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Saône-et-Loire

Musique et musiciens d'Église dans le département de la SAÔNE-ET-LOIRE autour de 1790

Sommaire

Liste des musiciens de la Saône-et-Loire

Url pérenne : http://philidor.cmbv.fr/musefrem/saone-et-loire

Couvrant le sud de la Bourgogne, le département de la Saône-et-Loire est l’un des plus vastes taillés dans l’ancienne province. Trois de ses villes, Autun, Chalon et Mâcon, étant sièges épiscopaux à la veille de la Révolution, cela offre à l’enquête Muséfrem la perspective de trois corps de musique a priori importants, auxquels s’ajoutent diverses collégiales, abbayes et églises paroissiales de poids. Les irrégularités des sources n’ont pas permis de répondre pleinement aux espoirs de départ.

I – Un vaste territoire hétérogène

Les vastes dimensions de ce département (8 575 km2) déclinent une palette de paysages contrastés, du Morvan au Jura en passant par les coteaux du Chalonnais ou le bocage bressan, de la vallée de la Loire à celle de la Saône en passant par les prairies du Charollais et les monts du Mâconnais. L’Atlas des Paysages de Saône-et-Loire (2019) ne distingue pas moins de treize unités paysagères. Comme un symbole de cette diversité, l’hydrographie se partage entre trois bassins : à l’est, la Saône est méditerranéenne ; au centre, les rivières de l’Autunois et du Charollais coulent vers la Loire et l’océan ; au nord-ouest, la Reinache et la Cure nées dans le Haut-Morvan s’orientent vers la Seine et la Manche.

• • • La vallée de la Saône est la grande voie millénaire de communication entre nord et sud. Chalon est un port important, où embarquent vers le sud les marchandises venues d’un vaste espace septentrional, ainsi que les voyageurs. L'Almanach Royal pour 1758 décrit ainsi de Paris à Lyon des itinéraires ‘multimodaux’ avant l’heure : la « diligence par terre » (« suspendue sur des ressorts ») contenant huit personnes, part de Paris tous les deux jours, passe par Auxerre, Arnay, puis est relayée à Chalon par la « diligence d'eau » jusqu’à Lyon. Ce trajet dure six jours en hiver, cinq en été. Une autre solution peut être d’emprunter le coche d’eau de Paris à Auxerre ; là les voyageurs trouvent des « carrosses de communication » pour les transporter, « avec leurs hardes, malles et paquets », jusqu’au coche d’eau de Chalon.

À la fin du XVIIIe siècle, en ouvrant le canal du Centre (alors appelé Canal du Charollois) qui fait la jonction entre la Saône à Chalon et la Loire à Digoin, Émiland Gauthey a encore renforcé le rôle de Chalon comme l’une des plaques tournantes du système fluvial français.

• • • Les voies terrestres sont de qualité inégale. Pierre de Saint-Jacob fait observer que l’Ancien Régime aimait « à mettre la route au service de l’eau » et considérait qu’une route latérale à une rivière faisait double emploi. Aussi, écrit-il, « longtemps la Saône, de Chalon à Mâcon, a réduit à un trafic médiocre la route de rive droite ».

De Paris à Lyon existent deux grandes routes concurrentes : celle du Bourbonnais et celle de Bourgogne. Le « carrosse de Paris à Lyon par le Bourbonnais » part une fois par semaine et fait la route en dix jours et demi, lit-on dans l'Almanach de la ville de Lyon pour 1760. La voie bourguignonne passe, elle, par Arnay-le-Duc, mais un autre itinéraire, par Autun, vient rivaliser avec elle et les années 1780 sont marquées par la concurrence féroce que se livrent les deux villes pour capter le trafic des postes.

Les liaisons internes à la Bourgogne sont plus difficiles et les États de Bourgogne exceptionnellement tenus en 1763 à Autun – au lieu de Dijon normalement – mettent en évidence la nécessité d’améliorer la viabilité des chemins reliant Autun aux autres villes de la province et à la Saône. Un nouveau chemin d'Autun à Chalon, par Couches, est établi entre 1763 et 1772.

Quant à la partie bressane du territoire, l’intendant Ferrand la décrivait vers 1700 comme un « pays aquatique » dans lequel il n’y a « pas de grand chemin pavé ». La situation n’a guère changé à la veille de la Révolution et P. de Saint-Jacob estime que Chalon manque toujours alors d’un « hinterland routier oriental ».

• • • L’activité économique est aussi diversifiée que les paysages. Autun, Chalon et Mâcon sont les trois principales villes, qui concentrent les élites administratives, judiciaires et religieuses, et le cortège des institutions qui les accompagnent, tribunaux, collèges, librairies, loges maçonniques… Par contraste, Tournus, Cluny, Paray apparaissent comme des petites cités centrées sur leur abbaye, sans administration majeure. Si Bourbon-Lancy, Montcenis, Louhans restent des bourgs ruraux, Verdun[-sur-le-Doubs] s'affirme comme une localité de commerçants et artisans, tandis que Semur, Marcigny, Charolles, sont de petites villes mixtes (Chr. Lamarre, 1993).

Du nord au sud, la ligne de coteaux viticoles qui borde la vallée de la Saône est scandée de noms célèbres, depuis le mercurey encore bourguignon au nord jusqu’au moulin-à-vent déjà beaujolais au sud. La vallée en elle-même est productrice de céréales sur ses riches terres à blé.

Longtemps frontière, la Saône marque toujours au XVIIIe siècle une coupure. Sur sa rive gauche commence la Bresse, pays d’étangs qui va jusqu’aux premiers contreforts du Jura, et dont Louhans est la principale localité, vivant au rythme de ses marchés, malgré les difficultés de communication.

En repartant de Mâcon vers l’ouest, on traverse à nouveau des coteaux viticoles. Après Couches, le paysage change, les forêts remplacent les vignes, forêts qui deviennent opulentes et drues aux approches d’Autun. Le Morvan est dominé par le Mont Beuvray (810 m) et le Bois du Roi (903 m). Moins rude, le Charollais offre un paysage apaisé d’herbages et de bocage.

Si entre vignoble, élevage, polyculture et sylviculture, l’économie est avant tout agricole, la future Saône-et-Loire se signale aussi pour avoir été un des berceaux de la révolution industrielle avant la lettre. Au village de « Crosot » on avait découvert dès le début du XVIe siècle une strate de houille affleurante. En 1763, une première forge est établie par Fénelon, puis s’installe la cristallerie de la reine, sous le patronage de Marie-Antoinette, avant qu’en 1779 le maître de forges lorrain Wendel et l’ingénieur écossais Wilkinson n’entreprennent de construire un haut-fourneau. En 1789 Le Creusot compte déjà 600 ouvriers.

1-La Saône-et-Loire

Fig 1 - La Saône-et-Loire et ses sept districts créés en 1790 (carte tirée de La République Française en 84 départements, 1793, coll. part., cl. S. Granger).

• • • Les circonscriptions ecclésiastiques essentielles sont bien sûr les trois diocèses qui se partagent le territoire, Autun, Chalon-sur-Saône et Mâcon. Quelques zones appartiennent aux diocèses de Besançon (33 paroisses, dont Louhans), Lyon (10), Saint-Claude (10) et Nevers (une seule paroisse).

À la charnière de 1789 et 1790, l’organisation du département donne lieu à de longues discussions. D’abord pour tracer les délimitations au sein de l’ancienne Bourgogne, c’est finalement une ligne est-ouest qui est adoptée pour démarquer les deux entités : au nord ce qui deviendra la Côte-d’Or, au sud la Saône-et-Loire. Ses limites coïncident à l’ouest, au sud et à l’est avec les anciennes provinces de Nivernais, Bourbonnais, Lyonnais, Bresse et Franche-Comté. Au nord elles suivent les limites des anciens bailliages. Ensuite pour fixer le chef-lieu, rôle convoité par Chalon, Mâcon, Charolles, Autun, et, subsidiairement, par Tournus. Oubliant l’exigence de centralité formulée par la Constituante (se rendre au chef-lieu en moins d'une journée de cheval depuis n'importe quel point du territoire), un décret du 11 février 1791 établit le siège de l’administration préfectorale à Mâcon, pour récompenser le zèle révolutionnaire des Mâconnais et sur l’intervention de l’évêque constitutionnel Mgr Moreau. Mais, pour équilibrer la répartition des fonctions, Chalon est ensuite désigné comme siège de l’autorité judiciaire et Autun comme siège de l’autorité religieuse.

Nous resterons d’abord dans ces trois villes, en étudiant les corps de musique de leurs cathédrales à la veille de la Révolution.

II – Autun : sa « plus grande richesse est la cathédrale »

Isolée dans des paysages rudes de collines et de forêts, mal desservie par les grandes voies de communications, la ville d’Autun n’est pas pour autant coupée du monde. L’évêque d’Autun entre 1767 et 1788 est Mgr de Marbeuf, également ministre de la feuille des bénéfices, qui gérait l'attribution des postes ecclésiastiques en France. Joue-t-il un rôle dans le rayonnement d’Autun ? Les registres capitulaires regorgent d’exemples de chanoines autunois allant fréquemment à Paris (où l’on a des réseaux à entretenir) ou à Lyon (où l’on choisit les soieries des ornements). Plus que tous, les liens avec la ville de Dijon sont intenses et fréquents : c’est de Dijon que l’on fait venir une épinette à 144 livres pour la maîtrise en 1755, c’est à Dijon qu’on écrit pour se « procurer » un organiste (Claude RAMEAU en février 1755) ou un maître de musique (Simon MICHEL en avril-mai 1755, Augustin GUIGNET en janvier 1771), et c’est au Palais de Dijon qu’est longtemps pendante l’affaire qui oppose le chapitre au facteur d’orgues Bénigne BOILLOT, avant qu’elle ne se close sur un arrangement à l’amiable en 1784.

 

2-Autun vers 1780

Fig 2 - Autun vers 1780 (dessin de J.-B. Lallemand, gravé par Mlle Denis, coll. part., cl. S. Granger).

• • • Les Autunois de 1789-1790

Un dénombrement effectué en 1789 donne à Autun une population de 8 556 habitants vivant à l’intérieur des remparts et dans les faubourgs immédiats. Une partie de cette population est finement connue grâce à une « Liste générale des domiciliés de la ville d’Autun et dépendances », publiée en mars 1790 qui livre les noms, prénoms et professions de 2 408 chefs de famille autunois, rangés par rue. Cette liste nous permet de localiser avec précision une douzaine de musiciens d’Église, ainsi que deux maîtres de danse.

• La ville fait figure de capitale religieuse, administrative et commerciale du Morvan. La critique virulente des habitants d’Arnay-le-Duc à l’encontre de ceux d’Autun en 1786 – les deux villes étant alors en rivalité au sujet de la route – esquisse de manière percutante les activités dominantes des Autunois : « Ils n’ont aucune sorte de commerce que celui des bestiaux et leur plus grande richesse est la cathédrale et le nombre des jeunes gens obligés de venir au séminaire » (Ad21/ C346, cité par Chr. Lamarre, p. 233). Cette vision est caricaturale puisque la ville déclinait peu ou prou toute la gamme des activités urbaines habituelles, mais il est vrai que les fonctions administratives et religieuses, ainsi que les échanges commerciaux autour des produits agricoles, jouaient un rôle majeur.

La société autunoise de la fin de l’Ancien Régime se caractérise, écrit Marcel Dorigny, par « une prédominance écrasante de l’artisanat et du commerce de détail et une absence de grands milieux d’affaires, de négoce ou de finance… ». Le même auteur observe que « face à ce monde de l’artisanat et de la boutique, le haut de la société était tenu par un clergé pléthorique… solidement appuyé sur une noblesse de petite envergure… ». Il estime la part du clergé à 7,82 % des actifs de la ville. Ce chiffre, très supérieur à la moyenne de la France d’alors, reflète la fonction religieuse de la ville d’Autun, ville d’Église par excellence.

• La vie intellectuelle apparaît modeste. Après l’expulsion des Jésuites, le collège fondé en 1643 a perdu de son lustre. Seule l’arrivée – tardive, en 1786 seulement – des Oratoriens lui redonne un élan. La ville n’abrite ni université, ni académie, ni société d’agriculture, pas même un cabinet ou un cercle de lecture avant 1792… Bien que comptant un imprimeur et trois libraires, Autun ne publie aucune feuille d’information locale jusqu’en 1793. Les milieux lettrés font venir par la poste les gazettes de Paris ou de Dijon.

