Login
Menu et informations
Orne

Musique et musiciens d’Église dans le département de l'ORNE autour de 1790

Sommaire

Liste des musiciens de l'Orne

Url pérenne : http://philidor.cmbv.fr/musefrem/orne

Aujourd’hui le département de l’Orne entretient quatre musées. Chacun à sa manière brosse à grands traits l’histoire de ce territoire : l’écomusée du Perche traduit la civilisation rurale encore toute proche ; le Haras du Pin dans sa belle architecture XVIIIe siècle abrite le cheval percheron ; le mémorial de Montormel dit la fin de la Bataille de Normandie…
Quant au Musée départemental d’art religieux, situé au cœur de l’ancien quartier canonial de Sées, il rappelle le rôle que cette ville joua dans la vie religieuse de la région. Il plonge ses visiteurs dans l’atmosphère liturgique qui était le cadre de travail des musiciens de l’enquête MUSÉFREM.

* * *

Présentation du territoire

L'Orne de 1790

Les 6 districts de l'Orne de 1790.

Contrairement à son voisin le département de la Sarthe, celui de l’Orne est très loin de respecter les souhaits de la Constituante en 1790 d’une équidistance aussi parfaite que possible de toutes les localités par rapport au chef-lieu, qui devait théoriquement être accessible à tous en moins d’une journée de cheval. Tout au contraire, l’Orne forme un croissant qui s’étire sur 140 km d’est en ouest, du district de Domfront à ceux de Bellême et de Mortagne-au-Perche, et se tasse sur seulement 60 km en moyenne du nord au sud, des districts d’Argentan et L’Aigle à celui d’Alençon. Regroupement de morceaux des anciennes provinces de Normandie et du Perche (au sud-est), le nouveau département ne correspond à aucune entité préexistante. Il couvre une partie de la généralité d’Alençon créée en 1636 – ses limites sud suivent d’ailleurs à peu près celles de l’ancienne généralité –, mais il est très nettement plus petit qu’elle, largement amputée à l’est et au nord des ci-devant élections de Verneuil, Conches, Bernay, Lisieux et Falaise (voir carte de la généralité en 1774).

Sur le plan religieux, l’Orne coïncide aussi partiellement avec l'ancien diocèse de Sées (ou Séez, Sagium). Mais le nouveau département englobe aussi des portions non négligeables des anciens diocèses du Mans (54 paroisses, autour de Domfront-en-Passais), de Lisieux (50 paroisses), ainsi que de Bayeux (autour de Flers), Chartres (Tourouvre-au-Perche...), et Évreux.

La ville choisie comme chef-lieu, Alençon, n’a rien de central : elle est située sur la limite sud du département, approximativement au milieu de celle-ci. Aujourd’hui, son agglomération s’étend d’ailleurs largement sur le département de la Sarthe... Si Alençon est devenue chef-lieu de l’Orne, c’est qu’elle était auparavant siège d’un présidial et aussi siège de l’intendance de la généralité : des habitudes préexistaient, ainsi qu’un personnel administratif étoffé.
Une ville aurait éventuellement pu constituer un meilleur point de centralité au nouveau département : Sées, siège de l’évêché. Mais elle était nettement moins peuplée qu’Alençon : 6 000 habitants contre 13 000 (chiffres de 1793), et le nouveau découpage territorial avait aussi à cœur de faire oublier l’ancien.
Les autres villes sont à l’est, Mortagne-au-Perche (6 400 habitants en 1793), au nord, Argentan (5 600) et L’Aigle (5 400), suivies de La Ferté-Macé (3 400), Vimoutiers (2 900), Bellême (2 700), Flers (2 600) et enfin, très secondairement, Domfront (1 500). Six de ces villes sont choisies pour chefs-lieux de districts en 1790 : Alençon, Argentan, Bellême, Domfront, L’Aigle et Mortagne.

