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ROBERT, Jean, à Orléans (1705-1770)
État civil
NOM : ROBERT     Prénom(s) : Jean     Sexe : M
Complément de nom : à Orléans
Date(s) : 1705-8-1   / 1770-11-19
Notes biographiques

Jean ROBERT est un musicien et un maître de danse qui quoique provincial a joui d'une relative notoriété en son temps grâce à des contredanses de sa composition publiées dans les recueils parisiens du "Répertoire des Bals". Il doit de figurer dans la base Muséfrem à ses liens évidents avec le milieu des musiciens d'Église d'abord chartrains, puis orléanais.

• 1er août 1705, Chartres : Jean ROBERT voit le jour paroisse Saint-Martin-le-Viandier, et est baptisé le surlendemain. Il est le dernier fils de Jean Robert "Dornille", maître tailleur d'habits, – qui a déjà 58 ans environ – et de son épouse Louise Jarie / Jarry, qui s'étaient mariés le 8 novembre 1694 en l'église Saint-Aignan. Il reçoit pour parrain un certain Jean Hallier, qui signe avec une amorce de ruche, et pour marraine Françoise Jarry – sans doute une tante ou une cousine maternelle – "qui a déclaré ne sçavoir signer". Saint-Martin-le-Viandier est une paroisse aisée, située au cœur de la ville haute, dont l'église possède des orgues.

• La perte jusqu’en 1724 des registres capitulaires de Notre-Dame empêche de vérifier l'hypothèse selon laquelle le fils du tailleur aurait pu apprendre la musique à la maîtrise de la cathédrale. Jean ROBERT ne figure pas dans la liste des enfants de chœur dressée par Clerval (liste qui comporte des lacunes et des imprécisions).

• 21 avril 1728, Chartres : Jean ROBERT est devenu comme son père "tailleur pour femme" lorsqu'il se marie avec Marie-Thérèse Robert. Les deux époux portent le même patronyme mais ne sont unis par aucun lien familial proche puisque aucune dispense de parenté n'est mentionnée dans l'acte. Le jeune homme est dit âgé de "22 ans et demi", ce qui à trois mois près est exact, et "de la paroisse de Ste Foy", ce qui correspond non à sa paroisse de naissance, mais à celle où il réside alors, ainsi que ses parents.
La jeune femme, "âgée de 25 à 26 ans" [en réalité : 29 ans révolus], est paroissienne de Saint-Aignan, où est célébré le mariage. Fille de Claude Robert, "serger", et de Charlotte "Carnillet" [Cornilleau], elle appartient à un milieu social un peu inférieur à celui de son jeune mari : un "serger" est un tisserand de laine – activité supérieure à celle du tisserand de chanvre, mais moins relevée que celle de tailleur pour dames, de plus en 1729 et ensuite régulièrement le père de Marie-Thérèse est qualifié de "peigneur" [de laine], ce qui est une spécialité encore inférieure. Elle ne sait pas signer.
En revanche c'est – peut-être – par elle que s'ouvrent au jeune homme les portes du monde musical : elle est accompagnée à ses noces de son frère Claude ROBERT, chantre à la cathédrale, et de trois autres musiciens, dont le maître de musique de Notre-Dame lui-même, Louis LEGRAS. Les deux autres se nomment Michel VEILLARD et Henry-Louis MARTIN, ils sont dits "tous amis de l'épouse".
• 20 septembre 1728, Chartres : Cinq mois après les noces, Marie-Thérèse accouche d'un enfant mort-né, ondoyé et rapidement inhumé en présence de son grand-père maternel et de son père. Le jeune couple s'est installé paroisse Saint-Aignan, au cœur de la ville intra-muros.

• 19 décembre 1729, Chartres : Jean ROBERT est encore dit "tailleur pour femmes" lorsque sa fille Marie-Louise est baptisée. Mais il est probable que sa reconversion vers la musique et la danse a déjà commencé.

• 22 février 1732, Chartres : Lors du baptême suivant, celui de Marie-Françoise, Jean ROBERT est maître de danse, toujours à Saint-Aignan. Le parrain (un marchand fourreur) et la marraine sont choisis hors de la famille.

• Entre le printemps 1732 et le printemps 1733, la famille quitte Saint-Aignan et s'installe sur la paroisse voisine de Saint-Saturnin, où vivent déjà le frère aîné de Jean, Martin, tailleur pour femmes, son épouse Marie Pinson, et leurs nombreux enfants, ainsi sans doute que les parents des frères Robert, Jean Robert I – très âgé – et Louise Jarry  (voir ci-après au 30 juillet 1735).