• Toutefois une sociabilité intense réunit les élites, toutes étroites qu’elles soient. On l’aperçoit à travers les Mémoires d’Isaac-Mathieu Crommelin (1730-1815), publiés par H. de Fontenay à la fin du XIXe siècle. Lettré et savant, Crommelin a publié des ouvrages, écrit du théâtre, pratiqué la musique, la peinture, la mécanique, l’archéologie. Ses talents et ses vertus lui ouvrent les salons, et à travers ses mémoires on assiste aux fêtes, aux bals, aux concerts, aux dîners, aux réceptions incessantes des élites autunoises.
D’autres types de sociabilités, plus souterraines, perdurent à travers le jeu de l’arquebuse, survivance d’une pratique ancienne, ou se manifestent à travers la Confrérie des Pénitents noirs, active à compter des années 1720, et les trois loges maçonniques implantées au début des années 1770.
Cette confrérie des Pénitents – seule de cette nature dans toute la Bourgogne – n'est pas sans liens avec l’enquête Muséfrem : elle réunit ses membres chaque dimanche autour d’une messe et organise trois processions annuelles. Depuis 1739 elle dispose d’une chapelle propre dans une maison de la petite rue Chauchien. Du milieu des années 1750 au milieu des années 1770, elle a pour concierge un ancien domestique de l’évêque, père de deux enfants de chœur de la cathédrale, Jean-Baptiste et Pierre LANGILIER.

3-Autun la cathédrale St Lazare

Fig 3 - Autun, la cathédrale Saint-Lazare (cl. S. Granger, août 2020).

• • • La cathédrale Saint-Lazare et son bas chœur strictement hiérarchisé

La cathédrale et toutes les activités qui l’entourent sont essentielles au cœur de la cité, et leur héritage peut encore de nos jours se lire dans la structure urbaine du centre historique. La présence du clergé est écrasante dans la ville haute. Le chapitre cathédral est finement documenté grâce à la belle série de registres capitulaires conservés à la Société Eduenne, à Autun – même si l’état préoccupant de certains d’entre eux en interdit aujourd’hui la consultation. On y lit en novembre 1778 une présentation synthétique de la composition du chapitre d’Autun : les prébendes « sont au nombre de 45, savoir celle de M. le Doyen, celle de M. le Chantre, 42 canoniales et la préceptoriale ». S’y ajoutent deux autres prébendes « qui se partagent entre les quatre sous-chantres », lesquels sont donc, de facto, des semi-prébendés. Si ce terme n’est pas employé par le secrétaire capitulaire, on le retrouve dans la description du bas chœur publiée par La France ecclésiastique à la veille de la Révolution : « 4 semi prébendés, 12 chapelains, 11 musiciens, 8 enfants de chœur, 1 organiste ».

Le chapitre rémunère enfin un suisse, le sieur Ignace Crévoisier, « suisse de nation », âgé de 56 ans, un souffleur d'orgues nommé Berret, un « bâtonnier » nommé Jacques Davot qui remplit cette place depuis vingt-deux ans tout en exerçant le métier de vitrier…

Une intéressante conclusion capitulaire, datée du 29 décembre 1780, enregistre les nouveautés vestimentaires issues d’une ordonnance obtenue de l’évêque « pour donner à cette église des habits de chœur distingués ». À travers elle, regardons se dessiner la hiérarchie du bas chœur.

• Quatre sous-chantres en occupent le sommet, portant « le rochet, le bonnet quarré et le camail ou mozette qui sera toujours en étoffe de laine noire ». Mais, attention, « avec une bande en peau de petit-gris à côté des boutons, et une à côté des boutonnières sur le devant du camail, au lieu des deux bandes en cramoisi réservées aux Doyen, dignitaires et chanoines ». Il ne saurait être question de confondre avec les chanoines ces quatre hommes que La France ecclésiastique appelle des semi-prébendés. Néanmoins, sur leur demande insistante, l’évêque leur accorde quelques mois plus tard le droit de doubler leur camail de soie violet foncé et de le ponctuer de boutons et boutonnières de la même couleur. À défaut de « bandes en cramoisi » ils auront du moins des boutons colorés !

En 1790, les quatre sous-chantres sont Sébastien BOULIER (43 ans), Pierre CABRIET, dit Provençal (67 ans), Pierre CHASSEY (31 ans) et Étienne TARTRA (55 ans). Tous anciens enfants de chœur de Saint-Lazare, tous prêtres, ils logent dans la même rue Chapiteau, à proximité immédiate les uns des autres. Dans le chœur, ils siègent sur quatre tabourets recouverts de velours d’Utrecht cramoisi (Registre capitulaire, 11 décembre 1778).

• Suit un nombre indéterminé d’habitués, aussi appelés chapelains, dont quatre sont musiciens.

On les distingue des sous-chantres par un détail des plus subtils : « L’habit des habitués prêtres ou dans les ordres sacrés sera le même que celuy des souchantres, à l’exception que la bande d’un pouce de large à côté des boutons et celle à côté des boutonnières seront en peau d’écureuil. » Et pour eux, pas question de doublure en soie ni de boutons de couleur : noir c’est noir, tout devra être noir.

Les quatre habitués musiciens de 1790 sont mentionnés comme tels dans une liste du personnel du ci-devant chapitre établie par le directoire départemental le 20 novembre 1791 et qui semble la plus précise et exhaustive : REUILLOT, COTTON, CHATILLON et DEVOUCOUX. Se fondant sur l’usage ancien du chapitre d'Autun, le directoire explique que les enfants de chœur « qui prennent l'état ecclésiastique » avaient la perspective « d’obtenir à leur tour, après avoir été habitués, une des quatre places de sous-chantres qui sont en titre de bénéfice ». Dominique REUILLOT, Jacques-Philibert COTTON (24 ans), Jean-Baptiste CHATILLON (21 ans) et Sébastien DEVOUCOUX (17 ans) en étaient à cette étape en 1790 : anciens enfants d’aube, à des dates diverses, ils avaient le rang d’« habitués » et sous leur camail bordé de peau d’écureuil rêvaient à une lointaine sous-chantrerie…

Ainsi se dessine le cursus proposé aux enfants de chœur qui choisissaient la voie ecclésiastique. Tout au long des registres capitulaires, on voit qu’à leur sortie des aubes, les plus méritants sont soutenus quelque temps par le chapitre qui leur verse une « portion » – dont le montant est de 50 livres par an depuis 1755 – d’une fondation créée par M. Vaussin, un ancien doyen, afin de les aider à financer leurs études au collège. En échange, ils doivent « assister à tous les offices du chœur les jours de dimanches et festes et de congé ». Ils sont dès lors gratifiés du titre d’habitué, titre qu’ils perdent s’ils quittent la ville : l’habit de chœur leur est alors « levé » et il leur est interdit de revenir « assister » au chœur.

• Quant aux musiciens laïcs, « ils assisteront au chœur en soutanne, rochet à manches étroites et bonnet quarré », soutane et bas devant impérativement être noirs.

Le corps de musique de la cathédrale Saint-Lazare est en 1790 placé sous la responsabilité du maître de musique Jean-Christophe CONTAT (33 ans). Il comporte six musiciens et chanteurs laïcs : Lazare BARBOTTE (54 ans), Lazare CHAPUIS (62 ans), François CHAPUSOT (62 ans), Lazare DELANGRE (27 ans), Pierre-François GUIGNET (56 ans), Jacques HOCQUARD (46 ans), ainsi qu’un organiste, Laurent-Martial VITCOQ (60 ans).

Les quatre clercs « habitués » précédemment mentionnés doivent être additionnés avec ces sept laïcs (six musiciens + le maître) pour atteindre l’effectif de « onze musiciens » donné par La France ecclésiastique, publication qui compte l’organiste à part. La proportion de clercs et de laïcs au sein du corps de musique n’a rien de figé. Une réforme dans les règles de distribution du vin en 1778 permet de constater qu’il y avait alors six prêtres musiciens « et sept autres musiciens ». Il était alors spécifié que ce dernier chiffre « peut être plus considérable » et qu’en perspective de son augmentation prévisible il fallait garder en caisse « une certaine somme provenant du produit représentatif des vins ». A l’extrême fin de l’année 1780, toutefois, le chapitre revient à plus de rigueur budgétaire : « il n’y aura à l’avenir en ladite église que huit musiciens gagistes sans pouvoir en augmenter le nombre ». Il licencie les trois gagistes entre temps engagés en surnombre. En 1790, on retrouve toujours ce chiffre de huit gagistes laïcs (organiste compris).

Au fil des registres capitulaires, on note une grande stabilité du corps de musique. Contrairement aux soubresauts observés dans certaines autres églises, les renvois, démissions, et par conséquent recrutements sont rares à Autun. C’est normal en ce qui concerne les clercs dont le cursus en lui-même implique une stabilité totale. Mais les laïcs eux aussi semblent se satisfaire de leur sort. Le basson CHAPUIS est là depuis 1745, BARBOTTE et CHAPUSOT depuis 1753, GUIGNET depuis 1761… En dehors de la basse-contre HOCQUARD, en poste depuis 1779, seuls les jeunes, et c’est logique, sont arrivés récemment : le maître de musique CONTAT en 1778 et le serpent DELANGRE en 1786.

• L’organiste de 1790 est en poste quant à lui depuis 1763. Après une première partie de carrière en Normandie, Laurent-Martial VITCOQ, fils d’un maître à danser, frère d’au moins deux organistes, époux en premières noces d’une nièce de François DAGINCOURT, « organiste du Roy et de la cathédrale de Rouen », a offert à la cathédrale d’Autun une plage de stabilité. Celle-ci fait suite à une période de turbulence où l’on avait vu se succéder plusieurs organistes en un court laps de temps : après Nicolas RÉAUX, décédé au début de l’année 1748, le chapitre avait cru réaliser une belle opération en engageant, le 27 mai 1750, le talentueux Laurent DESMAZURES, de Marseille. Mais dès le début de l’année suivante, il était parti pour Dijon… On aperçoit ensuite à la tribune François-Henry LEBŒUF, arrivé de Paris en avril 1753 et reparti fin avril 1755, puis le Dijonnais Claude RAMEAU à compter du 1er mai 1755, jusqu’à son décès en mai 1761. Le 3 août 1761, Nicolas-Jean GUEUDRY « cy devant organiste à Alençon » touche l’orgue à la grand’messe et aux vêpres et reçoit pour cela la somme importante de 12 livres. Quoiqu’il soit « muni des certificats de deux fameux organistes du Royaume dont Lecture a été ouye », il n’est pas reçu, le chapitre préférant ne pas choisir d'organiste avant que l'orgue ne soit remis en état par le facteur BOILLOT.

4-Louis-François TOUTAIN

Fig 4 - Louis-François TOUTAIN, maître de la cathédrale d'Autun de 1766 à 1769 (Autun, Musée Rolin, HV199, cl. Musée Rolin).

Après ces (au minimum) quatre noms en moins de quinze ans, Laurent-Martial VITCOQ reste organiste de 1763 jusqu’à la Révolution. Après la suppression du chapitre, il poursuit son travail au service de l'Église constitutionnelle, sans doute jusqu’à la suspension du culte, vers la fin de 1793. Au cœur de la Terreur, sa fille aînée se marie avec un « ci-devant prêtre » qui est aussi le frère de la troisième épouse de son père, en présence du secrétaire et de plusieurs administrateurs du district d'Autun. Ce jour-là, Laurent-Martial VITCOQ est dit « officier municipal de cette commune ». Cette implication au service du nouveau régime ne suffit pas pour sauver l’orgue de RIEPP, vendu et démonté en mars-avril 1794.

• • • Maître des enfants de chœur et maître de musique

Les deux fonctions sont dissociées à Autun depuis 1769, après le départ du prêtre Louis-François TOUTAIN qui est le dernier à les avoir assumées de concert. Lorsque le 30 décembre 1769 le chapitre accepte la candidature de Joseph GARNIER, ancien maître de la cathédrale de Strasbourg, il décide le même jour que la fonction de maître de musique à laquelle GARNIER est reçu sera désormais indépendante de celle de maître des enfants de chœur, confiée à Étienne TARTRA.

Les maîtres de musique suivants, laïcs, souvent mariés et pères de famille, ne résident plus à la maîtrise mais dans une maison adjacente. Ils ne gèrent plus le quotidien des enfants de chœur, mais viennent leur donner une leçon de musique « chaque jour de la semaine pendant deux heures au moins » (contrat d’Augustin GUIGNET en 1771), ou « deux fois par jour et pendant deux heures chaque fois » (registre capitulaire, 30 janvier 1778).

