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Pas-de-Calais

Musique et musiciens d’Église dans le département du PAS-DE-CALAIS autour de 1790

Sommaire

Liste des musiciens du Pas-de-Calais

Url pérenne : http://philidor.cmbv.fr/musefrem/pas-de-calais

Natifs de Béthune, Antoine Busnois (v. 1430-1492) et surtout Pierre de Manchicourt (v. 1510-1564), ont marqué de leur empreinte la musique de leur époque. Manchicourt, choriste à la cathédrale d’Arras avant d’aller diriger la chapelle de Philippe II, est cité par Rabelais dans son Quart-Livre comme l’un des grands compositeurs de son temps. La musique en Artois a connu une sorte d’âge d’or à l’époque des ducs de Bourgogne, avec le développement de la grande polyphonie franco-flamande, puis lorsqu’elle devint la plus méridionale des 17 provinces des Pays-Bas espagnols. Au XVIIe siècle encore, Jean Titelouze (v.1563-1633), né à Saint-Omer, lance les fondements de l’école d’orgue française.
Le XVIIIe siècle semble plus avare en grands compositeurs célébrés par la postérité, même si certains voudraient voir en la personne de l’abbé Jean-Baptiste-Lucien Grisons, maître de chapelle de la cathédrale de Saint-Omer de 1775 à 1787, le véritable auteur de la musique de la Marseillaise, puisque Rouget de L’Isle se serait fortement inspiré des Stances de la calomnie tirées de son oratorio Esther…

* * *

De l'Artois au Pas-de-Calais : présentation du territoire

Le département du Pas-de-Calais, créé en mars 1790, recouvre en grande partie l’ancienne province d’Artois à laquelle ont été rattachés le Boulonnais et le Calaisis, ainsi qu’une petite partie du Ponthieu, qui dépendaient auparavant de la Picardie ; il compte huit districts. Devenue définitivement française pour partie en 1558 (Calais) puis en 1678 pour l’Artois, la région est encore marquée par son fort passé militaire, la citadelle d’Arras est l’une des plus puissantes du royaume et on relève au fil des registres paroissiaux beaucoup de musiciens en poste dans les régiments qui garnisonnent dans de nombreuses localités. Certains d’ailleurs, leur congé obtenu, entrent au service d’églises, à l’instar de Pierre-François MANIEZ qui, aux alentours de 1777, passe de la citadelle à la collégiale d’Aire-sur-la-Lys.

Le département du Pas-de-Calais  en 1795

Le département du Pas-de-Calais en 1795 d’après Louis Marie Prudhomme, « La République française en LXXXVIII départemens », Paris, an III, 3e édition).

L’histoire a fortement imposé sa marque sur les structures administratives de la région. L’Artois a été rattaché à la généralité de Lille en 1754 mais il conserve de forts privilèges : en premier lieu des États qui votent l’impôt, un conseil souverain qui fait office de cour d’appel de toutes les autres juridictions, une exemption de la gabelle, etc. En résumé, l’Artois est une province réputée « étrangère », ce qui explique que les diocèses de son ressort ne figurent pas dans le pouillé de 1760, alors qu’on y trouve le diocèse de Boulogne.

Selon Expilly, les peuples de la province d’Artois sont « bons soldats, attachés à la religion et laborieux (…) dociles, ouverts …». Ils travaillent dans de vastes plaines à la « fertilité admirable » qui font de la province, encore au XVIIIe siècle, « le grenier des Pays-Bas » et l’une des plus riches provinces du royaume : un fort commerce s’organise autour des grains (blé surtout), du lin, du houblon, des « huiles de navette », et aussi, quoiqu’en déclin, autour des laines et de toiles. Quant au Boulonnais, ses gras pâturages permettent l’essor de l’élevage du gros bétail et la vente de « bon beurre ». Boulogne et Calais assurent également un trafic de poisson frais et salé. À la fin de l’Ancien Régime, l’activité semble connaître une reprise grâce à la fois au charbon de terre et aux manufactures de porcelaine et de tabac implantées à Arras. Beaucoup de produits, en particulier les toiles, les bas et le lin sont travaillés et fabriqués à domicile et assurent l’essentiel des revenus des chantres paroissiaux, même si un certain nombre d’entre eux exercent les fonctions de maître d’école. Rien que dans le Boulonnais, on compte environ un millier d’écoles à la fin de l’Ancien Régime.