• 26 mai 1733 : Dans le cimetière de Saint-Saturnin est inhumé la petite Marie-Françoise "âgée de 15 mois ou environ, fille de Me Jean ROBERT, maitre de dance, et de Marie-Thérèse Robert, en présence du dit père, de Martin Robert oncle, et de Claude Robert son grand père" [maternel], qui tous signent en bas de l'acte. 

• 30 juillet 1735, Chartres : Jean ROBERT n'est pas cité parmi les présents lors de la sépulture de son père, décédé la veille à l'âge "de 87 ans ou environ", sur la paroisse Saint-Saturnin où pourtant il réside. Curieusement c'est sa belle-sœur, Marie Pinson, épouse de son frère Martin, qui est mentionnée comme témoin avec son fils unique Michel, petit-fils du défunt.
• 29 août 1735 : Un fils, Jean-Joseph, naît (enfin) chez les Robert-Robert. Il meurt huit mois et demi plus tard et est inhumé "dans le petit cimetière de cette église" de Saint-Saturnin le 16 mai 1736. Les deux actes disent Jean ROBERT "maistre de dance". Sa fille aînée, Marie-Louise, a alors six ans et demi. Elle redevient enfant unique.

• À une date indéterminée entre la fin du printemps 1736 et le printemps 1742, un nouveau déménagement amène la famille sur la paroisse Sainte-Foy de Chartres. C'est la paroisse où Jean ROBERT avait vécu avec ses parents avant son mariage, à l'ouest du cœur de la ville.

• 30 avril 1742, Chartres : Née la veille paroisse Sainte-Foy, une dernière fille est baptisée et reçoit les prénoms de Marie-Thérèse (comme sa mère). Sa marraine "qui a donné le nom" est Marie-Louise ROBERT, "sœur de la baptisée". Le prieur-curé Chareil enregistre Jean ROBERT comme étant "maitre écrivain", métier qui vient donc sans doute compléter les revenus trop irréguliers du violon, et que confirme à sa manière l'étrange ruche pendante dont Robert ce jour-là orne sa signature.

• 2 janvier 1743, Chartres : Jean ROBERT est présent à Saint-Aignan pour la sépulture de sa belle-mère, "Charles Cornilleau femme de feu Claude Robert peigneur de laine". Il est dit "musicien, de la paroisse de Ste-Foy, gendre de la défunte".

• 11 septembre 1745, Chartres : Un certain ROBERT, probablement Jean, ainsi que le sieur MACHEFER demandent — sans succès — une gratification au chapitre de la cathédrale parce que "depuis deux ans ils ont assisté aux répétitions et exécutions de la musique". Ils réitèrent à nouveau leur demande en novembre, sans plus de résultat. Le 20 novembre cependant, le maître de psallette, Gérard Michel BENOIST, insiste auprès du chapitre afin que le Sr ROBERT obtienne une rétribution — douze livres — qui l'engage à continuer à jouer du violon aux motets.

• 8 novembre 1746, Chartres : Son identité de "musicien" est confirmée à l'occasion du décès de la petite Marie-Thérèse, "morte ce matin à l'âge de quatre ans et demi" et inhumée au petit cimetière de Sainte-Foy. L'autre témoin signataire de l'acte est Michel-François Robert, cousin germain de la défunte. Ce garçon (qui avait été témoin à l'inhumation de son grand-père en 1735), est l'unique fils de Martin Robert, frère aîné de Jean, tailleur pour femmes, qui a eu par ailleurs de nombreuses filles avec son épouse Marie Pinson. Les liens entre les deux frères ne sont pas intenses puisque aucun des enfants de Martin n'a été porté sur les fonts baptismaux par Jean ni par son épouse Marie-Thérèse.

• • •

• [À une date indéterminée], sans doute à la recherche de meilleures conditions d'existence, la famille Robert/Robert quitte Chartres. La population chartraine était probablement insuffisante pour faire vivre les divers maîtres à danser que l'on aperçoit au même moment (1744) dans les sources (Simon CREUSAS, Michel DUMONT, Paul SEPTIER et Martin ROBERT, qui malgré l'homonymie parfaite n'est pas le frère aîné de Jean). Ils étaient forcément en concurrence pour dispenser les leçons, même si l'on peut penser qu'ils collaboraient pour l'animation des bals.
Des hypothèses diverses permettent d'envisager que Jean ROBERT ait pu brièvement exercer à Nancy (où il aurait pu composer la contredanse intitulée "La Fleury ou Amusemens de Nancy") puis peut-être à Nevers (où les archives de police gardent trace d'une affaire d'"insultes contre le sieur Robert, maître de danses", sans date précisément retrouvée, close en décembre 1760).
Mais on peut aussi penser que Jean et Marie-Thérèse Robert, avec leur unique fille survivante Marie-Louise, sont allés directement de Chartres à Orléans (70 km par l'itinéraire le plus direct, soit deux journées de marche).