Succession des maîtres de musique à la cathédrale d’Autun

durant la seconde moitié du XVIIIe siècle

Prénom et NOM (dates de vie lorsqu’elles sont connues) Ville [ou diocèse] d’origine Dates d’exercice à Autun
Jean-Baptiste HAINSSE [diocèse de Paris] de début 1751 au 25 mai 1755
Simon MICHEL Dijon du 26 mai 1755 à septembre 1757
MAILLET [diocèse de Dijon] septembre-novembre 1757
Jacques-Alexandre ROUVRAY (vers 1720 - 27 mars 1766) [diocèse de Chartres] de février 1758 à mars 1766 (il meurt en poste)
Louis-François TOUTAIN (vers 1721 – vers 1773) Le Neubourg [diocèse d’Évreux] du 19 avril 1766 à octobre 1769
Joseph GARNIER (16 avril 1715 – 12 octobre 1779) Dijon reçu le 30 décembre 1769, dates d’exercice réel inconnues ni même confirmées
Jean-Claude-Augustin GUIGNET (6 septembre 1739 – 25 octobre 1812) Salins [diocèse de Besançon] arrivé début mars 1771, démissionne le 12 juin 1772, parti en août 1772 (préavis inachevé)
Furcy-François LEGRAND (vers 1737 – 6 juillet 1781) Péronne en Picardie [diocèse de Noyon]

arrivé mi-octobre 1772,

renvoyé à Noël 1777

Jean-Christophe CONTAT (9 mars 1757 – 17 mai 1798) Paris arrivé le 20 juin 1778

• • • Des enfants de chœur parfois venus de loin

Sur les huit enfants de chœur de 1790, sept ont été identifiés, dont les âges s’échelonnent entre 17 à 8 ans. Ils sont toujours cités dans l’ordre suivant, qui traduit leur rang d’ancienneté à la maîtrise : Lazare GUILLEMET, François DEVOUCOUX, Pierre COMMEGRAIN, Jean COMMEGRAIN, Jean GRAILLOT, André FÉLIX et Antoine CROCHET. Le huitième a été éliminé de leur liste par les administrateurs pour cause de réception postérieure au 1er janvier 1789.

Si la majorité des enfants de chœur sont originaires d’Autun ou des paroisses environnantes, certains viennent de plus loin : Saulieu (40 km environ), Bourbon-Lancy (plus de 60 km), « Moulin en Bourbonnais » (près de 100 km), Pontarlier (180 km) … Les places appelées à se libérer sont annoncées plusieurs mois à l’avance, de façon à ce que « les parents envoyassent leurs enfants qui ont de la voix, afin qu’on leur donne des leçons et qu’on les éprouve » (Registre capitulaire, 12 septembre 1783), ce qui permet une pré-sélection en amont du jury. Cette large anticipation, en laissant le temps au bouche-à-oreille de propager l’information, apporte une part de l’explication aux distances de recrutement observées. Le chapitre y participe lui aussi. Ainsi, en 1755, l'affichage strictement autunois n'ayant rien donné (« les places d’enfants de chœur vacantes ayant été affichées aux églises de cette ville, il ne se présentoit personne pour remplir lesdites places »), les chanoines ont été contraints d'élargir eux-mêmes leur aire de recrutement (« ont délibéré qu’on les feroit publier tant dans les villes que bourgs circonvoisins »).

5-Autun, l'impasse de la maîtrise

Fig 5 - Autun, l'impasse de la maîtrise. On distingue le nom ancien gravé dans la pierre : "Cul de sac de la maîtrise" (cl. M. Meunier, août 2020).

Le dépouillement continu des registres capitulaires montre une grande attention portée par les chanoines d’Autun à leurs enfants de chœur, régulièrement examinés sur leurs progrès. Dans l’espoir de les fidéliser au chœur à l’âge adulte, on pousse ceux qui ont « de la disposition » à apprendre à toucher l’orgue ou à jouer d’autres instruments, que l’on acquiert pour la maîtrise (coup sur coup en 1755 une épinette à 144 livres et un « violon sel »). À partir de 1779, le souffleur touche 6 livres supplémentaires par an « pour avoir tiré les soufflets à différentes fois de l’année pendant la leçon que le sr VITCOQ leur organiste a donné à l’un de leurs enfants de chœur choisi pour cet instrument ». En 1781 cet enfant de chœur « choisi » est Philibert HOUZÉ.

Une partie de ces enfants de chœur solidement formés restent en effet à Autun, comme les quatre sous-chantres et les quatre habitués musiciens, mais aussi les laïcs Lazare CHAPUIS et Lazare BARBOTTE. On en retrouve d’autres dans diverses églises de France, comme Lazare PETOT maître à Saulieu, Pierre LAURENT semi-prébendé à la cathédrale de Bourges ou Gabriel-Hilaire BOUDRY serpent à la cathédrale de Rennes…

Un seul des sept garçons de 1790, semble-t-il, est devenu musicien à l’âge adulte, Pierre COMMEGRAIN. Parmi ceux que l’on a pu suivre, l’un devient instituteur puis « huissier impérial », un autre vétérinaire, un autre s’oriente vers la chirurgie…

Réunissant quatre sous-chantres, quatre musiciens clercs habitués, huit gagistes laïcs et huit enfants de chœur, la cathédrale d’Autun bénéficiait d’effectifs importants. Cette musique bien charpentée avait eu l’occasion de s’illustrer peu avant, lorsque le nouvel évêque était venu prendre possession de son siège épiscopal, le 13 mars 1789. La description de la cérémonie accorde une large place aux psaumes et Te Deum chantés en musique ou grande musique. Ce nouveau prélat n’était autre que… Talleyrand.

III – Chalon : une ville active, une cathédrale mal connue

Piganiol de La Force écrit de Chalon qu’elle est « située sur les bords de la rivière de Saône […] dans une plaine vaste & fertile » et que « cette ville est très marchande » (Nouvelle Description de la France…, p. 487-488).

6-Chalon-sur-Saône vers 1780

Fig 6 - Chalon-sur-Saône vers 1780. Sur la gauche de l'image, qui met particulièrement la Saône en valeur : la cathédrale (dessin de J.-B. Lallemand, coll. part., cl. S. Granger).

• • • Une ville aux fonctions diversifiées

À la veille de la Révolution, Chalon compte une population de 7 à 8 000 habitants dont la structure sociale a été étudiée par Pierre de Saint-Jacob à partir des rôles fiscaux (essentiellement la taille de 1788 qui a le mérite de mentionner aussi les feux privilégiés).

La part du clergé dans la population chalonnaise est très inférieure à ce qui a été observé à Autun : 4,8 % seulement selon P. de Saint-Jacob. Comptée pour 7,5 % du total, la noblesse est constituée d’un peu de noblesse militaire mais surtout d’écuyers souvent titulaires des offices du bailliage, de la ferme, du grenier à sel, etc. Les « bourgeois » forment un groupe important : près de 10 % du total des feux chalonnais. Ils sont marqués par une forte hétérogénéité (de 6 à 281 livres de taille). Le monde de la basoche couvre quant à lui 7 % des feux roturiers (avocats, procureurs, huissiers, notaires…). Mais ce qui domine quantitativement ce sont bien entendu les commerçants et les gens de métiers – parmi lesquels peu d’ouvriers, surtout des petits patrons tenant boutique ou atelier. Notons au passage qu’un commerce sur trois est un cabaret ou une auberge, proportion qui dit le rôle essentiel de Chalon comme ville étape dans les déplacements terrestres et fluviaux. Cherchant à discerner les niveaux de richesse à partir des niveaux d’impôt, P. de Saint-Jacob conclut que la population roturière chalonnaise apparaît « composée d’un cinquième de gens riches, d’un petit tiers de gens aisés, d’une moitié de gens pauvres ».

Les rôles de taille permettent d’apercevoir par petites touches quelques aspects de la sociabilité (trois « empereurs du jeu de l’Arquebuse » figurent parmi les feux privilégiés) et de la vie culturelle locales : régent et professeurs de collège parmi les feux ecclésiastiques, autres enseignants (trois « grammairiens », cinq « maitres écrivains »), rares membres des métiers du livre (un imprimeur, trois relieurs), et artistes (deux sculpteurs).

Curieusement, P. de Saint-Jacob n’a relevé dans son étude aucun musicien, même si Jean-Baptiste MALLARD, à la fois écrivain et musicien, est sans doute compté parmi ses cinq maîtres écrivains. Une certaine vie musicale profane se laisse deviner à travers la présence dans les registres paroissiaux de divers « maîtres de musique », tels François GERBERON, Jean-Baptiste BORDEREAU ou Michel MALLARD, fils de Jean-Baptiste. Sans oublier la famille TOUCHEMOULIN : si Joseph (1727-1801), le plus illustre, fait toute sa carrière en Allemagne, d'abord en tant que maître de chapelle de l'électeur de Cologne, puis à la cour des princes Thurn und Taxis de Ratisbonne, son père Louis TOUCHEMOULIN, en revanche, était régulièrement aperçu comme « musicien » à Chalon, jusqu’à sa mort le dernier jour de l’année 1762. Ni pour lui, ni pour les autres noms cités, un lien formel à la musique d’Église n’a été repéré.

• • • La cathédrale Saint-Vincent, un corps de musique essentiellement ecclésiastique

Architecturalement, la cathédrale Saint-Vincent est l’une des plus intéressantes réalisations du gothique bourguignon, dont l’intérêt a été encore augmenté par la récente (2019) restitution du cloître – reconstruction de l’aile nord, restauration des trois autres. L’ensemble, ainsi que les maisons canoniales voisines, permet de bien imaginer le cadre de travail des musiciens de la cathédrale.

Les sources d’archives concernant le chapitre Saint-Vincent de Chalon sont malheureusement déficientes puisque les délibérations capitulaires ne sont pas localisées à ce jour et que les dossiers de 1790-1791 n’ont fait apparaître que des bribes. Les derniers comptes du chapitre chalonnais, couvrant la période 1781-1789, sont conservés aux Archives départementales, mais ils se sont avérés décevants car les sommes versées chaque année au corps de musique sont exprimées de façon collective (« 2 713 livres deux sols payées aux sieurs sous chantres, habitués et aubreaux suivant la feuille du ponctuateur arrêtée en chapitre » en janvier 1790). Seuls l’organiste et le maître de musique y sont nominalement mentionnés.

7-L'ancienne cathédrale Saint-Vincent de Chalon-sur-Saône vers 1900

Fig 7 - L'ancienne cathédrale Saint-Vincent de Chalon-sur-Saône vers 1900 (carte postale, coll. part., cl. S. Granger).

La France ecclésiastique donne la liste des 24 membres du chapitre, dont sept dignitaires, précisant que ceux-ci « sont chanoines, excepté le grand archidiacre ». Quant au bas chœur, il est ainsi décrit : « deux sous chantres, quatre prébendés, douze habitués ». Aucun gagiste laïc n’est mentionné, alors que, pourtant, l’organiste au moins, Charles KOLB, est laïc, marié, père de famille (il est vrai que par sa fonction il n’entre pas dans le chœur au sens strict). Un récapitulatif des charges de l’ancien chapitre établi en 1791 mentionne une faible somme (800 livres seulement) « pour chantres gagistes et bâtonnier », alors qu’il était dépensé 1 180 livres « pour l'organiste et entretien de l'orgue » et 1 740 livres pour les enfants de chœur. Il est aussi fait mention de 48 livres « pour les quatre chantres fournis à la messe de paroisse par le chapitre », somme dérisoire si elle est annuelle comme tout le laisse penser. Qu’en déduire, sinon que les gagistes ont une place tout à fait accessoire dans la structure du corps de musique de Chalon ?

Une petite annonce de 1773 dessine le profil recherché par les chanoines chalonnais :

Le Chapitre de Chalon-sur-Saône a besoin d'un musicien Prêtre qui ait une basse-taille, pour remplir une place d'habitué vacante. On offre en entrant, outre l'habitualité, dont les émolumens sont de 200 liv.& qui est une place fixe & en titre, une chapelle de 500 liv. Le revenu augmentera plus ou moins par la suite, selon l’assiduité, les talens & la régularité du sujet…(Annonces, affiches et avis divers [de Paris],jeudi 30 septembre 1773, n° 76).

• Ce « musicien prêtre » chantant la basse taille reçoit une « habitualité ». Les musiciens de Chalon sont donc à rechercher essentiellement parmi les douze habitués évoqués. Or ceux-ci sont difficiles à repérer dans les sources dépouillées. Quatre seulement ont été clairement identifiés comme actifs en 1790 : Auguste-Théodore BUFFARD (40 ans), Pierre FAUCONNET (20 ans), Jean-Baptiste DESCOMBES et René RENAUD (tous les deux 18 ans). Tous quatre sont d’ex-enfants de chœur, récents pour les trois derniers cités, plus ancien pour le premier. On peut leur ajouter le prêtre Joseph CLAVELOT : celui-ci est « habitué de la cathédrale » de Chalon lorsqu’en septembre 1789 il est témoin de la sépulture d’un autre prêtre, Jean-Baptiste DAUZON, qui était « premier habitué de cette église ». On peut supposer – sans certitude – que ces deux hommes correspondaient bien au profil recherché par la petite annonce de 1773. Ajoutons que Joseph CLAVELOT mènera après le Concordat une belle carrière au chapitre d’Orléans, dont il devient archidiacre puis grand-chantre.

Le maître de musique a été découvert grâce aux comptes : il s’agit du prêtre Jacques-Nicolas BOURÉ, qui était déjà en poste en 1767. Également chargé des enfants de chœur, il est attesté au chœur jusqu’en 1790, âgé d’environ 57 ans, mais il reste mal connu.

Enfin, les deux sous-chantres sont les prêtres Denis POINT, qui a en 1790 rang de premier sous-chantre, et Raymond GAUDEAU, second sous-chantre. Deux sous-chantres, un maître de musique, cinq ou six musiciens habitués : l’effectif n’est probablement pas complet ainsi.

