de musique, un tel effort économique de la part du chapitre ne pouvait se prolonger dans le temps que grâce aux synergies avec d’autres institutions. La musique de la cathédrale Saint-Pierre avait en effet fusionné au cours du siècle avec celle des États de Languedoc, dont les séances annuelles, jadis itinérantes, se tenaient depuis 1700 à Montpellier, « de sorte que la chapelle de musique de Saint-Pierre devenoit pendant la durée des États, celle de la ci-devant province, cessant toutes ses fonctions dans la cathédrale », comme le résume un des procès-verbaux de la nouvelle administration. Les déboursés des États pour cette musique, évalués à 5 500 livres annuelles, rapportaient aux musiciens du chapitre de substantiels compléments de salaire : les émoluments annuels des musiciens permanents augmentaient par cette entremise de plus d’un tiers et ceux des musiciens des fêtes et dimanches « selon l'utilité et l'importance de leur service ». La suppression des États en 1789, avant même celle du chapitre cathédral, porte un premier coup douloureux aux revenus des musiciens de la cathédrale.

Au moins dix d’entre eux sont également employés au Concert de la ville, fondé en 1752 sur le modèle de l’Académie de musique de Marseille, certains le sont même au théâtre et plusieurs donnent des leçons dans des maisons particulières. Ce cumul de postes sur toutes les scènes musicales de la ville peut leur procurer une ostensible aisance économique et une solide reconnaissance sociale. C’est le cas de Jacques BOIRAC dit CUPIDON, qui en 1788, lorsqu’il devient maître de musique de la cathédrale, jouit depuis presque vingt ans du prestige considérable que lui procure son poste de maître de musique du Concert, institution très élitaire. Si en 1792 le Concert est « à l’agonie », le théâtre s’imposera, en revanche, après la dissolution du chapitre, comme une voie privilégiée pour l’avenir professionnel d’un bon nombre de musiciens de la cathédrale. On comprend pourtant le désespoir qu’expriment ces musiciens de voir disparaître en très peu de temps presque toutes leurs sources de revenus, devant se contenter des minces pensions que leur propose le directoire du département, lequel ne tient pas compte de leur emploi antérieur aux États et encore moins de celui au Concert. Certains, soit par calcul soit par conviction, embrassent tout de même la Révolution, s’assurant ou assurant pour leur descendance un avenir confortable parmi les nouvelles élites de la Nation. C’est le cas de Louis RAYNAL-ROUBY ou de Jean PIRON, entre autres.

La ville de Montpellier comptait aussi trois chapitres collégiaux, Sainte-Anne (4 chanoines), Saint-Sauveur (8 chanoines) et la Trinité (6 chanoines), ce dernier siégeant originellement à Maguelonne, l’ancienne cité épiscopale. Ayant beaucoup souffert pendant les guerres de religion, ces chapitres finirent par s’unir, célébrant dès lors leurs offices dans l’église Sainte-Anne. En 1790, ils se partagent les traitements d’un chantre et de 4 enfants de chœur.

Les lieux de musique ecclésiastique de la ville connaissent ensuite une profonde réorganisation. Saint-Pierre, déchue de son rang de cathédrale, devient simple église paroissiale, bien que ses musiciens continuent d’être employés régulièrement pendant toute l’année 1791 tant à l’église qu’en plein air. Encore le 20 octobre 1791 ils chantent un Te Deum et un hymne sur l’Esplanade de Montpellier pour la publication de la Constitution. En 1792, une fois la musique de la cathédrale dissoute, certains de ces musiciens chantent contre un modeste salaire aux offices de l’église paroissiale Saint-Denis ou de l’ancienne église des récollets, devenue église paroissiale Saint-François.

