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Manche

Musique et musiciens d’Église dans le département de la MANCHE autour de 1790

Sommaire

Liste des musiciens de la Manche

Url pérenne : https://philidor.cmbv.fr/musefrem/manche

 

Avant de se pencher sur sa vie musicale, il faut d’abord rappeler dans quel contexte de relations administratives mais aussi culturelles s’est développée cette partie la plus occidentale de la Normandie, devenue aujourd’hui le département de la Manche. Dès la période qui a suivi la conquête de l’Angleterre par les Normands (1066), des liens étroits se sont établis entre le duché et le pays d’outre-Manche. Le jeu des donations et dépendances, notamment en ce qui concerne les établissements religieux, a créé une culture anglo-normande dans des domaines aussi différents que le droit, l’architecture et la musique. La présence anglaise des XIVe et XVe siècles a prolongé ce lien dans un contexte plus difficile avant qu’il ne se rompe au siècle suivant, tout en restant vivant dans les mémoires. Avec la suppression du duché en 1469, par Louis XI, la Normandie devient province du royaume de France et la ville de Rouen sa capitale, siège du parlement à partir de 1515. Les diocèses de Coutances et d’Avranches dépendent de plus en plus étroitement de l’archevêché rouennais, notamment en matière de liturgie et de formation des clercs et des musiciens. Les influences parisiennes n’en sont cependant pas exclues à travers, par exemple, la mise en place des résidences annuelles d’enfants de chœur de la cathédrale de Coutances au collège d’Harcourt. Du XVIe au XVIIe siècle, ce territoire n’est donc pas culturellement isolé, au moins en ce qui concerne ses élites ecclésiastiques, sinon musicales. Au siècle suivant, ces dernières sont de plus en plus sensibles à la circulation qui s’impose dans le parcours des carrières professionnelles des musiciens. La Normandie s’intègre ainsi, peu à peu, aux grands flux de l’itinérance musicienne dont les mouvements s’intensifient au cours du XVIIIe siècle.

I - UN TERRITOIRE RURAL PONCTUÉ DE PETITES VILLES ACTIVES

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« Le pays de Constantin est limité au Septentrion de la mer Occeane, au midy du terroir de Sees, au leuant des guez de Sainct Clement de Thorigny & de la riuière de Vire, & au Ponent de la Bretaigne ».

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C’est ainsi que, dans sa Description contenant toutes les singularités des plus célèbres villes du royaume de France (éditée en 1605 à Coutances) François Desrues décrit les pourtours de ce qui sera, près de deux siècles plus tard, le département de la Manche. Entouré de mers et traversé de marais, ce pays, dont la partie située le plus au nord a longtemps été dénommée « l’Isle de Cotentin », est un peu le Finistère de la Normandie. Très tôt évangélisé mais dévasté deux siècles plus tard par les Scandinaves, il ne voit sa renaissance qu’avec la création puis l’extension du duché de Normandie dont les élites ont favorisé la fondation de nombreux établissements religieux, lieux de pratique musicale et d’enseignement. La guerre de Cent ans, la présence anglaise, puis les guerres de Religion – provoquant de fréquents pillages d’édifices et la disparition de nombreux orgues – marqueront ensuite l’histoire de la province et notamment celle du futur département de la Manche.

1-Carte du département de la Manche

Carte du département de la Manche à l’époque gauloise, établie par Mgr Talaru de Chalmazel (évêque de Coutances de 1764 à 1792) et publiée en 1792  (Bm Cherbourg/ cat. 6794).

• • • À partir du XVIIe siècle, la vie sociale et économique se stabilise. Malgré les épidémies et les crises de subsistance, la population croît peu à peu au cours du XVIIIe siècle pour passer de 450 000 à la fin du siècle précédent à 520 000 habitants en fin de période. L’ossature urbaine de cette presqu'île du Cotentin (qui relève de la généralité de Caen) est constituée d’un ensemble de sept villes principales au sein duquel on peut distinguer trois groupes, selon l’importance de leur population (évaluée en 1791). Le premier rassemble Saint-Lô (7 300 habitants) et Cherbourg (en pleine croissance à la fin du XVIIIe siècle avec 9 000 habitants) ; le second réunit deux villes moyennes du sud de la presqu’île, le très actif port de Granville (6 700 habitants) et la cité épiscopale d’Avranches (5 800 habitants) ; le troisième groupe, enfin, est constitué de petites cités, Carentan (2 500 habitants), Mortain (2 500 habitants) et Coutances, la plus petite d’entre elles, bien que cité épiscopale (1 800 habitants).

L’activité des campagnes est dominée par la culture des céréales, avec cependant une spécialisation des environs de Carentan et Montebourg dans l’élevage bovin et la production laitière.

La proto-industrialisation rurale reste liée à la géographie des ressources naturelles (poteries, verreries, mais aussi salines, sur le pourtour de la baie du Mont Saint-Michel). Les activités liées à la mer sont évidemment importantes, qu’elles soient locales (pêche des huîtres et cabotage) ou lointaines (pêche à la morue depuis le port de Granville). La fortification des côtes et la construction du port de Cherbourg (dont Louis XVI a visité les travaux en 1786) ajoutent à ce paysage un volet de grands travaux qui concerne surtout le nord du Cotentin.

Au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, l’opposition se renforce entre la campagne et les villes, entre les petites gens et une élite aisée qui rebâtit ses châteaux ou ses hôtels particuliers dans des villes telles que Valognes ou Coutances. Dans ces petites villes se regroupent des élites élégantes et cultivées, pratiquant une sociabilité active qui donne aux maîtres à danser l’occasion d’exercer leurs talents. Hommes de lettres et scientifiques (l’abbé de Saint-Pierre ou Guillaume de La Galaisière) sont à l’écoute des idées nouvelles diffusées par des sociétés académiques où la mondanité croise certains réseaux de pensée très présents puisque l’on ne compte pas moins de huit loges maçonniques en 1780 dans le diocèse de Coutances.

• • • Dans un tel contexte, qu’en est-il de l’Église et du soutien qu’elle se doit d’apporter à la pratique de la musique religieuse ?

Pour répondre à cette question, il faut d’abord rappeler que l’actuel département de la Manche est formé par la réunion des deux anciens diocèses de Coutances et d’Avranches. Ces deux évêchés étaient de tailles fort différentes. En effet, à la veille de la Révolution, le diocèse de Coutances comprenait 494 paroisses (dont 27 ont été intégrées au diocèse de Bayeux en 1790, au moment de la départementalisation des diocèses), alors que celui d’Avranches n’en comprenait que 177.

Si l’évêché de Coutances pouvait s’enorgueillir, dès le XIIIe siècle, de la cathédrale Notre-Dame, telle que nous la connaissons aujourd’hui, celui d’Avranches pouvait – à juste titre – rivaliser avec lui en raison de la présence du Mont Saint-Michel sur son territoire. Cependant, ces considérations n’ont pris sens qu’au XIXe siècle, au moment où voyageurs et archéologues ont commencé à porter un intérêt aux monuments qui deviendront, peu de temps après, « historiques ». Dans le département, deux figures d’érudits marquent cette préoccupation pour le patrimoine religieux : Charles de Gerville (1769-1853) et le chanoine Émile-Aubert Pigeon (1829-1902) ; leurs recherches, leurs notes et leurs carnets (longtemps conservés dans des fonds privés) restent aujourd’hui des sources précieuses en raison de la destruction des Archives départementales lors du bombardement de Saint-Lô en juin 1944. Cependant, la conservation, par les services diocésains, d’une partie des archives antérieures à 1789 permet de compenser partiellement les manques créés par ce désastre. Ces fonds ont été déposés en 2015 aux Archives départementales de la Manche. Ils concernent principalement les archives du chapitre cathédral mais aussi celles de certaines abbayes.