• Seul laïc fermement identifié dans l’effectif de 1790, l’organiste alsacien Charles KOLB, fils d’un marchand, déclare en 1791 que le jeu de l’orgue est « le seul genre de talent auquel il se soit adonné depuis son enfance ». Il avait succédé à Joseph LETOURNEUR, décédé le 26 décembre 1773, l’un des membres de la vaste famille d’organistes issue d’Étienne TOURNEUR et Simone Éluard, de Sézanne [Marne]. En amont, on connait mal leurs prédécesseurs, à l’exception de Jean LETOURNEUR, père de Joseph, mort quand celui-ci avait 9 ans seulement.

L’histoire de l’orgue de Saint-Vincent elle-même reste largement un mystère, bien qu’un instrument soit attesté dès 1535, écrit Pierre Marie Guéritey. Celui qu’ont touché les LETOURNEUR père et fils puis Charles KOLB date du tout début du XVIIIe siècle (vers 1702-1703) et est dû à Julien TRIBUOT. Réparé par Karl-Joseph RIEPP avant 1752, il survit à la Révolution et en 1805, François CALLINET effectue une importante restauration pour la somme de 2 100 livres. L’instrument actuellement en place dans l’église résulte de nombreux chantiers au fil des XIXe et XXe siècles, il y subsiste toutefois « quelques éléments du XVIIIe siècle » (P. M. Guéritey).

• • • Les enfants de chœur de la cathédrale : origines et devenir

Paradoxalement, les enfants de chœur sont mieux connus que les adultes du corps de musique, grâce à leurs dossiers d’indemnisation du début des années 1790. Ils étaient en principe au nombre de huit, dont sept ont actuellement été identifiés. Leurs dates respectives d’entrée à la maîtrise sont connues – malgré la perte des registres capitulaires – grâce au travail du district qui, en février 1793, a pris la peine de recopier « les extraits d'actes d'admission des pétitionnaires relevés sur le registre des [conclusions] capitulaires dudit chapitre déposé au secrétariat du district ». Elles permettent d’établir la liste suivante, selon le rang d’ancienneté : derrière Jean-Baptiste FORESTIER, reçu le 10 mai 1783, on trouve Jean-Marie-Claude DUGUET, reçu le 1er avril 1784, Jacques DESCOMBES, le 16 novembre 1785, Jean RENAUD, le 23 avril 1787, Jean-Baptiste MONSSU, le 12 avril 1788. Pierre BERTRAND, entré à la maîtrise le 2 mai 1789, est éliminé de certains recensements administratifs à cause de sa réception postérieure au 1er janvier 1789, de même que Louis BRUN, tout dernier reçu.

Comme à Autun, il peut arriver que certains enfants de chœur soient recrutés loin. Les parents du petit Toussaint-Jean-Baptiste BOUDRIOT qui meurt, âgé de huit ans, le jour de l'Assomption 1777, habitent Poligny (à plus de 70 km à l'est de Chalon). Claude GADOIS, reçu enfant de chœur en 1756, venait de Nuits, à 45 km au nord. Était-ce fréquent ou exceptionnel ? Ceux de 1790 sur lesquels on a pu mener l’enquête sont tous natifs de Chalon, et qui plus est, de la paroisse Saint-Vincent. Ils sont issus de pères qui exercent des métiers variés : tabletier, tonnelier, imprimeur, ou encore marchand-libraire et relieur.

En 1791 lorsque quatre de ces enfants de chœur font une demande de gratification, ils se décrivent comme « de jeunes citoyens qui brûlent du désir de se rendre utiles à leur patrie ». Ceux des habitués et des enfants de chœur qui ont pu être suivis postérieurement à la Révolution montrent des itinéraires assez classiques : maîtres d’école, imprimeurs, arpenteur… Pierre FAUCONNET a occupé divers postes dans le monde de l'éducation (instituteur, professeur de langues anciennes, principal de collège…). Ses enfants, solidement éduqués, ont ensuite renforcé la position sociale de la famille (fils devenus médecins, beaux mariages…). L’ex-aîné des enfants de chœur de 1790, Jean-Baptiste FORESTIER, fait quant à lui usage des talents acquis à la maîtrise en étant longuement musicien dans les armées de l’Empire puis de la Restauration.

Parmi les anciens enfants de chœur formés à Chalon actifs en 1790, on connaît Joseph BORGET, basse-taille à la cathédrale de Dijon, et probablement Jean-Louis CHÉZEAU, organiste à Pontoise.

Un autre se retrouve maître de la cathédrale voisine Saint-Vincent de Mâcon : Claude GADOIS.

IV – Mâcon : la capitale du sud 

À mi-chemin de Chalon-sur-Saône et de Lyon, Mâcon s’affiche comme la ville la plus méridionale de la Bourgogne, tant par sa situation à la limite sud de la province et du département, que par certains éléments de son patrimoine (toits en tuiles canal…). La ville se trouve au carrefour de la plaine de Bresse, à l’est, des monts granitiques du Beaujolais au sud et des vallonnements du Charolais à l’ouest, au point de rencontre des volailles, du vin et des bovins. Ville paisible dominée par une activité administrative, Mâcon est appuyée à ses coteaux de vignes, au point d’être parfois désignée comme le balcon, voire le belvédère, de la Saône.

• La Saône est évidemment l’élément majeur du réseau hydrographique du territoire mâconnais. Cette rivière large, lente et peu profonde, sujette à de hautes eaux en hiver, a toujours été importante pour les activités de la ville. Ses berges ont été corsetées de quais au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle (début des travaux, encouragés par l’Intendant, en 1756, destruction du rempart longeant la Saône en 1763). Très vite, le quai devient une promenade prisée : dès le 2 mai 1760, une ordonnance de police autorise le sieur Godefroy Plimion, dit La France, à placer des chaises sur le quai pour l’usage de ceux qui s’y promènent, et bien entendu à en retirer profit. Un seul pont urbain relie, aujourd’hui encore, les deux rives : en face de Mâcon sur la rive droite, se trouve Saint-Laurent, rive gauche, et, au-delà, la plaine de Bresse, un tout autre terroir…

8-Le pont sur la Saône à Mâcon

Fig 8 - Le pont sur la Saône à Mâcon, vu du sud. Au centre : le clocher de Saint-Laurent, rive gauche (cl. M. Meunier, août 2020).

• Parmi les activités mâconnaises, il faut signaler la manufacture royale de faïence créée au milieu du XVIIIe siècle hors les murs à proximité de la Saône, concurrencée par deux établissements créés au faubourg de La Barre, à l’ouest de la ville. La production faïencière fait vivre de nombreuses familles, potiers, dessinateurs et peintres en faïence. Parmi ces derniers, Jacques LENORMAND, fils d’un « peintre faillancier » de Rouen, est aussi musicien lui-même, et père et beau-père de musiciens.

• Une assez active vie culturelle se laisse deviner à Mâcon. Un collège jésuite existe à partir de 1650, installé un peu plus tard dans de nouveaux bâtiments achevés en 1678. Après l’expulsion des Jésuites, le collège est confié aux Dominicains (Jacobins) puis à des prêtres séculiers jusqu’à la Révolution. En 1775, on lui annexe une école de dessin. Plusieurs libraires sont attestés ainsi que des pratiquants de métiers d’art, notamment des sculpteurs (Jean-Baptiste Chambard et Jean-Baptiste Simon en 1787)… Comme dans les autres villes de Bourgogne, on entr’aperçoit la persistance d’une sociabilité autour des jeux d’adresse et du tir à l’Oiseau… À Mâcon existaient deux compagnies, les Chevaliers de l’Arquebuse et les Chevaliers de l’Arcangelet (lisez l’Arc à jalet, selon Gabriel Jeanton). Le 1er avril 1788 se marie à la cathédrale le « concierge du jeu d’arballete de la ville de Mâcon ».

• Mais la pièce maîtresse de la vie culturelle mâconnaise est le théâtre de M. de Montrevel, dont Georges Escoffier a étudié le fonctionnement à plusieurs reprises (voir bibliographie). En 1767, le comte Florent-Alexandre-Melchior de La Baume de Montrevel (1736-1794) achète un bel hôtel particulier récemment édifié (vers 1755). Ce témoignage exceptionnel de l’architecture aristocratique des Lumières, remarquablement situé le long des quais de la Saône, proclame aux yeux de tous le prestige du comte, et plus encore lorsqu’il y fait ajouter une salle de spectacle, ouverte en 1772. Parée d’un décor blanc, bleu de Prusse et gris, aux colonnes rehaussées de dorures, elle comporte un parterre sans siège (utilisé aussi pour les bals), un amphithéâtre garni de fauteuils, deux rangs de loges aux tentures rouges (32 x 8 places), et une galerie surélevée dénommée Paradis, sans oublier des coulisses avec la machinerie, un chauffoir pour le public, un foyer pour les comédiens… Un café et une boutique de mode ouvrant sur le quai complètent le dispositif. Un témoin rapporte que « l’architecture, les machines et les décorations étaient, quoiqu’en petit, exécutées avec autant de perfection que dans un théâtre de grande ville ». Il ne s’agit pas là d’un théâtre privé où le comte et ses amis se divertiraient en jouant eux-mêmes la comédie, mais bien d’une salle ouverte au public – à l’exception des domestiques –, louée aux directeurs de troupes en échange d’une part des recettes. Le comte lui-même a établi un règlement strict, prévoyant par exemple que lors des bals « le directeur aura au moins à l’orchestre six instruments ». Les invités du comte passent directement de ses appartements dans sa loge, évitant le mélange social, tout en étant incités à déposer une somme de leur choix dans une boîte placée à l’entrée de la loge. G. Escoffier note qu’ici l’apparence du désintéressement et de la générosité aristocratiques est maintenue, tout comme le rang protocolaire, et que, en même temps, « la participation à l’échange économique, bien que dissimulée, est réelle ».

L’évergétisme de M. de Montrevel est un intéressant mélange de philanthropie et d’entreprise commerciale.

En 1792, la ville de Mâcon achète l’hôtel de Montrevel et en fait l’Hôtel de ville. La salle de spectacle a malheureusement brûlé au début du XXe siècle.

9-L'hôtel de Montrevel à Mâcon

Fig 9 - L'hôtel de Montrevel à Mâcon, actuel Hôtel de ville (cl. M. Meunier, août 2020).

On devine que cette active vie culturelle, ainsi que la présence de clientèles aristocratique et bourgeoise suffisantes pour faire vivre des maîtres d’agrément, ont attiré dans la ville des artistes venus d’ailleurs. Dès 1760, on y aperçoit notamment le facteur d’orgues et de clavecins Pierre KETTENHOVEN, originaire de Cologne. Après avoir tenté sa chance à Lyon durant la décennie 1770, il revient à Mâcon et en 1790, l’un de ses fils est enfant de chœur à la collégiale Saint-Pierre. Plusieurs autres musiciens étrangers sont attestés à Mâcon comme Jacques (ou Jacob) HUBSCH, né à Mayence et présent à Mâcon à partir de 1784, ou les frères SCHAFFNER engagés par Montrevel en 1788. François ROUDET – qui malgré son patronyme français est né en Bohême –, arrive à Mâcon en 1799, et à une date inconnue – peut-être en même temps – s’installe Jean HERCHPERCK, lui aussi natif de Bohême.

• • • Le corps de musique de la cathédrale Saint-Vincent

Si les sources concernant le chapitre mâconnais sont moins sinistrées que celles de Chalon, elles n’en demeurent pas moins très incomplètes. Ainsi, les registres capitulaires de la cathédrale de Mâcon conservés aux Archives départementales s’arrêtent-ils en 1773… Les suivants sont déclarés « non localisés ».

Le registre capitulaire affirme : « Il y a vingt prébendes dans l’église cathédrale de Mâcon, dont les revenus consistent en distributions, quottes ou gros fruits et en préciputs »(26 décembre 1755). La France ecclésiastique de 1790 nomme seize membres du chapitre de la cathédrale, dont six dignités, un Doyen, un Chantre et quatre archidiacres, en précisant « Les Dignitaires sont chanoines, excepté le 3e Archidiacre », ce qui donne un total de quinze chanoines. Le bas chœur est elliptiquement décrit : « un vicaire perpétuel, 27 officiers, un corps de Musique ». Une délibération de 1763 donne à voir ce corps de musique, alors constitué de sept hommes (l’organiste n’est pas mentionné). Les registres paroissiaux ont été d’un appui précieux pour reconstituer ce qu’il était à la veille de 1790. Une partie des musiciens logent au plus près de la cathédrale et du quartier canonial, entretenant entre eux une sociabilité serrée dont les registres paroissiaux de Saint-Vincent se font l’écho. D’autres vivent « sur la Baille », le quartier haut et populeux occupant la partie sud de l’ancien castrum romain.