Béziers

Vue de la cathédrale de Béziers (1837)

Vue de la cathédrale Saint-Nazaire et Saint-Celse de Béziers. Dessin d'Adrien Dauzats, lithographie de Bernard et Bichebois aîné. Dans J. Taylor e. a., Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France. Languedoc, vol. 4 (1837), pl. 247 bis. Bibliothèque municipale de Toulouse, Res. A XIX 138.

L’organisation du chapitre cathédral Saint-Nazaire et Saint-Celse de Béziers est toute autre que celle du chapitre de Montpellier. Il entretient un large bas chœur formé par 4 hebdomadiers, 24 « conduchers » (titulaires d’une prébende), 22 « semi-conduchers » (semi-prébendés) et 12 bénéficiers, mais le corps de musique n’a pas, de loin, la taille exceptionnelle de celui de Montpellier. Il est formé par un maître de musique, 3 ou 4 chantres pour le plain-chant, 3 chanteurs adultes pour la musique (haute-contre, taille, basse-taille), un basson, un joueur de basse et un organiste, en plus de 6 enfants de chœur (un septième qui venait de quitter le chapitre en 1790 recevra également une gratification de l’État). Plusieurs parmi ces musiciens peuvent au besoin prendre un instrument ou renforcer la partie des autres. Les chantres sont généralement rétribués au moyen de bénéfices, mais peuvent recevoir des gratifications lorsqu'ils chantent à la chapelle de musique, tel Barthélémy AUGIER, « prêtre conducher » qui sert le chapitre en qualité de chantre et musicien, ou Jacques AFFRE, « diacre bénéficier » décédé dans les mois précédant la dissolution du chapitre. Le maître de musique, Étienne Jérôme LAUDUN, bien que laïc, est lui aussi semi-conducher, alors que les autres musiciens sont très probablement à gages.

L’entretien de cette musique, maîtrise et bénéficiers compris, coûte au chapitre de Béziers environ 7 000 livres par année. Cette somme est pourtant considérée trop importante au vu du service rendu, car, de l’avis du directoire du district de Béziers, « il est notoire que la musique [de la cathédrale] ne vaut absolument rien ». Bien que la cathédrale Saint-Nazaire soit devenue celle du département, on pense donc très vite à renvoyer toute la musique. Cette fragilité de la musique du chapitre cathédral biterrois contraste fortement avec la situation observée à Montpellier. Cela tient sans doute à la précarité du métier de musicien dans la ville. D’une part, un nombre significatif de musiciens du chapitre exercent en parallèle des métiers externes au champ musical (Étienne-Jérôme LAUDUN et Jean DESTRESSE sont fabricants de bas, Pierre Pascal RENÉ travaille au contrôle des impôts). D’autre part, face à la pénurie de hautes-contre ou d’organistes, le chapitre peine à attirer ou à retenir les professionnels qu’il convoite. La correspondance reçue par le chapitre rend compte de ces difficultés pour les décennies de 1760 à 1780 (Alex et Janine BÈGES, La chapelle de musique de la cathédrale Saint Nazaire..., voir bibliographie). L’aire de recrutement du chapitre cathédral de Béziers est par ailleurs plus restreinte que celle de Montpellier. Si là les musiciens accouraient de tout le royaume, ici ils viennent essentiellement des grandes villes du Midi, d’Avignon à Toulouse.

Un chapitre collégial (Saint-Aphrodise) et un prieuré de chanoines réguliers de la congrégation de France (Saint-Jacques) complètent ce panorama des musiciens d’Église biterrois. La collégiale Saint-Aphrodise, avec 10 400 livres de revenus (Pouillé de 1760), un haut chœur formé par 11 chanoines sous l’autorité d’un abbé commendataire et un bas chœur avec 2 hebdomadiers et 17 prébendés, entretient aussi deux chantres laïcs et mariés. Tous les deux ont exercé pendant longtemps, et même après leur réception, des métiers non musicaux. Pour le prieuré-cure Saint Jacques, qui n’a que 6 000 livres de revenus, il n’est pas possible de déterminer si les frais pour l’entretien de l’organiste et de 2 enfants de chœur relèvent plutôt de la fabrique paroissiale ou de la communauté des chanoines réguliers.

