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LEFRANC, Jacques (1771-1855)
État civil
NOM : LEFRANC     Prénom(s) : Jacques     Sexe : M
Autre(s) forme(s) du nom : LEFRAN
LE FRANC
Date(s) : 1771-10-28   / 1855-7-22 
Notes biographiques

À Dijon, Jacques LEFRANC  a été un enfant de chœur doué, qui est manifestement sorti de la maîtrise cathédrale avec beaucoup d'atouts pour faire ensuite une belle carrière musicale. Il est d'ailleurs engagé par le chapitre directement à sa sortie de la maîtrise. En 1794, lorsqu'il est employé par l'Institut de Musique, c'est pour y enseigner le chant, le violoncelle, le violon, la guitare, le clavecin et aussi le serpent, qui avait été son instrument lorsqu'il exerçait encore au chœur de la cathédrale.

• 28 octobre 1771, Velars-sur-Ouche [Côte-d'Or] : Jacques LEFRANC voit le jour dans ce village situé à moins de 13 km à l’ouest du centre de la ville de Dijon. Remarquons ici au passage que c'est dans le même village qu'était né sept ans auparavant le futur maître de musique Pierre-Louis-Augustin DESVIGNES.
Le père du petit Jacques LEFRANC est alors "garde mousquetaire au gouvernement de Bourgogne, demeurant à Velars". Il choisit pour parrain le fils d'un aubergiste de La Cude, hameau situé sur l'autre rive de l'Ouche, et pour marraine une tante maternelle de l'enfant. Cette marraine, Anne, et sa mère, Gabrielle Borde, sont toutes deux filles du sieur Jean Borde "bourgeois à Velars", lequel est donc le grand-père du nouveau-né. Tous les présents au baptême signent avec aisance, le père exécutant même une élégante double ruche.
Selon l'âge indiqué dans le recensement dijonnais de l'an IV, Jacques LEFRANC était effectivement né vers 1771, mais par ailleurs, il est dit avoir 23 ans en 1792, ce qui avancerait sa naissance de deux ans (1769) et correspondrait beaucoup mieux à l'âge normal de sept ans pour être reçu enfant de chœur. Toutefois ses lieu et date de naissance sont confirmés ultérieurement par son mariage. Les éléments de carrière ne laissent aucune ambiguïté sur le fait qu'il s'agisse bien du même musicien.

• 6 octobre 1776, Dijon : À un âge extrêmement tendre (5 ans), le jeune Jacques LEFRANC est reçu enfant de chœur à la cathédrale Saint-Étienne. Le maître de musique est alors Jean-Baptiste CÉZARD, depuis le tout début de l'année 1776. Les autres enfants de chœur alors présents à la maîtrise sont Dominique BIDEAU, GAGNEROT, BRALLIARD (ou BRAILLARD), Pierre-Louis-Augustin DESVIGNES et HUTINET.

• 1778, Dijon : Le chanoine commis au suivi du chœur, M. Cœurderoy, fait cadeau de 3 livres "à LEFRANC enfant de chœur pour avoir récité la première fois dans la musique". La date exacte de cette première n'est pas précisée, le chanoine demande au chapitre le remboursement de cette somme dans un mémoire regroupant les dépenses qu'il a faites au fil de l'année 1778 dans le cadre de sa "commission". Toutefois il est clair que le jeune enfant semble prometteur : il n'a alors pas encore 7 ans, ou les a tout juste si cela se place sur la fin de l'année.

• 16 mai 1786 : Le chapitre débourse une livre 4 sols pour "un Phèdre à l’usage du premier enfant de chœur LEFRANC".