La dimension assez lacunaire de ces sources impose de sérieuses limites aux chercheurs.

On ne dispose plus, par exemple, des dossiers – habituellement conservés en série L – concernant le personnel des églises (dont les musiciens), et il faut se contenter, en l’espèce, de ceux qui avaient été envoyés au Comité ecclésiastique à Paris et sont conservés aujourd’hui dans la sous-série DXIX des Archives nationales.

L’existence, en 1790, de deux cathédrales, de quinze abbayes, d’une dizaine de couvents et de près de sept cents paroisses laisse supposer une vie musicale assez riche, à laquelle la Révolution aurait mis brusquement fin. La rigueur documentaire des antiquaires ecclésiastiques du XIXe siècle (notamment celle de l’abbé Lecanu, historien du diocèse) nous amène cependant à tempérer toute mélancolie nostalgique à ce sujet. En effet, la situation matérielle des communautés et parfois celle des paroisses, jointe à un désengagement spirituel avéré, font penser que la qualité de la pratique religieuse en cette fin du XVIIIe siècle n’était pas très brillante. L’abbé Lecanu, partageant le point de vue du clergé de son temps, note ainsi que dans le diocèse de Coutances comme dans celui d’Avranches, la plupart des religieux ne menaient « pas une vie correspondant à la sainteté de leur état » tout en soulignant que les communautés de femmes, fondées souvent au XVIIe siècle – à l’exception des Augustines – échappent à ce jugement en raison de la mission sociale et éducative qu’elles remplissent. Que penser alors de la qualité de la musique d’église ?

Les traces des musiciens, des instruments, des livres liturgiques et répertoires en usage, sont encore lisibles mais il y a tout lieu de s’interroger sur les contenus musicaux et les pratiques réelles qui correspondaient aux gages et paiements dont nous collectons et étudions aujourd’hui les mentions.

II - LE DIOCÈSE DE COUTANCES : une tradition musicale solidement implantée depuis le XVIe siècle

2-Vue générale extérieure de la cathédrale de Coutances

Vue générale extérieure de la cathédrale de Coutances, extraite des Cours d’antiquités monumentales, de M. de Caumont (Ad50/ 1 Fi 5/281).

Coutances, ville épiscopale, se situe presque au centre de l’actuel département de la Manche. Le diocèse, quant à lui, en couvrait les deux tiers environ puisqu’au sud d’une ligne Granville-Villedieu-les-Poêles, commençait le diocèse d’Avranches.

• • • La cathédrale Notre-Dame : une maîtrise vivante où des maîtres renommés ont fait leurs premières armes

• Dès l’orée du XVIe siècle, le service musical de la cathédrale de Coutances est assuré par un ensemble structuré qui complète le chœur des chanoines, chapelains et habitués. En effet, le 3 octobre 1500 l’évêque Geoffroy Herbert cède au chapitre, devant notaire, la terre et seigneurie d’Anneville en Saire. Selon les termes de cet acte, les revenus de cette terre doivent être affectés à l’entretien de la maîtrise et de son maître. L’intention de l’évêque est de garantir la qualité du chant et sa permanence, à la fois par la formation initiale des enfants et par la mise en place, à leur intention, d’un cursus professionnel leur garantissant, grâce à l’attribution de quatre chapelles, un certain avenir professionnel lorsqu’ils auront quitté l’aube.

Malgré divers aléas de recrutement, cet ensemble se maintient jusqu’à la veille de la Révolution, sans connaître de crise majeure. Sa composition est la suivante:

  •  six enfants chantant le dessus
  •  un ou plusieurs hautes-contre (clercs ou laïcs)
  •  une douzaine d’habitués et chapelains chantant les voix de taille et de basse.

Des instruments les accompagnent, le cornet et la sacqueboute jusqu’au milieu du XVIIe siècle, puis le serpent et le basson et, enfin, au XVIIIe siècle, le violoncelle et le violon pour les pièces « en musique » (motets, pièces de l’ordinaire, antiennes).

Sachant qu’il chante dans le chœur clos par un jubé, ce groupe suffit largement à la bonne exécution du chant et de la musique. L’orgue, placé dans le fond de la nef depuis la restauration effectuée en 1678 par Robert INGOUT, est, quant à lui, destiné à l’alternance avec le chœur et non à l’accompagnement du chant.

Au moins seize maîtres successifs au XVIIIe siècle

Alors qu’aux XVIe et XVIIe siècles, le recrutement des musiciens, en particulier des maîtres de musique, est essentiellement local (de nombreux enfants de chœur coutançais devenant maîtres ou organistes), le XVIIIe siècle voit se mettre en place une évidente mobilité, trait commun à la plupart des maîtrises de cathédrales.

Entre 1700 et 1790, les maîtres mentionnés sont au nombre de seize (compte tenu des lacunes d’archives, il en manque peut-être un ou deux). Jusqu’en 1730, leur recrutement est quasiment local. Marin COUSIN (actif entre 1679 et 1709) est clerc du diocèse de Bayeux, Pierre JEHAN (1715-1716) est ancien enfant de chœur de la cathédrale, Nicolas FOUET (1726-1730) est clerc de la paroisse de Carentan. Avant lui et après lui, apparaît le premier véritable itinérant de cette liste, Michel André HERIBEL DE LA JAUNIERE, clerc du diocèse de Bayeux. En poste à Coutances de 1723 à 1725, il demande, en octobre 1726, à quitter sa fonction car il vient d’être nommé maître de musique de la cathédrale de Reims où il reste jusqu’en 1733, avant de revenir à Coutances pour exercer de nouveau jusqu’en mars 1741. Il obtient alors un certificat de bonne vie et mœurs et part « vacquer à ses affaires ».

À partir de 1742, les maîtres se succèdent à intervalles de plus en plus courts et viennent de plus en plus loin. Ils sont onze jusqu’en 1790 et restent en poste entre deux et quatre ans, en général au début de leur carrière, avant de devenir parfois relativement célèbres par la suite. C’est le cas en 1742 pour Séraphin GUYARD, natif de Paris (paroisse Saint-Eustache) qui, le 20 décembre 1741, sollicite par courrier le poste de Coutances. Le chapitre l’agrée pour le modique traitement de 100 L par an, ce qui indique sans doute qu’il s’agit là d’une première fonction. Il l’assume jusqu’en juin 1745, date à laquelle il quitte Coutances, peut-être pour se rendre à la cathédrale de Saintes où il est attesté en 1756.