La cathédrale d’Agde

Selon l’Almanach historique du Languedoc de 1784, le bas chœur du chapitre cathédral d’Agde comptait 12 hebdomadiers, 32 bénéficiers et 12 « festiers ». La réalité était toutefois moins brillante, car ces derniers, de simples gagistes employés seulement pour l’assistance au chœur les jours de fête, avaient totalement disparu en 1790. À leur place, on trouve un maître de musique (bénéficier), un serpent (le grand itinérant Michel CONCHE) et un organiste à gages, en plus des 6 enfants de chœur. Le service du chœur retombait donc sur des bénéficiers n’affichant pas de prime abord leurs obligations musicales mais chantant en réalité sous la houlette du bénéficier JORDAN, qui, lui, figure parmi les musiciens comme sous-chantre.

Les cathédrales de Saint-Pons et de Lodève

Vue de Lodève (1822)

Vue de Lodève prise en venant de Bédarieux, avec au centre la masse de la cathédrale Saint-Geniès et Saint-Fulcran. Aquarelle de Jean-Marie Amelin, 1822, retouchée en 1845. Fonds Amelin, Médiathèque centrale d'Agglomération Emile Zola, 1652 RES - Vol. 10 - 003.

Comme à Agde, le bas chœur du chapitre cathédral de Saint-Pons présente, de même que son haut chœur, un état en réalité plus modeste que celui qu’en donne l’Almanach historique du Languedoc en 1784. Cette source annonce 18 « prêtres de chœur », alors qu’en 1790 on n’en a identifié que 13, dont seulement six sont effectivement des prêtres. Les sept autres sont des musiciens prébendés laïcs : 3 musiciens sans précision, probablement des chantres, un chantre pour les jours de fête, Pons ALAUZE (au statut inhabituel), une basse-taille, un serpent et un basson qui n’a qu’une semi-prébende. En 1790, Pierre Jacques CAUSSÉ, probablement gagiste, cumulait les fonctions d’organiste et de maître de musique et avait 4 enfants de chœur à charge. Les musiciens prébendés, bien que laïcs, étaient obligés d’assister à tous les offices en surplis et même de revêtir la chape, « de sorte que les musiciens étoient regardés comme des prébandés véritables dont ils faisoient en partie les fonctions ». Bien que théoriquement amovibles par leur statut, aucun d’entre eux ne semble avoir jamais été renvoyé. C’était au contraire l’assurance de jouir d’un traitement à vie et la promesse de prise en charge par le chapitre de tous les frais en cas de maladie qui rendait ces emplois attirants malgré la modicité des revenus associés à chaque prébende.

Ce sont des conditions similaires qui avaient persuadé Jean Joseph AGAR de ne plus quitter les places d’organiste et de maître de psallette qu’il cumulait à la cathédrale de Lodève, où il s’acquittait depuis 1777 de la formation et de l’entretien de 3 enfants de chœur dont on ignore les noms. L’absence d’autres musiciens dans cette cathédrale fait penser que certains parmi les 11 prébendés, 4 hebdomadiers et 4 bénéficiers diacres formant son bas chœur chantaient non seulement le plain-chant mais aussi la musique aux offices quotidiens, comme à Saint-Pons et à Agde.

Autres lieux de musique

Orgue Lépine de la collégiale Saint-Baptiste de Pézenas. Photo Finoskov (Wikipédia), sous GNU Free Documentation License.

Orgue Lépine de la collégiale Saint-Jean-Baptiste de Pézenas. Photo Finoskov (Wikipédia), sous GNU Free Documentation License.