Les paysages à dominante traditionnellement bocagère, parfois vallonnés, voire accidentés, sont ponctués de quelques grandes forêts, telles celle de Bellême en bordure de laquelle le Louis-François Pinagot d’Alain Corbin passera au siècle suivant toute son existence. L’activité première de la région est l’agriculture, et notamment l’élevage.
Les routes de Paris à la Bretagne par Bellême, Mortagne et Alençon, et de Paris au Mont Saint-Michel par L’Aigle et Argentan ont été aménagées au milieu du XVIIIe siècle, suivies par celles d’Alençon à Caen et d’Alençon à Rouen. Pourtant, sur le reste du département, le réseau routier est encore au début de la Monarchie de Juillet signalé pour sa faiblesse (peu de routes, chemins impraticables l’hiver). Ce qui, on le verra, n’empêche pas la cathédrale de Sées de s’inscrire activement dans les réseaux de l’itinérance musicienne. On peut penser que ces déplacements s’effectuant au moins pour partie à pied sont finalement peu dépendants des infrastructures.

Carte de la Généralité d'Alençon, 1774

Carte de la Généralité d'Alençon, 1774

La région d’Alençon, en particulier ses élites, avaient été accueillantes au calvinisme, protégé par la duchesse Marguerite. On peut évoquer à titre d’illustration la figure de Marthe de La Perrière, protestante, et par ailleurs réputée pour être à l’origine de la dentelle au point d’Alençon (autour de 1660). Le lien avec le sujet ici étudié est la floraison d’établissements religieux suscitée par la réaction catholique (les jésuites s’installent dès 1628 à Alençon, les couvents s’y multiplient au cours du XVIIe siècle). Ceci étant, dans ces différents établissements, non plus que dans d’autres répartis à travers le reste du département, il a rarement été possible de retrouver des traces tangibles de musique à travers les sources de l’enquête 1790.

La série L des archives de l’Orne est abondante, bien classée et décrite de façon claire et relativement précise par un inventaire sommaire en 5 tomes publié dans les années 1970. Il faut signaler en particulier un dossier très utile intitulé "Gagistes du chapitre de Sées" (L 1352). En ce qui concerne la série G, les registres capitulaires de Sées sont conservés pour la période 1738-1749 à la bibliothèque municipale d’Alençon (ms. 104), et aux archives départementales pour le reste du XVIIIe siècle sous les cotes G 141 à 150, avec toutefois des lacunes importantes (par exemple entre 1769 et 1779), et, jusqu'à il y a peu, le dernier registre conservé se terminait le 15 juillet 1788.
Toutefois, une très heureuse découverte est intervenue depuis la première publication du présent article : le dernier registre capitulaire d'Ancien Régime a été retrouvé et déposé en octobre 2014 aux archives départementales, ce qui permet d'accéder aux délibérations de 1790. Certes, les dossiers individuels des années 1790-1792 des musiciens retrouvés comportent presque toujours une copie certifiée conforme de la délibération capitulaire ayant décidé leur embauche, ce qui permettait de combler partiellement les lacunes antérieures. Néanmoins le dépouillement de ce dernier registre (en avril 2016) a apporté de nouvelles précisions, inconnues jusqu'alors, et a permis d'enrichir substantiellement les notices biographiques des deux derniers maîtres de la cathédrale, Jean-Louis FASQUEL et Michel Ange CATINOT.

  

La cathédrale de Sées domine largement le paysage religieux et musical de la région

Carte du diocèse de Sées avant la Révolution

Carte du diocèse de Sées avant la Révolution

En 1790, la cathédrale de Sées est dédiée à Notre-Dame, mais ce depuis 1786 seulement, sous l’impulsion du dernier évêque d’Ancien Régime, Duplessis d’Argentré. Celui-ci, écrit en 1828 un membre de la Société des Antiquaires de Normandie, Maurey d’Orville, « remit sa cathédrale ainsi que tout le diocèse, sous la protection de la Sainte-Vierge ». Avant cette date, la cathédrale de Sées portait les noms des saints Gervais et Protais.

Le chapitre était riche de 14 000 livres de revenus (selon le pouillé de 1760) et comptait 24 prébendes. Au sommet de la hiérarchie capitulaire sagienne se trouve le prévôt. Les autres dignitaires sont le chantre, 5 archidiacres et un pénitencier (dignité capitulaire peu fréquente dans les régions environnantes).

Quant au bas chœur, La France ecclésiastique de 1790 le décrit abondamment garni : «BC : 4 hauts vicaires, 15 chapelains, 18 officiers». Les sources de 1790 montrent qu’il comporte dix hommes clairement liés à une activité musicale, dont les appellations oscillent entre «chantre gagiste», «chantre musicien» et «musicien». Elles apportent sur chacun de ces dix musiciens une documentation relativement riche.