Le cheminement est assez proche pour Jean-Baptiste PATTE, clerc originaire de la paroisse Saint-Ferréol de Marseille. Il est reçu maître à Coutances le 4 août 1745, à quelque 950 km de sa paroisse natale, ce qui représente un très long voyage. Il se rend à Sées en avril 1747 « pour y recevoir la prêtrise ». À l’automne 1748, pendant quelques mois, il se trouve à nouveau à Coutances où il cumule les fonctions d’organiste et de maître, avant de les abandonner l’année suivante pour tenter sa chance à Laon, peut-être à Beauvais, à Saint-Malo, à Saint-Jean-en-Grève de Paris, avant d’être finalement nommé à la cathédrale de Chartres.

Jean-Baptiste Amédée FOURNIER, né à Paris, reste quand même dix ans en poste à Coutances (1750-1761) avant de partir pour Poitiers, mais ses successeurs ne gardent leur poste que très peu de temps : Nicolas BOUJARDEL, clerc tonsuré du diocèse de Besançon, est nommé en 1761 et part en 1763 ; en août 1764, HOLLEY DE LA PLACE vient de Chartres et semble être en poste jusqu’en 1768. Le jeune Adrien-Quentin BUÉE, « caractérisé par ses mœurs et ses talents » (selon les propos du chanoine Delahaye, « chapelain de la grande chapelle du Roi ») ne vient à Coutances que par défaut en 1768 et part dès l’année suivante. De 1769 à 1772, Laurent DUPUIS [ou DUPUY] ne donne guère satisfaction « par manque d’exactitude » et part pour la collégiale de Beaune en décembre 1772 ; Bernard JUMENTIER lui succède, de 1772 à 1775, puis Antoine MERLE, de 1775 à 1777 et, de 1778 à 1781, Marie-Louis Urbain CORDONNIER avant de gagner la cathédrale d’Évreux puis celle de Rouen. Il faut noter que les œuvres, conservées jusqu’à nos jours, de ces trois derniers maîtres sont suffisamment diverses et nombreuses pour nous donner des informations sur le style de la musique d’Église alors en usage. Le dernier maître, en poste en 1790, est Joseph-Denis DOCHE qui, après ses débuts à l’Église (vers 1785) poursuivra une brillante carrière profane et parisienne en devenant directeur du Théâtre du Vaudeville en même temps qu’auteur de nombreux opéras-comiques et romances.

Des enfants de chœur devenus serpents

Le recrutement, pendant le XVIIIe siècle, des musiciens instrumentistes est plus difficile à suivre que celui des maîtres de musique. Les serpentistes font cependant exception car ce sont en général d’anciens enfants de chœur, devenus ou non clercs, qui commencent leur carrière musicale dans l’église où ils ont été formés. Cela n’exclut pas néanmoins l’engagement de musiciens venus d’autres diocèses.

Cette alternance ponctue l’histoire des serpents coutançais au cours du XVIIIe siècle. En 1705, Antoine JOHAIN, clerc du diocèse de Tours, est recruté. Il décède un an après. Pierre HÉLAINE, ancien enfant de chœur et ex-titulaire de la fonction, reprend alors son service. Guillaume LE VALET, « sorti de l’aube » en 1700, le remplace de 1707 à 1709. Aucune source ne concerne nominativement le serpent pendant les quinze ans qui suivent, jusqu’à ce que les archives capitulaires nous livrent de nombreux détails sur la formation de Louis BOURGEOIS et Louis QUESNEL, deux enfants récemment « sortis de l’aube », que l’on envoie pendant plusieurs mois étudier le serpent à la cathédrale de Bayeux. Il en est de même, en 1742, pour Jean-Baptiste Félix FRARY. Louis ALLIX, « licentié de l’aube » en 1730, devenu à ce moment porte-croix, va se perfectionner, en 1736, à Caen « pour apprendre à jouer du basson » puis, à Bayeux, « pour se parfaire sur le serpent ». Les quatre titulaires qui se succèdent, Pierre LEHODEY, Charles GUISLE, Jean-Louis DROUIN et Pierre LELIÈVRE, suivent le même itinéraire de formation. De 1770 à 1789, les serpents connus, Charles BISSON et Pierre LECHEVALIER (encore actifs après 1790) sont eux aussi d’anciens enfants de chœur de la cathédrale. Leur recrutement local est donc une constante ainsi que leur formation auprès de leurs collègues de Bayeux.

• • • Quatre organistes seulement

Au cours du XVIIIe siècle, les organistes sont nettement plus stables dans leur fonction que les autres musiciens. Hervé PYVET, prêtre, exerce la fonction de 1700 à 1748, année de sa mort. Il entretient l’orgue et l’on sait qu’il va réparer ceux de Cherbourg et de Carentan. Son frère, Toussaint PYVET, prêtre lui aussi, est organiste de l’église Saint-Pierre de Coutances. Après le décès d’Hervé PYVET (survenu le 24 août 1748), le chapitre cherche à faire venir un organiste de Caen ou de Paris. L’origine du sieur de LA FOSSE, qui occupe le poste de 1755 à 1762, n’est pas connue mais le même patronyme est porté par un homme exerçant la même fonction, jusqu’en 1790, à Notre-Dame de Saint-Lô. La place, vacante au début de l’année 1762, est occupée, au mois d’août, par Michel Louis MOULINGHEM, « originaire de la ville de Paris ». Outre le jeu de l’orgue, il lui est demandé d’enseigner la basse de viole à Michel GRANDIN, enfant de chœur, et « de lui-même en jouer aux offices du chœur ». Cette demande est tout à fait justifiée car l’inventaire après décès de Moulinghem (établi le 14 mars 1769) montre qu’il devait être un excellent violoncelliste beaucoup plus qu’un organiste talentueux (J.-F. Détrée, 1994). Après cet étonnant musicien, Pierre CLÉMENT (né à Provins en 1738) devient organiste et le reste jusqu’en 1790. Quatre organistes seulement se sont donc succédé au cours du XVIIIe siècle, ce qui illustre bien la stabilité de la fonction.

Cette présentation des recrutements de musiciens doit être complétée, pour être mieux comprise, par quelques éléments d’analyse budgétaire, concernant les coûts salariaux et la place de la dépense musicale dans celles du chapitre. La conservation quasi-intégrale des comptes du chapitre permet d’en suivre l’évolution pendant la seconde partie du siècle. En 1750, les dépenses liées à la musique (gages des instrumentistes, chanteurs et frais d’entretien de la maîtrise) se montent à environ 1 600 livres pour une dépense totale de 25 972 livres soit 6 %. Le compte de l’année est bénéficiaire (c’est toujours le cas à Coutances) avec des recettes de 38 681 livres. En 1775, la musique coûte environ 2 500 livres sur un total dépensé de 31 231 livres, soit 8 %. La recette globale est alors de 56 560 livres. Enfin, en 1789, les dépenses musicales sont d’environ 3 000 livres pour des dépenses totales de 25 113 livres, ce qui correspond à 12 %. Cependant, fait notable, les recettes sont exceptionnellement élevées puisqu’elles s’établissent à 91 180 livres, soit un excédent 75 131 livres, « laquelle somme a été répartie à Messieurs les chanoines et vicaires à proportion de la part qui leur vient de leurs assistance et distributions quotidiennes, le présent signé par les sieurs chanoines commissaires, le 6 septembre 1790 ».