En dehors des villes épiscopales, le plus important lieu de musique du département est la collégiale Saint-Jean de Pézenas. Son chapitre comptait 4 dignités et 9 canonicats, plus 4 « prébendiers » réunis à la mense canoniale, outre « un chantre, un organiste, 2 enfants de chœur [et] un bedeau » gagistes (selon l’Almanach de 1784) que l’on retrouve tous dans les sources de 1790. À Saint-Chinian, l’orgue de l’église paroissiale étant à la charge du corps de la ville, son titulaire, un laïc, Jean Antoine VALENTIN, n’apparaît pas dans les sources concernant les employés ecclésiastiques et ne nous est connu que par les registres paroissiaux.

Grâce à l’implantation locale de facteurs d’orgues renommés, le territoire du futur département de l’Hérault connaît pendant la seconde moitié du XVIIIe siècle un engouement inouï pour les grandes orgues, engouement qui s’étend également au département voisin, l’AUDE. Dom BEDOS de Celles, né dans la région, lance cette vogue en construisant celles de l’abbaye mauriste Saint-Thibéry (1751-1752), suivi de celles érigées par Jean François LÉPINE à la cathédrale de Lodève (1752-1755), à la collégiale de Pézenas (1757-1759) et à la cathédrale de Montpellier (1776-1778). Lépine intervient aussi dans les réparations de l’orgue de l’abbaye mauriste d’Aniane (1761) et de la cathédrale d’Agde (1764). À Aniane, il est relayé par Guillaume MONTURUS, qui travaillera à son tour à la reconstruction de l’orgue du XVIIe siècle de la cathédrale de Béziers (1775), repris ensuite par Joseph ISNARD (1785), avant de construire celui de l‘abbaye de Villemagne-l’Argentière (1779). Jean-Baptiste MICOT père et fils, construisent l’orgue de la cathédrale de Saint-Pons (1778) et Jean-Baptiste fils intervient aussi dans la construction de celui de l’église paroissiale de Saint-Chinian (1782-1784). Jean Pierre CAVAILLÉ, quant à lui, après avoir travaillé à la réparation de l’orgue Dom Bedos de Saint-Thibéry (1782), laisse partiellement inachevé celui de Saint-Guilhem-le-Désert (1782-1789). À l’exception de Villemagne, on connaît désormais la totalité des organistes à la charge de ces grands instruments en 1790. Certains en sont les premiers titulaires. Cet effort pour la possession et la jouissance de grandes orgues touche la plupart des lieux de musique recensés dans le département, et notamment les quatre abbayes mauristes ayant plus de 10 000 livres de revenus (Saint-Thibéry, Aniane, Villemagne et Saint-Guilhem-le-Désert).

Parfois les tableaux de dépenses et les inventaires des institutions religieuses permettent de constater l’implantation, éventuellement forte, de musique dans des lieux où des musiciens n’ont pas encore été identifiés. C’est le cas de l’église paroissiale Notre-Dame des Tables de Montpellier, où l’œuvre de la paroisse entretient rien moins que « l’organiste, le souffleur, les chantres, les quatre enfants de cœur » et un sonneur de cloches. Au monastère des augustines du Saint-Esprit de Béziers on a trouvé au chœur « deux livres pour le chant », de même qu’à celui des ursulines de Pézenas (« un lutrin dans lequel se sont trouvés deux grands livres pour le chant »). Dans ce dernier, la sœur Anne SERMET (née en 1725) donne à penser, par son nom de religion, Sainte-Cécile, qu’elle aurait pu remplir des fonctions musicales.

La musique des cloches

Comme le département de l’AUDE, l’Hérault est connu pour ses carillons et ses ensembles campanaires, ce qui en 1768 avait même donné lieu à la publication d’un texte anonyme qui comparait la situation des sonneurs des deux cathédrales de Béziers et de Montpellier, à l’avantage du second. À Béziers, la présence d’un important ensemble campanaire est effectivement attestée dès le XVIIIe siècle. On connaît en outre les sonneurs ou carillonneurs actifs en 1790 à la collégiale de Pézenas et dans toutes les cathédrales, à l’exception de Saint-Pons. Le plus insolite demeure sans doute celui d’Agde, Antoine ROULLEND, qui est à la fois sonneur des cloches, souffleur de l’orgue, chargé de l’entretien de l’horloge et de « la nourriture des chats qui sont pour préserver ladite orgue des rats ».