11-Maquette représentant l'ancienne cathédrale de Mâcon

Fig 11 - Maquette représentant l'ancienne cathédrale de Mâcon : avant sa démolition en 1799 elle mesurait 74 m de long (cl. M. Meunier, août 2020)

10-De l'ancienne cathédrale de Mâcon

Fig 10 - De l'ancienne cathédrale de Mâcon, seuls subsistent le narthex et les deux tours (cl. M. Meunier, août 2020)

La responsabilité de ce corps de musique incombe au prêtre Claude GADOIS depuis la disparition de son prédécesseur, Guillaume LEBLANC, en octobre 1788. Dissimulant les éventuelles fonctions musicales, la terminologie déroute. Ainsi rencontre-t-on à Sant-Vincent de Mâcon des prêtres catherins ou co-catherins : les catherins forment un collège de six chapelains, fondé en la chapelle Sainte-Catherine dans la cathédrale de Mâcon, explique Gabriel Jeanton. Ils logent dans la « maison des Catherins » située à côté de la maîtrise, donc sur la place qui est devant Saint-Vincent. D’ailleurs la rue de la maîtrise se confond sur certains plans anciens avec la rue des Catherins. Parmi les catherins attestés à la veille de la Révolution, on repère Pierre COINDARD, par ailleurs « distributaire et maître de chœur ». Plusieurs ecclésiastiques sont « distributaires » (ils émargent aux « distributions » du bas chœur), sans que leur rôle musical soit avéré. Parmi eux, trois ont été retenus dans le corpus Muséfrem à cause de leur titulature ou de leur passé maîtrisien qui suggèrent une active participation au chant : Pierre COINDARD, 46 ans, déjà cité, Jean-Baptiste FAURE VINCENT, 32 ans, « distributaire et habitué », et Claude CHATENAY, 22 ans, ex-enfant de chœur devenu « thuriféraire ». En ajoutant ces trois hommes aux laïcs, on obtient un effectif équivalent à celui qui est avéré en 1763.

Les fonctions sont plus nettement exprimées du côté des laïcs où l’on identifie un organiste (voir ci-après), un serpent-basson nommé Pierre DUBIEF (33 ans), et deux basse-contre, Joseph Hyacinthe BAILLY, 36 ans, et Jean-François-Xavier MOTET, 33 ans, tous deux originaires de Franche-Comté et qui semblent issus de lutrins paroissiaux, sans être passés par une maîtrise. Un cinquième homme exerçait à leurs côtés : Jean-Baptiste-Marie JARNAGE. Il ne figure pas dans les dossiers d’indemnisation, et pour cause : il meurt subitement le 26 juillet 1790. Il était au service de la cathédrale depuis très longtemps, apparaissant pour la première fois dans la liste des « distributaires » en juin 1742, il était alors « clerc tonsuré et habitué ». Ayant obtenu du chapitre un contrat à vie en 1754, il avait ensuite abandonné son statut clérical pour se marier en 1756.

Le bas chœur mâconnais comporte également un fort effectif de trois bâtonniers et deux sous-bâtonniers, laïcs, dont rien n’indique qu’ils aient un rôle musical ni cantoral. Figurent enfin dans les tableaux du directoire départemental envoyés à Paris un sacristain, un marguillier et un suisse. Tout cela constitue un personnel important, mais au sein duquel les musiciens avérés sont finalement peu nombreux.

• • • Un neveu de RAMEAU à la tribune

L’orgue de la cathédrale de Mâcon en 1790 reste mal connu. Selon Henri Martinet, « il s’agissait d’un grand 16 pieds, un instrument de 35 ou 40 jeux » qui malgré les plaidoyers en sa faveur a été détruit vers 1799, sans doute en même temps que l’église elle-même.

Le souffleur de 1790 se nomme François Faure et reçoit des gages de 48 livres par an. Quant à celui qui touche l’instrument..., c’est un neveu du grand RAMEAU.
Né à Autun de la seconde épouse de Claude RAMEAU, Lazare RAMEAU est bel et bien un « neveu de Rameau ». Toutefois ce n’est pas lui qui a fourni la figure centrale du roman de Diderot, mais son demi-frère Jean-François. Orphelin de son père à l’âge de quatre ans et quelques mois, Lazare n’a guère pu être initié au jeu de l’orgue sur les genoux paternels, et c’est à la maîtrise de sa ville natale qu’il a essentiellement été formé à la musique. Incontestablement doué et précoce, il aurait dès l’âge de 9 ans touché l’orgue des Cordeliers d’Autun (tout en fréquentant la maîtrise). Il a d’abord un profil d’organiste instable, passant ici ou là des auditions (Beaune), ne restant pas longtemps en poste lorsqu’il est reçu (Étampes, Pithiviers, Montfort-l’Amaury…). Puis, à partir de janvier 1783, il se stabilise à Mâcon où il se marie en janvier 1789, en présence de Charles-Joseph MOMIGNY, organiste de l’autre grande église mâconnaise, la collégiale Saint-Pierre (voir ci-après) et du facteur d’orgues Charles LEBÈGUE. On remarque au passage que le marié produit au bas de son acte de mariage une signature révélatrice : « L.Rameau, neveu ».

Le chapitre cathédral lui verse environ 900 livres par an, 800 d’honoraires fixes, et « indépendamment, il avait part aux distributions qui pouvoient monter annuellement à cent livres ». Lorsqu’il meurt, en octobre 1794, il est dit « organiste de cette commune ».

On connaît au moins une œuvre musicale de Lazare RAMEAU : ce sont Trois sonates pour Clavecin ou Piano forte, avec accompagnement d’un violon ad libitum, publiées vers 1787 chez Imbault, à Paris, actuellement conservées à la BnF. Il s’y présente ainsi : « L.L. Rameau, Neveu, organiste de l’église de Mâcon ». L’ouvrage est dédié à Mlle de Pierreclos l’aînée, peut-être l’une de ces écolières qui arrondissaient ses revenus et auxquelles il fait référence dans l’une de ses suppliques des années 1790.

• • • Les enfants de chœur et leurs maîtres

Comme à Autun, les fonctions de maître de musique et de maître des enfants de chœur sont disjointes à Saint-Vincent de Mâcon. Le registre capitulaire révèle qu’elles l’ont même été près de vingt ans plus tôt qu’à Autun : dès 1750, le chapitre procède à l’engagement, le même jour, d’un nouveau maître de musique (Joseph GARNIER) et d’un maître des enfants de chœur (Claude MIROLIN). Remarquons que – comme à Autun en 1769 – c’est le recrutement du compositeur Joseph GARNIER qui provoque cette décision, alors que ses prédécesseurs étaient nettement chargés des deux missions. Les successeurs de GARNIER doivent « enseigner la musique aux enfants de chœur et la régir dans l’église » (registre capitulaire, 23 février 1759), sans aucunement gérer la vie quotidienne de la maîtrise. Le chapitre procède à un autre allègement du poste, plus étonnant, lors de l’engagement de Guillaume LEBLANC en 1757 : celui-ci fera toutes les fonctions de maître de musique « à l’exception de la composition » pour laquelle, pouvons-nous supposer, il n’a pas les compétences requises. Le résultat ne se fait pas attendre : dès janvier 1759 il faut acheter à Paris « un livre de messes imprimé [sic] en musique ». Néanmoins, Guillaume LEBLANC offre à la cathédrale de Mâcon une longue plage de stabilité qui fait suite à une période où s’étaient succédé à un rythme soutenu de nombreux maîtres de musique, comme le montre le tableau suivant.

Succession des maîtres de musique à la cathédrale de Mâcon

(à partir du début des registres capitulaires conservés, 1732)

Prénom et NOM (dates de vie lorsqu’elles sont connues) Ville [ou diocèse] d’origine Dates d’exercice à Mâcon
Michel LAUBERAUT (vers 1708 – 5 mai 1758) diocèse de Mâcon de ? au 26 juin 1733
Jean CAVIGNON (vers 1682 – 28 février 1744) diocèse de Meaux du 1er août 1733 au 13 novembre 1733
Robert NOURISSON ( ? – 26 juillet 1734) [Paris] du 9 décembre 1733 au 26 juillet 1734
Martin-Joseph DESTOMBES ( ? – 28 avril 1762) Bruxelles du 22 août 1734 au 17 avril 1735
François-Antoine FOY [FOUET] (vers 1705 - ?) diocèse de Coutances 1er juin 1735 au 21 avril 1736
Antoine OLIER (24 janvier 1694 – 7 avril 1744) diocèse de Clermont nommé le 21 avril 1736, prise de poste fin mai 1736 / parti le 31 juillet 1738
Jean CAVIGNON (vers 1682 – 28 février 1744) diocèse de Meaux vers sept-oct 1738 / parti le 19 juillet 1742
Jean DESHAYES ( ? - ?) diocèse d’Autun du 12 juillet 1743 à mai 1744
Joseph BELOT (22 septembre 1724 – 4 décembre 1787) Flagey (près de Langres) du 7 août 1744 au 30 juillet 1748
Michel LAUBERAUT (vers 1708 – 5 mai 1758) diocèse de Mâcon du 1er août 1748 à l’été 1750 (malade en janvier 1750)
Joseph GARNIER (16 avril 1715 – 12 octobre 1779) Dijon du 16 août 1750 à mi- janvier 1751 (parti pour Beaune)
Marie-Séraphin GUYARD ( ? – 16 juin 1789) Paris de début mai 1751 au 22 août 1752
Joseph GARNIER (16 avril 1715 – 12 octobre 1779) Dijon du 22 août 1752 à mi-août 1757
Guillaume LEBLANC (vers 1720 – 8 octobre 1788) « Rhodes »[Rodez ?] du 26 août 1757 à septembre 1788
Claude GADOIS (12 mai 1748 – 11 avril 1794) Nuits-Saint-Georges [Côte-d’Or] d’octobre 1788 environ à 1791…

En 1790, le maître des enfants de chœur est l’abbé BOUTOUGE. C’est lui qui le 21 décembre 1790 accueille les administrateurs venus dresser l’inventaire de la maîtrise dans la maison située face au grand porche de la cathédrale. La chambre des enfants de chœur comporte « six lits à quatre colonnes garnis chacun de leurs rideaux de Bergame », tandis que le maître dort dans « un lit garni à la duchesse ».

Les enfants de chœur sont au nombre de six, soit deux de moins que dans les autres cathédrales du futur département. Ceux de 1790 sont énumérés dans l’ordre suivant, qui reflète leur rang d’ancienneté : Pierre JEUNET, François MATRAY, Gilbert PETIT (alias PETIT aîné), François PETIT (alias PETIT cadet), Benoit CHARLET et Florent GALLET/GALLAIS. Contrairement à celui de Chalon, le district de Mâcon n'a pas pris la peine de relever les dates de réception – ni les âges – des enfants de chœur, faisant le choix de leur accorder une indemnité égale, quelle qu’ait été leur ancienneté. Les investigations ont néanmoins permis d’éclairer cinq de ces six jeunes garçons.

Comme souvent, leurs origines sociales se placent majoritairement dans l’artisanat urbain : les pères identifiés sont menuisier, marchand grainetier, chaufournier. Plus exceptionnel, l’un d’entre eux appartient au monde des gens de maison : le père de Benoît CHARLET est valet de chambre chez un bourgeois de Mâcon, et sa mère était coiffeuse lors de leur mariage.

Si le maître des enfants de chœur, Claude BOUTOUGE, a sans doute un rôle important de répétiteur, en revanche, comme à Autun, les leçons de musique et de chant leur sont dispensées par le maître de musique de la cathédrale, le prêtre Claude GADOIS. Dans certains cas, l’aîné pouvait bénéficier d’une formation complémentaire, notamment à l’orgue. Ainsi, Antoine PRIMET, ancien enfant de chœur de Saint-Vincent de Mâcon, est-il en 1790 organiste de l'abbaye mauriste Saint-Alyre de Clermont-Ferrand. Les registres capitulaires conservés font aussi mention à l’occasion de leçons de violon données aux enfants de chœur (dans les années 1750 et 1760 par le joueur de basse Paul DESGRETS).

Aucun des garçons de l’effectif 1790, pourtant, ne semble être ultérieurement devenu musicien. JEUNET, engagé dans l’armée dès janvier 1793, mène une carrière militaire pendant plus de vingt ans. MATRAY devient tonnelier et épouse une fille de tonnelier. CHARLET, le fils du valet de chambre, devient négociant puis rentier. Quant aux frères PETIT, l’aîné meurt à l’âge de 14 ans, le cadet, d’abord domestique, épouse une fille de paysans de la Bresse et s’installe comme cultivateur dans le village d’origine de sa femme.

L’explication essentielle tient à leur âge. Les six garçons de 1790 forment un groupe jeune, né entre 1777 et 1782 voire 1783. Ils ont donc passé très peu d’années à la maîtrise, un temps insuffisant pour avoir influé sur leur destin professionnel ultérieur.

Les renseignements sont trop inégaux pour pouvoir établir des comparaisons fermes entre les trois cathédrales. Dans les trois cas se juxtaposent des clercs et des laïcs, les premiers paraissant nettement dominants à Chalon. C’est à Autun que les effectifs musicaux semblent les plus importants mais c’est là aussi que les sources sont les plus riches et les plus parlantes, ceci expliquant partiellement cela.