• • • Abbayes et communautés : des « moines effrontés » et de « saintes femmes »

Dans son Histoire du diocèse de Coutances et d’Avranches, (Coutances, 1877-1878), l’abbé Lecanu dresse un tableau d’ensemble des abbayes et couvents du diocèse. Il y mentionne leurs effectifs, leurs revenus et fait quelques remarques sur l’état de leur spiritualité. Selon son analyse, on y trouve huit communautés d’hommes et quatre de femmes.

• Le jugement porté sur les établissements masculins, au début du XIXe siècle, par cet historien ecclésiastique est particulièrement sévère :

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« Le diocèse comptait huit abbayes d’hommes, Cherbourg, Montebourg, Saint-Sauveur le Vicomte, Blanche-Lande, Lessay Saint-Lo, Hambye, Saint-Sever. Il était temps que toutes disparussent ; il était trop tard pour plusieurs car leur maturité tournait à la pourriture. Il n’en restait à l’évidence que des abbés, jouissant de beaux revenus qui n’avaient pas été créés pour eux et de belles abbatiales, bâties par eux, qu’ils n’habitaient même plus et qui insultaient par le luxe de leur construction la pauvreté monastique, la simplicité des pauvres vieux cloîtres, relégués comme des basses-cours, à l’arrière-plan, et la pauvreté des campagnes environnantes ». (op. cit., t. 2, p. 99).

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3-Ruines de l’abbaye de Blanchelande

Ruines de l’abbaye de Blanchelande, par H.de Boyer, crayon et lavis, 1837 (Ad50/ 1 Fi 5/944)

Dans un tel contexte, qu’il faudrait certes confirmer par d’autres sources (moins engagées idéologiquement), la qualité musicale de la liturgie n’était peut-être pas le premier souci de ces communautés et de leurs abbés, malgré l’importance de leurs revenus, qui variaient de 5 000 à 25 000 livres. À la veille de la Révolution, si les dîmes et loyers sont maintenus au bénéfice de l’abbé, les communautés n’existent plus ou si peu. On ne trouve plus de moines à Cherbourg, Montebourg, Hambye, Saint-Sauveur-le-Vicomte et Saint-Sever. S’il en reste à Lessay, ils ne sont connus que par « le scandale effronté de leur vie ». Rien n’est dit sur les quatre religieux qui, à Saint-Lô, vivent « dans une abbaye en ruines ». Seuls les quatre prémontrés de Blanchelande méritent l’éloge de l’abbé Lecanu, qui leur reconnait de « mener une sainte vie ». C’est précisément dans cette abbaye, située entre Lessay et Valognes, que l’on trouve trace d’un organiste. DESCLOSETS occupe cette fonction en 1756-1757 avant de poursuivre sa carrière dans le diocèse de Bayeux. En 1790, André GEIST, originaire de Franconie, tient l’orgue sur lequel, par ailleurs, nous n’avons aucune information. Ce musicien adhère aux idées nouvelles et devient ensuite organiste de Notre-Dame de Carentan sans pouvoir y empêcher la destruction de l’instrument en 1793.

Les quatre communautés féminines ont meilleure réputation et « rendent de bons et loyaux services aux familles dans l’éducation des jeunes filles ». Malheureusement, aucune mention particulière de vie musicale n’est faite dans ces lieux toujours très vivants à la fin du XVIIIe siècle : Notre-Dame de Protection (communauté de bénédictines, fondée en 1646) à Valognes ; Notre-Dame des Anges (bénédictines, communauté fondée en 1660, 38 religieuses en 1790) et les Augustines hospitalières (venues en 1643, 39 religieuses en 1793) à Coutances ; couvent des sœurs du Bon-Sauveur (ordre fondé en 1712, la communauté comporte 28 religieuses en 1790) à Saint-Lô. Nul ne s’est encore penché sur les éventuelles pratiques musicales de ces pensionnats de jeunes filles qui au siècle suivant résonneront de pieux cantiques et de « mélodies religieuses ». Sans spéculation excessive, on peut penser que ces communautés féminines ont gardé vivante une tradition quiétiste dont les maîtres normands, Chrysostome de Saint-Lô et Jean de Bernières, ne leur étaient pas inconnus. De ce fait, la pratique musicale de ces dames religieuses était sans doute très différente de celle des communautés d’hommes, qu’elles soient régulières ou séculières. Aucune trace d’orgue ni d’organiste n’y a actuellement été retrouvée.

• • • Les églises paroissiales : six riches paroisses dans cinq grandes villes

Les cinq villes les plus importantes, et donc les églises paroissiales les mieux dotées, se répartissent de manière assez équilibrée sur le territoire du diocèse. Trois sont situées sur le littoral et correspondent assez bien aux portes d’entrées maritimes du Cotentin : Carentan (à la frontière avec le diocèse de Bayeux), Cherbourg (devenu, à la fin du XVIIIe siècle, le grand port militaire du nord de la France) et Granville, sur la côte ouest (grand port de pêche qui arme aussi à la guerre de course). Au centre du diocèse se trouvent Saint-Lô et Coutances, siège épiscopal.

• À Cherbourg, n’existe qu’une paroisse, celle de la Sainte-Trinité dont l’église est située en bord de mer. Dès le XVIe siècle, elle possède un orgue qui est remplacé en 1659 par un nouvel instrument, construit par Valéran DE HEMAN. C’est peut-être dans ce contexte que Robert INGOULT, natif de Cherbourg, apprend son métier de facteur d’orgues. Il le transmet à ses deux fils, Jacques et Marin, qui l’exercent jusqu’au début du XVIIIe siècle dans les provinces de l’Ouest. En 1758, le nouvel organiste de la Trinité, Charles DUFOUR, établit un devis de réparations qui ne sont véritablement mises en œuvre qu’en 1785 par Henri PARIZOT, facteur au Mans. Charles DUFOUR reste en fonction jusqu’à la destruction de l’orgue en 1794. C’est l’homme-clef de la vie musicale de la paroisse puisqu’il a aussi l’obligation d’enseigner le plain-chant et la musique aux enfants de chœur (dont le nombre est inconnu). Le chant est accompagné par un ou deux serpents qui apparaissent régulièrement dans les comptes (à partir de 1781 mais sans doute actifs avant) : JEANNE (« emboucheur du bourdon ou serpent »), Constant TOURIER (« serpentiste ») et LEDOT. Il faut noter aussi la présence d’un sieur PICOT, carillonneur, dont la fonction est nettement différenciée de celle des sonneurs de cloches. Cependant, aucun autre instrumentiste n’apparaît actif dans cette paroisse et rien n’indique le nombre des chantres ou choristes en activité.

4-Intérieur de l’église de Carentan

Intérieur de l’église de Carentan, par Ph.Benoist et A.Villemin, lithographie  (Ad50/ 1 Fi 5/218).