• 31 août 1759, Orléans : En la cathédrale Sainte-Croix, Jean ROBERT assiste et signe à la sépulture de Toussaint ROTROU, musicien de la cathédrale, en compagnie des organistes Christophe MOYREAU et Jacques BUDON. C'est, en l'état actuel des connaissances, sa première apparition dans un document orléanais. Sa présence à cette sépulture laisse penser qu'il est arrivé depuis quelque temps déjà dans la ville et a eu le temps d'y pénétrer les réseaux musicaux.
La famille Robert vit sur la paroisse Saint-Pierre-Ensentelée. L'adresse la plus fréquemment attestée dans les années qui suivent est "rue Bannier", on sait aussi que dans les années 1760 la famille Robert tient le Café du Midi, à l'angle de cette rue Bannier et de la place du Martroy, place qui est le principal cœur de l'activité orléanaise.

• 1762, Paris : Six contredanses de la composition du sieur ROBERT sont publiées coup sur coup dans le Répertoire des Bals du sieur Delacuisse, dont elles forment le quatrième cahier broché (feuilles n°19 à 24). Ces six danses sont toutes dédiées à Mme de Cypierre, l'épouse de l'Intendant d'Orléans. La musique de trois d'entre elle est explicitement "de Melle sa Fille". À la toute fin de l'année, Jean ROBERT fournit une 7ème contredanse à Delacuisse : "La Fleury ou Amusemens de Nancy", qui pourrait être une contredanse antérieure, sortie in-extremis d'un tiroir pour aider Delacuisse à boucler son cinquième cahier, et son premier recueil annuel, juste avant les étrennes. 

• 8 février 1763, Orléans : Sa fille unique se marie, à 33 ans passés, avec un "employé dans les fermes de Monseigneur le Duc d’Orléans", qui se révèlera ensuite maître paumier et qui gérait peut-être la salle de La Perle, là où Jean ROBERT et ses trois "associés" (auxquels il a dédié la contredanse intitulée "La Société ou Les Quatre Associés") font danser les Orléanais.es... Parmi les présents à la noce on remarque l'organiste Christophe MOYREAU. Une semaine plus tôt, Jean ROBERT a accompagné sa fille chez le notaire pour l'établissement du contrat de mariage. Il l'a dotée de 2 000 livres.
• 1763 : La page de titre du deuxième volume du Répertoire des Bals conservé à la Bibliothèque de l'Opéra indique que l'ouvrage est "dirigé Par le Sieur Delacuisse Mtre de Danse, et Mr Robert Musicien Mtre de Danse à Orléans". Un avertissement explique que ROBERT sera désormais chargé "de la partie Chorégraphique et de la conduite de la Gravure", c'est-à-dire de superviser la réalisation graphique des schémas montrant les itinéraires à suivre pour effectuer les figures de chaque contredanse. Durant l'année 1763, il publie à nouveau sept contredanses de sa composition dans le Répertoire des Bals.

• 1764, Orléans : Dès la création de l'hebdomadaire Les Affiches de l'Orléanois, Jean ROBERT sait utiliser les annonces pour promouvoir ses activités (organisation de bals, vente de feuilles de contredanses, proposition de leçons de danse, vente du billard du Café du Midi...). Son inventaire après décès révèlera qu'il était abonné aux Affiches et qu'il en faisait relier un recueil chaque année.

• 12 mai 1766, Orléans : À Saint-Pierre-Lentin, "Robert" signe avec élégance et sobriété (belle capitale et petit paraphe en "Z") en marge de l'acte de mariage de la musicienne Marie MAUBAN, fille du maître à danser François MAUBAN l'aîné, avec un certain Pierre Roger fils d'un "bourgeois" de Ménars-la-Ville [= Mer] dans le diocèse de Blois, soit à une quarantaine de km d'Orléans. La mariée est dite "de cette paroisse" et le rédacteur de l'acte précise qu'elle est accompagnée non seulement de ses père et mère, mais aussi "d'un grand nombre de parens et amis qui ont signé avec les époux et nous". Parmi les nombreux signataires, on identifie des musiciens d'Église (BUDON, FAGUER).