Le territoire du futur Pas-de-Calais est l’un des plus densément peuplés du royaume en 1790 avec plus de 75 habitants au kilomètre carré soit deux fois la moyenne nationale. Son réseau urbain est également dense même si on ne trouve pas de très grande ville dépassant les 50 000 habitants. Au sommet de la hiérarchie urbaine figurent les trois villes d’Arras (23 000 habitants environ), de Saint-Omer (20 000) et de Boulogne-sur-Mer (10 000), toutes les autres villes ne dépassent pas le seuil des 10 000 habitants comme Aire-sur-la-Lys (8 000), Calais et Béthune (6000), Bapaume et Hesdin (près de 4 000 hab.), Lens (2 000 hab. environ)…

En 1790, les trois villes les plus peuplées sont sièges d’évêché mais deux autres évêchés d’Ancien Régime débordent sur le ressort du nouveau département : au sud, celui d’Amiens s’étend jusqu’au La Canche, fleuve côtier se jetant dans la Manche ; à l’extrémité sud-est, à l’est de Bapaume commence le diocèse de Cambrai. Quant aux diocèses de Boulogne (279 paroisses) et de Saint-Omer (104 paroisses), ils sont de création récente et ont été taillés dans l’ancien ressort de l’évêché de Thérouanne disparu après le sac de la ville par les troupes impériales en 1553. Le diocèse de Saint-Omer déborde en partie en Flandre flamingante (Gravelines, Bourgbourg) et celui d’Arras (403 paroisses) connait une notable extension territoriale dans le Hainaut français puisqu’il circonscrit pratiquement la ville de Valenciennes. À leur tête ont été nommés des prélats tous issus de la plus grande noblesse (Mgr de Conzié à Arras, de Partz de Pressy à Boulogne et de Bruyère de Chalabre à Saint-Omer, ce dernier aumônier de Charles, Fils de France, comte d’Artois depuis 1757). C’est toutefois l’évêque d’Arras, frère de l’archevêque de Tours, qui dispose des plus gros revenus (80 000 livres), pour 50 000 livres à l’évêque de Saint-Omer et 20 000 à celui de Boulogne (selon La France ecclésiastique ou état présent du clergé séculier et régulier…). Cette richesse n’est pas surprenante dans une région où le clergé possède le tiers de la propriété foncière. Elle peut aider à comprendre l’implantation des lieux de musique.

Cette dernière est particulièrement bien connue grâce à l’existence, unique dans le royaume dans l’état actuel de nos connaissances, d’une enquête lancée par le directoire du département en juillet 1790 auprès de toutes les municipalités de son ressort (cf. Berthe et alii). Parmi les soixante questions posées, plusieurs permettent de connaître le nombre d’établissements réguliers, séculiers, églises paroissiales comprises, leur implantation, leur personnel ecclésiastique et surtout, la « liste des chantres, musiciens, organistes et autres personnes attachées cidevant auxdites cathédrales et collégiales, avec leur âge, le nombre d’années de leur service et leur traitement » (question 21). On voit bien le souci de répondre au Comité ecclésiastique de l’Assemblée Nationale. Cette enquête s’avère d’autant plus précieuse que les fonds des séries G et H ont été quasiment anéantis lors des combats de la Grande Guerre, en particulier lors de l’incendie du bâtiment des Archives départementales en juillet 1915. La lecture de l’inventaire antérieur des sources concernant la puissante abbaye Saint-Vaast d’Arras est douloureusement révélatrice des pertes subies.

Près de 200 musiciens et près de 50 lieux de musique identifiés  

Au total, ont été identifiés 194 musiciens et enfants de chœur en fonction en 1790 dans le département du Pas-de-Calais. Ils se répartissent sur 48 lieux de musique effectifs : 20 dans l’ancien diocèse d’Arras, 15 dans celui de Saint-Omer et 10 dans celui de Boulogne, sans oublier les deux qui relevaient du diocèse d’Amiens et le dernier de celui de Cambrai.

Un peu moins de la moitié des musiciens et enfants de chœur se concentrent dans les trois villes épiscopales et c’est Arras qui regroupe le plus gros effectif avec le cinquième de tous les musiciens du département en 1790.

En revanche, si on observe la répartition par grands types d’établissements répertoriés, ce sont les musiciens des six collégiales qui arrivent en tête (le tiers du corpus total départemental) devant ceux des trois cathédrales (un peu moins du tiers), des douze abbayes et des deux couvents (un dixième seulement) ; tous les autres musiciens retrouvés exercent dans le cadre paroissial.