Bien qu’isolée géographiquement par les marais qui l’entourent, la région de Carentan a connu, du XVIe au XVIIIe siècles, une activité qui a permis au clergé de l’église Notre-Dame (construite à la fin du XVe siècle) de bénéficier d’importants revenus et d’assurer la permanence d’une vie liturgique et musicale : construction et restauration de l’orgue, maintien d’un groupe de prêtres choristes, présence d’instrumentistes (joueurs de cornet au début du XVIIe siècle). Au milieu du XVIIIe siècle, les réparations de l’orgue sont à la charge de l’organiste, Louis-François JOURDAN, actif jusqu’en 1760 et que l’on retrouve ensuite, jusqu’à la Révolution, à Notre-Dame de Granville. Lui succèdent Jean BANSE (qui part en 1763 pour Vire, dans l’actuel Calvados, à une vingtaine de lieues de là), puis Paul CONIN DE VILLERS (entre 1764 et 1781). De 1791 à 1793, avant le saccage de l’orgue, l’instrument est tenu par André GEIST, ancien organiste de l’abbaye de Blanchelande, située dans le même diocèse, à une dizaine de lieues « dans le sud-ouest ».

Autour de l’orgue, on trouve un groupe de six enfants de chœur complété par un ensemble de quatre choristes et deux chantres. Le serpent et la basse de viole sont en usage mais l’on ne connait que très ponctuellement le nom de ceux qui les jouent : en 1755 un sieur LE VERRIER « embouche le serpent », tandis que le sieur LANGLOIS « joue la basse contre ». À cette date, ils sont tous placés sous la direction de J. HURTIN, maître de musique. Il est intéressant de noter que la pédagogie musicale en usage à Carentan suit la mode du temps puisque l’on trouve trace, en 1788, de l’achat « d’un Solfège d’Italie pour servir et instruire les enfants de chœur au fait de la musique ». Depuis cette année 1788, et jusqu’en 1793, le maître de musique est François-Fercolle FONTAINE, rémunéré 300 livres par an.

Le statut de l’église paroissiale Notre-Dame de Saint-Lô faisait d’elle, jusqu’à la Révolution, une relative dépendance de l’abbaye Sainte-Croix de la même ville puisque l’abbé (un chanoine de la Congrégation de France) nommait le curé, lequel, par ailleurs, percevait seulement la portion congrue. Au cours du XVIIIe siècle, les ressources de la paroisse sont régulièrement sollicitées pour d’importants travaux d’entretien de l’édifice et, en particulier, de la tour de l’horloge. À cette époque, l’église Notre-Dame est dotée d’un orgue construit en 1663 par le facteur cherbourgeois Robert INGOULT. Cet instrument est restauré en 1783 et 1785 par le facteur PARIZOT, puis il survit à la transformation, en l’an III, de l’église en caserne grâce aux arguments développés par le sieur DE LA FOSSE, ancien organiste, qui parvient à convaincre la municipalité du « peu d’intérêt qu’il y avait à vendre un tel instrument ». Il fait notamment remarquer que « les bois étaient sculptés et très coupés, ne pouvant servir aucune autre construction, de même que les tuyaux de plomb, fort minces et de médiocre qualité » (Ed. Lepingard, 1882). Les archives conservées, évidemment trop lacunaires, ne disent rien sur la présence d’enfants de chœur ou de chantres qui étaient vraisemblablement actifs dans une église de cette importance.

Granville est la seconde cité maritime du diocèse de Coutances, après Cherbourg. Au XVIIIe siècle, son activité est partagée entre la pêche et la guerre de course qui contribuent largement à la richesse de la cité. Cette relative prospérité a permis à la fabrique de l’église Notre-Dame de se voir dotée, dès le milieu du XVIIe siècle, d’un orgue important (trois claviers manuels et un pédalier) construit, en 1662, par le facteur cherbourgeois Robert INGOULT. Diverses réparations s’imposent au cours du siècle qui suit jusqu’à l’arrivée, en 1759, de l’organiste Louis-François JOURDAN, venu de Carentan, qui reste en poste jusqu’à la Révolution et assure l’entretien courant.

5-Ange joueur de basson

Ange joueur de basson. Sculpture d’autel provenant de l’église Saint-Pierre de Coutances (cl. Musée municipal, Coutances).

Enfin, à Coutances, ville épiscopale mais cependant bien modeste en nombre d’habitants à la fin du XVIIIe siècle, la vie paroissiale est répartie entre les églises Saint-Pierre et Saint-Nicolas. Au cours du siècle, les enfants de chœur de la cathédrale sont, on l’a vu, majoritairement originaires de l’une et l’autre de ces paroisses, ce qui n’empêche pas chacune d’elles de vivre, liturgiquement, de manière autonome.

L’église Saint-Nicolas est la plus récente, puisqu’achevée au début du XVIIe siècle. Elle n’a jamais été, semble-t-il, dotée d’un orgue avant le XIXe siècle, ce qui ne signifie pas pour autant l’absence d’un minimum de personnel musical. La disparition des archives ne rend pas aisé le repérage des musiciens. Seuls les derniers enfants de chœur en poste ont laissé une trace : BASSET et BOULAN, probablement les deux aînés, reçoivent en 1791 36 livres pour paiement de l’arriéré de salaire dû à eux et à leurs «confrères» (sur la base d’un traitement annuel de 6 livres chacun, ce qui laisse supposer un effectif de six garçons).

Le contexte est bien différent pour l’église Saint-Pierre, reconstruite dans la première partie du XVIe siècle grâce aux libéralités de l’évêque Geoffroy Herbert. Elle est dotée dès 1656 d’un orgue construit par Robert INGOULT. À la veille de la Révolution, il est profondément remanié par Henri PARIZOT. Nous savons qu’en 1699, Robert VÉRON, « de la dite paroisse » est recruté pour « faire chanter les jeunes élèves d’icelle et les jeunes prêtres ». Il reçoit 50 livres de gages annuels pour leur apprendre, une heure par jour, « la musique et le chant ». En 1747, Jean HAVET, clerc tonsuré de la paroisse, est élu maître de musique « au lieu et place de feu Me Etienne BURNEL, prêtre habitué ».

En cette première partie du XVIIIe siècle l’organiste semble avoir été Toussaint PYVET, clerc, frère d’Hervé PYVET, organiste de la cathédrale. En 1787, le choix d’un nouveau titulaire donne lieu à diverses candidatures : l’organiste de Carentan (qui n’est pas nommé), LA FOSSE (organiste à Saint-Lô) et Joseph-François-Marie DE LA LANDE, « de cette paroisse », dont le père, Pierre, est menuisier (et sera ensuite facteur d’orgues puis imprimeur à Coutances). C’est lui qui est choisi et il se trouve encore en poste en 1790. À cette date, aucun instrumentiste n’est mentionné en dehors de l’organiste, et l’on manque de renseignements sur le reste du personnel de la paroisse.

Ces données concernant la vie musicale des principales paroisses du diocèse de Coutances conduisent à dresser un bilan assez maigre de leur niveau de professionnalisme : la quinzaine de musiciens rémunérés et la présence de cinq orgues d’importance ne concernent que 5 % des paroisses et l’on peut légitimement se demander quelles sont les pratiques dans les 95 % restants. Comme élément de première réponse, on peut supposer que leur niveau dépend notamment de la compétence du clergé desservant les paroisses. Or, la formation de celui-ci, dans les séminaires diocésains, n’accorde que peu de place, semble-t-il, à l’enseignement musical. C’est bien le cas dans les séminaires des diocèses de Coutances et d’Avranches, dont la direction est confiée aux Eudistes, congrégation de Jésus et de Marie fondée en 1643 par le normand saint Jean Eudes. L’analyse de l’emploi du temps des séminaristes montre en effet que la pratique du chant est limitée à la psalmodie des Heures et il n’y est point question de musique (J. Blouet, 1936).