Deux d’entre eux sont prêtres et portent le titre de haut vicaire : institués en 1783, ces hauts vicaires participent aux distributions et semblent peu ou prou l’équivalent de semi-prébendés. Leur rôle cantoral est avéré : lorsque le 21 mars 1787 les chanoines décident de recruter le jeune René François DRUET, seul et unique candidat à la fonction, c’est « après l’avoir fait chanter ». La délibération relative au concours précédent spécifiait même que le chapitre ayant écouté le candidat alors sélectionné avait « trouvé sa voix très belle » (25 juillet 1783). Les hauts vicaires ne se cantonnent pas au plain-chant puisque le règlement de 1783 leur impose de «descendre à la musique toutes les fois qu’il y en aura» (article 9) et de «se rendre aux répétitions de musique qui se font à la maîtrise» (art. 10). Les comptes de l’année 1788 mentionnent une somme spécifique versée à Druet «pour avoir assisté à 111 offices où il y a eu musique et faux bourdon». Les hauts vicaires sont par ailleurs chargés de dire diverses messes de fondation «ad turnum» (à leur tour) avec les chapelains, messes pour lesquelles ils reçoivent des rétributions en blé. Au total le revenu d’un haut vicaire en 1790 est estimé à 850 livres. En janvier 1789, le chapitre prend la décision d'ajouter cette charge de haut vicaire à celle de maître de musique, de manière à rendre cette dernière plus attractive et à fidéliser les titulaires, à condition que "le nouveau Maître de Musique eut les talents convenables pour remplir les fonctions des deux places". Cela implique de recruter un maître de musique qui soit nécessairement prêtre : ce qui sera le cas, en mars 1789, du Comtadin Michel Ange CATINOT.

Sées, plan du chœur de la cathédrale, 1758 (Ad61)

Sées, plan du chœur de la cathédrale, 1758 (Ad61)

Les huit autres hommes de la musique, gagistes, ont un sort financièrement moins confortable. Ils sont laïcs, pour la plupart mariés et pères de familles souvent nombreuses (Jean AILBOUT, basse contre, dit avoir élevé 8 enfants). Quoique très antérieur à notre période d’observation (1733), un texte intéressant vaut d’être cité, car il exprimait bien ce que devaient être les qualités d’un gagiste aux yeux du prévôt du chapitre de Sées : outre une assiduité sans faille, il faut au chantre à gage «une voix pleine et sonore, propre à remplir le chœur dans lequel il est». Et le prévôt regrettait que ce ne soit pas toujours le cas : «On reçoit sous le nom de chantre de bons enfants à la vérité, mais ayant une voix trop faible», reconnaissant toutefois «il est vrai qu’on leur donne des gages encore plus faibles que leur voix» (Ad61/ 1G 322, p. 48). En 1790, leurs gages s’échelonnent de 500 à 600 livres.

Certains des gagistes sont également chargés de jouer des instruments. Polyvalent, l’ancien enfant de chœur devenu musicien gagiste, René François COUDRAY, explique qu’il était chargé de «chanter, emboucher le serpent et jouer du basson». L’inventaire de la maîtrise en 1787 révèle «un clavecin à grand ravalement, une basse, deux clarinettes, trois bassons, quatre serpents» (Ad61/ 1G 329), qui ne sont pas nécessairement tous employés dans les offices.

Relativement tardive (1743), la construction de l’orgue est due au facteur d’orgue Claude PARIZOT, né en Lorraine et installé au Mans. En 1748, le chapitre avait passé une convention avec le facteur qui s’était engagé, conjointement avec son neveu Henri PARIZOT, «au plus vivant des deux», à assurer l’entretien de l’orgue pour 40 livres / an.

Le buffet d’origine est toujours en place, il a été classé en 1976 (voir http://www.orne.catholique.fr/cathedrale/orgue.htm/ avec un échantillon sonore). Les deux organistes successifs, de 1743 à la Révolution sont les frères PITEL (ou Pistel), Jean-Guillaume puis Jacques-Guillaume. Ce dernier en 1790 recevait 504 livres du chapitre, dont 104 livres conditionnées aux leçons de clavecin qu’il doit donner aux enfants de chœur.

Ces enfants de chœur sont au nombre de six, parmi lesquels l'enquête Muséfrem a identifié les frères Jean et Léon HÉLIER, dits BEAULIEU, Frédéric RAIGADE, Charles Louis PIGNEL et un certain GRANGER... C’est le maître de musique haut vicaire qui en est chargé : en 1790, il s’agit de Michel-Ange CATINOT qui, entre ses honoraires de haut vicaire et les sommes destinées à l’entretien de la maîtrise, recevait du chapitre presque 1 700 livres en tout.