   

Hauts et bas chœurs des trois cathédrales

La cathédrale Notre-Dame-en-Cité d’Arras

La cathédrale Notre-Dame-en-Cité d’Arras au début du XVIIIe siècle d’après le plan relief de 1716 (musée des beaux-arts d’Arras).

http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Arras/Arras-Musee-des-Beaux-Arts.htm

Le premier lieu de musique est la cathédrale Notre-Dame-en-Cité d’Arras, dont le très riche chapitre (près de 300 000 livres de revenus en 1783, compris la dotation des chapelains) est desservi par 4 dignitaires et 34 chanoines, et un bas chœur de 48 chapelains et 16 musiciens selon La France ecclésiastique. En réalité, nous relevons pour l’année 1790, douze musiciens (six laïcs et six chapelains appelés petits vicaires) et 8 enfants de chœur dirigés par le maître de musique Jean-Joseph GRAEB, fils du maître de musique de la célèbre chapelle Saint-Pierre de Valenciennes. Un musicien artésien venait aussi jouer de la basse tous les dimanches et fêtes.

Buffet d’Orgues (début XVIIIe siècle) de l’ancienne cathédrale de Saint-Omer

Buffet d’Orgues (début XVIIIe siècle) de l’ancienne cathédrale de Saint-Omer, (cliché Ch. Maillard)

Photos-Omer 2008, Orgues n° 2534 

Les revenus du chapitre de la cathédrale Notre-Dame de Boulogne sont davantage connus grâce au pouillé de 1760 : ils s’élevaient alors à un peu plus de 7 000 livres. Ils peinent à alimenter décemment les prébendes des 6 dignitaires et des 20 chanoines qui composent le haut chœur. C’est le bas chœur qui a servi à renflouer la mense canoniale ou à financer des emplois de musiciens, pratique courante des chapitres, grâce à l’extinction de 13 de ses 17 chapelles, mais il reste fort de quatre semi-prébendés, 4 vicaires et 14 musiciens à la fin de l’Ancien Régime. En 1787, l’évêque a obtenu aussi la suppression de trois des cinq places de « vicaires-prêtres pour en être formé six de chantres musiciens amovibles au gré du chapitre » (Ad62/ 1M350). Les archives attestent en réalité la présence de 8 musiciens, dont un retraité qui continue de venir chanter au chœur, et 7 enfants de chœur conduits par leur maître attitré. L’ensemble est dirigé par Louis BÉTIZY, maître de musique originaire de la Brie.

Le chapitre de la cathédrale Notre-Dame de Saint-Omer est composé de 6 dignités, 25 chanoines prébendés et 5 semi-prébendés [sic] selon La France ecclésiastique. Selon la même source, son bas chœur comporterait à la fin de l’Ancien Régime 12 bénéficiers, plusieurs chapelains, un maître de musique et 10 enfants de chœur. Nos investigations ont permis de confirmer la présence du jeune maître de musique René TIRON qui avait la charge de diriger 7 enfants de chœur et 10 musiciens, la plupart laïcs dont l’organiste Jean Antoine DEVOS.

   

Les musiciens des collégiales

Dans le ressort du diocèse d’Arras se trouvent les collégiales Saint-Barthélemy de Béthune (un prévôt, 24 chanoines et 24 chapelains en 1763, selon Expilly) et Notre-Dame de Lens (un doyen, 12 chanoines) aux revenus moindres mais qui leur permettent toutefois d’entretenir des corps de musique, surtout à Béthune : un maître de musique, l’abbé Englebert-Vincent VANHECKE, 8 musiciens et 4 enfants de chœur. À Lens, un maître des enfants de chœur dirige 10 enfants et on relève un seul musicien qui accompagne le chant tant à l’orgue qu’au serpent.

Le diocèse de Boulogne abrite une seule petite collégiale : Notre-Dame, à Saint-Pol-sur-Ternoise, dont le haut chœur est peuplé de 7 chanoines seulement, et qui rémunère 2 chantres laïcs, un organiste et 4 enfants de chœur.

Enfin, le diocèse de Saint-Omer possède trois collégiales dont celle de Saint-Martin à Hesdin, située dans une minuscule enclave coincée entre les diocèses d’Amiens et de Boulogne. Cet établissement, composé de 9 chanoines, parvient à gager « deux chantres à qui on accorde une légère rétribution pour aider dans certains offices parce que le chapitre est privé de ressources suffisantes », ainsi que 4 enfants de chœur.