Si les desservants ne sont pas préparés à être le meilleur relais de la pratique musicale liturgique dans les paroisses, il ne faut pas négliger le rôle des religieux missionnaires, en particulier capucins, dont l’une des fonctions est précisément de parcourir les paroisses afin d’y raviver le sentiment et la pratique religieuses. Prières et cantiques spirituels en langue française sont l’un des supports de leur action. Les éditions en usage sont imprimées à Rouen ou à Caen et elles contiennent un répertoire noté « en plain-chant » qui contribue sans doute à constituer et à diffuser, dans les diocèses normands, un répertoire de chants religieux populaires, d’une grande simplicité mélodique, qui ne trouvent d’ailleurs pas leur place à la messe ou aux offices. (cf. par exemple Prières et cantiques spirituels à l’usage des pères capucins de la province de Normandie, Rouen 1756). La lecture systématique des épaves d’archives paroissiales encore conservées et celle des nombreux dossiers d’érudits déposés aux Archives départementales de la Manche permettront peut-être d’enrichir la connaissance de la pratique musicale dans les petites et moyennes paroisses.

III - TROIS LIEUX DE MUSIQUE PRINCIPAUX DANS LE DIOCÈSE D’AVRANCHES

Une cathédrale (Saint-André, à Avranches), une collégiale (Saint-Évroult, à Mortain) et une abbaye (Savigny-le-Vieux) sont les trois lieux principaux ayant laissé des traces de vie musicale dans le modeste diocèse d’Avranches.

• • • Saint-André d’Avranches, cathédrale de l’un des plus pauvres diocèses de France

6-Cathédrale Saint-André d’Avranches

Cathédrale Saint-André d’Avranches (restitution) (Ad50)

La vie musicale, dans cet édifice construit au XIIe siècle, ne semble pas avoir connu beaucoup d’éclat, et ce malgré la présence, à différentes époques, de quelques grandes personnalités : Jean d’AVRANCHES au XIe siècle (auteur du De Officiis ecclesiasticis) ou bien l’évêque érudit Pierre Daniel Huet au XVIIe. À défaut de sources primaires aujourd’hui perdues, les travaux d’érudits ne fournissent que de modestes et parfois incertaines données (comme l’évocation d’un orgue, dès le XVe siècle sous l’épiscopat de Martin Pinard).

Pourtant, au XVIIIe siècle, la maîtrise est bien vivante puisque certains musiciens mentionnent Avranches dans leur reconstitution de carrière : Pierre POITEVIN, venant de la cathédrale de Sées, est reçu maître à celle d’Avranches en 1761, Louis Marcel BAYART l’est à son tour en 1773 et le reste jusqu’au début de 1777. Après cette date, on peut noter seulement le rapide passage de Louis-Nicolas DOLLÉ (formé à la collégiale de Saint-Quentin, en Picardie) qui occupe à la cathédrale d’Avranches son premier poste de maître de musique (de mai 1782 à juillet 1783) avant d’être reçu dans la même fonction à la cathédrale de Besançon.

En cette fin du XVIIIe siècle, alors que le chapitre cathédral regroupe 25 chanoines, le bas chœur comprend un sous-chantre, six vicaires de chœur, vingt chapelains, quatorze habitués, six enfants de chœur, un maitre de musique et un organiste (Pigeon, 1888). La France ecclésiastique de 1790 confirme les grandes lignes des informations compilées par Pigeon à la fin du XIXe siècle, quoiqu’avec quelques nuances de terminologie. L’ouvrage publie les noms de seize chanoines et de six dignitaires (doyen, chantre, trésorier, scholastique, et deux archidiacres), ce qui fait un total de 22 et non de 25. La publication précise que si le « doyenné est électif confirmatif », les autres dignités et les canonicats sont « à la nomination de l’Évêque ». Le bas chœur est ainsi décrit : « 1 sous chantre, 6 vicaires perpétuels, 17 chapelains, 14 officiers, 1 organiste, 1 maître de musique, 6 enfants de chœur ». Les chapelains sont trois de moins que chez Pigeon, en revanche les autres chiffres sont équivalents, en particulier les 14 hommes qui, appelés « officiers » ou « habitués », sont, avec les chapelains, les acteurs des fastes musicaux au chœur d’Avranches. S’y ajoutent les six enfants de chœur, sous la conduite d’un maître de musique dont nous ne connaissons malheureusement pas l’identité en 1790. De la même façon, aucun des 14 musiciens adultes, ni l’organiste, n’a jusqu’alors été identifié.

L’analyse des comptes de l’année 1784 (miraculeusement préservés du désastre de 1944 par une conservation fautive aux Archives de la Seine et aujourd’hui déposés aux Archives départementales de la Manche) montre que les dépenses engagées étaient effectivement très modestes. Pour un montant de dépenses ordinaires total de 7 848 livres 10 sols 3 deniers, 767 livres seulement concernent la psallette et la musique dont le maitre est, semble-t-il, payé 100 livres (une misère !). Les gages de l’organiste ne sont pas mentionnés, cela peut signifier qu’il s’agissait d’un habitué ou d’un chapelain. Enfin, il semble que les enfants de chœur aient bénéficié collectivement d’une part de redistribution du surplus des dîmes (178 livres 9 sols en 1781-1782, selon Jourdan, 1909). Tout cela est bien peu et ce ne sont pas les églises paroissiales de Saint-Gervais, Notre-Dame des Champs et Saint-Saturnin qui contribuent au rayonnement musical de la cité. Elles sont en effet desservies par les chanoines de la cathédrale et ne semblent pas avoir bénéficié d’un personnel musical spécifique.

En 1794, la suppression du jubé entraîne l’écroulement d’une partie de la nef mais rien n’est dit sur le destin de l’orgue qui semblait encore exister à cette époque. Les tours de façade seront détruites en 1812 mettant un terme définitif à l’existence de la cathédrale.

• • • Saint-Évroult de Mortain, une collégiale fière et jalouse de son autonomie

Établie au XIe siècle par Robert, frère de Guillaume le Conquérant, la collégiale actuelle a été en grande partie construite au milieu du XIIIe siècle. Elle a, dès l’origine, été confiée par les comtes de Mortain à une communauté de seize chanoines séculiers qui, outre le service de la liturgie, ont assuré au cours des siècles une mission d’enseignement auprès des habitants de la ville au sein du Collège royal dont ils avaient la responsabilité. Dès le XVIe siècle, la collégiale possède un orgue, détruit en1562 par les protestants, reconstruit en 1617 par Guillaume Lesselier puis agrandi au siècle suivant. Pendant cette période, un groupe de six enfants de chœur semble avoir été maintenu en permanence. En 1770, seize chanoines sont encore présents et le bas chœur est composé de « M. Mouset, Robert, Piquois et Barbet comme chantres et Lafontaine comme organiste » (Calendrier historique, chronologique et géographique de la ville de Mortain, par Benoist, imprimé par Chalmet, à Vire, en 1770).