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Malgré la richesse inégale des sources, l’enquête Muséfrem a permis de retrouver le détail des parcours d’une large majorité des musiciens d’Église actifs dans le département de l’Hérault au moment de sa création en 1790. Le progrès des recherches du groupe Musefrem dans toute la France a permis même dans plusieurs cas, comme ceux de Pierre Michel ROSÉ, de Michel CONCHE, de Jean Joseph AGAR ou de Jean-Baptiste MUGNIÉ, de retrouver nos musiciens dans les dépouillements documentaires réalisés dans d’autres départements et d’étoffer ainsi les renseignements qu’ils donnaient d’eux mêmes.

Ce qui ressort globalement des parcours des presque 100 musiciens d’Église actifs dans les 14 lieux de musique recensés dans l’Hérault en 1790 est une assez grande stabilité des carrières, soumise néanmoins à variations selon l’importance des institutions musicales qui les emploient. Les lieux de musique les moins riches, dont les abbayes, la collégiale de Pézenas ou les cathédrales de Lodève et de Saint-Pons, recrutent localement, soit parmi les enfants de chœur de leur maîtrise, soit dans des institutions de taille similaire, et gardent longtemps leurs musiciens. Aux cathédrales d’Agde et plus encore à celle de Béziers, ce premier cas de figure demeure possible, mais certains postes-clé de l’organisation musicale (maître de musique, haute-contre, ou organiste) sont confiés à du personnel recruté plus loin et à plus grands frais, ce qui, paradoxalement, ne garantit pas toujours la pérennité des emplois, du moment où ces institutions entrent en concurrence avec de plus grandes cathédrales, comme celle de Montpellier. Celle-ci, qui entretient un large corps de musique, attire les musiciens par les avantages économiques des postes (notamment par la promesse, toujours cruciale, d’un traitement à vie) et par le prestige de l’institution, mais aussi par la diversité de ressources externes qu’offre la grande ville. Montpellier devient ainsi un port d’attache pour de très bons musiciens en provenance d’une large aire géographique, qui une fois installés demeurent dans leur poste comme le font leurs collègues des plus petites institutions. Cette fixité sur le long terme ne devrait pourtant pas cacher la petite itinérance ponctuelle de musiciens qui se déplacent pour les principales solennités d’institutions autres que celles de leur rattachement, tant dans leur ville que dans les villes et villages proches (de Narbonne à Nîmes, en passant par Albi, Rodez ou Millau), dessinant ainsi une trame dense et séculaire de petits déplacements, de rapports personnels, voire d’amitiés, noués par des rencontres répétées et englobant une large constellation de lieux de musique.

Lluís BERTRAN,
Barcelone et Université de Poitiers (janvier 2015)

Le travail sur les musiciens de ce département a bénéficié des contributions cruciales de
Guillaume Avocat, Xavier Bisaro, Bernard Dompnier, Sylvie Granger, Isabelle Langlois, Michel Meunier, Christophe Maillard et Françoise Talvard.

 >>> Si vous disposez de documents ou d’informations permettant de compléter la connaissance des musiciens anciens de ce département, vous pouvez signaler tout élément intéressant ici.
Nous vous en remercions à l’avance.
L’amélioration permanente de cette base de données bénéficiera à tous.

Les lieux de musique en 1790 dans l'Hérault

Les lieux de musique documentés pour 1790 dans le département sont présentés par diocèses et par catégories d’établissements : cathédrale, collégiales, abbayes, monastères et couvents, autres établissements (par exemple d’enseignement, de charité…), paroisses (ces dernières selon l’ordre alphabétique de la localité au sein de chaque diocèse).