Les collégiales Saint-Omer de Lillers (un doyen, 10 chanoines dont six à « pleine prébende » et les quatre autres ne percevant que la moitié des revenus, 11 bénéficiers, surtout vicaires de chœur, dont plusieurs non-résidents) et Saint-Pierre d’Aire-sur-la-Lys (5 dignitaires et 14 chanoines) entretiennent des bas chœurs forts respectivement de 14 et 17 personnes. À Lillers, le maître de musique, Ignace-François DUVAL, s’occupe de 7 musiciens, plus un surnuméraire, et 6 enfants de chœur ; à Aire, l’abbé Étienne-Marie-Joseph WERQUIN a la charge de 9 musiciens et 7 enfants de chœur.

   

Les organistes des abbayes et couvents

L’ancienne abbaye Saint-Vaast d’Arras

L’ancienne abbaye Saint-Vaast d’Arras, aujourd’hui devenue le musée des Beaux-arts.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Abbaye_Saint-Vaast#/media/File:Abbaye_Saint_Vaast,_Arras.jpg

Très peu nombreux sont les musiciens qu’il a été possible de recenser dans les abbayes et les maisons religieuses en 1790 en raison de sources extrêmement défectueuses ou disparues. La quasi-totalité de ce faible corpus est composée d’organistes d’abbayes situées surtout en milieu rural (Étrun, Maroeuil, Licques, Auchy-les-Hesdin, Frévent, Ruisseauville, Oisy-le-Verger…) ou à proximité de petites villes comme Sainte-Austreberthe de Montreuil. Les seuls établissements implantés en ville sont repérés à Arras (abbaye Saint-Vaast, Abbaye des dames nobles d’Avesnes, couvents des grands carmes et des trinitaires) et à Saint-Omer (abbaye Saint-Bertin).

L'abbaye Saint-Bertin vue du Nord

L'abbaye Saint-Bertin vue du Nord avec au premier plan à droite la petite église de Saint-Martin (Maquette déposée au Musée Sandelin de Saint-Omer)

http://saintomer.pagesperso-orange.fr/monuments/abbaye_1.htm

Dans les abbayes de femmes, des religieuses (trois dans la seule abbaye d’Oisy-le-Verger), ou des « filles majeures », comme la demoiselle Marie-Cécile-Joseph VASSEUR à Sainte-Austreberthe de Montreuil, tiennent les orgues (on ne compte que six femmes musiciennes repérées dans le département, toutes des organistes). Cette faible représentation d’organistes s’étofferait largement si on comptabilisait la presque quarantaine d’édifices religieux dotés d’orgues qui ont été détruites ou déplacées à la Révolution (citons au hasard les églises des récollets de Bapaume, des sœurs grises de Montreuil, des prêtres de la doctrine chrétienne d’Aire-sur-la-Lys, celles des abbayes du Saint-Wulmer de Samer, de Saint-André des-Bois, etc…). La très grande majorité de ces organistes vivent au sein de la communauté, ayant le gîte, le couvert et divers avantages en nature mais aussi une petite rétribution en argent ; conserver le célibat est souvent le sacrifice consenti pour conserver une place sûre et relativement confortable même si le statut s’apparente plutôt à celui de « dépendant » : on le voit à l’abbaye de Cercamp où sont regroupés dans « le bâtiment du fer à cheval […] les écuries et les remises au rez-de-chaussée, et au premier étage, le logement de l'organiste, du portier et des domestiques, surmonté d'un grenier où sont renfermées les graines » (Cardevacque). Pour certains de ces orgues, nous possédons des pistes mais l’organiste se dérobe pour l’année 1790 : à l’abbaye d’Eaucourt, l’organiste Jean-Baptiste FLEURY est mentionné en 1781 au bas d’un acte de sépulture et à l’abbaye du Mont-Saint- Éloi, en 1789 un certain Richard QUEVERNE, organiste, signe à un mariage. Les sources malheureusement se taisent ensuite.