V – De nombreuses collégiales

Une particularité du diocèse d’Autun est de comporter un très grand nombre d’églises collégiales : pas moins de 18 sont énumérées par La France ecclésiastique ! Cependant, la majeure partie d’entre elles, et parmi les plus importantes (Beaune…), sont situées en dehors de ce qui devient en 1790 le département de Saône-et-Loire. Ne restent finalement à étudier dans le présent chapitre qu’une petite dizaine de collégiales, dont trois seulement – une par ancien diocèse – ont pu être solidement éclairées par les sources disponibles. Les voici, présentées du nord au sud.

• • • Les deux sous-chantres de Notre-Dame d’Autun

Le tableau établi par l’administration locale à destination du comité ecclésiastique de Paris en juillet 1791 ne fait pas apparaître de personnel laïc à la collégiale Notre-Dame d’Autun. Il mentionne quatre prêtres, deux sous-chantres, Philippe HÉMERY, 82 ans, et Léger GUILLEMINOT, 57 ans, et deux « prêtres habitués » beaucoup plus récemment arrivés, Charles Niellon et Émiliand de Soudré. Ce tableau ne semble pas pouvoir être considéré comme une source exhaustive concernant la collégiale Notre-Dame. En effet, la collégiale employait – ou avait employé ? – des chantres laïcs : en 1788 et encore le 8 juin 1789, Jean-Claude TALVEAU est désigné comme « chantre au chœur de la collégialle » lorsqu’il assiste à des sépultures de la paroisse Notre-Dame, paroisse au service de laquelle il semble passer durant l’été 1789, avant de chanter en 1791-1792 à la « paroisse épiscopale », c'est-à-dire à Saint-Lazare.

Par ailleurs, une maîtrise d’enfants de chœur a existé puisque Philippe HÉMERY dit être « attaché au service de la collégiale d’Autun » depuis l’âge de 7 ans (soit depuis 1716 environ). Qu’en subsiste-t-il à la fin de l’Ancien Régime ? Rien n’en a surgi dans les archives consultées.

• • • Saint-Philibert de Tournus, une grande collégiale appelée abbaye

La ville de Tournus présente la particularité d’avoir appartenu sous l’Ancien Régime au diocèse de Chalon et au bailliage de Mâcon (B. Rameau, 1899).

Sa principale église est la collégiale Saint-Philibert, ancienne abbaye sécularisée au début du XVIIe siècle, mais encore souvent appelée « abbaye » dans les sources de la fin du XVIIIe. La France ecclésiastique évoque trois dignitaires, et l’on trouve trace dans la série L de treize à seize chanoines pensionnés. Piganiol de La Force, quant à lui, y compte douze chanoines « qui ont chacun 400 livres de revenus », six « demi-chanoines » et six enfants de chœur.

• Ce dernier chiffre est confirmé en 1790. Les six enfants de chœur de Saint-Philibert sont, dans l’ordre d’ancienneté : Jacques HUET (reçu le 1er juillet 1782), Jean-Baptiste GRIZON (le 23 janvier 1783), Claude-André MOREAU (le 22 août 1783), Claude CHAMBOSSE (le 17 juin 1785), Antoine ALAIN (le 18 novembre 1785) et Joseph LAURENT (après juillet 1787). Le directoire du département prône pour chacun d’eux une gratification de 180 livres, c'est-à-dire la somme qu'accordait le chapitre au moment de la sortie de la maîtrise.

Les grands enfants de chœur de Saint-Philibert sont régulièrement « témoins requis » pour assister – et chanter, probablement – aux sépultures. Ces notations, alliées aux précieuses indications du registre capitulaire janvier 1779-juillet 1787 conservé aux Archives départementales, permettent d’amorcer une liste de leur succession en amont de 1790. Aucun de ceux dont on a pu suivre le destin n’est devenu musicien (Nicolas BARRET, Jean-Baptiste BERTHELIER, Jacques LESTIENNE deviennent curés, Gabriel LÉCUYER vicaire, Jean-Baptiste BOURGOGNE praticien puis huissier royal, Alexandre CORDIOUX avocat, Jacques HUET horloger, Claude CHAMBOSSE militaire, Joseph LAURENT conducteur des Ponts-et-Chaussées…), ce qui suggère l’hypothèse que le niveau de formation offert par la maîtrise de Saint-Philibert était insuffisant pour ouvrir à une carrière musicale.

• La bulle de sécularisation prévoyait qu’il serait donné un maître aux enfants de chœur, pour « les nourrir, conduire et enseigner », maître présenté par le Chantre. C’est toujours le cas à la fin du XVIIIe siècle, si ce n’est que certains de ces maîtres semblent avoir assumé en plus les fonctions d’organiste. Quelques noms des titulaires successifs sont connus : Nicolas REGNAUDOT au tout début des années 1740, son beau-frère Dominique PETIT, qui meurt en poste durant l’été 1759, moins de deux mois après sa femme, Émiliand-Louis LETOURNEUR, de la vaste famille d’organistes déjà aperçue à Chalon, puis l’organiste Antoine LEROUGE, ensuite le prêtre Pierre-Marie LUCAS, et enfin Claude DEVAUX, qui est en poste en 1790, arrivé quatre ans auparavant.

Ce dernier est également « habitué », mais n’est pas organiste : la tribune est alors aux mains de Nicolas SAUVEZ, qui a succédé à Antoine LEROUGE en mai 1785 après un intérim de quelques mois assuré par un enfant de chœur. LEROUGE, à l’inverse, cumulait tribune et maîtrise lorsqu’en 1783 il s’était marié avec la fille d’un menuisier, en présence d’un autre organiste et de deux facteurs d’orgues, Bénigne BOILLOT et son ouvrier Bernard MARET – qui étaient alors en train de travailler sur l’orgue.

12-L'orgue de Saint-Philibert à Tournus

Fig 12 - L'orgue de Saint-Philibert à Tournus (cl. Jean Deloye).

L’orgue de Saint-Philibert, situé contre le mur de séparation de la nef et du narthex, aurait été posé en juillet 1629. Jean-Marc Baffert a démontré qu’il était de la facture de Jehan d’Herville, « maistre facteur d’horgue de la ville de Troyes », qui travaillait à Chalon-sur-Saône en 1627 et à Louhans en 1628. Le buffet est de Gaspard Symon, « maistre sculpteur ». Polychrome, rythmé par des pilastres et surmonté de frontons brisés, il est décoré d'anges musiciens et repose sur un énorme cul de lampe à trois pans porté par un hercule accroupi. Il a été plusieurs fois restauré et modifié au fil des siècles.

Le chapitre de Saint-Philibert rémunère également un chantre laïc nommé Michel GAUDIN, deux bâtonniers, et un portier. B. Rameau signale la vente le 19 fructidor an IV (5 septembre 1796) de deux bâtiments dits « la Maîtrise ». Après la dissolution du chapitre, l’église subsiste avec le statut d’église paroissiale et, pendant un temps, de temple de la Raison.

• • • Le chapitre noble de Saint-Pierre de Mâcon : « un nombre considérable d’ecclésiastiques gagés par le chapitre »

Le rédacteur de La France ecclésiastique est plus prolixe sur le « Chapitre noble de Saint Pierre de Mâcon » qu’il ne l’avait été sur le chapitre cathédral, insistant sur son ancienneté et sur les quatre degrés de noblesse exigés pour y être reçu. Treize noms de chanoines sont énumérés, dont deux sont nantis d’une dignité (Prévôt et Trésorier). La publication ajoute : « Il y a aussi dans cette église 7 chevaliers & un nombre considérable d’autres ecclésiastiques gagés par le chapitre pour le service de l’église ». Remarquons la terminologie « chevalier », qui est rare – si ce n’est unique – dans le royaume. Piganiol de La Force précise qu’on compte à Saint-Pierre de Mâcon « en tout 14 prébendes parce que le Prévôt jouit de deux portions » (p. 421). Il n’est pas fait mention de musiciens, mais un chapitre aussi distingué ne pouvait évidemment se passer d’une musique à son image. Neuf petits registres capitulaires conservés aux archives départementales et couvrant la période 1769 à 1790 le confirment.

• Les documents envoyés par le directoire départemental au Comité ecclésiastique en juillet 1791 distinguent les ecclésiastiques des laïcs. Les premiers sont en effet en « nombre considérable » puisqu’on en compte 14 dans le tableau établi par le Département. Parmi eux, on a retenu – non sans interrogations – quatre hommes qui appartiennent forcément au corps de musique : Julien LANIER, 39 ans, Charles CHATAIGNER, 29 ans, Jean-Baptiste MELOUZA, dit Fropier, 27 ans, et Benoit MORNAND, 21 ans, parce qu’ils sont tous d’anciens enfants de chœur de la maison et qu’ils portent le titre d’habitués ou de « distributaires », ou pour le plus âgé, Julien LANIER, celui de « sous-maître de chœur ». Ce qui n’empêche sans doute pas les dix autres, bénéficiers, « tournistes », « chevaliers »… de prendre part au chant. Au fil des registres capitulaires, on suit la progression de ces quatre hommes dans le cursus interne du bas chœur de la collégiale, avec parfois une information exceptionnelle comme ces quatre livres remboursées à MELOUZA en 1788 « à l’effet de faire raccommoder son serpent ».

13-Le dernier registre capitulaire

Fig 13 - Le dernier registre capitulaire des « chanoines-comtes » de Saint-Pierre de Mâcon (Ad71 / G 318/4, cl. M. Meunier).

• L’organiste est cité en tête des quatre laïcs recensés en 1790. Il s’agit de Charles-Joseph MOMIGNY, 33 ans, qui est en poste à Saint-Pierre « depuis trois ans environ » (en réalité depuis mars 1788 seulement, atteste le registre capitulaire), après avoir exercé dans « plusieurs églises du royaume », assertion que l’on aurait aimée plus précise… Il appartient à une grande famille d’organistes originaire du Hainaut, qui développe des ramifications en divers points de France (Lyon et Dieppe pour ne parler que de ses frères Jérôme-Joseph et Jean-François, et que de la situation en 1790). Juste avant que Charles-Joseph n’arrive à Mâcon, il était lui-même en poste à Dieppe.
À Saint-Pierre de Mâcon, il touche un orgue tout nouvellement installé : le 28 octobre 1786, les « chanoines comtes » du chapitre avaient pris la décision « d’acquérir l’orgue des Messieurs les Célestins de Lyon, appartenant actuellement à Messieurs du chapitre St-Paul dudit Lion », que ces derniers cherchaient à revendre (voir ce qu’explique Lucas Bouteille dans le chapitre Rhône). Il est référencé par l’inventaire du 11 décembre 1790 : « Dans ladite église est placé un jeu d’orgues avec son buffet en bois sculpté » (An/ F19 611-2).

Le second laïc exerçant une fonction en lien avec le service cantoral est Claude VAILLANT, 21 ans, ancien enfant de chœur devenu « habitué et premier thuriféraire », ce second titre lui ayant été attribué in extremis (le 6 novembre 1790). L’enquête a révélé qu’il se nommait en réalité DUCHAMBON et que VAILLANT était le surnom de son père tailleur de pierre. Deux autres laïcs sont cités : Thomas Lombard et Lerat, sous-bâtonniers sans rôle musical avéré.

• Le chapitre de Saint-Pierre entretient enfin six enfants de chœur, dont le maître est le jeune prêtre Charles CHATAIGNER. Les registres capitulaires, qui enregistrent avec soin les entrées et les sorties d’enfants de chœur, ont permis de reconstituer l’effectif de 1790, suivant le rang d’ancienneté. L’aîné, reçu en juin 1782, est Bernard MÉZIAT. Suivent Jean-Baptiste SENAILLET (arrivé en août 1783), Claude-Étienne CHAMONARD (entré à la Saint-Jean-Baptiste 1784), Jean KETTENHOVEN (reçu le 23 juin 1786, il est fils du facteur d’orgues et de clavecins Pierre KETTENHOVEN), Antoine MOMIGNY (le 20 juin 1789) et Claude RICHARD (le 29 juillet 1789). L’avant-dernier cité est, on l’aura deviné, fils de l’organiste. Né à Dieppe en février 1783, il n’a donc que six ans et demi à son arrivée et il ne bénéficiera de l’enseignement maîtrisien que durant un temps très court. Parmi les garçons dont on est parvenu à suivre le destin ultérieur, il est pourtant le seul à être devenu musicien, grâce à l’influence familiale. Les autres se font « employé à l’administration », perruquier…

Dès 1791, l’orgue de Saint-Pierre est vendu par la Nation au facteur d’orgues Charles LEBÈGUE. L’église est démolie en 1794. Son emplacement même est à l’heure actuelle incertain.