• 10 mai, 4 et 25 juin 1787, Dijon : Le chapitre de Saint-Étienne verse 27 livres au serpent de la Sainte-Chapelle, Jean-Baptiste MILLOT, "pour trois mois de leçons de serpent données à LEFRANC, enfant de chœur à raison de 9# par mois". Les trois quittances sont conservées. Celle du 10 mai précise avoir "reçu de Mr Boissot chanoine de la cathédralle la somme de 9 livres pour un mois de leçon donné à Lefranc premier enfant de chœur". C'est d'une part une intéressante trace des collaborations qui existent entre les deux grandes églises dijonnaises, et d'autre part la preuve de la formation instrumentale complémentaire reçue par le jeune homme – il a alors quinze ans et demi – sur la fin de son séjour à la maîtrise de Saint-Étienne.
• 24 août 1787 : Telle est la date officielle de son entrée au service du chapitre de Saint-Étienne de Dijon en tant que "musicien pour le serpent", date validée par le District de Dijon en janvier 1792 C'est à ce moment que se produit son passage du statut d'enfant de chœur à celui de joueur de serpent. Cela correspond parfaitement à ce qu'indique le résumé de sa carrière : il a bien été "11 ans enfant de chœur à la cathédrale".
• Septembre 1787 : Pour la première fois dans les comptes apparaît un quartier de 75 livres pour LEFRANC, "jouant du serpent". Il gagne donc 300 livres par an.
• Décembre 1787, Dijon : Dans les pièces comptables du chapitre de Saint-Étienne est conservé un "état des gages et gratifications dues aux musiciens de la cathédrale". En ordre alphabétique il donne la liste suivante de musiciens : BAILLY, BORGET, BRICARD, MAGNY, MALLOGÉMANDRAY, SAGOT, et VERPAULT, auxquels s'ajoutent ARNAULD, violoncelle, LECLERC, organiste, et LEFRANC, serpent. Ce dernier a alors 16 ans.

• 29 novembre 1788, Dijon : LEFRANC fait partie des musiciens qui, sous la direction de François COUET, jouent et chantent en l'église St-Jean-Baptiste, au mariage en grandes pompes d'une jeune "rosière" vertueuse avec un laboureur. L'orchestre est composé de plus de trente musiciens, amateurs, musiciens d'église et musiciens de la Comédie, tous venus bénévolement.

1790, Dijon : Jacques LEFRANC est toujours employé par le chapitre de la cathédrale Saint-Étienne de Dijon comme serpent. Englobant ses années à la maîtrise, il déclare être au service de la cathédrale depuis quatorze ans. Dans un autre tableau, il est donné comme ayant trois ans et demi de service, ce qui daterait sa réception comme musicien du printemps ou de l'été 1787, à 300 livres de gages annuels (ou, plus exactement "300#, 2 pintes de sel et 15# de casuel").
Le jeune joueur de serpent jouait en compagnie d'un serpent aguerri, Claude MAGNY. Outre les deux serpents et le basson Louis-François SAGOT, on entend au chœur de Saint-Étienne, sous la direction de François COUET, quatre basse-contre (André BAILLY, Jean-Baptiste BRICARD, UTINET, Henri VERPAULT), une basse-taille (Joseph BORGET), une haute-taille (Sébastien MALLOGÉ), une haute-contre (MANDRAY), un joueur de basse ou de violoncelle (Nicolas-Joseph ARNAULD) et bien sûr l'organiste, François LECLERC.

• 15 février 1791 : Le directoire du district de Dijon propose généreusement de lui accorder une gratification de 600 livres.
• [1792] : Jacques LEFRANC obtient en réalité une gratification de seulement 150 livres.
• 8 mai 1791, Dijon : Peut-être à cause de son trop jeune âge, peut-être en raison d'un niveau jugé moindre, LEFRANC ne fait pas partie des serpents qui ont été sélectionnés pour jouer à la cathédrale constitutionnelle, pas plus d'ailleurs que son ancien collègue Claude MAGNY : l'évêque Volfius, sans doute conseillé par COUET, a choisi les deux anciens serpents de la ci-devant Sainte-Chapelle, DELAURIÈRE et MILLOT, son ancien maître.
On peut penser que Jacques LEFRANC a alors fait fructifier ses talents musicaux en donnant des leçons particulières.

• 1794, Dijon : En compagnie de nombreux autres ci-devant musiciens d'Église tels BORNE, DELAURIÈRE, FREYHAMER, MILLOT ou SAGOT, le citoyen LEFRANC est engagé comme instituteur de musique à l'Institut de Musique nouvellement créé par la Municipalité. Il est chargé d'y enseigner chant, violoncelle, violon, guitare, clavecin et serpent, gamme étendue de spécialités qui atteste ses compétences variées. Par ailleurs LEFRANC prend des responsabilités dans l'organisation de l'Institut de Musique, jouant en particulier les intermédiaires pour des achats d'instruments.
• 16 frimaire an III [6 décembre 1794] : Le luthier HONORÉ livre cinq violons et leurs archets (125 livres, soit 25 livres par violon) et deux alto avec leurs archets (60 livres) au citoyen LEFRANC "instituteur de musique" : ces achats sont destinés à équiper l'Institut de Musique. Les instruments ne sont pas neufs, mais d'occasion, d'où l'attestation du luthier qui certifie que ces instruments "sont en bonne état et n’ont besoin d’aucunes reparations".