• 24 janvier 1769 : Son épouse "Dame" Marie-Thérèse décède, à l'âge de "68 ans" [en fait : presque 70, à quelques jours près]. Elle est dite "épouse de Mr Jean Robert, musicien et maître à danser". À son inhumation le lendemain est présent le maître de musique de la collégiale Saint-Aignan, Antoine FAGUER.
• 15 décembre 1769 : Une dernière annonce publiée dans Les Affiches évoque les trois types de danse qu’enseigne Jean ROBERT "en très peu de jours & dans le dernier goût" : les nouvelles contredanses, le menuet, et "l’Allemande de sa composition".

• Août 1770, Orléans : L'imprimeur Le Gall sort de ses presses un opuscule de 16 pages intitulé "L’Allemande Orléanoise, dédiée à Madame de Cypierre, Intendante d’Orléans, de la Composition du Sieur Robert, Musicien & Maître de Danse à Orléans". Suivant jusqu'au bout les modes en matière de danse, Robert y décrit 36 passes d'allemande, cette danse à deux alors nouvellement en vogue. Un ultime texte figurant à la dernière page montre qu'il fourmillait toujours de projets : il propose de donner "après Vendange, une recréation de Danse, les Fêtes & Dimanches, depuis cinq heures du soir jusqu’à huit", à des "sociétés" qui se choisiront entre elles. Il ne s'agit donc pas de bals publics mais de moments de danse réservés à de petits groupes d'amis et d'amies. Il n'a sans doute pas eu le temps d'en organiser beaucoup...
• 19 novembre 1770 : Jean ROBERT, "Musicien et Maître à danser", décède à l'âge de 65 ans, au Café du Midi. Il est inhumé le surlendemain dans l'église de Saint-Pierre-Ensentelée, en présence de son gendre, "Mr Jacques Geuffronneau maître paumier à Orléans", et très certainement de sa fille, qui n'est pas mentionnée. Deux autres témoins apposent leur signature en bas de l'acte : Louis Baligand et "C. Moyreau org.", le fidèle ami, l'organiste Christophe MOYREAU.

• 28 mars 1771, Orléans : Quatre mois après le décès de Jean ROBERT maître Jean-Gaspard Peigné, notaire, vient dresser l’inventaire. Ainsi se révèle dans le détail le cadre quotidien de la famille Robert, les espaces ouverts au public et ceux qui restent privés au sein de la grande bâtisse du Café du Midi sur le Martroy : douze pièces en tout, réparties sur quatre étages, deux cours, une cave, un petit grenier au dessus de la cuisine. On remarque en particulier la grande salle du rez de chaussée avec son billard, la grande salle du premier étage où ROBERT donnait ses leçons de danse aux jeunes gens, puis au 2ème l'étage la grande chambre aux allures de salon qui était le lieu de repos du maître à danser et de sa défunte épouse. De nombreux instruments de musique sont inventoriés, dont certains de grande valeur : quatre "pardessus de violle estimés ensemble 12 livres", quatre violons de qualité (120 livres pour l'un, 72 pour deux autres et 40 pour le moins bon) et un violoncelle estimé 36 livres. Le notaire mentionne aussi, soigneusement mis à l’abri dans une cassette de sapin fermant à clef, "plusieurs livres de musique de différents auteurs". Ils sont estimés 48 livres, et se complètent de "plusieurs papiers de musique et livres de musique reliés" valant 4 livres, rangés dans sa salle annexe, aménagée un peu plus haut rue Bannier, pour donner leçon aux demoiselles.

• • • Bibliographie :
         Sylvie Granger, Danser dans la France des Lumières, Rennes, PUR, 2019, 442 pages.

Mise à jour : 3 mai 2019

Sources
F-Ad28/ BMS Chartres, St-Aignan ; F-Ad28/ BMS Chartres, St-Martin-le-Viandier ; F-Ad28/ BMS Chartres, St-Saturnin ; F-Ad28/ BMS Chartres, Ste-Foy ; F-Ad28/ G304 ; F-Ad28/ G307 ; F-Ad45/ 3E 10562 ; F-Ad45/ BH BR 8717 ; F-Ad45/ BMS Orléans, St-Pierre-Ensentelée ; F-Ad45/ BMS Orléans, St-Pierre-Lentin ; F-Ad45/ BMS Orléans, chapitre Ste-Croix ; F-Bm Orléans/ Affiches de l'Orléanois

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