Le recrutement endogène est majoritaire. Les enfants de chœur viennent presque tous de la ville de Sées elle-même. Quant aux musiciens adultes, la moitié de l’effectif observé en 1790 provient également de la ville ou d’un très petit périmètre voisin. Cependant, on compte aussi un Parisien, deux Picards, et un homme du sud, le maître de musique et haut vicaire, Michel-Ange CATINOT, arrivé du diocèse de Cavaillon, dans le Comtat Venaissin. Sées, cette cathédrale de relativement faible notoriété, est donc capable d’attirer parfois des musiciens venus de loin. De la même façon, juste avant Catinot, de janvier à décembre 1788, c’était Jean Louis FASQUEL qui avait été le maître de musique : ce jeune homme de vingt ans sortait de la maîtrise de Notre-Dame de Paris, où il avait plusieurs fois fait chanter ses compositions en tant que grand enfant de chœur. Il sera ensuite professeur de chant et de solfège au Conservatoire national, tout en chantant la haute-contre à Notre-Dame de Paris après le Concordat.

Sées, le chœur de la cathédrale vers 1830 env. - Gallica A31041

Sées, le chœur de la cathédrale vers 1830 env. - Gallica A31041

Jacques André Le Fessier (1735-1805), ancien curé devenu évêque constitutionnel, également maire de la ville, semble avoir eu un rôle aussi positif qu’il lui était possible pour aider les pensionnés ecclésiastiques et aussi pour épargner diverses richesses de l’évêché (bibliothèque, tableaux…). Plusieurs fois, il plaide la cause de «ces malheureux presque tous pères de famille, et sans fortune. Ils languissent dans l’attente d’un traitement». Dans un tableau administratif de 1801 dressé sous sa direction, une petite note indique que l’ancien chantre haute-contre Sylvestre BAROTTE, dit JOINVILLE, est «mort de misère».

On ne peut clore cette rapide description de la vie musicale à la cathédrale de Sées sans évoquer le répertoire qui y était pratiqué. En effet, en juin 1787, lors de l’entrée en fonction de Pierre Joseph CAMPAGNE comme maître de musique, un inventaire très détaillé de la maison de la maîtrise est dressé, y compris la musique. Si les partitions ne semblent pas avoir été conservées ou du moins ne sont pas actuellement localisées (à notre connaissance), en revanche leur liste est déjà en elle-même un document majeur. Elle comporte 124 éléments, dont 3 seulement sont imprimés, classés selon leur genre : 52 motets (les titres sont précisés), 4 hymnes, 22 psaumes, 19 Magnificat, 7 Te Deum, 23 messes dont 6 pour les Morts, la plupart «avec leurs partitions». Cela donne une idée du répertoire disponible dans une cathédrale de province à l’extrême fin de l’Ancien Régime. Néanmoins on ne peut savoir à la seule lecture de l’inventaire s’il s’agit de copies d’œuvres composées ailleurs ou de compositions des maîtres successifs, voire de travaux de certains musiciens en poste à Sées, ou encore de grands enfants de chœur. C’est la découverte, seule, de ces partitions qui permettrait de répondre à cette question.
Jean-François Détrée dans un article récent (voir bibliographie) écrit : «La redécouverte fortuite d’un exemplaire des messes de Rousseau et du grand livre de chœur de 1748 font espérer qu’un regard attentif porté sur les fonds diocésains permettra peut-être de retrouver d’autres partitions». Son vœu est partagé !

Et en dehors de Sées ?

Dès le début de l’enquête 1790 en territoire ornais, les musiciens de la cathédrale de Sées ont surgi des sources. À chaque étape de l’enquête il en a été de même : fidèles, ils réapparaissaient de tableaux en états, de dossiers en registres… Semblant obstinément seuls de leur état professionnel à être mentionnés.