Cet organiste attesté en 1770 est peut-être LAFONTAINE, ex-enfant de chœur puis musicien de la cathédrale de Sées qui avait quitté ses fonctions à Sées en juin 1765 « ayant trouvé une place d’organiste ». Nous ne savons pas s’il était encore en poste à Saint-Évroult de Mortain en 1790. Du chapitre de Mortain, La France ecclésiastique ne dit rien, si ce n’est la mention des deux dignités placées à sa tête, le doyen et le chantre.

• • • L’abbaye de Savigny : les plus grandes orgues du diocèse

7-Grand orgue de la cathédrale de Coutances

Grand orgue de la cathédrale de Coutances (ancien orgue de l’abbaye de Savigny) (cl. S. Bonnet).

Depuis sa fondation en 1112 par l’ermite Vital, l’abbaye de Savigny est devenue, pendant tout le Moyen Âge, un haut-lieu de rayonnement spirituel, rattaché à la fin du XIIe siècle à l’ordre cistercien. Dès le XVe siècle, elle possède un orgue, détruit puis reconstruit au cours des siècles suivants. En 1724, la communauté passe commande aux facteurs parisiens DESLANDES et ROHRER d’un grand orgue de 44 jeux, répartis sur cinq claviers. Les travaux sont achevés en 1728 pour une quittance générale de 8 000 livres (presque un dixième du revenu annuel de l’abbaye).

En cette première partie du XVIIIe siècle, la construction d’un grand orgue, doté d’un buffet magnifiquement sculpté semble être un signe extérieur de magnificence partagé par les riches établissements religieux de la région : l’abbaye Saint-Étienne de Caen (1737), celle de Mondaye, près de Bayeux (1741), et non loin de Savigny, la collégiale de Mortain. La qualité de l’instrument de Savigny est soulignée, dès 1751, lors d’une visite d’expertise des bâtiments de l’abbaye : « Dans la nef, se trouve un orgue très harmonieux et très renommé de 16 pieds ouverts ». Les dimensions de l’instrument méritent d’être notées et sont significatives de l’importance du lieu. L’église abbatiale de Savigny, construite sur le plan de Clairvaux comporte en effet une nef de 83 m de long (86 à Coutances) et de 26 m de large (contre 15 à la cathédrale). La dimension décorative du buffet d’orgue complète ici la richesse du mobilier, des tapisseries et tableaux qui ornaient le logis du prieur, ce qui occasionne, en 1790, un pillage en règle auquel l’orgue échappe miraculeusement.

L’organiste, Dom Alexandre MERLIN, est – semble-t-il – le seul musicien au service de l’abbaye en 1790 ; il est alors âgé de 36 ans. Il avait la réputation d’un honnête musicien, comme son frère, par ailleurs receveur des douanes, mais se trouve qualifié par Victor Gastebois (Les derniers moines de l’abbaye de Savigny, Mortain, 1937) de « tiède sinon indifférent en matière religieuse ». Après 1790, il suivra son frère à Granville où il deviendra organiste de l’église Notre-Dame.

À la fin de l’année 1790, ce qui reste de l’instrument (le buffet et une partie de la tuyauterie) est acheté par le Département et entreposé à la cathédrale de Coutances. Il faut attendre 1812 pour que le facteur manceau Louis LAIR remonte et complète l’instrument au fond de la nef de la cathédrale, son emplacement actuel.

• • • Les autres abbayes du diocèse ne semblent pas avoir connu d’autres activités musicales que la stricte pratique du chant des offices.

8-Lutrin en bois sculpté

Lutrin en bois sculpté (XVIIe siècle). Église paroissiale de Saint-Evremond de Bonfossé (Manche) (cl. A.O.A. de la Manche)

• À l’extrême sud du diocèse, l’abbaye de Montmorel, fondée au XIIe siècle, est prospère aux XIVe et XVe siècles mais décline dès le XVIIe. En 1765, elle ne compte déjà plus que huit religieux et ils ne sont que trois en 1790. L’inventaire du mobilier ne fait pas mention de la présence d’un orgue.

• La situation est identique pour les prémontrés de l’abbaye de La Lucerne, (au septentrion du diocèse, non loin de Granville) qui ne sont plus que quatre au moment de leur départ. La présence, attestée, d’un orgue au début du XVIIIe siècle fait penser qu’il existait peut-être encore à la Révolution, sans doute touché par l’un des religieux.

• À Mortain, la liste nominative des vingt-six religieuses bénédictines qui sont encore présentes à l’abbaye « Blanche » en 1790 ne fait apparaître aucune fonction musicale particulière.

Le Mont Saint-Michel ne fait pas exception à la règle. La magnificence de son architecture et la renommée de son scriptorium à l’époque médiévale n’ont pas conduit son abbaye à devenir un foyer de rayonnement musical. On peut le comprendre car son affectation, dès le XVe siècle, comme lieu d’emprisonnement n’a sans doute pas créé un contexte favorable à la vie musicale dans cette « Bastille des mers ».

• • • Aucune église paroissiale du diocèse d’Avranches n’a, semble-t-il, rémunéré de musiciens. Cela est tout à fait compréhensible lorsque l’on examine la carte du diocèse qui, en dehors d’Avranches et de Mortain, ne comporte aucune véritable ville, mais seulement de gros bourgs ruraux. En revanche, dès la fin du XVIIe siècle, la volonté épiscopale (en l’occurrence celle de l’érudit Pierre-Daniel Huet) associe de manière explicite la diffusion de l’enseignement général et, potentiellement, celui du plain-chant. En 1693, Mgr Huet ordonne qu’aucun ecclésiastique ne soit reçu vicaire « que sous la condition de tenir les écoles quand il en sera requis ». Il prescrit aussi d’enseigner aux enfants les principaux articles du catéchisme, les prières du soir et du matin, à lire, à écrire, à servir la messe. Il veut de plus « qu’on enseigne les principes de la langue latine et la note du plain-chant aux enfants qui paraîtront y avoir quelque disposition… » (Lerosey, 1903). Comme l’a souligné Xavier Bisaro (Chanter toujours, 2010, p. 31), il ne s’agit pas d’enseigner le plain-chant à tous les enfants mais, grâce à la compétence des enseignants ecclésiastiques, de remarquer les voix les plus aptes et de favoriser leur formation, sans doute dans la perspective d’une intégration à la maîtrise de la cathédrale ou d’une entrée au séminaire. Ces dispositions, dont il faudrait évaluer l’application, sont renouvelées en 1714 par l’évêque Roland-François de Querohant. Rien ne dit qu’elles soient encore en usage à la fin du XVIIIe siècle.

• • •

Avec près d’une centaine de musiciens actifs dans la seconde partie du XVIIIe siècle, le département actuel de la Manche semble assez bien pourvu. Plus de vingt d’entre eux ont été identifiés comme en activité en 1790. Le volume des données ainsi réunies est une heureuse surprise si l’on tient compte de la destruction totale des Archives départementales en juin 1944. La fronde quasi vendéenne du clergé diocésain a permis, en effet, la sauvegarde d’archives antérieures à 1790 qu’il n’a jamais voulu livrer aux services de l’État appliquant un principe longtemps vivant dans le diocèse : « ils ont pris nos dîmes, ils n’auront pas nos archives ».