• Fin 1795 / début 1796, Dijon : Jacques LEFRANC, musicien , est recensé " petite rue Jean Brulard", Section de la Liberté. Il semble vivre seul.

• 20 frimaire an VII [10 décembre 1798], Dijon : Jacques LEFRANC, musicien, "demeurant rue Jean en cette commune", se marie avec Jeanne-Françoise Molle, qui demeure, elle, "rue Jehannin" (actuelle rue Jeannin). Née le 25 janvier 1769 à Dijon, elle est fille de Prosper-Augustin-Nicolas Molle, graveur. Le marié est accompagné de son frère Étienne et pour s'en distinguer il signe "Lefranc cadet". Le musicien entre par son mariage dans un milieu artistique : beau-père graveur, ami peintre (Claude Feuchot)... alors que les membres de la famille Lefranc présents aux noces sont un frère épicier, un oncle jardinier.

• 23 ventôse an VII [13 mars 1799], Dijon : LEFRANC fait partie de la liste mise à jour des professeurs de musique proposés par Philippe Legras (1751-1824), Dijonnais installé à Paris, dans une lettre qu'il écrit au ministre de l'Intérieur François de Neufchâteau afin de relancer l'Institut de musique de la ville. LEFRANC y enseignerait le violon et le violoncelle. Cette ultime tentative semble ne pas avoir eu de suite.

• 19 pluviôse an X (8 février 1802), Dijon : La naissance de Jeanne-Marie-Zoé, fille de Jacques LEFRANC, professeur de musique, et de son épouse Jeanne-Françoise Molle, est déclarée par André CAILLOT, "propriétaire à Dijon", 45 ans, qui en 1790 chantait la basse-taille à la Sainte-Chapelle.
• 5 ventôse an X [24 février 1802] : Deux semaines après ses couches, Jeanne-Françoise Molle décède rue Jehannin, où on apprend qu'elle était "maîtresse de pension". Son mari, Jacques LEFRANC, est à nouveau qualifié de professeur de musique. Il ne se remariera pas.

• 1804 : Jacques LEFRANC prend la succession d'Antoinette DUPLUS-CAMUS à l'orgue de Notre-Dame. Selon P.-M. Guéritey, il en restera titulaire jusqu'à son décès, soit un demi-siècle de service.

•  6 mai 1822, Dijon : Qualifié cette fois de "propriétaire et professeur de musique", Jacques LEFRANC assiste aux noces de sa fille unique, Zoé, vingt ans, avec Jacques Guénée, 25 ans, notaire royal à Dijon. Parmi les témoins, on remarque un ancien militaire chevalier de la Légion d’honneur, oncle de l’époux, et François-Gabriel Borne, 34 ans, notaire royal à Dijon, parent paternel par alliance de l’épouse.

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• 22 juillet 1855, Dijon : Jacques LEFRANC, 84 ans, "propriétaire", natif de Vilars-sur-Ouche, veuf de Jeanne-Françoise Molle et demeurant à Dijon, rue Piron, n°19, décède à son domicile.

Mise à jour : 21 décembre 2018

Sources
F-Ad 21/ L 514 ; F-Ad21/ G 727 ; F-Ad21/ G 728 ; F-Ad21/ G 732 ; F-Ad21/ L 1522 ; F-Ad21/ L 1797 ; F-Ad21/ NMD Dijon en ligne ; F-Ad21/ NMD Velars-sur-Ouche en ligne ; F-AmDijon/ 2 R1/1 ; F-An/ DXIX/093/820-2/10 ; F-An/ F19/1128 ; Journal de ce qui s’est passé à Dijon…, 1789 ; P.-M. Guéritey, Orgues en Bourgogne, 2003. ; PM Guéritey, courriel 27 nov 2018

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