   

Chantres et organistes des paroisses

Cette disette d’informations se retrouve aussi à l’échelle paroissiale : 24 paroisses seulement ont livré des musiciens, surtout dans les plus grandes villes, 10 à Arras et 6 à Saint-Omer ; bref, une aiguille dans une botte de foin. L’enquête départementale les a pourtant rendus plus visibles que ne le font les sources habituelles de l’enquête 1790 [voir introduction] car ils n’étaient pas concernés par le processus d’indemnisation lancé par la Constituante.
Certaines de ces églises paroissiales avaient une structure musicale proche de celles de petites collégiales, ainsi Notre-Dame de Calais desservie par un curé, trois vicaires, un sacristain, un maître de chant et cinq prêtres habitués tous chantres. Si la plupart des musiciens paroissiaux sont des chantres, on relève aussi six organistes. Beaucoup sont des clercs qui assurent également des fonctions vicariales, cela rend d’ailleurs plus difficiles les recherches car certains ont émigré après 1792 et les célibataires sont ardus à traquer dans l’état-civil. Un très grand nombre de curés en poste en 1790, ainsi que leurs vicaires, font figurer dans leur parcours de carrière des années d’activité cantorale, liée ou pas à d’autres fonctions au chœur.

Il serait bon de se pencher sur le statut de ces dizaines de clercs paroissiaux (certains appelés « coutres » car ils cumulent des fonctions de sacristains et bedeaux), qui cache des fonctions cantorales. Ainsi, dans la paroisse de Sangatte, près de Calais, un « clerc laïc » chante la messe et instruit les enfants depuis 21 ans en 1790. À Pommier le « maître d’école chante les offices » et sa rétribution consiste « en pain pour porter l’eau bénite aux paroissiens tous les dimanches […], il reçoit cinq sols par mois des enfants qu’il instruit, et les pauvres gratis, il participe pour le tiers au casuel de l’église » (Berthe et alii).

   

En dépit de l’imperfection de nos données, plusieurs pistes se dégagent déjà dans différents domaines qui permettent de mieux appréhender les musiciens d’Église du département du Pas-de-Calais en 1790. Parmi elles, celle des liens familiaux directs : 15% au minimum des membres de notre corpus sont concernés par ce type de relation avec de nombreux binômes père (musicien)-fils (enfant de chœur) en place dans le même établissement, comme les LEDUC à la cathédrale de Saint-Omer, mais on trouve aussi des fratries comme les BINET à la collégiale de Lens. Trois des fils du sacristain sont au même moment en poste comme organiste, maître des enfants de chœur et enfant de chœur dans l’établissement. Certaines filles de musiciens reçoivent la même éducation que leurs frères et occupent ensuite des fonctions similaires. Chez les VASSEUR de Ruisseauville, le père Augustin-Joseph tient les orgues de l’abbaye, peut-être héritées de son propre père organiste. Les enfants ont accompli une belle carrière puisque la fille aînée Marie-Cécile-Joseph occupe pendant trente ans la tribune de l’abbaye Sainte-Austreberthe de Montreuil et l’un des fils, Étienne-Marie, succède en 1786 à son père.

   
Dans les cathédrales, on rencontre un peu plus fréquemment des musiciens venus de diocèses limitrophes voire de régions beaucoup plus éloignées. La région est très accessible et le réseau routier bien entretenu entre les villes principales : en août 1788, Arthur Young s’extasie sur « l’admirable chemin sablé de Béthune à Arras ». En 1789, le haute-contre Noël Louis LE SACHÉ, natif de Coutances, dépose ses bagages à la cathédrale Notre-Dame-en-Cité d’Arras après avoir, de longues années durant, pérégriné au gré des circonstances entre six établissements au moins de Normandie, de Picardie et de Touraine.

Le théâtre d’Arras, Panoramio, Google Maps

Le théâtre d’Arras, Panoramio, Google Maps

http://www.panoramio.com/photo/55661089

Des pistes de recherches s’ouvrent aussi : par exemple celle de la participation des musiciens d’Église à la vie musicale de leur époque à l’extérieur des murs de leur établissement d’exercice, et cela en dépit des interdits régulièrement fulminés par les chapitres. En Artois comme en Boulonnais, un public friand des mélodies de Grétry, Monsigny ou Pergolèse s’entasse dans les salles privées comme la salle Sainte-Barbe, dépendante de la confrérie des arquebusiers, ouverte en 1763 à Saint-Omer, ou la poste aux chevaux à Boulogne-sur-Mer, ou bien encore l’hôtel Dessein à Calais. Quant à Arras, le magistrat y inaugure un magnifique théâtre d’inspiration néo-classique en 1785. À parcourir les registres paroissiaux, on voit que des liens existent indubitablement entre les deux univers…

   * * *

L’enquête MUSÉFREM a fait émerger tout un univers musical méconnu qui a pris chair grâce à l’identification de dizaines de musiciens et musiciennes ignorés jusqu’alors. Il semble d’ores et déjà que le Pas-de-Calais soit l’un des départements les plus riches en lieux de musique et en musiciens actifs à la fin de l’Ancien Régime, avec son voisin du Nord et, bien évidemment, Paris. L’histoire, la géographie et les moyens financiers élevés des institutions ecclésiastiques locales expliquent en partie cette profusion.
Dorment encore dans des archives de nombreux autres musiciens de cette même génération 1790 que nous n’avons pas renoncé à identifier et à faire revivre sous forme de notices biographiques.
Plaise au lecteur nous aider dans ce long travail de reconnaissance.