Carte des lieux de musique de l'Hérault en 1790

Télécharger la carte en pdf.

Diocèse d’Agde

Diocèse de Béziers

Diocèse de Lodève

Diocèse de Montpellier

Diocèse de Saint-Pons

Pour en savoir plus : indications bibliographiques

  • François LESURE, Dictionnaire musical des villes de province, Paris, Klincksieck, 1999, 367 pages [sur les villes de l’Hérault: p. 92-94 (Béziers), 208-212 (Montpellier)].
  • Gérard BAILLE et Jean-Louis BERGNES (coord.), Orgues en Languedoc-Roussillon. Tome 3 : Hérault, Aix-en-Provence, Association Régionale des Activités Musicales en Languedoc-Roussillon (ARAM-LR), Direction Générale des Affaires Culturelles / Édisud, 1988, 249 pages.
  • Alex et Janine BÈGES, La chapelle de musique de la cathédrale Saint Nazaire, 1590-1790 (La vie musicale à Béziers, tome 1), préface de François Lesure, Béziers, Société de Musicologie du Languedoc, 1982, 258 pages.
  • Émile BERNAT e. a., L'orgue de Saint-Guilhem-le-Désert, Association des Amis de Saint-Guilhem-le-Désert, [s. l., s. d.], 95 pages.
  • Bernard DOMPNIER, « Les corps de musique des cathédrales françaises au XVIIIe siècle. Essai de typologie », Congrès « European Sacred Music. 1550-1800. New Approaches » (Fribourg, juin 2010).
  • Geneviève DURAND, « L’abbaye bénédictine de Saint-Thibéry (Hérault) », Archéologie du Midi médiéval, nº 22 (2004), p. 141-198.
  • Roland GALTIER et Jean-Claude RICHARD, « Les orgues de l'abbaye bénédictine de Villemagne-l'Argentière, I - Guillaume MONTURUS. 1779 », Bulletin de la Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons de l'Hérault, nº 14 (1991), p. 103-112.
  • Annick GELBSEIDEN, « La musique à la cathédrale Saint-Pierre aux XVIIe et XVIIIe siècles », Bulletin historique de la ville de Montpellier, nº 10, p. 21-24.
  • Alice GERVAIS, « Le Concert à Montpellier au siècle de Louis XV », Études sur l’Hérault, nº XIII/6 (1982), p. 9-32.
  • Nicole GROS, Les sieurs Micot, facteurs d'orgues des Lumières, préface de Loïc Metrope, [Saint-Pons-de-Thomières], Association Jean Ribot des Amis de l'Orgue de Saint-Pons de Thomières, [2011], 221 p.
  • Groupe de prosopographie des musiciens, « Les musiciens d’Église en 1790 », Annales historiques de la Révolution française, nº 340 (avril-juin 2005), p. 57-82.
  • Laurent PIE (éd.), Chants des cloches, voix de la terre. Carillons et traditions campanaires en Languedoc-Roussillon, Montpellier, Association régionale des activités musicales en Languedoc-Roussillon / Les Presses de Languedoc, 2000, 286 pages.
  • Roland GALTIER et Jean-Claude RICHARD, « Les Laffon, organistes et facteurs d’orgues », Clermont-L’Hérault, le Grand Orgue, Saint-Geniès-des-Mourgues, Éditions du Bérange, 1999, p. 16-18.
  • Cyril TRIOLAIRE, « Les musiciens d’Église à la fête et au théâtre, entre Révolution et Empire », Revue de Musicologie, nº 94/2 (2008), p. 459-480.
  • Henri VIDAL, « Le grand motet aux États de Languedoc. Note sur la vie musicale à Montpellier au XVIIIe siècle », Recherches sur la musique française classique, nº XXVI (1988-1990), p. 222-229.

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