La situation est régularisée depuis peu par le versement de l’ensemble de ces fonds au service départemental, ce qui permet d’accéder à une vue d’ensemble des sources disponibles. Leur dépouillement montre que là où elles sont conservées de manière significative (cathédrale de Coutances, paroisse Notre-Dame de Carentan), les effectifs de musiciens sont d’un niveau conforme à ce qui s’observe ailleurs (six enfants de chœur, cinq ou huit chanteurs, un serpent ou une basse d’archet, un organiste), voire supérieur dans le cas de l’église paroissiale de Carentan au corps de musique digne d’une collégiale ou d’une petite cathédrale. Lorsque les données sont malheureusement réduites à la portion congrue (Cherbourg, Saint-Lô, Granville, Avranches, Mortain), la recherche ne fournit que quelques indices : le nom d’un « instructeur des enfants », d’un « emboucheur » de serpent ou la mention « d’officiers du bas chœur qui font fonction de chantres ». Dans les cas précités, la présence d’orgues importants, souvent construits au XVIIe et agrandis au XVIIIe siècle, laisse cependant supposer un investissement assez fort des fabriques en faveur de l’accompagnement musical de la liturgie. De ce fait, le maintien d’ensembles vocaux ne doit pas être négligé même si les sources archivistiques ne font que nous en suggérer la trace.

En tenant compte de ces réserves, on peut dire qu’au XVIIIe siècle la vie musicale de l’actuel département de la Manche se déploie selon un axe qui va, presque en ligne droite, de Carentan à Granville en passant par Saint-Lô et Coutances. Au nord de cette « ligne maîtrisienne », Cherbourg fait figure de lieu excentré (surtout renommé par ses facteurs d’orgue), alors qu’au sud la cathédrale d’Avranches et la collégiale Saint-Evroult de Mortain sont les deux seuls lieux où la vie musicale professionnelle a sans doute été vivante.

Quoi qu’il en soit, la liste des musiciens montre que le département, malgré sa situation géographique excentrée, a bien été un lieu de passage pour des artistes et des compositeurs qui ont participé, comme tant d’autres, à l’évolution générale des styles et des pratiques.

Jean-François DÉTRÉE
Organiste titulaire de la cathédrale de Coutances
(septembre 2019)

Le travail sur les musiciens de ce département a bénéficié des apports de nombreux contributeurs, notamment :
Youri Carbonnier, Bernard Dompnier, Véronique Goulle, Sylvie Granger, Isabelle Langlois, Christophe Maillard…

Mise en page et en ligne : Sylvie Lonchampt et Agnès Delalondre (CMBV)

>>> Si vous disposez de documents ou d’informations permettant de compléter la connaissance des musiciens anciens de ce département, vous pouvez signaler tout élément intéressant ICI. Nous vous en remercions à l’avance.

L’amélioration permanente de cette base de données bénéficiera à tous.

 

Les lieux de musique en 1790 dans la Manche

Diocèse de Coutances

Diocèse d’Avranches

  

Pour en savoir plus : indications bibliographiques

  • François LESURE, Dictionnaire musical des villes de province, Paris, Klincksieck, 1999, p. 139-140 (Coutances)
  • Jean-Baptiste AUZEL (sous la direction de), La Manche, toute une histoire, Saint-Lô, Conseil départemental de la Manche, 2016, 251 pages.
  • Jean-Baptiste AUZEL (sous la direction de), Voyage archéologique dans la Manche, à la découverte du patrimoine manchois avec les érudits du XIXe siècle, Bayeux, Orep, 2017, 220 pages.
  • Jean BINDET, « Le diocèse d'Avranches sous l'épiscopat de Mgr Godart de Belbeuf dernier évêque d'Avranches (1774-1802) », Revue de l'Avranchin et du Pays de Granville, tome XLVI, n° 258, 1969, 97 pages.
  • Xavier BISARO, Chanter toujours. Plain-chant et religion villageoise dans la France moderne, Rennes, P.U.R., 2010, 248 pages.
  • Jules BLOUET, Les séminaires de Coutances et d’Avranches, Paris, Picard, 1936, 722 pages.
  • Georges BOTTIN-LOUVET, « Le chapitre d'Avranches à la fin de l'Ancien Régime », Chapitres et Cathédrales en Normandie, Actes du 31e congrès des Sociétés historiques et archéologiques de Normandie (Bayeux, 1996), Caen, Musée de Normandie, 1997, p. 13-26.
  • Nicole DESGRANGES, Bernard Jumentier (1749-1829), thèse de doctorat de musicologie, sous la direction d’Edith Weber, université de Paris-Sorbonne, 1997, 312 pages.
  • Abbé Jean-Jacques DESROCHES, Histoire du Mont Saint-Michel et de l’ancien diocèse d’Avranches, Caen, Mancel, 1838, 419 pages.
  • Jean-François DÉTRÉE, Musiciens et musique en Normandie, Bayeux, Orep, 2010, 160 pages.
  • Jean-François DÉTRÉE, « Un répertoire pervers : l’inventaire des partitions d’un organiste coutançais du XVIIIe siècle », Nédélèqueries, recueil d’articles offerts à Yves Nédélec, Saint-Lô, Société d’archéologie et d’histoire de la Manche, 1994, p. 141-149.
  • Victor GASTEBOIS, Les derniers moines de l’abbaye de Savigny, Mortain, Imprimerie du « Mortainais », 1937, 246 pages.
  • Bernard JEHAN, Les orgues de Notre-Dame de Carentan, 1490-1990, Musiciens, chanteurs et liturgies, Coutances, Bellée, 1990, 94 pages.
  • Félix JOURDAN, Avranches, ses rues, ses places, ses monuments, ses maisons principales, ses habitants, leurs professions pendant la Révolution, Avranches, Société d’archéologie d’Avranches et de Mortain, 1909, 517 pages.
  • Maurice LANTIER, « Saint-Lo dans le crépuscule de l’Ancien Régime », Revue du Département de la Manche, t. 30, 1988, 268 pages.
  • Auguste LECANU, Histoire des évêques de Coutances, Coutances, Imprimerie de J. V. Voisin, 1839, 583 pages.
  • Auguste LECANU, Histoire du diocèse de Coutances et d’Avranches, Coutances, Imprimerie de Salettes, 1877-1878, 2 vol., 511 et 535 pages.
  • Georges LEFEBVRE, « Cherbourg à la fin de l’Ancien Régime et au début de la Révolution », Cahier des Annales de Normandie, n° 4, Caen, 1965, 296 pages.
  • Edouard LEPINGARD « Les anciens orgues de Notre-Dame de Saint-Lô », Notices, mémoires et documents, t. 6, 1882, p. 139-149.
  • Émile-Auber PIGEON, Le Diocèse d'Avranches, Coutances, Mémoires de la Société académique du Cotentin, 2 vol., 1887-1888.
  • Émile SEVESTRE, La vie religieuse dans les principales villes normandes pendant la Révolution (1787-1801), Paris, Picard, 1943, XXIII-461 pages.
  • Joseph TOUSSAINT, La maîtrise de la cathédrale, du Moyen-Age à la Révolution et au XIXe siècle, Feuilles détachées de l’histoire de Coutances, II, Coutances, Bellée, 1967, 111 pages.

Bibliographie élaborée par Jean-François Détrée 
(septembre 2019)

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