Christophe MAILLARD,
CERHIO-UMR 6258, Université du Maine (mai 2014)
Le travail sur les musiciens de ce département a bénéficié des apports de, notamment : 
Bernard Dompnier, Sylvie Granger, Isabelle Langlois …

>>> Si vous disposez de documents ou d’informations permettant de compléter la connaissance des musiciens anciens de ce département, vous pouvez signaler tout élément intéressant ICI. Nous vous en remercions à l’avance.
L’amélioration permanente de cette base de données bénéficiera à tous.

Les lieux de musique en 1790 dans le Pas-de-Calais 

Carte du Pas-de-Calais - lieux de musique

Carte du Pas-de-Calais - lieux de musique

Télécharger la carte en pdf.

Les lieux de musique documentés pour 1790 dans le département sont présentés par diocèse et par catégories d’établissements : cathédrale, collégiales, abbayes, monastères et couvents, autres établissements (par exemple d’enseignement, de charité), paroisses (ces dernières selon l’ordre alphabétique des localités, dans le cadre de chacun des cinq diocèses d’Ancien Régime concernés par le département créé en 1790).

Diocèse d’Arras
Cathédrale

Collégiales

Abbayes, monastères et couvents

Autres établissements

  • Arras, Chapelle de la confrérie de Notre-Dame-des-Ardents

Paroisses

Diocèse de Boulogne
Cathédrale

Collégiales

Abbayes, monastères et couvents

Paroisses

Diocèse de Saint-Omer
Cathédrale

Collégiales

Abbayes, monastères et couvents

Autres établissements

  • Aire-sur-la-Lys, Collège des Doctrinaires (anciennement des Jésuites)

Paroisses

Diocèse d’Amiens

Abbayes, monastères et couvents

Paroisses

  • Montreuil, Église paroissiale Notre-Dame en Darnétal
  • Montreuil, Église paroissiale Saint-Walloy

Diocèse de Cambrai

Abbayes, monastères et couvents

 

Pour en savoir plus : indications bibliographiques

  • François LESURE, Dictionnaire musical des villes de province, Paris, Klincksieck, 1999, 367 p. [sur les villes du Pas-de-Calais : p. 68-70 (Arras), 106-108 (Boulogne), 120 (Calais), 273-274 (Saint-Omer)].
  • L.N BERTHE, P. BOUGARD, D. CANLER, J.M DECELLE, J.P JESSENNE, « Villes et villages du Pas-de-Calais en 1790, 60 questions et leurs réponses », Mémoires de la commission départementale d’Histoire et d’Archéologie du Pas-de-Calais, Tome XXVI-XXVII-XXVIII, Arras, 1990-1991.
  • A. de CARDEVACQUE, « La musique à Arras depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours », Mémoires de l’Académie d’Arras, 1885.
  • P.FANIEN (abbé), Histoire du chapitre d’Arras, Arras, Rousseau-Leroy, 1868, 526 p.
  • Étienne DELAHAYE, Regards sur quelques orgues disparus en Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Éditions Pelin Nord, 1988, 40 p.
  • Bernard HÉDIN, avec la collaboration de Maurice VANMACKELBERG, Les orgues du Pas-de-Calais, Domaine Musiques, 1996, 414 p.
  • Maurice VANMACKELBERG, « Les orgues de l'église Saint-Sépulcre à Saint-Omer de 1714 à nos jours », Mémoires de la commission départementale d'histoire et d'archéologie du Pas-de-Calais, Arras : Commission départementale d'art et d'archéologie du Pas-de-Calais, Revue du Nord, Collection Histoire, n°3, 1987, p. 231-244
  • Maurice VANMACKELBERG, « Les grandes orgues de l’église Notre-Dame de Saint-Omer, de l’orgue Desfontaines à l’orgue A. Cavaillé-Coll », La flûte harmonique, n° 38/39/40, Paris, 1986, 179 p.
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