• • • Ailleurs : la grande inconnue des autres collégiales du département

« Le 24 octobre 1790, la suppression du chapitre de l’église de Cuiseau a été annoncée au Prône & le lendemain on a cessé de chanter les matines et les vêpres » : tels sont les derniers mots inscrits à la toute fin du registre paroissial de Cuiseaux en 1790 par le curé Maistre, chanoine de la collégiale Saint-Thomas de Cuiseaux, petite ville dominée par l’activité viticole, limitrophe du département du Jura. À Cuiseaux et dans les autres collégiales, « chanter les matines et les vêpres » était-il du seul ressort des chanoines, ou se faisaient-ils aider de quelques chantres ? La seconde hypothèse est la plus probable, mais aucune source n’est jusqu’à présent venue éclairer la situation musicale et cantorale des autres collégiales de la nouvelle Saône-et-Loire.

VI - Abbayes, couvents et prieurés : des orgues et des organistes en pointillés

La principale trace de musique dans les établissements conventuels de la future Saône-et-Loire – comme ailleurs le plus souvent –, consiste en des mentions relatives à la présence d’orgues et d’organistes. Les uns et les autres restent incomplètement connus. Ainsi il n’est pas rare qu’une source révèle la présence d’un ou d’une organiste quelques années avant la Révolution sans que l’on parvienne à obtenir la certitude que la situation perdure jusqu’en 1790.

• • • Dans l’univers bénédictin, plusieurs abbayes et prieurés possèdent un orgue en 1790

• Le rayonnement de Cluny ne peut manquer d’être évoqué ici, qu’il soit religieux, intellectuel ou architectural. Sur le plan « musical », des enfants de chœur sont mentionnés à l’abbaye : « Effrayés des menaces dont ils sont l'objet, les bénédictins de Cluny congédièrent en dernier lieu les enfants de chœur et songèrent eux-mêmes à trouver un refuge hors de leur couvent » écrit le chanoine Chaumont racontant en 1911 la fin de l’abbaye. Ces garçons sont au nombre de six : « six petites tuniques de velours garnies de galons d’argent à l’usage des enfants de chœur » relève l’inventaire de mai 1790, et celui de janvier 1791 mentionne six lits d’enfant dans six petites chambres individuelles (ce qui est rare). Bénéficiaient-ils d'un enseignement de type maîtrisien ? On peut en douter. L’inventaire de janvier 1791 montre une salle d’étude équipée de ce que nous pourrions appeler du matériel pédagogique (cartes de géographie, « tableaux sur toile en détrempe représentant un vaisseau, des fortifications et figures de mathématiques »), dont la musique semble absente. Les derniers comptes de l’abbaye mentionnent une somme de 120 livres dépensées après avril 1790 pour rapatrier « chez monsieur son père » l’un des derniers enfants de chœur, le jeune M. de LINTZBOURG, de Fribourg en Suisse. Cette origine lointaine et cette particule font écho au qualificatif de « noble » attribué à deux enfants de chœur de l’abbaye morts coup sur coup en avril 1782, Claude-Clément de CHAVAGNAC et François-Antoine DUTERRAIL.

14-Cluny vers 1780

Fig 14 - Cluny vers 1780, dominée par son abbaye (dessin J.-B. Lallemand, coll. part., cl. S. Granger).

La pièce maîtresse de la musique clunisienne, c’est l’orgue de l’abbatiale, lui aussi mentionné dans les inventaires de 1790 et 1791 (« un petit jeu d’orgue »). Le dernier organiste gagiste est Pierre GRANGNARD, venu sur la fin de l’année 1787 de l’abbaye cistercienne de La Ferté (voir ci-après). Il reçoit le solde de ses honoraires fin septembre 1789, et aucune dépense concernant l’organiste ne figure dans les comptes de 1790. On peut faire l’hypothèse que l’orgue était alors touché par quelque frère ou « donné » faisant partie de la communauté, et donc non rémunéré.

On connaît bien l’organiste qui a précédé Pierre GRANGNARD, l’Alsacien François-Joseph SCHMIDT, « organiste à gages de l’abbaye » entre 1779 et octobre 1787, car il est éclairé par une riche affaire judiciaire : un père l’accuse d’avoir abusé de la faiblesse de sa fille à qui il donnait des leçons de musique. S’ensuit un procès pour « rapt et séduction » où les onze témoins chantent tous en chœur les louanges d’un « jeune homme décent et honnête » qui bénéficie de la confiance des moines pour lesquels il travaille aussi à la gestion du domaine et à la réfection du terrier. Il préfère, disent-ils, « abandonner sa place et quitter Cluny », se sacrifiant pour permettre à sa chère et tendre de sortir du couvent où son père l’a enfermée. Fin 1787, il part pour Chagny, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Cluny, où il a retrouvé une place de géomètre-arpenteur. Y a-t-il aussi retrouvé un orgue ? C’est vraisemblable puisque c’est à Chagny qu’était mort le facteur d’orgues Ruppert RIEPP en 1749.

Après avoir connu un premier épilogue heureux (ils se marièrent et eurent un enfant), l’histoire finit malgré tout tragiquement (la belle meurt des suites de ses couches huit jours plus tard).

• À Autun, l’abbaye bénédictine de Saint-Jean-le-Grand compte en 1790 quatorze religieuses de chœur « y compris la dame abbesse ». Parmi ces religieuses de chœur on ne peut s’empêcher de remarquer Justine CONSIDÉRANT, « dite Ste-Cécile » : le choix de ce nom de religion suggère un lien avec la musique… Les sœurs converses sont au nombre de quatre, « y compris la sœur organiste aggrégée à la dite maison ». Cette organiste est Marie GAULON, fille d’un ancien serpent de la collégiale Notre-Dame de Beaune, dans le même diocèse, à moins de cinquante kilomètres à l’est d’Autun.

• Le prieuré de La Trinité (ou de la Sainte-Trinité) à Marcigny dans le Brionnais, diocèse d’Autun, avait été l’un des plus importants monastères de religieuses bénédictines en France. Prévu pour accueillir jusqu’à 99 moniales (la centième étant la Vierge…), il n’en compte plus que 11 à la veille de la Révolution. On connait les deux dernières organistes qui s’y sont succédé : Thérèse-Gilberte GOYON jusqu’à son mariage en 1787, puis mademoiselle DELANOY.

• • • Dans le monde cistercien, deux orgues et un serpent…

• L’abbaye Notre-Dame de La Ferté, dans le diocèse de Chalon, à trois lieues de la ville, est « la première de celles que l’on appelle les quatre filles de Citeaux ». Selon Piganiol de La Force, « le bâtiment est à la moderne, & beau. L’Église en est très belle, & la bibliothèque bien fournie » (p. 419).

Établissement masculin en déclin (moins de quinze religieux s’y trouvent encore en 1790), l’abbaye n’en possède pas moins un orgue. Parmi ses organistes successifs, on reconnaît Émiliand-Louis LETOURNEUR, déjà aperçu à Tournus ; Antoine LEROUGE, qui en 1790 exercera à Dole ; puis peu avant la Révolution, de 1783 à La Toussaint 1787, c’est Pierre GRANGNARD qui est à la tribune. Après son départ pour Cluny à la fin de 1787, on reste dans l’ignorance de l’identité de son successeur.

Un maître de chant conduit les voix des moines, et il est significatif que l’un des maîtres qui ont été repérés, Jean-Baptiste PINOT, signe au milieu des années 1770 en ajoutant le mot « serpent » à sa signature : c’est à l’aide de cet instrument, aux tonalités proches de la voix humaine, qu’il guide le chant des moines.

• L’abbaye de Maizières est également située dans le diocèse de Chalon, quoique tout près de Beaune, qui appartient au diocèse d’Autun.

Nicolas SAUVEZ y est attesté comme organiste depuis environ 1767 jusqu’en 1785, avant de partir pour Saint-Philibert de Tournus. On ignore actuellement qui lui a succédé et donc qui y exerçait en 1790.

En 1791-1792, l’orgue de Maizières est transféré à Seurre [Côte-d’Or] par le facteur Bénigne BOILLOT, finement étudié par Pierre Marie Guéritey.

• • • Chez les Cordeliers et chez les Dominicains

• À Autun, le couvent des Cordeliers possédait un orgue qui avait été touché par le jeune Lazare RAMEAU. Celui-ci dit y avoir exercé « dès l'âge de neuf ans jusques à dix-sept ans et demi », c'est-à-dire de 1766 à 1774 environ. Qui lui a succédé ? Qui y exerçait en 1790 ?

• À Mâcon, des orgues existent dans les églises des Cordeliers et des Dominicains, qui en 1790 sont touchés « lorsque l’occasion l’exigeoit » par Charles-Joseph MOMIGNY, par ailleurs en poste à la collégiale Saint-Pierre.

Comme on le voit, le recensement des lieux de musique monastiques en 1790 reste en pointillés. Quelques autres traces sont encore plus ténues, et peu significatives, comme lorsque l’inventaire de mai 1790 relève au prieuré Saint-Marcel près de Chalon la présence d’ « une aigle en figure moderne servant de lutrin en cuivre ».

VII - Chantres et organistes des paroisses

• • • Dans l’ombre des trois cathédrales

• Chacune des principales églises d’Autun entretient un ou plusieurs chantres, que l’on aperçoit grâce aux registres paroissiaux. Ainsi, à Notre-Dame : au sein de l’édifice de la collégiale déjà évoquée est célébré le culte paroissial, dont les chantres successifs sont Antoine GRISEL, puis Claude PUTHEAUX – par ailleurs musicien à la cathédrale – qui chante à la paroisse Notre-Dame jusqu’à la fin de 1788, et enfin Jean-Claude TALVEAU qui prend sa suite et exerce jusqu’à la suppression de la paroisse en avril 1791. Ce dernier doit avoir une voix et une technique appréciées puisqu’il réussit ensuite à se placer à la « paroisse épiscopale », c’est-à-dire à la cathédrale constitutionnelle.

Dans l’église Saint-Jean-l'Évangéliste, c’est le recteur d’école qui est identifié comme chantre : Philibert DÉMANGEOT assume la double charge depuis l’automne 1784, après le décès du précédent chantre recteur d’école, Jean-Baptiste NORMAND (lui-même gendre de Claude LEGROS, chantre de Saint-André jusqu’en 1782…).

Paroisse Saint-Pierre-Saint-Andoche sont connus deux chantres successifs : l’un, René LEGROS, qui meurt en août 1787, appartient à la grande famille des LEGROS, dont de nombreux hommes chantent en diverses églises autunoises. Lui succède le « tissier de toile » François BOISSEAU qui abandonne pour cela le lutrin de Saint-André où il chantait précédemment. Il est le frère de Philibert BOISSEAU lui aussi « tissier de toile » et lui aussi chantre, mais à Saint-Jean-le-Grand.

La paroisse Saint-André, située à la lisière nord de la ville, englobe un faubourg peuplé d’artisans du textile et de jardiniers. C’est essentiellement parmi les « tissiers de toile » que sont recrutés les chantres que l’on voit se succéder dans le registre paroissial : Claude LEGROS jusqu’en 1782, François BOISSEAU de 1782 à 1787, puis Jean OUDOT, à partir de 1787, qui reste en activité jusque vers le milieu de l’année 1791.

La grosse paroisse double de Saint-Jean-de-la-Grotte-Saint-Pancrace, où vivent la plupart des musiciens de la cathédrale, a pour principal chantre depuis mai 1785 le jardinier Jean (ou Jean-Baptiste) DÉMANGEOT, frère du chantre recteur d’école de Saint-Jean-l’Évangéliste. On le voit, le chant d’église dans les paroisses urbaines est largement une affaire de famille, ou de fratrie.

Pierre Marie Guéritey mentionne l’existence d’un orgue dans l’église Saint-Jean-de-la-Grotte « souterraine », construit selon Courtépée vers 1750, et qui a cessé de servir en 1783 lorsque l’on condamna l’accès à cette église.

• À Chalon comme à Mâcon, le recours à des chantres laïcs semble beaucoup plus rare qu’à Autun.

Les actes de sépultures des diverses paroisses chalonnaises ne révèlent qu’un seul homme portant clairement la dénomination de « chantre » : c’est le sieur MALLARD, à Saint-Laurent, qui proclame d’ailleurs sa fonction dans sa signature « Mallard chantre ». À Saint-Georges, la paroisse mobilise un prêtre sous-chantre, Louis DUMARCHÉ. Quant à la paroisse Saint-Vincent, desservie dans la cathédrale, elle fait appel aux jeunes clercs du bas chœur, Pierre FAUCONNET et René RENAUD.

Aucun chantre laïc n’a été repéré en 1789-1790 dans les paroisses mâconnaises qui pour leurs sépultures font appel au marguillier (appelé « maniller »), à un « clerc » ou parfois à « messieurs les vicaires ». Comme à Chalon, la paroisse desservie au sein de la cathédrale mobilise le personnel de la cathédrale, notamment COINDARD, le « maître du chœur ».

• • • Dans les petites villes et les villages

• À Tournus : Sans doute doté d’une puissante voix qu’on imagine de basse, Jean TASSIN, après avoir été tailleur de pierres, est devenu maître d’école. Il est en 1790 – et sans doute depuis plusieurs années – chantre de la paroisse Saint-André de Tournus.