Deux petites collégiales et d’assez nombreux couvents et abbayes existaient pourtant sur le territoire. Dans l'une de ces abbayes, l'abbaye cistercienne des Clairets, située paroisse de Mâle, diocèse de Chartres, dans la vallée de la Jambette, le long de l'actuelle limite entre l'Orne et l'Eure-et-Loire, exerce en 1790 une organiste à l'itinéraire compliqué, Marie-Claude RENAULT. En 1790 elle est veuve depuis deux ans d'un organiste, François BAINVILLE, et leur fils Michel François BAINVILLE exerce (comme organiste bien entendu) dans une lointaine abbaye champenoise. Une enquête aussi obstinée que celle à laquelle Marie-Claude RENAULT a donné lieu (voir bibliographie) permettrait peut-être de faire surgir d'autres figures musicales dispersées à travers le territoire aujourd'hui ornais.

La modeste collégiale Notre-Dame-de-Bon-Confort à Carrouges, au revenu estimé à 4 000 livres par le pouillé de 1760, compte 6 chanoines en 1790 (selon la France ecclésiastique). Les sources de 1790 n’y ont livré que des traces ténues d’activité musicale (aigle, livres de chant), sans révéler l'identité des quelques hommes qui probablement y chantaient. Là encore, une enquête complémentaire semble nécessaire.

Quant au chapitre collégial de Toussaint à Mortagne, dans le Perche, il avait des revenus estimés à 4 500 livres en 1760 et était composé de 11 chanoines avec à leur tête un chantre, un chancelier, un prévôt et un trésorier. Il y existait à coup sûr des musiciens puisqu’un certificat délivré par le chapitre de Mortagne atteste que Jean AILBOUT (qui en 1790 chante à Sées) avait antérieurement exercé à Mortagne «pendant quatorze ans, tant comme enfant de chœur que comme chantre». Les comptes de 1790 attestent la présence d'un serpent et de trois enfants de chœur, PARIS, SICOT et CHAILLOU, ce dernier étant fils du bedeau. Le serpent, qui signe ses quittances "Joinville, serpent" n'est autre que Martial BAROTTE, l’un des fils du haute-contre de Sées, sorti de la maîtrise sagienne en 1785 et comme son père surnommé "Joinville". Il y avait forcément aussi quelques chantres à la collégiale Toussaint, mais il reste à les découvrir dans les replis des archives. De même, reste à éclairer le cas de Jean Nicolas ANGOT, fils d’un maître de musique et lui-même organiste, sans doute en poste en 1790 à la collégiale. À n'en pas douter, l'active petite ville de Mortagne mérite de voir son tissu musical mieux éclairé. Peut-être avec votre aide ?

Ailleurs dans le département, quelques traces musicales très dispersées apparaissent : présence d’enfants de chœur à l’abbaye bénédictine de Saint-Évroult (près de L’Aigle, diocèse de Lisieux), présence d’un orgue dans quelques églises. Ainsi, à l’église paroissiale Notre-Dame d'Alençon, un orgue est attesté depuis le XVIe siècle. Gravement endommagé par la foudre en 1691, il avait été reconstruit par Robert Ingout et son fils Jacques. Ce dernier, installé au Mans, entretint ensuite l’instrument jusqu’en 1733. Un budget établi en 1755 accorde 300 livres par an à l'organiste, et 20 au souffleur. Il prévoit également quatre chapiers pour "chanter l’office divin". Les travaux de Jean-Michel Bouvris font connaître les facteurs d’orgues ayant travaillé à Notre-Dame d’Alençon. L'enquête Muséfrem est parvenue à identifier l’organiste de 1790 : il s'agit de Gabriel-Antoine LABOURÉ, en poste depuis plus de trente ans. Toutefois le reste du personnel musical alençonnais reste à identifier.

Immédiatement après celle de Sées, c’est la vie musicale d’Argentan qui est actuellement la mieux connue. L’église paroissiale Saint-Germain, ainsi que deux couvents, y sont dotés d’orgues. Ces trois orgues sont tenus par Louis FAUTREL, qui se démène activement pour obtenir de l’aide, rédigeant plusieurs suppliques successives, très différentes les unes des autres. Dans celle de ventôse an II, il dit s’exprimer en «vray républicain» et il tutoie le citoyen représentant du peuple en visite dans la ville, dont il obtient d’ailleurs un secours financier immédiat non négligeable.

   * * *

Ainsi se clôt ce rapide panorama dont la conclusion, toute provisoire, pourrait être : dans ce département, tout se passe comme si... il n'y avait guère de musique religieuse hors la cathédrale. Ce qui n’est certainement pas totalement conforme à la réalité.
Combien de Pinagot des tribunes et des lutrins n’ont pas eu l'opiniâtreté de Louis Fautrel et sont restés invisibles jusqu’alors dans nos archives ?