• Paray-le-Monial, quand elle devint au XIXe siècle ville de pèlerinages, a un temps fait figure de petite capitale religieuse locale. Tel n’était pas le cas antérieurement, et son personnel musical et cantoral autour de 1790 n’a pas émergé des sources consultées.
C’est dans cette ville que meurt en 1777 Jean-Baptiste PINOT, qui avait auparavant été musicien à la collégiale Saint-Denis de Nuits, maître de musique à celle de Semur, puis maître de chant à l’abbaye de La Ferté près de Tournus. Il est alors dit « musicien en cette ville », sans que l’on sache s’il exerçait encore à l’Église ou non.

• Louhans, à l’est du nouveau département, appartient au diocèse de Besançon. C’est une petite ville commerçante située sur la Seille, rivière navigable jusqu’à sa confluence avec la Saône. Depuis le début du XVIIe siècle, l’église paroissiale Saint-Pierre possède un orgue qui a été « raccommodé » en 1728-1729 par le facteur Marin CAROUGE, « d’Ornans près Besançon ». Durant toute la seconde moitié du XVIIIe siècle, l’orgue est touché par Antoine AMIDEY. Par ailleurs « musicien », voire « maître musicien » exerçant en ville, il est l’un des neveux de Prothade AMIDEY (1701-1787), le maître de la collégiale de Dole connu pour ses litiges au long cours avec son chapitre.

• Dans les villages de ce qui devient en 1790 la Saône-et-Loire, chantent au lutrin dominical les maîtres d’école entourés de quelques hommes aux voix puissantes, tels que les a décrits Xavier Bisaro (2010). Ainsi à Reclesne, à deux lieues au nord d’Autun, à travers Gabriel ROBIN, on aperçoit un intéressant exemple de chantre maître d’école qui avait antérieurement chanté à Autun, et qui y chantera à nouveau ensuite, jusqu’à sa mort en 1833. On a là une nouvelle illustration des liens entre chant des villes et chant des villages. À La Motte-Saint-Jean, près de Digoin, c’est un ancien militaire invalide, devenu maître d’école, qui régente le lutrin paroissial, Gaspard DAUVERGNE.

Ils sont toutefois beaucoup moins nombreux à avoir été repérés que dans le reste de la Bourgogne, la dénomination de « recteur d’école » l’emportant systématiquement sur celle de chantre dans les registres paroissiaux.

• • •

Au terme de cette exploration, la Saône-et-Loire apporte donc à l’enquête Muséfrem 27 lieux de musique attestés en 1790 : trois cathédrales, trois collégiales, huit abbayes, couvents ou prieurés et des paroisses. Elle verse de ce fait au pot commun près de 95 musiciens actifs à la même date – et seulement deux musiciennes, la demoiselle DELANOY et Marie GAULON. À ces biographies estampillées « 1790 » ont été ajoutées autant de biographies d’autres musiciens ou chantres rencontrés peu avant. Elles permettent de donner de l’épaisseur aux connaissances relatives au territoire étudié, par exemple en montrant qui avait durant les années 1780 touché les orgues de trois abbayes dont l’organiste 1790 est resté inconnu : Notre-Dame de La Ferté, Maizières et Cluny. Ou en offrant une liste précise des maîtres de musique des cathédrales d’Autun et de Mâcon durant toute la seconde moitié du XVIIIe siècle.

Ces chiffres ne sauraient rendre justice à la situation réelle : la faiblesse des sources chalonnaises, le manque de renseignements sur la plupart des collégiales, l’invisibilité des chantres des paroisses… tout cela incite à conclure que des découvertes ultérieures restent certainement possibles. Peut-être avec votre concours, lecteur ou lectrice ? Nous vous remercions par avance pour votre générosité.

Sylvie GRANGER
chercheuse associée au Laboratoire Temos (TEmps, MOnde, Sociétés) UMR 9016 CNRS
(juin 2021)

Le travail sur les musiciens de ce département a bénéficié des apports de nombreux contributeurs, notamment : Erwan Aidat, David Audibert, Maurice Berland, François Caillou, Youri Carbonnier, Robin Cosson, Bernard Dompnier, Pierre Marie Guéritey, Camille Lachize, Isabelle Langlois, Germaine Lemétayer, Christophe Maillard, Florian Martin (secrétaire de la Société Éduenne), Agathe Mathiot-Legros (directrice des Musées et du Patrimoine de la Ville d’Autun)...

Un « merci » tout particulier à Michel Meunier pour son accompagnement constant
et à Maxou Heintzen pour les efficaces coups de main.

Mise en page et en ligne : Caroline Toublanc (CMBV)

>>> Si vous disposez de documents ou d’informations permettant de compléter la connaissance des musiciens anciens de ce département, vous pouvez signaler tout élément intéressant ICI. Nous vous en remercions à l’avance.
L’amélioration permanente de cette base de données bénéficiera à tous.

Liste des lieux de musique & des musiciens d’Église dans le département de Saône-et-Loire autour de 1790

Diocèse d’Autun

Diocèse de Chalon

Diocèse de Mâcon

Diocèse de Besançon

Pour en savoir plus : indications bibliographiques

  • Jean RIGAULT, Dictionnaire topographique du département de Saône-et-Loire, comprenant les noms de lieux anciens et modernes, Paris, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2008, 967 p.

• • • Sur l’histoire de la Saône-et-Loire et de ses villes

  • Louis M. J. CHAUMONT, Histoire de Cluny : depuis les origines jusqu'à la ruine de l'abbaye (2e édition, considérablement augmentée) / par le chanoine L. Chaumont, Paris, 1911, IV-260 p.
  • Marcel DORIGNY, Autun dans la Révolution Française, préface de Michel Vovelle, Amatteis, Le Mée-sur-Seine, 1988, T.1 Économie et Société Urbaines en 1789, 268 p., T.2 L’événement révolutionnaire, Du bastion royaliste à la Montagne du département (1789-1795), 246 p.
  • Gabriel DUMAY, « Une session des États de Bourgogne à Autun, en 1763 », Mémoires de la Société Éduenne, Autun, Dejussieu, 1879, in-8°, 90 p.
  • Harold de FONTENAY, « La Société d’Autun vers le milieu du XVIIIe siècle, d’après les mémoires de I.-M. Crommelin, de Saint-Quentin, et autres documents inédits », Mémoires de la Société éduenne, Dejussieu père et fils, 1877, 87 p.
  • Gabriel JEANTON, Le vieux Mâcon : histoire des rues et des quartiers de la ville, Mâcon, M. Renaudier, 1934, 402 p.
  • Christine LAMARRE, Petites villes et fait urbain en France au XVIIIe siècle, Le cas bourguignon, Dijon, Éditions Universitaires de Dijon, 1993, 638 p.
  • Léonce LEX, À travers Mâcon, Ses rues, ses monuments, Société des Amis des Arts, 1913, 120 p. (réédition 2009, Monographies des villes et villages de France, Le Livre d’Histoire, 136 p.)
  • René PRÉTET, Saône-et-Loire d’autrefois, Roanne, éditions Howath, 1993, 221 p.
  • Mgr B. RAMEAU, « La Révolution dans l’ancien diocèse de Mâcon », Annales de l’Académie de Mâcon, 3e série, tome IV, 1899, p. 129-417. Publié sous forme de livre l’année suivante, même titre, 302 p.
  • Jean RICHARD (dir.), Histoire de la Bourgogne, Toulouse, Privat, 1988, 492 p.
  • Benoît RIVIÈRE (dir.), Autun, La grâce d'une cathédrale, Paris, Mengès/Place des Victoires, 2020, 441 p.
  • Pierre de SAINT-JACOB, « Le réseau routier bourguignon au XVIIIe siècle », Annales de Bourgogne, t. 28, 1956, p. 253-263.
  • Pierre de SAINT-JACOB, « Recherches sur la structure sociale de Chalon à la fin de l’Ancien Régime », Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Chalon-sur-Saône, t. 34, 1957, p. 108-115.
  • Pierre de SAINT-JACOB, Des Terroirs et des hommes, Études sur le monde rural et le pays bourguignon (XVIe-XVIIIe siècle), textes réunis par Jean-Jacques Clère, Dijon, Éditions Universitaires de Dijon, collection Sociétés, Dijon, 2008, 470 p.
  • Vincent TABBAGH, « Les collégiales de Bourgogne au Moyen Âge. Quelques résultats d’un programme de recherches », Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre | BUCEMA[En ligne], 12 | 2008, mis en ligne le 1er juillet 2008 - URL : http://cem.revues.org/6842 ; DOI : 10.4000/cem.6842

En ligne :

• • • Sur musique et musiciens en Saône-et-Loire

  • François LESURE, Dictionnaire musical des villes de province, Paris, Klincksieck, 1999, 367 pages [sur Autun : p.72-73 ; sur Chalon-sur-Saône : p.128-129 ; sur Mâcon : p.191-192].
  • Patrick AYRTON, « Joseph Touchemoulin (1727-1801), un musicien bourguignon retrouvé », Images de Saône-et-Loire, n°160, décembre 2009, p.20-24.
  • Jean-Marc BAFFERT, « Du nouveau sur l’orgue de Tournus », Société des Amis des Arts et Sciences de Tournus, tome 86, 1987.
  • Xavier BISARO, Chanter toujours, Plain-chant et religion villageoise dans la France moderne (XVIe-XIXe siècle), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2010, 246 p. [nombreux exemples bourguignons].
  • Georges ESCOFFIER, « Le théâtre privé en Bourgogne du Sud au XVIIIe siècle : entre société de cour et réalités économiques », M.-E. Plagnol-Diéval et D. Quéro (dir.), Les Théâtres de société au XVIIIe siècle, Université libre de Bruxelles, 2055, p. 129-139.
  • Georges ESCOFFIER, « Entre logiques aristocratiques et souci de rentabilité : la gestion de la salle de spectacle de Mâcon dans le dernier tiers de l’Ancien Régime », R. Carvais et C. Glineur (dir.), L’État en scènes : théâtre, opéras, salle de spectacle du XVe au XIXe siècles, aspects historiques, politiques et juridiques, Amiens, CEPRISCA, 2018, p. 235-246.
  • Eugène FYOT, « La vie pittoresque de Claude Rameau, organiste à la cathédrale d'Autun, frère du grand Rameau », Mémoires de la Société éduenne, XLVIII (1936-1940) [1950 en réalité], p. 277-286.
  • Jacques GARDIEN, L’Orgue et les organistes en Bourgogne et Franche-Comté au XVIIIe siècle, Paris, Droz, 1943, 577 p.
  • René GAUTHEY (abbé), « Le facteur Bénigne Boillot et l’orgue de Riepp, d’Autun, de 1764 à 1784 », Musique sacrée - L'Organiste, n°161, 1978/3 [8 pages, sans pagination].
  • Sylvie GRANGER, « En solo plus souvent qu’en duo : les femmes organistes de 1790 », C. Giron-Panel, S. Granger, B. Porot et R. Legrand (dir.), Musiciennes en duo, Mères, filles, sœurs ou compagnes d’artistes, préface de Michelle Perrot, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2015, 256 pages, p. 177 à 189 [plusieurs exemples bourguignons].
  • Sylvie GRANGER, « Muséfrem : une base de données sur les musiciens anciens où la Bourgogne est aux avant-postes », Annales de Bourgogne, t. 89-1, n°353, janvier-mars 2017, p. 63-77.
  • Denis GRIVOT, Histoire de la musique à Autun, Autun, Imp. Marcelin, 1999, 104 p.
  • Pierre Marie GUÉRITEY, Orgues en Bourgogne, 20e Congrès de la Fédération francophone des Amis des Orgues, 2003, 256 p.
  • Pierre Marie GUÉRITEY, Bénigne Boillot (1725-1795), Facteur d’orgues et organiste, L’orgue et les organistes 1591-1798, chez l’auteur à Saint-Jean-de-Losne, 2021, 502 p.
  • Léonce LEX, « Les premières années du théâtre de Mâcon (1772 – 1792) », Annales de l'Académie de Mâcon, 1901, p 57-80.
  • Léonce LEX, « Claude et Lazare Rameau, frère et neveu du Grand Rameau », Réunion des Sociétés des Beaux-Arts des départements, 13-17 juin 1905, Paris, Plon-Nourrit et Cie, 1905, p. 622-642.
  • Henri MARTINET, Histoire des orgues et de leur facture en Bourgogne du Sud et en Beaujolais de 1393 à nos jours, Mémoire de Maîtrise, Mâcon, 1980 (publié sur le site des Ad 71 avec mise à jour jusqu’en 2013).
  • Daniel PAQUETTE, « Les musiciens bourguignons au XVIIIe siècle », Les Annales de l’académie de Mâcon, tome IV, 1992.
  • Daniel PAQUETTE, « Les neveux de Rameau », Les Annales de l’académie de Mâcon, tome XII, 2000.

Bibliographie élaborée par Sylvie GRANGER
(juin 2021)

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