Sylvie GRANGER,
CERHIO-UMR 6258, Université du Maine (mai 2014)
(mise à jour : avril 2017)
 Le travail sur les musiciens de ce département a bénéficié des apports de, notamment :
Jean-Pierre Bréard, François Caillou, Noémie Chevallier, Marcel Degrutère, Jean-Pierre Delaperelle, Jean-François Détrée,
Bernard Dompnier, Julien Dupré, Édith Marois, Jean-Claude Martin, Michel Meunier …

>>> Si vous disposez de documents ou d’informations permettant de compléter la connaissance des musiciens anciens de ce département, vous pouvez signaler tout élément intéressant ICI.
Nous vous en remercions à l’avance.
L’amélioration permanente de cette base de données bénéficiera à tous.

Les lieux de musique en 1790 dans l’Orne

Carte de l'Orne - lieux de musique

Carte de l'Orne - lieux de musique

Télécharger la carte en pdf.

Les lieux de musique documentés pour 1790 dans le département sont présentés par diocèses et par catégories d’établissements : cathédrale, collégiales, abbayes, monastères et couvents, autres établissements, paroisses (ces dernières selon l’ordre alphabétique de la localité au sein de chaque diocèse).

Diocèse de Sées

Diocèse de Chartres

Diocèse de Lisieux

Pour en savoir plus : indications bibliographiques

François LESURE, Dictionnaire musical des villes de province, n’évoque aucune des villes de l’Orne.

  • Jean-Michel BOUVRIS, « La Construction du grand orgue de la cathédrale de Sées (1743) », Société Historique et Archéologique de l’Orne, 1984, p. 57 à 83.
  • Jean-Michel BOUVRIS, « L’Orgue de Notre-Dame d’Alençon en 1691-192, Contribution à une histoire des orgues de cette église », Société Historique et Archéologique de l’Orne, t.CV, n°4, 1986, p.56-86.
  • Noémie CHEVALLIER, Le Chapitre cathédral de Sées (1779-1788), Mémoire de Master 1, sous la dir. de Sylvie Granger, Université du Maine, 2011, 167 pages + une centaine de pages d’annexes non paginées (tableaux de présence aux chapitres).
  • Jean-François DÉTRÉE, Musiciens et Musique en Normandie, 950-1950, mille ans de pratique musicale, Orep Éditions, 2010, 160 pages.
  • Jean-François DÉTRÉE, « La maîtrise de la cathédrale de Sées : quelques éléments d'histoire », Société Historique et Archéologique de l’Orne, à paraître.
  • Fédération des Sociétés historiques de Normandie, « Chapitres et cathédrales en Normandie », actes du XXXIème congrès des sociétés historiques et archéologique de Normandie, Annales de Normandie, tome 2, 1997.
  • Sylvie GRANGER, « Trois chœurs de l’Ouest à la veille de la Révolution (Le Mans, Sées, Laval) », La Foi dans le Siècle, Mélanges offerts à Brigitte Waché, ouvrage collectif coordonné par H. Guillemain, S. Tison et N. Vivier, PUR, 2009, 398 pages, p. 53 à 64.
  • Sylvie GRANGER, « Deux Organistes aux destins voisins : Marie-Claude Renault-Bainville (1724-1803) & Jeanne-Marie Bertrand-Jannot (1738-1804) », Annales Historiques de la Révolution française, 2011, n°4, pages 3 à 27.
  • Louis-Pierre HOMMEY (abbé), Histoire générale ecclésiastique et civile du diocèse de Séez, ancien et nouveau, et du territoire qui forme aujourd’hui le Département de l’Orne, Renaut-de-Broisse, 1900, 5 vol.
  • Hector MARAIS et Henri BEAUDOIN, Essai historique sur la cathédrale et le chapitre de Séez, Alençon, Thomas & Mention, 1876, 450 pages.
  • MAUREY d’ORVILLE, Recherches historiques sur la ville, les évêques et le diocèse de Séez, Caen, Chalopin & Mancel, 1828, 415 pages.
  • Jean VIDALENC, « Les Habitants de l’Orne au début de la monarchie de Juillet », Annales de Normandie, 15e année n°4, 1965, p. 567-585.
<<<< retour <<<<